Nouvelles fantastiques du XIXe si¨cle   Th©ophile Gautier E.T.A. Hoffmann Edgar Allan...

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  • Thophile GautierE.T.A. HoffmannEdgar Allan Poe

    Alphonse DaudetAuguste de Villiers de lIsle Adam

    Robert-Louis StevensonBram StokerJules Verne

    Guy de MaupassantMarcel Schwob

    Nouvelles fantastiques

    du XIXe sicle

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  • i le XVIIIe fut le sicle des Lumires, le suivant fut peut-tre celui des Tnbres. En effet, ceux qui le traversrent se prirent dune fascination maladive pour les vnements

    surnaturels, les cratures dmoniaques, la mort et lau-del. Cette anthologie vous propose de dcouvrir dix nouvelles parmi les plus reprsentatives de la littrature fantastique du XIXe sicle.

    SPrenez donc garde, tmraires lecteurs, car vous tes sur le point

    de rencontrer le diable, vous allez ctoyer les morts et vous assisterez des phnomnes tranges et inquitants. Tout comme moi, vous ne croyez certainement pas ces fadaises, mais lorsque ces fantmes poseront sur votre paule leur main glace, lorsquils vous toiseront de leur regard sans me, vous vous lverez au-del de la raison. Lorsque tout autour de vous ne sera queffroi et dsolation, vous perdrez votre jugement et il ne restera que l'angoisse pour vous accompagner dans la nuit.

    Ces histoires ont impressionn et ravi plusieurs gnrations. Beaucoup d'entre elles s'inscrivent dans la continuit du mouvement romantique. Certaines ont immdiatement t considres comme des uvres majeures et dautres ont, lpoque, t juges plus anecdotiques au regard de lhistoire. Mais le temps, qui seul donne leur vraie valeur aux choses, les a toutes leves au rang de classiques. Vous retrouverez des nouvelles clbres de Thophile Gautier, Guy de Maupassant ou Edgar Allan Poe, et des textes moins connus de Robert-Louis Stevenson (Ltrange cas du

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  • docteur Jekyll et de mister Hyde) ou Bram Stoker (Dracula). galement un petit conte dAlphonse Daudet dont les rsonances cologiques sont dune tonnante actualit, des histoires de Marcel Schwob, Auguste de Villiers de lIsle-Adam ou encore Jules Verne.

    Dix grands noms de la littrature, dix nouvelles fantastiques, merveilleuses, somptueuses

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  • La cafetire 15 min............................................................................... 6Le Diable Berlin 10 min.................................................................16Le corbeau extrait 10 min.............................................................23Dans la mme collection........................................................................26L'application mobile Pause-nouvelle..................................................27 propos de cette dition.......................................................................28

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  • La cafetire 15 min THOPHILE GAUTIER (1831)

    Jai vu sous de sombres voilesOnze toiles,

    La lune, aussi le soleil, me faisant la rvrence,En silence,

    Tout le long de mon sommeil.La vision de Jacob.

    I

    Lanne dernire, je fus invit, ainsi que deux de mes camarades datelier, Arrigo Cohic et Pedrino Borgnioli, passer quelques jours dans une terre au fond de la Normandie.

    Le temps, qui, notre dpart, promettait dtre superbe, savisa de changer tout coup, et il tomba tant de pluie, que les chemins creux o nous marchions taient comme le lit dun torrent.

    Nous enfoncions dans la bourbe jusquaux genoux, une couche paisse de terre grasse stait attache aux semelles de nos bottes, et par sa pesanteur ralentissait tellement nos pas, que nous

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  • narrivmes au lieu de notre destination quune heure aprs le coucher du soleil.

    Nous tions harasss ; aussi, notre hte, voyant les efforts que nous faisions pour comprimer nos billements et tenir les yeux ouverts, aussitt que nous emes soup, nous ft conduire chacun dans notre chambre.

    La mienne tait vaste ; je sentis, en y entrant, comme un frisson de fvre, car il me sembla que jentrais dans un monde nouveau.

    En effet, lon aurait pu se croire au temps de la Rgence, voir les dessus de porte de Boucher reprsentant les quatre Saisons, les meubles surchargs dornements de rocaille du plus mauvais got, et les trumeaux des glaces sculpts lourdement.

    Rien ntait drang. La toilette couverte de botes peignes, de houppes poudrer, paraissait avoir servi la veille. Deux ou trois robes de couleurs changeantes, un ventail sem de paillettes dargent, jonchaient le parquet bien cir, et, mon grand tonnement, une tabatire dcaille ouverte sur la chemine tait pleine de tabac encore frais.

    Je ne remarquai ces choses quaprs que le domestique, dposant son bougeoir sur la table de nuit, meut souhait un bon somme, et, je lavoue, je commenai trembler comme la feuille. Je me dshabillai promptement, je me couchai, et, pour en fnir avec ces sottes frayeurs, je fermai bientt les yeux en me tournant du ct de la muraille.

    Mais il me fut impossible de rester dans cette position : le lit sagitait sous moi comme une vague, mes paupires se retiraient violemment en arrire. Force me fut de me retourner et de voir.

    Le feu qui flambait jetait des reflets rougetres dans lappartement, de sorte quon pouvait sans peine distinguer les personnages de la tapisserie et les fgures des portraits enfums pendus la muraille.

    Ctaient les aeux de notre hte, des chevaliers bards de fer, des conseillers en perruque, et de belles dames au visage fard et aux cheveux poudrs blanc, tenant une rose la main.

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  • Tout coup le feu prit un trange degr dactivit ; une lueur blafarde illumina la chambre, et je vis clairement que ce que javais pris pour de vaines peintures tait la ralit ; car les prunelles de ces tres encadrs remuaient, scintillaient dune faon singulire ; leurs lvres souvraient et se fermaient comme des lvres de gens qui parlent, mais je nentendais rien que le tic-tac de la pendule et le sifflement de la bise dautomne.

    Une terreur insurmontable sempara de moi, mes cheveux se hrissrent sur mon front, mes dents sentre-choqurent se briser, une sueur froide inonda tout mon corps.

    La pendule sonna onze heures. Le vibrement du dernier coup retentit longtemps, et, lorsquil fut teint tout fait

    Oh ! non, je nose pas dire ce qui arriva, personne ne me croirait, et lon me prendrait pour un fou.

    Les bougies sallumrent toutes seules ; le soufflet, sans quaucun tre visible lui imprimt le mouvement, se prit souffler le feu, en rlant comme un vieillard asthmatique, pendant que les pincettes fourgonnaient dans les tisons et que la pelle relevait les cendres.

    Ensuite une cafetire se jeta en bas dune table o elle tait pose, et se dirigea, clopin-clopant, vers le foyer, o elle se plaa entre les tisons.

    Quelques instant aprs, les fauteuils commencrent sbranler, et, agitant leurs pieds tortills dune manire surprenante, vinrent se ranger autour de la chemine.

    II

    Je ne savais que penser de ce que je voyais ; mais ce qui me restait

    voir tait encore bien plus extraordinaire.Un des portraits, le plus ancien de tous, celui dun gros joufflu

    barbe grise, ressemblant, sy mprendre, lide que je me suis faite du vieux sir John Falstaff, sortit, en grimaant, la tte de son

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  • cadre, et, aprs de grands efforts, ayant fait passer ses paules et son ventre rebondi entre les ais troits de la bordure, sauta lourdement par terre.

    Il neut pas plutt pris haleine, quil tira de la poche de son pourpoint une clef dune petitesse remarquable ; il souffla dedans pour sassurer si la forure tait bien nette, et il lappliqua tous les cadres les uns aprs les autres.

    Et tous les cadres slargirent de faon laisser passer aisment les fgures quils renfermaient.

    Petits abbs poupins, douairires sches et jaunes, magistrats lair grave ensevelis dans de grandes robes noires, petits-matres en bas de soie, en culotte de prunelle, la pointe de lpe en haut, tous ces personnages prsentaient un spectacle si bizarre, que, malgr ma frayeur, je ne pus mempcher de rire.

    Ces dignes personnages sassirent ; la cafetire sauta lgrement sur la table. Ils prirent le caf dans des tasses du Japon blanches et bleues, qui accoururent spontanment de dessus un secrtaire, chacune delles munie dun morceau de sucre et dune petite cuiller dargent.

    Quand le caf fut pris, tasses, cafetire et cuillers disparurent la fois, et la conversation commena, certes la plus curieuse que jaie jamais oue, car aucun de ces tranges causeurs ne regardait lautre en parlant : ils avaient tous les yeux fxs sur la pendule.

    Je ne pouvais moi-mme en dtourner mes regards et mempcher de suivre laiguille, qui marchait vers minuit pas imperceptibles.

    Enfn, minuit sonna ; une voix, dont le timbre tait exactement celui de la pendule, se ft entendre et dit :

    Voici lheure, il faut danser. Toute lassemble se leva. Les fauteuils se reculrent de leur

    propre mouvement ; alors, chaque cavalier prit la main dune dame, et la mme voix dit :

    Allons, messieurs de lorchestre, commencez !

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  • Jai oubli de dire que le sujet de la tapisserie tait un concerto italien dun ct, et de lautre une chasse au cerf o plusieurs valets donnaient du cor. Les piqueurs et les musiciens, qui, jusque-l, navaient fait aucun geste, inclinrent la tte en signe dadhsion.

    Le maestro leva sa baguette, et une harmonie vive et dansante slana des deux bouts de la salle. On dansa dabord le menuet.

    Mais les notes rapides de la partition excute par les musiciens saccordaient mal avec ces graves rvrences : aussi chaque couple de danseurs, au bout de quelques minutes, se mit pirouetter, comm