Rep¨res 2/2010

download Rep¨res 2/2010

of 32

  • date post

    21-Feb-2016
  • Category

    Documents

  • view

    222
  • download

    1

Embed Size (px)

description

Richesse du sol - Malédiction ou bénédiction?

Transcript of Rep¨res 2/2010

  • Collection Repres

    Richesses du sous-sol Maldiction ou bndiction ?

    Le commerce des matires premires apporte richesse quelques-uns et misre beaucoup

    2/2010

  • Table des matires

    ditorial 3

    IntroductionLes matires premires : quand les richesses sont synonymes de pauvret 4-7Lextraction des matires premires et les violations des droits humains vont souvent de pair 8-11Lvasion fiscale fait perdre des milliards aux pays riches en matires premires 12-14

    ExemplesIntroduction

    Pays diffrents problmes identiques 15

    Rpublique dmocratique du Congo

    Les mineurs traits comme des animaux 16-18

    Prou

    Croissance conomique aux dpens de la population autochtone 19-21

    Afrique du Sud

    La lutte pour le respect des droits humains et de meilleures conditions de vie 22-24

    Industrie lectronique

    High Tech No Rights? Des mines nos ordinateurs : un chemin opaque 25

    Bilan et perspectivesVers une exploitation durable des ressources 26-29

    Liens et bibliographie 30

    Impressum 31

    Page de titre : Travail dur et dangereux pour peu dargent : mineurs artisanaux dans une mine au sud de la Rpublique dmocratique du Congo. Cette image est tire du documentaire Katanga business (2009) du Belge Thierry Michel :www.katanga-lefilm.ch

  • 3Utiliser un tlphone portable, faire le plein ou allumer un ordinateur : ces activits sont souvent lies linjustice, lexploitation et la violation de droits humains fondamentaux. Au fond, lexploitation des matires premires pourrait et devrait servir ltre humain. Or, les bnfices sont trs ingalement rpartis et il existe un grand nombre de perdants. Parmi eux, on compte essentiellement des personnes pauvres vivant dans des pays en dveloppe-ment ou des pays mergents. Dans cette dition de Repres, nous appro-fondissons le sujet Economie et droits hu-mains (Repres 2009). Vous y trouverez des informations fondamentales sur la pro-blmatique de lextraction des matires pre-mires et ses incidences sur les couches de population marginalises vivant dans les r-gions dexploitation. Ce sujet na pas suffi-samment attir lattention de lopinion pu-blique jusqu prsent. Aussi Pain pour le prochain et Action de Carme ont-elles d-cid de mettre en lumire ces liens, le rle des entreprises multinationales ainsi que la res-ponsabilit des consommateurs/trices, et den faire le thme de la campagne cum-nique 2011.Pourquoi deux uvres ecclsiales se pen-chent-elles sur cette question de politique co-nomique ? Parce quelle concerne ltre hu-

    main en tant que crature de Dieu, dont la dignit est trop souvent bafoue ! Certaines personnes, prives de leurs droits fondamen-taux, sont exploites par des structures co-nomiques injustes et des organisations co-nomiques criminelles. Les gouvernements, les bureaucraties, les seigneurs locaux, les entreprises et les cartels internationaux ne font que favoriser cette situation. Les tats sont souvent rticents ou inaptes imposer des lois efficaces et quitables, et les entre-prises multinationales en profitent. Nous aussi, dailleurs : nous utilisons des matires premires bas prix pour nos activits co-nomiques, notre industrie et nos appareils lectroniques en ignorant que cela va souvent de pair avec le malheur, linjustice et la mort.Les Eglises doivent ouvrir les yeux, avec et pour les pauvres. Les demandes de la prire du Notre Pre Que ton rgne vienne, que ta volont soit faite se transforment en un dfi concret relever : ouvrir les yeux et expliquer, exercer des pressions sur les entreprises, la-borer des rgles commerciales, convaincre les gouvernements et servir ainsi la paix, la jus-tice, les droits humains et la sauvegarde de la cration. Nous esprons, cher lecteur, chre lectrice, que ce Repres vous encouragera, vous aussi, rflchir et agir.

    Editorial

    Antonio HautleDirecteur, dAction de Carme

    Beat DietschySecrtaire gnral de Pain pour le prochain

  • 42006, selon une tude mene par la Deutsche Bank1. Les chiffres daffaires du secteur des matires premires (voir encadr) suivent de vritables courbes ascendantes. En parallle, la mondialisation nolibrale et la drgle-mentation connexe ont entran la suppres-sion des barrires juridiques nationales. Aussi bien le capital que les marchandises circulent aujourdhui librement entre les pays et les marchs.Ces dernires annes, la poursuite de la forte demande et laccs drglement ont entran une hausse des prix rendant lextraction minire rentable mme dans les rgions les plus inaccessibles. Par consquent, les entre-prises investissent dans des rgions de plus en plus fragiles et dans des pays ayant des struc-tures tatiques et sociales peu solides. La baisse actuelle des prix des matires premires rsultant de la crise financire ne sera donc

    En dpit de la progression constante de la demande de matires premires, les pays les plus riches en ressources comptent parmi les plus pauvres et les plus dchirs par des conflits dans le monde. En raison de la faiblesse de certains gouvernements, de la corruption gnralise et du pouvoir sans limites quexercent les entreprises multinationales, les droits et les revendica-tions de la population sont bafous.

    Lessor conomique mondial des vingt der-nires annes a entran une norme demande de ressources minires. Cherchant rattraper leur retard, des conomies en pleine expan-sion telles que la Chine, lInde ou le Brsil ont provoqu une hausse des besoins en matires premires dans le monde. Aussi les importa-tions de matires premires de la Chine ont-elles t multiplies par vingt entre 1986 et

    Introduction

    Les matires premires : quand les richesses sont synonymes de pauvretDaniel Hostettler, responsable des Droits humains, Action de Carme

    Pendant que les multinationales amassent les milliards Thierry Michel

  • 5 Panama et le Venezuela, ce montant slve mme 40 pour cent du PIB2. Dans ces pays, la vente des richesses naturelles et les investis-sements trangers pourraient servir de point de dpart un dveloppement conomique rapide, et amliorer sensiblement les condi-tions de vie de la population.Paradoxalement, la majorit de la population dun grand nombre de ces pays continue vivre dans la pauvret. En Amrique latine, 34,1 pour cent de la population vit sous le seuil de pauvret. Dans les pays dpendant fortement des exportations de matires pre-mires, ce chiffre varie entre 30 pour cent (Venezuela) et 64 pour cent (Bolivie)3. Ces chiffres rvlent que les revenus tirs de lex-portation des matires premires ne sont apparemment pas bnfiques lensemble de la population. Au contraire, labondance de matires premires fait obstacle au dvelop-pement dun pays. Selon lorganisation non

    que de courte dure. Ds que la croissance reprendra dans les pays industrialiss et les pays mergents, la soif des matires premires et les prix de ces dernires augmenteront nouveau. La course lextraction de gise-ments inexploits se poursuivra et entranera avec elle tous les problmes qui vont de pair avec lexploitation acclre des ressources minires pour les populations concernes.

    La pauvret malgr la richesse en ressources

    Les revenus des impts et des concessions pour lextraction minire sont une source de revenus importante pour de nombreux pays du Sud. Dans les pays dAmrique latine, par exemple, les revenus provenant de lindustrie extractive slvent en moyenne 28 pour cent du produit intrieur brut (PIB). Dans des pays tels que la Bolivie, la Colombie, le

    les mineurs artisanaux ramassent, au pril de leur vie, les matires premires quils revendent des intermdiaires pour quelques dollars par jour. Thierry Michel

  • 6souvent la responsabilit de mettre en lumire, ensemble avec les communauts tou-ches, les problmes et les abus dans le domaine des industries extractives. Ce nest pas une tche facile car ils nont gnralement pas accs aux informations essentielles concernant les impts et les redevances de concession des entreprises. En effet, les gou-vernements ne mettent en aucun cas de leur plein gr ces informations la disposition du public. Les entreprises, quant elles, ne sont pas obliges de prouver ce quelles ont inves-ti, pay et obtenu dans un pays. Si ltat ne fait pas preuve de transparence, la popula-tion na pas la possibilit de savoir si les flux dargent sont conformes aux contrats (voir pp. 12-14).

    Les violations quotidiennes des droits humains

    Il est dmontr que les multinationales com-mettent davantage dabus dans les tats dont les gouvernements sont faibles, le taux de pauvret lev et lhistoire marque par les conflits. Cest prcisment dans les pays o la

    gouvernementale internationale Revenue Watch , les deux tiers des personnes les plus pauvres vivent dans des pays riches en matires premires4. Il y a plusieurs raisons cela :

    La rpartition inquitable du pouvoir

    Un grand nombre de pays du Sud nont pas la volont ou les moyens ncessaires de rgle-menter et contrler de manire efficace les activits des multinationales. Une faible gou-vernance et labsence dtat de droit, le manque dorganes excutifs et la corruption sont autant de raisons pour lesquelles les en-treprises ont souvent plus de pouvoir de n-gociation que les gouvernements des pays riches en matires premires. Les grands groupes dictent largement les conditions tant pour loctroi des concessions dexploitation que pour lextraction des matires premires. A cela sajoute que de nombreux gouverne-ments dpendent fortement des investis-sements externes. Lvolution des prix sur le march des matires premires leur permet dobtenir des capitaux relativement facile-ment et de saffranchir des crdits. Aussi ra-gissent-ils la forte demande en appliquant une politique trs favorable aux entreprises. Il en rsulte que si les investissements affluent dans un pays, les taxes et les impts pays par les entreprises ne reprsente quune petite fraction de la valeur des matir