Pierre Puvis de Chavannes Léontine - · PDF fileEn effet, sa pratique du dessin est...

Click here to load reader

  • date post

    10-Sep-2018
  • Category

    Documents

  • view

    212
  • download

    0

Embed Size (px)

Transcript of Pierre Puvis de Chavannes Léontine - · PDF fileEn effet, sa pratique du dessin est...

  • 1

    Pierre Puvis de Chavannes (Lyon 1824 1898 Paris)

    Etude de femme ou portrait de Lontine

    Inscription (en bas droite) : Lontine avant la cristal l isat ion / Caliban / P. Puvis de Ch.

    Pastel et pierre noire 20,5 x 13 cm Provenance : Ancienne collection Joanny Peytel . Exposition : Puvis de Chavannes e t la pe inture lyonnaise du XIXme s ic l e , muse de Lyon, catalogue dexposit ion, 1937, n 55, Portrait de Lontine . Pierre Puvis de Chavannes est considr comme l un des prcurseurs du symbolisme. Dans sa jeunesse, i l frquente les atel iers dAry Scheffer, Thomas Couture et Eugne Delacroix Paris. I l subit galement l influence de Thodore Chassriau et dcouvre l art des primitifs travers le classicisme dIngres. I l entreprend deux voyages successifs en Ital ie, en 1846 et 1848, au cours desquels i l se famil iarise avec les art istes f lorentins et vnit iens de la Renaissance. I l expose pour la premire fois au Salon de 1859 un Retour de chasse qui retient

  • 2

    l attention de la crit ique. I l reoit plusieurs commandes pour de grands cycles dcoratifs : l escal ier du nouveau muse dAmiens en 1861, le muse de Marseil le en 1869, le panthon de Paris en 1874-76, le Palais des BeauxArts de Lyon en 188386, l htel de vi l le de Paris en 189294 et enfin, la Public Library de Boston en 189196. Dans ces grandes peintures murales, i l traduit des thmes historiques et al lgoriques dans un langage monumental . Luti l isation dune gamme colore restreinte, dune facture maigre et dune lumire gale et abstraite confrent ses composit ions un caractre paisible. Ce nest qu partir des annes 1880 que Puvis aborde pour la premire fois la technique du pastel , alors qui l est l apoge de sa carrire professionnelle. I l est engag dans plusieurs projets de dcorations murales et expose rgulirement au Salon. En 1887, une grande rtrospective lui est consacre la Galerie Durand-Ruel. On observe en France, depuis dj une vingtaine dannes, un regain d intrt pour le XVIIIme sicle, considr comme l ge dor du pastel . Jean-Franois Mil let remet la technique au got du jour. La Socit des Pastel l istes, fonde en 1870, a pour ambition de promouvoir le commerce de pastels : en 1885, e l le expose une srie de quatre-vingt-douze pastels du XVIIIme sicle, aux cts duvres dAlbert Besnard, de Giuseppe de Nitt is , dErnest Duez, de James Tissot et dEmile Levy. DurandRuel, par sa qual it de marchand, a probablement encourag Puvis de Chavannes employer cette technique : l uti l isation de la couleur rend les pastels plus sduisants et plus dcoratifs que les dessins monochromes. Leur format intimiste et leur rapidit dexcution prsentent de srieux avantages pour l art iste : plus accessibles que des peintures, i ls sont galement susceptibles de toucher un plus large public. Les pastels de Puvis de Chavannes ont un statut particul ier dans la production graphique de l art iste. En effet, sa pratique du dessin est gnralement destine prparer ses peintures : dans ce cas, les tudes de figures, ral ises daprs modles, sont tradit ionnellement mises au carreau pour le transfert et rassembles dans une composit ion densemble. Les pastels, quant eux, jouent rarement ce rle, car i l s agit gnralement de rinterprtations simplif ies de ses composit ions peintes l huile. Certains peuvent tre considrs comme des tudes indpendantes de ttes et de bustes fminins. Puvis de Chavannes reprsente ici une jeune femme deminue, le buste de trois-quarts, et le visage de profi l . Son corps se dtache sur un fond bleuvert. Dune main, el le retient un lgant drap sur ses hanches. Notre uvre, qui prsente des traces de mise au carreau, est prparatoire un pastel de plus grand format, o figure le mme torse de femme dans un cadrage plus resserr (i l l . 1) . Ce dernier est une tude indpendante, juge digne dtre expose comme tel le aux cts dautres pastels, lors de la rtrospective consacre

  • 3

    Puvis en 1887, o l on peut notamment admirer un torse de f emme vu de dos , aujourdhui conserv Helsinki (il l . 2) , une l i s euse , des baigneuses et plusieurs ttes (non local iss) .

    Les couleurs opaques et lumineuses des pastels , ainsi que leur texture fr iable, offrent aux artistes une nouvelle voie explorer. Les pastels de Puvis de Chavannes plaisent par leur grande simplicit deffet, ainsi que par la trouvail le d intressants modles 1 . Dans ses pastels , les couleurs sches et poudreuses ne sont pas estompes de faon l isse et uniforme. En jouant avec la rserve du papier, l art iste matr ise parfaitement le rendu des carnations, magnifies par des jeux dombres gris bleut. I l prouve ainsi ses qualits de coloriste, qui l a peu souvent l occasion de mettre en avant dans ses peintures. Sous l action dune volont de simplif ication, Puvis rduit notre composit ion l essentiel . Dans la version de la collection Allan Stone (il l . 1), l art iste privi lgie un rendu plus f ini , avec des contours nets et un visage soigneusement dtai l l. Dans notre uvre, i l t ire parti de la douceur du pastel pour reprsenter ce buste sensuel de femme, aux contours estomps. Comme le remarque Fnon, les l ignes et les couleurs se fondent dans un halo brumeux : Par les rythmes troitement conjugus des colorations et des l ignes, ses [ . . . ] pastels ral isent un art de rve, de s i lence, de lents mouvements, de beaut pacif ique .

    1 Gustave Kahn, Exposition Puvis de Chavannes , Revue indpendante de littrature et dart, VI, janvier 1888, p. 146.

    ill. 1 : Pierre Puvis de Chavannes,

    Femme torse nu, vers 1887, pastel, Collection Allan Stone

    ill. 2 : Pierre Puvis de Chavannes, Torse de femme vu de dos, vers 1887,

    pastel, 86 x 54 cm, Helsinki, The Art Gallery of Ateneum, Antell

    Collection

  • 4

    Notre uvre est expose en 1937 au muse des Beaux-Arts de Lyon, comme l indique l t iquette au verso (il l . 3). Au sujet de ce pastel , l auteur du catalogue dexposit ion prcise: la malicieuse inscript ion donne penser qui l faut voir ici un beau modle datel ier qui dans la suite ne fut pas toujours sage, et sans avoir au doigt la bague dun Caliban, ami du peintre . I l nous claire ainsi sur la signification de la mystrieuse inscription Lontine avant la cristal l isation , qui fait vraisemblablement al lusion la l ia ison du modle avec un certain Caliban, dont le surnom, plutt pjoratif , renvoie un personnage de Shakespeare. I l pourrait s agir dEmile Bergerat : cet homme de lettres crit sous le pseudonyme l Homme masqu au Voltaire et Caliban au Figaro . I l est galement directeur de la publication de la Vie Moderne et charg de la rubrique crit ique dart l Of f i c i e l . En 1872, i l pouse Estel le, f i l le de Thophile Gautier. Aprs la mort de ce dernier en 1874, Puvis de Chavannes reste en bons termes avec Emile et Estel le Bergerat, qui vivent Neuil ly. Dans une lettre du 7 mai 1882, Puvis remercie l crivain pour un art icle logieux. Emile Bergerat est aussi l auteur dun pome ddi Puvis en 1895 : Deux aeux t ont lgu leurs domaines divers / Mil let , son travai l leur aux gravits tragiques, / Corot, son Arcadie aux crpuscules verts . Linscription fait probablement rfrence au concept de cristal l isat ion invent par Stendhal dans son ouvrage De l amour , publi en 1822, dans lequel l auteur dcrit le processus d idal isation de l tre aim au dbut dune relation amoureuse : Ce que j appelle cristal l isation, cest l opration de l esprit , qui t ire de tout ce qui se prsente la dcouverte que l objet aim a de nouvelles perfections . Si l on se f ie l inscription ( avant la cristal l isation ) , l excution de notre pastel correspond aux premires tapes dcrites par Stendhal, cestdire l admiration, le plaisir et l esprance. La naissance du sentiment amoureux et la cristal l isat ion semblent trouver leur aboutissement dans la version finale du pastel (il l . 1), o le modle, dcrit plus prcisment, est idal is.

    ill. 3 : Puvis de Chavannes, portrait de Lontine, pastel, verso.

  • 5

    Lorsque le pastel est expos en 1937, i l appartient alors Andr Peytel , hrit ier du clbre collectionneur Joanny Benot Peytel (Paris, 1844-1924). Directeur de la Compagnie de l 'Ouest Algrien, prsident du Conseil d'administration du Crdit algrien et directeur du Crdit foncier, Joanny Peytel participe au f inancement de l 'exposit ion Rodin au Pavil lon de l 'Alma en 1900. I l est aussi connu pour avoir donn au Louvre, en 1914, plusieurs chefs-duvre tels que La Singer ie de Watteau, l 'Autoportra i t de Mil let , l 'Alle l 'Automne de Sisley, ainsi qu'une prcieuse srie d'objets d'art orientaux.

    Amlie du Close l

    Bibliographie en rapport : R. Ballu (prface), Exposi t ion de Tableaux, Paste l s , Dess ins par M. Puvis de Chavannes , 20 novembre - 20 dcembre 1887, Galerie DurandRuel, catalogue dexposit ion, Paris , 1887. Aime Brown Price, Pierre Puvis de Chavannes , the art i s t and his art , vol. 1, p. 140, pl. 179. Puvis de Chavannes au muse des Beaux -Arts de Lyon , 1er octobre - 6 dcembre 1998, Lyon, muse des Beaux-Arts, catalogue dexposit ion, Lyon, 1998.