L’OUVERTURE CULTURELLE DANS LE CURSUS .documentaliste, acteur de premier plan,...

L’OUVERTURE CULTURELLE DANS LE CURSUS .documentaliste, acteur de premier plan, veille   susciter
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  • Les Cahiers dducation & Devenir - Numro 9 - Octobre 2010 1

    LOUVERTURE CULTURELLE DANS LE CURSUS DES ELEVES : UN ENJEU POUR UNE ECOLE DEMOCRATIQUE

    Ginette Poullet, Professeur-documentaliste, Lyce Professionnel Emulation Dieppoise, Dieppe La culture, cest la mmoire du peuple, la conscience collective de la continuit historique, le mode de penser et de vivre. Les livres et les tableaux ne sont que le miroir o cette culture profonde se reflte, se concentre, se conserve. Milan Kundera , dans le Monde, 19 janvier 1979. Cette dfinition de Kundera souligne la proprit fondatrice de la Culture, en plaant cette valeur au centre des proccupations humanistes dune socit et lui confrant ainsi un statut emblmatique dans lidentit de toute civilisation. Une culture lgitime, unifie plus quunique, sinscrivant dans un processus de collecte des pratiques priphriques qui la nourrissent depuis toujours, qui charpenterait la fois le pass et le devenir dun peuple. Une construction exigeante qui senrichirait de multiples apports comme autant de passerelles pour y accder sans cder au dfaitisme qui remet priodiquement une crise de la Culture dans les dbats de socit en particulier dans celui sur lEcole. Une dfinition communment partage, mme si elle a besoin dtre contextualise. Linstitution scolaire dans ses objectifs, place toujours louverture culturelle parmi ses proccupations comme si malgr les dispositifs, les volonts, cette ouverture ne pouvait jamais se raliser pleinement et de faon prenne, mais de manire ponctuelle, incomplte, fragmente. Comme si, de la culture lgitime aux cultures des lves perdurait chaque tentative le constat dun chanon manquant. Do viennent ces sentiments de prcarit et de vulnrabilit de la part de la communaut ducative lorsquil sagit douverture culturelle dans le cursus scolaire? Une rponse cette question ne peut faire limpasse sur les pratiques sociales des jeunes et leurs interactions. Comment tablir un lien fcond entre leurs cultures et la culture scolaire, si ce nest par lapprentissage du discernement dans le flot informationnel dans lequel ils baignent au quotidien ? LEcole a une mission dans cette dmarche. Lenseignant passeur de culture, certes, mais de toutes les cultures se mfiant autant de possibles drives litistes que dmagogiques. Cest dans cette mdiation que se situe lenjeu pour une Ecole vraiment dmocratique. Au cur de cette articulation, le professeur-documentaliste, acteur de premier plan, veille susciter un dialogue enrichissant entre la communaut ducative et les ressources culturelles appropries. Culture(s) et socit. Nous aborderons ces deux reprsentations travers les pratiques qui les rvlent : pratiques culturelles et pratiques sociales. Nous avons tous en tte la thse de Pierre Bourdieu qui a avanc que notre socit se caractrisait par un systme de hirarchies fondes sur la fortune, mais aussi par la prdominance dune culture dlite se partageant entre initis appartenant un milieu social favoris. Cette culture se transmet tout dabord lEcole mais aussi travers les loisirs o certains enfants, de par leur milieu familial sont prts sen saisir et en profiter comme dun capital (celle-ci tant envisage comme un bien soumis aux lois du march). Des mondes parallles autonomes et ferms sorganiseraient donc autour de cultures spcifiques au rang social des individus. Ds lors, la russite scolaire est naturelle la classe sociale en phase avec la culture lgitime, tandis que les enfants des autres milieux nayant pas cet accs, seraient condamns lchec. Quen est-il aujourdhui ? Notre socit volue et si un certain dterminisme est toujours de mise, on constate une porosit entre les diffrentes pratiques socioculturelles. Une tendance qui se confirme avec la mutation numrique comme lindique une enqute ralise en 2008 sur les pratiques culturelles des Franais. Dans une synthse, Olivier Donnat124 pointe des lments significatifs pour comprendre les proccupations de nos lves dans leur vie personnelle. La frquentation quotidienne et naturelle des rseaux numriques a transform les communications interpersonnelles (blogs, Facebook, Twitter). Les groupes musicaux amateurs entretiennent leur Myspace pour se faire connatre. Les amis sagglomrent, changent, partagent des textes ou encore des vidos dcouvertes sur des plateformes

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    musicales. Pratique sociale ou pratique culturelle? La frontire est permable. La culture informationnelle Cette mutation a aussi fait voluer leur rapport aux mdias car travers ces pratiques il sagit bien aussi de recherches dinformations. Omniprsentes, surabondantes, elles se livrent sans aucune hirarchie, ce qui implique souvent de la part des utilisateurs ladoption dune posture dautodidaxie difficilement tenable sans formation suffisante Souvent, faute de pr-requis ouvrant la curiosit et autorisant le ncessaire travail de tri, les usagers ne discernent pas la pertinence des sources qui les renseignent dans le flot informationnel qui les submerge. La validit des informations et par consquent, le statut dautorit des institutions ne sont pas lisibles et le passage du virtuel au rel peut avoir des airs de dconvenue. Lactualit se charge en outre de prouver que la rumeur est valide par les supports mdiatiques au mme titre que linformation, le got du scandale la rendant mme plus vendable . Nous avons tous rencontr ces adolescents gavs de rseaux sociaux, fascins par la traque du buzz, considrant avec une condescendance un peu navre, les stratgies des enseignants documentalistes pour les amener une information lgitime, utile la construction de leur identit. LEcole aurait-elle rat le coche ? Car il sagit bien pour les professeurs de courir aprs un rendez-vous bien des fois diffr : la mise en place dune relle formation la culture informationnelle garante de laccs aux connaissances traites, conserves, diffuses. Si les diagnostics taient poss ds 1960 par des sociologues, le retard dans la mise en place de cette entreprise a laiss aux seules lois du march les attraits que reprsentent pour nos lves les rseaux numriques. Les cultures mdiatiques prvalent donc dans notre socit o, dune part, les oppositions gnrationnelles se rduisent pendant que dautre part, les frontires entre le monde de la culture et celui des loisirs seffacent. Comme si les gnrations cohabitaient dsormais sur un mode interrelationnel horizontal et non plus selon le statut adulte /enfant, le milieu familial se faisant de moins en moins encadrant. Difficile pour un adolescent dy trouver des repres et de reconnatre une thique de linformation sans formation. Cette mission revient aujourdhui lEcole et la mise en place dune culture informationnelle ouvre llve la connaissance et participe la construction de sa culture gnrale. Un projet transdisciplinaire dans lequel les professeurs-documentalistes puisent leur lgitimit et font valoir leur professionnalisme. Experts en sciences de linformation et de la documentation, ceux-ci veillent, sous lautorit du chef dtablissement, garder une transversalit dans ces projets qui risquent parfois, pour des raisons inhrentes lorganisation interne, un cloisonnement disciplinaire rducteur. LEcole et louverture culturelle On a tendance penser que la mission que sest donne lEcole dans ce domaine est relativement rcente et que louverture culturelle procde dune volont moderne mergeant par ncessit au moment de la massification scolaire et prenant racine dans des courants pdagogiques novateurs. Serait-il provocateur de dire que les hussards noirs de la Rpublique furent leur poque, des prcurseurs dans ce vaste chantier ? La Troisime Rpublique stait donn en effet pour objectif dalphabtiser chaque enfant. Derrire la rigueur (et lampleur !) de lentreprise, on imagine mal lenjeu culturel qua pu reprsenter pour les lves qui dans leur milieu familial ne parlaient quun dialecte rgional, laccs aux textes qui fondent notre civilisation, ainsi que la dcouverte des connaissances scientifiques et techniques. La lecture en classe du Tour de France par deux enfants125 fut-elle une passerelle vers une culture lgitime malgr les drives idologiques inhrentes au contexte de cette priode ? Certainement si lon veut bien accepter que les productions intellectuelles (dont les productions pdagogiques !) sont forcment lmanation des structures sociales dune poque. Ce nen est que plus vrai de nos jours. Lorsque lon aborde le sujet de louverture culturelle, la tentation est grande de cder aux reprsentations traditionnelles qui considrent un domaine bipolaire : Arts et Lettres, rserv au Beau, laissant de ct tout un pan des connaissances humaines : celui des Sciences et Techniques, demeurant non inscrit dans le champ culturel traditionnel parce que considr uniquement utilitaire. Comme si la Culture ntait quun supplment dme. Fort heureusement, lEcole en a fini avec cette reprsentation rductrice, qui gomme tout lapport des dcouvertes scientifiques et des applications techniques dans les champs de lthique et de lesthtique. Ignorer que la culture scientifique est en constante volution est devenu une position

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    strile en particulier dans le domaine scolaire parce quelle ne rend plus compte du monde qui nous entoure et dans le dcryptage duquel lenseignant a une mission de mdiation. Culture scientifique et mdiation La comptence du professeur consiste connatre le monde et pouvoir transmettre cette connaissance aux autres, mais son autorit se fonde sur son rle de responsable du monde.126 La notion de responsabilit suppose de la part du professeur un regard raisonn et scientifique sur notre environnement, ses problmes, ses crises, ses valeurs et qui se concrtisent lEcole par autant de questions que se posent les lves, et dont ils ne matris