Compte rendu du forum « Les nanomatériaux dans l ...€¦ · alimentaires, leurs avantages et...

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1 Compte rendu du forum « Les nanomatériaux dans l’alimentation. Quelles fonctions et applications ? Quels risques ? » Mercredi 14 octobre 2015, Paris Divers nanomatériaux, notamment des nanocapsules organiques, le nano-argent, le dioxyde de titane et la silice amorphe, sont utilisés par l'industrie agroalimentaire comme composants d'aliments et d'emballages. La consommation de certains produits, de confiseries par exemple, peut aboutir à des expositions digestives non négligeables à du nanotitane. En résulte-t-il une toxicité orale ? La migration de particules depuis certains emballages fonctionnels est-elle possible ? Comment mesure-t-on ces risques ? Dans le cadre du principe de précaution, les molécules « biosourcées », comme la cellulose, peuvent-elles représenter une solution de remplacement des matériaux de la chimie ? Avec : Eric HOUDEAU, INRA, UMR 1331 ToxAlim, Equipe « Développement intestinal, xénobiotiques & immunotoxicologie », Labex SERENADE, Toulouse Marie-Hélène ROPERS, INRA, UR1268 « Biopolymères Interactions Assemblages » (BIA), Labex SERENADE, Nantes Régis LEBOSSÉ, Responsable du Pôle chimie et physico-chimie des matériaux, Direction des Essais, Laboratoire national de métrologie et d'essais (LNE), Trappes Caroline LOCRE, Équipes « Surfaces & Produits fonctionnels » et « Hygiène – Contact alimentaire », Centre technique du Papier, Grenoble
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    Compte rendu du forum

    Les nanomatriaux dans lalimentation. Quelles fonctions et applications ? Quels risques ?

    Mercredi 14 octobre 2015, Paris

    Divers nanomatriaux, notamment des nanocapsules organiques, le nano-argent, le dioxyde de titane et la silice amorphe, sont utiliss par l'industrie agroalimentaire comme composants

    d'aliments et d'emballages. La consommation de certains produits, de confiseries par exemple, peut aboutir des expositions digestives non ngligeables du nanotitane. En

    rsulte-t-il une toxicit orale ? La migration de particules depuis certains emballages fonctionnels est-elle possible ? Comment mesure-t-on ces risques ? Dans le cadre du

    principe de prcaution, les molcules biosources , comme la cellulose, peuvent-elles reprsenter une solution de remplacement des matriaux de la chimie ?

    Avec :

    Eric HOUDEAU, INRA, UMR 1331 ToxAlim, Equipe Dveloppement intestinal, xnobiotiques & immunotoxicologie , Labex SERENADE, Toulouse

    Marie-Hlne ROPERS, INRA, UR1268 Biopolymres Interactions Assemblages (BIA), Labex SERENADE, Nantes

    Rgis LEBOSS, Responsable du Ple chimie et physico-chimie des matriaux, Direction des Essais, Laboratoire national de mtrologie et d'essais (LNE), Trappes

    Caroline LOCRE, quipes Surfaces & Produits fonctionnels et Hygine Contact alimentaire , Centre technique du Papier, Grenoble

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    Sommaire

    Introduction

    1. Quelles sont les nanoparticules utilises dans lalimentation ?

    2. Nanoparticules et alimentation : des preuves de toxicit orale ?

    Exposition

    Devenir du TiO2 aprs exposition orale

    Lintestin oubli

    Mthode dtude des effets immunotoxiques chez le rat

    Rsultats au niveau de lintestin Un risque inflammatoire ?

    Consquences immunitaires chez le rat

    Discussion

    3. Lutilisation des nanomatriaux dans les produits alimentaires (hors emballages)

    Quelle consommation ?

    Pourquoi ces incertitudes ?

    Agglomration et dispersion des nanoparticules

    Devenir dans lorganisme du TiO2

    Conclusion

    Discussion

    4. Nanomatriaux et emballages pour le contact des aliments

    De nombreuses innovations

    Quelques exemples

    Rglementation Lvaluation du risque

    Rsultats des valuations

    Questions en suspens

    5. Les performances des nanomatriaux biosourcs pour les emballages alimentaires

    La feuille de route du CTP

    Nanoparticules utilises dans les couches papier

    Les microfibrilles de cellulose (MFC) 6. Synthse : les points cls des exposs prcdents

    Discussion finale

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    Introduction

    Dorothe Benoit Browaeys

    Le Forum NanoRESP fonctionne depuis trois ans et permet dinstruire des questions dusage des nanomatriaux, de manire transversale. Nous procdons avec un tat des lieux du sujet contenu dans la fiche Repre, mise disposition sur notre site avant la sance. Nous serons attentifs, dans la sance daujourdhui a garder lesprit le fil rouge savoir Quelles peuvent tre les situations critiques dexposition aux nanoparticules par lalimentation ?

    Nous allons investiguer dans un premier temps, avec Eric Houdeau, les possibles toxicits des nanomatriaux inclus dans les aliments, en particulier du dioxyde de titane. Nous verrons ensuite, avec Marie-Hlne Ropers, o on les trouve et leurs fonctions dans les produits alimentaires, ainsi que leur devenir dans lorganisme. Rgis Leboss et Caroline Locre illustreront le rle des nanoparticules dans les diffrents types demballages alimentaires et les problmes quelles soulvent.

    Ces exposs vont nous permettre de mieux comprendre lexposition humaine aux nanomatriaux alimentaires, leurs avantages et leurs inconvnients afin de hirarchiser les problmes et de ne pas globaliser les choses. Chacun de vous est invit apporter sa propre contribution dans les discussions qui suivront.

    Afin de soutenir lenqute commune, une synthse sera faite en dernire partie de sance par Jean Jacques Perrier. Cela permettra de caractriser les points encore obscurs et de hirarchiser les questions.

    Le compte rendu modifie lordre ainsi annonc afin de regrouper dans un premier temps les principales informations relatives aux nanoparticules utilises dans lalimentation.

    1. Quelles sont les nanoparticules utilises dans lalimentation ?

    On rsume ici le dbut des exposs complmentaires dEric Houdeau et de Marie-Hlne Ropers.

    Les nanomatriaux sont utiliss dans lalimentation soit comme additifs, soit dans les emballages et les revtements des rfrigrateurs et conglateurs.

    - La silice amorphe SiO2 (E551) est un agent antimottant (antiagglomrant) pour les prparations en poudres (sel, sucre, soupes...), et un modificateur de viscosit pour la sauce tomate, les vinaigrettes, etc.

    - Le titane TiO2 (E171) est un agent blanchissant pour les confiseries et gteaux. Il est utilis aussi dans les dentifrices (CI77891 de la nomenclature INCI1), une exposition orale qui sajoute celle de lalimentation. Il existe dautres colorants (voir le tableau) que lINRS a suspect de contenir des nanoparticules2.

    - Largent se rencontre rarement dans les aliments mais plutt dans les barquettes et les sachets fracheur. Il est utilis comme agent antimicrobien en surface des parois de rfrigrateurs/conglateurs, et dans des ustensiles de cuisine.

    - Les nanocapsules et micelles de phospholipides, commercialises notamment sous le nom NovaSOL, servent au transport de complments alimentaires, de colorants biocompatibles (E171, E172...), de coenzyme Q10, dacides gras omga-3, de conservateurs...

    1 International Nomenclature of Cosmetic Ingredients 2 http://www.inrs.fr/accueil/dms/inrs/CataloguePapier/ED/TI-ED-6174/ed6174.pdf

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    - Les applications nouvelles sont les proprits barrires, antimicrobiennes et de rsistance des emballages : barrire anti-UV (Oxonica, Air Products...), barrire lhumidit et aux gaz (Honeywell, nanoPack,...), revtement antibactrien (Nanux, BioGate), augmentation de la rsistance de lemballage (PET = poly(trphtalate d'thylne) + nanotubes de carbone)

    - Nanocapteurs (ex. NanoMas) - Etiquetage RFID et capteurs de qualit (ex. Nanoident)

    Applications pour les produits alimentaires (hors emballages)

    Nature

    Fonctions Etiquetage

    Rle de la taille des particules

    Silices SiO2 et silicates* (Ca, Mg, Al, K)

    Antiagglomrant pour des prparations en poudre

    E 551 et E 552-559

    Fluidit

    Dioxyde de titane* TiO2

    Colorant blanc

    E 171 ou dioxyde de

    titane

    Diffusant < 100nm, Rflchissant > 100 nm

    Oxydes, hydroxydes de Fe FeO(OH).xH2O *

    Fe2O3 FeO.Fe2O3

    Colorant jaune, rouge, noir E 172 Changement de couleur

    Aluminium, Argent, Or

    Colorant gris, or

    E 173, E174, E 175

    Taille > 100 nm pour obtenir un aspect mtallique et or

    jaune Carbonate de calcium

    CaCO3

    Correcteur dacidit et agent de charge

    E 170 ou carbonate de

    calcium

    Surface spcifique (ractivit)

    Chlorure de calcium CaCl2

    Epaississant

    E 509

    Soluble donc nanoparticules ltat sec seulement

    * Substances ltat nanoparticulaire dclares dans la dclaration annuelle, section produits alimentaires, Anses 2014. http://www.developpement-durable.gouv.fr/IMG/Rapport_public_format_final_20131125.pdf

    Types de nanomatriaux utiliss dans les produits alimentaires et le contact alimentaire3

    Le risque des particules organiques nest pas valu car lorganisme sait les mtaboliser. Pour les particules inorganiques ou de composition mixte organique-inorganique, le risque

    3 R. Peters et al., Inventory of Nanotechnology applications in the agricultural, feed and food sector, EFSA supporting publication 2014:EN-621. http://www.efsa.europa.eu/en/supporting/doc/621e.pdf

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    doit tre valu puisqu'elles sont exognes lorganisme humain et non mtabolisables, comme le dioxyde de titane. La connaissance de ltat nanoparticulaire de ces matriaux utiliss dans lalimentation est encore lacunaire. Le registre R-nano va permettre dacclrer leur caractrisation.

    Applications dj disponibles sur le march 3

    Applications venir sur le march (en R&D) 3

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    2. Nanoparticules et alimentation : des preuves de toxicit orale ?

    Eric Houdeau, Toxalim, https://www6.toulouse.inra.fr/toxalim

    Nous dveloppons ici le cas du dioxyde de titane (TiO2, E171). Le sujet est d'actualit, suite lintervention tlvise en mars dernier de Jos Bov4 ou encore la ptition lance aux Etats-Unis en juin 20145, qui demandaient de supprimer le dioxyde de titane respectivement des produits de confiserie et des desserts lacts.

    Exposition Le TiO2 n'a aucune proprit intressante pour les aliments si ce n'est d'apporter de la blancheur. Mais les niveaux estims d'exposition alimentaire chez l'homme se chiffrent en milligrammes par jour. Lorsque vous vous inquitez de perturbateurs endocriniens comme le bisphnol A, il s'agit de doses au maximum de 0,5 1 microgramme par kg et par jour. Pour le dioxyde de titane, les doses sont 1 000 fois plus importantes : chez ladulte de 0,2 1 mg/kg poids corporel/jour, et chez lenfant / adolescent aux Etats-Unis de 1 3 mg/kg/jour (jusqu' un maximum estim 6 mg au Royaume-Uni pour les plus exposs), du fait probablement que les enfants sont de plus grands consommateurs de confiseries6, 7.

    LE171 est autoris depuis 19698 sur la base de sa trs faible absorption intestinale (infrieure 5%). Sur ce constat, il n'a pas t fix de valeur toxique de rfrence (VTR) pour lhomme du type Dose journalire admissible . Aujourdhui, les mesures montrent que le dioxyde de titane commercial utilis pour lalimentation contient une part allant jusqu 40 % de nanoparticules (taille infrieure 100 nm). A la fin des annes 1960, il y avait sans doute moins de nanoparticules dans le titane alimentaire. Ce sont les procds de transformation qui ont conduit une forte proportion de nanoparticules dans les poudres de titane fabriques actuellement. De mme, dans des matrices alimentaires telles que les chewing-gums, la proportion de nanoparticules est importante (on peut le savoir en les extrayant dans leau)9.

    Devenir du TiO2 aprs exposition orale Daprs les tudes in vitro mettant du nanotitane au contact de cellules, ces particules ont une grande varit deffets : gnotoxicit, stress oxydant, apoptose, inflammation Il est cependant difficile de tirer des conclusions de toxicit orale chronique en transposant des tudes in vitro. Celles-ci nous rvlent seulement la toxicit susceptible d'apparatre dans des conditions d'exposition in vivo.

    Il existe peu d'tudes in vivo, essentiellement menes chez lanimal. Selon leurs rsultats, aprs analyses en microscopie lectronique, aux rayons X et en spectromtrie de masse, des nanoparticules de TiO2 aux doses fortes ( 100 mg/kg/jour et plus) peuvent se retrouver au bout de quelques jours dans le foie, la rate, le cur, les reins, le cerveau, et les glandes

    4 Voir par exemple http://tempsreel.nouvelobs.com/planete/20150317.OBS4823/jose-bove-appelle-au-boycott-des-m-m-s-et-des-chewing-gum-hollywood.html 5 http://veillenanos.fr/wakka.php?wiki=PetitionDanoneNTiO2YaourtsALaGrecque 6 A. Weir et al., Titanium dioxide nanoparticles in food and personal care products. Environ Sci Technol. 2012 Feb 21;46(4):2242-50. http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3288463/ 7 M.C. Lomer et al., Dietary sources of inorganic microparticles and their intake in healthy subjects and patients with Crohn's disease. Br J Nutr. 2004 Dec;92(6):947-55. http://dx.doi.org/10.1079/BJN20041276 8 Joint FAO/WHO Expert Committee on Food Additives (JECFA). Voir : http://www.codexalimentarius.net/gsfaonline/additives/details.html?id=184 http://www.fao.org/ag/agn/jecfa-additives/specs/monograph13/additive-466-m13.pdf 9 X.X. Chen et al., Characterization and preliminary toxicity assay of nano-titanium dioxide additive in sugar-coated chewing gum. Small. 2013 May 27;9(9-10):1765-74.

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    endocrines10, 11. Cependant, laccumulation observe chez lanimal dans les organes correspond souvent des doses qui ne refltent pas lexposition relle des humains.

    De plus, on sait que le nanotitane est limin dans les selles 95 %. Seuls 5 % sont susceptibles dtre absorbs au niveau intestinal. Cela parat peu. Par exemple, lquipe de Roberta Tassinari et Francesco Cubbada (Institut de sant de Rome)12 a observ chez des rats, partir dune exposition semblable celle de lhomme (1 2 mg/kg/jour), une concentration de titane dans la rate de 0,046 microgrammes par gramme de poids frais, contre 0,036 microgrammes par gramme aprs traitement par de l'eau distille. La diffrence parat faible, mais elle montre quil peut y avoir dans le temps une accumulation de dioxyde de titane, donc une absorption intestinale, et un impact potentiel sur le long terme.

    Notons que si le contrle indique la prsence de titane c'est que ce mtal se trouve dans lenvironnement, par exemple dans les racines des crales et des lgumes.

    Lintestin oubli En outre, plusieurs recherches pointent une accumulation de nanotitane (mais aussi de dioxyde de silice et de silicate d'aluminium) dans les plaques de Peyer de lintestin grle chez lhomme13, 14, 15. Ces plaques sont remplies de cellules immunitaires impliques dans la tolrance aux antignes alimentaires et la lutte contre les bactries pathognes. Les tudes montrent que des pigments alimentaires sy accumulent avec l'ge, donc avec la consommation.

    Mthode dtude des effets immunotoxiques chez le rat Pour tudier les effets du nanotitane sur les plaques de Peyer de lintestin grle, on disperse par sonication des nanoparticules de TiO2 en suspension dans leau et on les administre oralement des rats aux doses de 10 mg/kg/jour pendant 1 semaine (exposition aigue) et 100 jours (exposition chronique). Ds une semaine de traitement, on examine leur distribution dans les tissus et sur cellules isoles (lymphocytes de diffrents types, cellules dendritiques).

    Il est indispensable de choisir pralablement :

    - Un rfrentiel nano-dimensionn : dans notre cas, il sagit du P25 (NM-105), bien caractris au niveau europen (dans le cadre de tests de scurit sur le titane parrains par l'OCDE), trs homogne pour sa taille, sphrique, strictement infrieur 100 nm et comprenant du titane anatase 85 %, soit la forme cristalline majoritairement retrouve dans les additifs alimentaires.

    10 W.S. Cho et al., Comparative absorption, distribution, and excretion of titanium dioxide and zinc oxide nanoparticles after repeated oral administration. Part Fibre Toxicol. 2013 Mar 26;10:9.

    http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3616827/ 11 G. Janer et al., Cell uptake and oral absorption of titanium dioxide nanoparticles. Toxicol Lett. 2014 Jul 15;228(2):103-10. 12 R. Tassinari et al., Oral, short-term exposure to titanium dioxide nanoparticles in Sprague-Dawley rat: focus on reproductive and endocrine systems and spleen. Nanotoxicology. 2014 Sep;8(6):654-62. 13 J.J. Powell et al., Dietary microparticles and their impact on tolerance and immune responsiveness of the gastrointestinal tract. Br J Nutr. 2007 Oct;98 Suppl 1:S59-63. http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC2737314/ 14 M. Butler et al., Dietary microparticles implicated in Crohn's disease can impair macrophage phagocytic activity and act as adjuvants in the presence of bacterial stimuli. Inflamm Res. 2007 Sep;56(9):353-61. 15 T.Z. Hummel et al., Exogenous pigment in Peyer patches of children suspected of having IBD. J Pediatr Gastroenterol Nutr. 2014 Apr;58(4):477-80.

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    - Un additif reprsentatif du march. Les E171 disponibles sur le march ont une distribution de taille trs htrogne (17 % 40 % de nanoparticules)16. La dfinition europenne stipule que le nanomatriau doit comporter au moins 50 % de substances nanostructures. Mais il y a un alina qui prcise qu'on peut ramener ce taux 1 % lorsqu'il s'agit de questions de scurit sanitaire notamment. Dans notre cas on achte un colorant blanc sur un site commercial en France, on regarde aux rayons X la nature des lments de cette poudre (puret), on compare avec le rfrent sa composition en anatase. Lchantillon utilis comptait 45 % de nanoparticules.

    Rsultats au niveau de lintestin Le devenir des particules dans lintestin chez le rat a t tudi par imagerie Synchrotron-DiffaBs aprs une semaine de traitement par de lE171 (soniqu 10 mg/kg/jour), soit une dose juste suprieure au maximum observ chez l'enfant.

    Rsultat : on observe des particules dans les plaques de Peyer du jjunum (grle), dans les cellules pithliales du clon et galement dans le foie (les particules y parviennent par la veine porte). Les particules passent de la lumire de lintestin dans la paroi et la circulation sanguine au travers des entrocytes (i.e. les cellules pithliales de l'intestin) et entre elles17 . En outre, les plaques de Peyer sont une porte dentre dans le systme immunitaire : une exprience du groupe de Marie Carrire, du CEA de Grenoble, montre que lon peut reproduire in vitro des pithliums intestinaux ; on constate alors que plus lpithlium est proche de celui qui borde les plaques de Peyer plus l'accumulation est grande18.

    Un risque inflammatoire ? Des chercheurs ont regard la quantit des pigments minraux dans les plaques de Peyer chez des malades touchs par les maladies inflammatoires intestinales, la maladie de Crohn ou la rectocolite hmorragique. Rsultat : il y a en autant chez les tmoins que chez les malades. Il ny a donc pas de relation causale entre la prsence de ces pigments minraux et la maladie.

    Toutefois in vitro, en prsence dantignes bactriens (de type LPS) qui pr-stimulent les cellules immunitaires, les additifs minraux particulaires (E171 mais aussi E559 et silicate d'aluminium) peuvent agir comme adjuvants pour induire la libration de mdiateurs immunitaires pro-inflammatoires (les cytokines tel le TNF alpha et linterleukine 8), en particulier chez des patients souffrant de maladie de Crohn12.

    Cela veut dire que dans des conditions o une maladie inflammatoire intestinale s'installe ou est installe, la prsence de dioxyde de titane, de silice ou de silicate d'aluminium est susceptible, en raison de leurs proprits d'adjuvants, d'exacerber la rponse inflammatoire. C'est peut-tre a finalement le danger, augmenter la svrit des maladies.

    Consquences immunitaires chez le rat Daprs ltude en spectromtrie de masse des ions secondaires (SIMS, Secondary Ion Mass Spectrometry) on bombarde une coupe de tissu d'ions primaires qui dcrochent les ions secondaires, que lon peut analyser par spectromtrie la cartographie obtenue montre

    16 Y. Yang et al. Characterization of food-grade titanium dioxide: the presence of nanosized particles. Environ Sci Technol. 2014 Jun 3;48(11):6391-400. 17 S. Bettini & E. Houdeau, Exposition orale aux nanoparticules de dioxyde de titane (TiO2) : du franchissement de l'pithlium buccal et intestinal au devenir et aux effets dans lorganisme. Biol Aujourdhui. 2014;208(2):167-75. 18 E. Brun et al., Titanium dioxide nanoparticle impact and translocation through ex vivo, in vivo and in vitro gut epithelia. Part Fibre Toxicol. 2014 Mar 25;11:13. http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3987106/

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    la prsence de dioxyde de titane dans les cellules immunitaires, y compris dans leur ADN (Thse de Sarah Bettini en cours).

    La dure de traitement oral se traduit par une diminution des lymphocytes T rgulateurs (Treg, impliqus dans la tolrance orale) et des cellules dendritiques (prsentatrices dantignes). Il en rsulte un dsquilibre de lhomostasie immunitaire avec un effet immunosuppressif au niveau intestinal. Mais au niveau de la rate on promeut un effet pro-inflammatoire, en particulier pour certains mdiateurs connus comme facteur de susceptibilit aux maladies auto-immunes.

    Discussion

    Caroline Ptigny, BASF

    Les chantillons de TiO2 sont-ils pour certains sans nanoparticules ?

    Michel Donat, Nestl France

    Il est probable mon avis qu'on puisse trouver sur le march du TiO2 non nanomtrique pour usage en tant quingrdient alimentaire.

    E. Houdeau

    A ma connaissance, il nexiste pas dchantillon commercial de TiO2 non nanomtrique : soit le dioxyde de titane est strictement nano-dimensionn, dans le cadre de l'OCDE par exemple, soit il sagit de mlanges de micro et de nanoparticules. On ne trouve pas de TiO2 de qualit alimentaire au-dessus de 400 nm.

    C. Ptigny

    On ne sait donc pas si les rsultats que vous avez dcrits sont spcifiques des nanoparticules de titane ou pas ?

    E. Houdeau

    Exactement. Soit ils sont spcifiques des nanoparticules de titane, soit ce sont de nouveaux effets de la substance chimique TiO2 indpendants de ses formes nanomtriques. Les deux effets peuvent aussi sajouter. Mais quel que soit le mcanisme, on observe bien des effets pro-inflammatoires.

    Aline Read, Centre d'Information sur l'Environnement et d'Action pour la Sant

    Etudiez-vous les substances en fonction de l'alimentation des gens et de leur mode de vie ?

    E. Houdeau

    Pour le moment, nous tudions la substance en la plaant dans les conditions relativement similaires celles que l'on rencontre chez l'enfant, pendant une semaine et avec une observation 100 jours. Les estimations d'exposition chez l'homme sont dj bases sur le mode d'alimentation des populations aux Etats-Unis et au Royaume Uni.

    A. Read

    Comment transposer l'homme ? Pourrait-on utiliser des autopsies ? Par ailleurs, peut-il y avoir des effets cocktails de diffrentes nanoparticules ?

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    E. Houdeau

    On pourrait effectivement faire des quantifications dans des organes aprs dcs. Mais quest-ce que cela nous apprendra ? Pourra-t-on relier le rsultat des informations sur le rgime alimentaire et le mode de vie ? Ce serait trs difficile interprter. Quant aux effets cocktails, il faut savoir quils sont probablement ce qu'il y a de plus dur analyser en toxicologie.

    D. Browaeys

    Ce travail sur le TiO2 pourrait-il s'tendre aux autres oxydes mtalliques et la silice ?

    E. Houdeau

    Tous les oxydes de mtaux n'ont pas le mme comportement. Certains s'ionisent (oxyde de cuivre, de zinc) et se solubilisent, d'autres pas. Le dioxyde de titane nest a priori pas soluble. Pour autant, une part est peut-tre soluble, en lien avec le rle de la flore intestinale (le microbiote intestinal), mais a na jamais t tudi. Comme je lai mentionn, leffet adjuvant et pro-inflammatoire du nanotitane semble exister aussi pour le E559 et le silicate daluminium. La nanosilice, par exemple, traverse l'intestin, passe dans le foie, on la retrouve dans les noyaux des cellules hpatiques (hpatocytes), avec une gnotoxicit potentielle. Mais cette gnotoxicit existe-t-elle dans les conditions d'exposition normales ? De mme, on na jamais constat de gnotoxicit in vivo du nanotitane mais elle a t dmontre in vitro des concentrations leves en exposition continue. On sait aussi que l'hydroxyapatite provoque du stress oxydant mais ces rsultats sont difficiles comparer car personne ne travaille avec les mmes protocoles.

    D. Browaeys

    Il y a quelques annes, vous aviez voqu le rle de perturbateurs endocriniens du nanotitane. Quen est-il ?

    E. Houdeau

    Cest un jeu de mots, car ds que vous trouvez des nanoparticules au niveau des ovaires, il se produit des modifications de la production dhormones. On extrapole donc l'ide que ces particules perturberaient le systme endocrine, mais les mcanismes sont diffrents de ceux des substances appeles perturbateurs endocriniens comme le bisphnol A.

    D. Browaeys

    Passons maintenant aux questions des situations d'usage et d'exposition des nanomatriaux alimentaires avec Marie-Hlne Ropers.

    3. Lutilisation des nanomatriaux dans les produits alimentaires (hors emballages)

    Marie-Hlne Ropers, http://www6.angers-nantes.inra.fr/bia

    Quelle consommation ? Daprs le registre R-nano de lAnses, lalimentaire ne reprsente que 2,6% des applications dclares en 2013, ce qui ne veut pas dire qu'en tonnage ce soit la mme chose. Comme la indiqu Eric Houdeau, la consommation de certains nanomatriaux, comme le dioxyde de titane, compltement exogne l'alimentation, est importante. Elle varie selon les habitudes

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    alimentaires, donc la situation gographique, et la disponibilit des plats tout prts, des confiseries, etc. En moyenne, la consommation de dioxyde de titane est de lordre de 2,5 mg/personne/jour19. Il faut y ajouter, comme dj signal, les apports oraux non alimentaires : les mdicaments par voie orale (15 mg/j/personne), le dentifrice, et les complments alimentaires (silice, oxydes de fer, dioxyde de titane, 37,5 mg/j/personne). Il nexiste en revanche aucune estimation prcise du nombre de particules nanomtriques ingres ! De plus, on ne connat pas la forme sous laquelle se trouvent les additifs dans les aliments (particules isoles ou agglomres).

    Pourquoi ces incertitudes ? Lincertitude sur le calcul dexposition au TiO2 vient d'abord de la variabilit de la proportion de particules infrieures 100 nm entre lots et entre fabricants : les donnes fournies par des quipes de recherche varient de 17 % 44 %. Il faut ajouter que la forme physique du titane varie aussi, certains chantillons ayant plus danatase, dautres plus de rutile.

    La caractrisation des nanomatriaux est trop rcente pour que nous soyons au clair. Dans les annes 1930-1960, lautorisation dincorporation dans les aliments de substances dites additifs alimentaires apportant une fonction technologique (colorants, antiagglomrants) reposait sur 5 critres physico-chimiques : puret, synthse, quantit, structure et toxicit. La taille ne faisait pas partie de ces critres. La dmocratisation des microscopes lectroniques hors des laboratoires dans les annes 1970, puis la multiplication des critres didentification du caractre nanomtrique de particules dans les annes 2000 (dfinition retenue par la commission europenne), ont permis damliorer considrablement cette caractrisation.

    Aujourdhui, il existe 15 critres physico-chimiques (Recommandations de lAutorit Europenne de Scurit des Aliments, EFSA, 2011), dont 8 essentiels : composition, taille des particules, agrgation/agglomration, forme, surface spcifique, chimie de surface; charge de surface, solubilit/dispersibilit, auxquels sajoutent des critres toxicologiques classs selon un arbre de dcision.

    Agglomration et dispersion des nanoparticules La toxicit des nanomatriaux reste difficile apprcier notamment parce que leur comportement change selon le milieu. Par exemple, les nanoparticules ont tendance sagglomrer en milieu aqueux ou acide et retrouver une individualit en milieu basique. Par exemple la silice est particulaire en milieu salivaire, agglomre aprs acidification dans l'estomac et de nouveau particulaire dans l'intestin pH neutre, suivant une tude ralise sans les protines. Autre facteur de difficult : il nexiste pas une forme dun nanomatriau mais plusieurs. Ainsi la silice peut tre pyrognique , faite de billes nanomtriques (5 10 nm) agrges (30 50) et agglomres (100nm 100 m), ou peut tre prcipite faite de billes nanomtriques (5 10 nm) non agrgs mais agglomres.

    Les protines des fluides organiques changent aussi le comportement des nanoparticules. En culture cellulaire, le TiO2 s'entoure d'une couronne de protines : au fur et mesure que le milieu est complexe riche en protines, les particules se dispersent nouveau.

    Devenir dans lorganisme du TiO2 Si le dioxyde de silice est limin dans les matires fcales 95 %, les 5 % restants sont loin d'tre ngligeables dans la mesure o on observe un transfert travers la paroi intestinale chez le rat et chez lhumain. Lorganisation de la paroi intestinale est perturbe

    19 E. Frhlich & E. Roblegg, Models for oral uptake of nanoparticles in consumer products. Toxicology. 2012 Jan 27;291(1-3):10-7. http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3273702/

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    par des particules de E17120. Chez le rat, le stockage dans le foie et la rate de nanoparticules de titane, et leur lente limination de ces tissus ont t constats21. Leur persistance dans les parois intestinales et leur lien hypothtique avec les maladies inflammatoires de lintestin posent question. Ces constats ont conduit Boris Jovanovi, de l'universit Ludwig Maximilian de Munich, affirmer que le TiO2 ne remplit plus les critres qui avaient conduit autoriser son utilisation dans lalimentation en 1969 : Une rvaluation de la scurit du TiO2 comme additif dans lalimentation humaine doit tre ralise immdiatement par les agences gouvernementales comptentes. 22

    Conclusion Malgr leurs fonctions assez varies, leurs applications, leurs avantages, les nanomatriaux alimentaires posent des questions non rsolues : notamment les formes prsentes dans les aliments, et le devenir de la partie absorbe par lintestin, mme si elle est minoritaire par rapport la partie limine. La mise sur le march de nouveaux additifs nanomtriques semble peu probable compte tenu de ces incertitudes et dans la mesure o les industriels manquent d'enthousiasme leur gard. Lheure est au naturalisme !

    Discussion

    D. Browaeys

    Les 15 critres de caractrisation des nanomatriaux concernent-ils les nouveaux aliments (Novel foods) ou seulement les additifs ?

    M.H. Ropers

    Ils concernent tous les additifs alimentaires caractre nanomtrique.

    Raphal de Thoury, NanoInspect

    Les formes d'incorporation des nanomatriaux doivent tre diffrentes dans un chewing-gum et dans une poudre. A-t-on tudi l'impact de ces formes puisquon peut avoir plus de craintes vis--vis des poudres que des matrices qui emprisonnent les nanoparticules ?

    M.H. Ropers

    Comme je lai dit, la forme sous laquelle se trouvent les nanomatriaux dans les aliments n'est gnralement pas connue. La toxicit est value sur des particules disperses. Il faut aussi savoir que le dioxyde de titane a t class comme possiblement cancrogne par inhalation.

    M. Donat

    En tant quutilisateurs d'additifs qui sont soumis un processus d'autorisation pralable leur mise sur le march, nous nous reposons sur le fait que le dioxyde de titane et le dioxyde de silice ont t valus plusieurs fois dans le pass et donc rputs safe . Cependant, ces valuations nont pas forcment t conduites en prenant en compte la spcificit de

    20 J.J. Faust et al., Food grade titanium dioxide disrupts intestinal brush border microvilli in vitro independent of sedimentation. Cell Biol Toxicol. 2014 Jun;30(3):169-88. 21 L. Geraets et al., Tissue distribution and elimination after oral and intravenous administration of different titanium dioxide nanoparticles in rats. Part Fibre Toxicol. 2014 Jul 3;11:30. http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC4105399/ 22 B. Jovanovi, Critical review of public health regulations of titanium dioxide, a human food additive. Integr Environ Assess Manag. 2015 Jan;11(1):10-20. http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC4309481/

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    leur forme nano . Nous avons donc besoin dune rassurance sur leur scurit demploi en tant quingrdients alimentaires. Concernant le dioxyde de titane, il est utilis parfois (et autoris dans lalimentaire) pour sa fonction de colorant blanc. On nous dit que pour assumer cette fonction il est majoritairement sous une forme non nanomtrique.

    M.H. Ropers

    Pour le titane, il est clair que les facteurs d'autorisation ne sont plus les mmes que ceux de 1969.

    M. Donat

    Il faut pour autant viter de jeter lopprobre sur ces additifs, qui restent de bons auxiliaires techniques, et sinterroger sur les alternatives avant de les bannir. En cosmtique, tous les parabnes ont t remplacs, cause de leur image trs ngative plus que de leur possible toxicit, par des substituts, mais ceux-ci sont-ils plus srs ?23

    Franoise Roure, ministre de lconomie, de lindustrie et du numrique

    Pour la caractrisation des nanomatriaux, la toxicit change compltement avec la longueur des fibres, comme cest le cas pour les nanotubes de carbone. A-t-on cette approche diffrencie pour les tudes sur lalimentation ? Par ailleurs sur le terme de rassurance prononc par M. Donat, il faudrait sinterroger sur le contenu de ce terme et comment un dialogue entre les parties prenantes peut le prendre en compte.

    M.H. Ropers

    Nous faisons trs attention la caractrisation des nanomatriaux que nous utilisons. En effet, il y a des variations de toxicit selon la longueur des particules, comme pour les nanotubes de carbone.

    4. Nanomatriaux et emballages pour le contact des aliments

    Rgis LEBOSS, LNE http://www.lne.fr/

    De nombreuses innovations Le secteur des emballages des produits alimentaires est marqu par de nombreuses innovations qui prennent en comptent plusieurs enjeux :

    - la lutte contre le gaspillage : multiplication des petits contenants pour la consommation nomade, les portions individuelles et la silver conomie ;

    - les contraintes cologiques : coconception, emballages biosourcs ; - la rduction de limpact environnemental : recyclabilit, conomie circulaire, e-

    commerce ; - la rduction des cots, sans sacrifier le service et le design ; - le dveloppement de proprits fonctionnelles : rsistance, praticit, effets barrire,

    information, emballages intelligents.

    23 NDLR : Certains parabnes sont encore en cours d'valuation. Voir http://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?uri=celex:32014R0358. Pour la discussion sur leur toxicit, voir F. Castelain & M. Castelain, Parabens: a real hazard or a scare story? Eur J Dermatol. 2012 Nov-Dec; 22(6):723-7. L'un des principaux conservateurs de synthse utiliss pour remplacer les parabnes dans les cosmtiques est le mthylisothiazolinone. Or il a des proprits allergnes reconnues. Voir O. Aerts et al. Contact allergy caused by methylisothiazolinone: the Belgian-French experience. Eur J Dermatol. 2015 May-Jun; 25(3):228-33.

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    Les nanomatriaux sont mis en uvre pour les 4 derniers enjeux, notamment la rduction des cots et les fonctionnalits.

    Quelques exemples - Le nitrure de titane dans des bouteilles de PET poly(trphtalate d'thylne) pour

    le stockage de l'eau. D'aprs les industriels, ce nanomatriau fournit des proprits de rchauffage du PET, des proprits thermiques et des gains de productivit.

    - Le nitrure de titane dans des films de LDPE (polythylne de basse densit) apporte des proprits mcaniques, des proprits barrires aux gaz et des proprits optiques. Les industriels avancent aussi la rduction d'paisseur du matriau.

    - Les nanoparticules de zolite (silicate dalumine) dans des films dEVOH (ethylne alcool vinylique), matriau trs utilis dans l'emballage rigide alimentaire pour ses proprits barrires aux gaz. Le film tant relativement fragile et instable, plac entre deux couches de polymre, la zolite lui donne des proprits de stabilit et rsistance loxydation.

    - Les nanoparticules dargent dans les revtements de matriaux au contact des aliments ont des proprits antibactriennes et antifongiques.

    - Les nanocristaux de polysaccharides dans des films de PLA (acide polylactique) constituent un matriau biosourc, biodgradable, aux bonnes proprits mcaniques et barrires.

    - Beaucoup d'autres exemples de nanomatriaux, dans les encres et les puces notamment, offrent des perspectives d'innovation dans les emballages alimentaires.

    Rglementation Indniablement, la scurit sanitaire du consommateur est une proccupation essentielle des industriels de lemballage et des matriaux au contact des aliments (Rglement cadre CE n1935/2004). Cependant, la garantie de la scurit sanitaire du consommateur dans le domaine des nanoparticules pour les emballages sappuie sur une rglementation peu prcise (tel le Rglement spcifique 10/2011 sur les matriaux en matire plastique). Elle prconise une analyse au cas par cas, nexige pas de seuil pour les nanoparticules, ni dtiquetage spcifique pour les emballages.

    Le dpt dun dossier auprs de lAutorit europenne de scurit des aliments (EFSA) pour la mise sur le march dun emballage contenant un nanomatriau se droule donc selon une approche au cas par cas incluant une valuation du risque de transfert des nanoparticules dans les aliments.

    Lvaluation du risque Risque = Danger (toxicit des substances) x Occurrence (phnomnes de migration ou de transfert du matriau vers l'aliment)

    Les phnomnes de migration des nanoparticules sont lis plusieurs paramtres : temprature, thermodynamique et cintique (forme et taille) des particules, concentration (trs faible souvent), structure du matriau (les zones amorphes sont plus propices au dplacement des particules), paisseur et gomtrie du matriau (la surface de contact avec les aliments).

    Il existe deux approches pour mesurer ces migrations :

    - En laboratoire avec un simulant (acide actique, thanol, huile, etc.) dans des conditions de temprature et de contact normes. On mesure alors la quantit de nanoparticules qui a migr vers le simulant. Les difficults techniques concernent la caractrisation des nanoparticules.

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    - Par modlisation des phnomnes de transfert des nanoparticules dans les matriaux demballages : il sagit de prdire la concentration des nanoparticules au cours du temps. Cest une approche de plus en plus utilise. Elle permettrait terme de prdire les migrations en fonction du temps pour 30 % des emballages.

    Rsultats des valuations Daprs le peu d'tudes disponibles ralises, notamment sur polythylne dans les conditions standards, il ny a pas de migration mesure de nanoparticules. Cela ne permet pas de conclure dfinitivement. Des travaux de recherche sur les mthodes de mesure et de caractrisation de la migration restent ncessaires.

    Questions en suspens - Cas des emballages actifs / intelligents (Rglement spcifique CE n450/2009) - Potentiel de recyclage des emballages nanostructurs - Impact environnemental de la fin de vie (enfouissement/incinration) - Toxicit chronique et bioaccumulation : quels impacts long terme ? - Cas des substances ajoutes non intentionnellement (NIAS, non Intentionally

    Added Substances), impurets ou substances non prsentes initialement dans lemballage et qui peuvent se former au cours du temps par raction ou dgradation.

    5. Les performances des nanomatriaux biosourcs pour les emballages alimentaires

    Caroline Locre, http://www.webctp.com/

    Le Centre technique du papier (CTP) est un centre technique industriel ddi la filire papetire. Il sintresse entre autres la transformation et la fonctionnalisation des emballages papier et carton pour obtenir des effets barrires aux gaz et lhumidit tout en tenant compte de la scurit des consommateurs et de la fin de vie des matriaux, afin de les recycler et dviter leur incinration ou leur enfouissement.

    La feuille de route du CTP Le CTP vise dvelopper des matriaux demballages partir des lignocelluloses, biopolymres qui pourront remplacer en partie les matriaux ptrosourcs actuellement majoritaires. Le papier (la cellulose) possde des atouts pour constituer les matriaux demballage du futur : cest un biomatriau recyclable et biodgradable, imprimable et apte la transformation.

    Mais un papier, tel quel, ne suffit pas : il faut lui donner des proprits barrires, des fonctionnalits, des performances en milieu ou atmosphre humide, des formes en 3 dimensions. Il faut en outre tre capable de raliser des dveloppements spcifiques en fonction du produit emballer, de multiplier les fonctions demandes lemballage, de suivre lvolution des rglementations tout en sinscrivant dans la chane de valeur des emballages (matires premires, fabrication, transformation, recyclage). Les nanoparticules peuvent rpondre certaines de ces problmatiques.

    Nanoparticules utilises dans les couches papier Les papiers dits couchs sont des papiers traits en surface (soit environ 50% des papiers et cartons actuels). La sauce de couchage, dpose la surface des papiers par diffrents procds, est typiquement une dispersion de pigments, liants, adjuvants (papiers impression-criture) ou une mulsion de polymre, de cire, etc. (couches barrires), le papier lui-mme apportant la rsistance mcanique et l'aptitude la transformation.

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    Les nanoparticules peuvent tre ajoutes dans la sauce de couchage selon lutilisation finale du papier :

    Impression ou criture : carbonate de calcium prcipit, silice collodale, prcipite (gel de silice), ou pyrogne pour une meilleure imprimabilit, notamment dans le cas de technologies dimpression comme le jet dencre.

    Barrire aux gaz et lhumidit : amlioration des proprits barrires via linclusion de nanoargiles, nanotalcs, nanoparticules damidon, microfibrilles de cellulose, styrne malimide

    Papiers de spcialit : effet anti-adhrence, antimicrobien (nanoargent) ou effet photocatalytique (nanotitane). Leffet antimicrobien sexerce soit par relargage et diffusion, soit par contact direct :

    o Par relargage, la diffusion dcroit au cours du temps. Exemples : Triclosan (textiles, Microban), enzymes (ex. Lysozyme), acides organiques (ex. acide sorbique), bactriocines (ex. Nisin)

    o Par contact, leffet est direct et persiste plus longtemps. Exemples : Chitosan (textiles), Argent (AgIONTM), composs ammonium quaternaire

    Lusage des nanoparticules doit tre modr car elles cotent 10 40 fois plus que des pigments conventionnels. Elles doivent apporter une fonctionnalit suffisante.

    Les microfibrilles de cellulose (MFC) Les MFC sont tudies en papeterie depuis quelques dizaines d'annes. De taille nanomtrique, elles sont obtenues par traitement chimique et mcanique de fibres de cellulose tires de bois et de vgtaux24. Elles vont tre de plus en plus utilises car leurs proprits sont trs intressantes :

    - Leur diamtre est de 20 - 50 nm, avec une longueur de l'ordre du micron. - Elles sont fabriques partir de cellulose, matriau biosourc et trs abondant, donc

    intressantes en remplacement de sources fossiles. - Elles sont fabriques en suspension dans leau. - Elles ont de bonnes caractristiques physiques : faible densit, surface spcifique

    leve, rsistance mcanique leve, stabilit thermique 200C. - Leurs proprits l'oxygne et la vapeur deau sont comparables celles de

    certains polymres. - On peut les modifier chimiquement pour les fonctionnaliser avec par exemple des

    produits antimicrobiens ou des nanofils. - Les rsultats de quelques tudes toxicologiques suggrent que les MFC ne sont pas

    cytotoxiques et ne provoquent pas d'effets inflammatoires. - Il serait donc possible dutiliser des MFC pour des papiers demballages alimentaires,

    en remplacement de matriaux plastiques, et en les dotant de proprits spcifiques (antibactriennes par exemple). Le problme est quon ne peut pas garantir, pour le moment, leur aptitude au contact alimentaire. Au niveau Europen, le cadre rglementaire sur les emballages papiers et cartons nexiste pas, on doit procder au cas par cas, pays par pays, contrairement aux emballages plastiques. En outre, comme pour les autres emballages, si lon intgre des substances actives dans des papiers MFC, il faudra matriser leur relargage vers les aliments, identifier et valuer les produits de raction, et les ventuelles migrations de substances vers laliment.

    24 A. Dufresne, Nanocellulose: a new ageless bionanomaterial, Materials Today, Vol. 16, n6, pp. 220227, June 2013. En ligne : http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S1369702113001958

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    6. Synthse : les points cls des exposs prcdents

    Jean-Jacques Perrier

    - Le secteur agroalimentaire est marqu par de nombreuses innovations, mais essentiellement dans le domaine des emballages. Ceux-ci utilisent des nanomatriaux pour des applications varies.

    - Les tudes dimpact notamment sur la migration des nanoparticules vers les aliments demandent tre approfondies, alors que le cadre rglementaire privilgie lanalyse au cas par cas.

    - Le niveau dexposition au dioxyde de titane utilis comme additif alimentaire est important, notamment chez les enfants.

    - Une part allant jusqu 40 % de ladditif dioxyde de titane est nanomtrique (de taille infrieure 100 nm)

    - Les particules de dioxyde de titane sont agglomres dans lestomac mais se dispersent vraisemblablement nouveau dans lintestin.

    - Mme si 95 % du dioxyde de titane ingr est limin avec les selles, labsorption intestinale des 5 % restants et par les plaques de Peyer de la muqueuse intestinale suggre que ce matriau pourrait avoir des effets pro-inflammatoires en jeu dans les maladies inflammatoires de lintestin, voire dans des maladies autoimmunes.

    - Laccumulation de particules de dioxyde de titane dans certains organes, foie et rate surtout, augmente probablement avec lge, donc avec la consommation daliments. On nen connat pas le danger.

    - Le dioxyde de titane na pas deffet gnotoxique avr in vivo, mais cet effet existe in vitro.

    - Les effets observs sont lis soit aux nanoparticules soit la substance chimique indpendamment dun effet de la taille, soit aux deux.

    - Pour la silice et dautres nanomatriaux, des effets analogues ne sont pas exclure, mais on manque dtudes pour le montrer.

    - On ne sait gnralement pas sous quelles formes physiques (nanoparticulaire, microparticulaire, agrgats, agglomrats) se trouvent les additifs dans les aliments.

    - La question des substituts ou alternatives doit tre pose. - La rassurance est un terme qui invite redfinir lemploi de certains additifs et

    reposer les bases dun dialogue entre parties prenantes en fonction des donnes scientifiques.

    Discussion finale

    D. Browaeys

    Concernant les effets du TiO2 et le fait quils soient lis la forme nano ou pas, le point important est lexposition des enfants pour un usage qui semble accessoire : avoir de jolis bonbons blancs. Nest-on pas l dans une situation o on devrait se dire : est-ce bien la peine ? Pouvez-vous ragir cette question, aujourd'hui ou sur le site internet ?

    Nicolas Feltin, LNE

    On a chang de paradigme. Pour le commun des industriels, la toxicit tait lie uniquement la chimie. Aujourd'hui ils s'aperoivent que la physique, cest--dire la taille et la surface spcifique notamment, peut aussi tre dangereuse. On a donc besoin de faire de la pdagogie. Dans le cadre du projet NANOMET pilot par le LNE et financ par la DGE, nous avons demand aux industriels quels paramtres ils mesuraient. La rponse a t : aucun paramtre. Leur problmatique, c'est le produit final, ils ne vrifient que les proprits

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    optiques de leur produit sil sagit de peinture, par exemple, et ne se soucient pas des proprits nanomtriques. Cependant, dans le domaine alimentaire, il nest absolument pas certain que le TiO2 qui a t autoris en 1969 soit le mme que celui qui est actuellement utilis. Certaines tudes montrent que le TiO2 alimentaire possde aujourdhui, en moyenne, 30 % de la distribution de taille des particules en nombre infrieur 100 nanomtres. De plus, daprs une recherche bibliographique, on peut avoir un TiO2 trs blanc mme si on diminue la taille jusqu' 30 nm. Linformation que le TiO2 doit tre micromtrique pour tre blanc est donc fausse.

    M. Donat

    La question essentielle est effectivement, comme cela vient dtre dit, de savoir si pour mettre du blanc sur un bonbon il vaut la peine dutiliser du dioxyde de titane. Lautre question est la ralit des critres de discrimination de la toxicit. Il me semble quil faut que l'valuation bnfices risques soit refaite l'aulne des critres nano . Sans cela, on cre un climat de non-confiance. Il faut apprendre ensemble poser le dbat sur une base scientifique et une valuation des risques avant douvrir la discussion au grand public qui na pas la capacit diffrencier la pertinence scientifique du sensationnalisme. Les industriels comme nous n'ont rien faire dans l'valuation, qui doit tre faite par des scientifiques et des instances indpendante (notamment les agences sanitaires europennes en collaboration avec les agences nationales pour viter les discours divergents). Les industriels du secteur ont faire des choix en collaboration avec les chercheurs en fonction des valuations scientifiques, sans dsavantager les opportunits de relles perspectives d'innovation.

    D. Browaeys

    tes-vous en mesure en interne de rflchir des alternatives et de les mettre en application ?

    M. Donat

    On a dj commenc exiger certaines choses de nos fournisseurs mais il faut prendre en compte les critres de faisabilit technologique et de confidentialit. On va le faire car c'est notre intrt, puisque cest l'intrt du consommateur. L'industrie alimentaire a affirm pendant longtemps qu'il n'y avait pas de nanoparticules dans l'alimentaire. Depuis quelques annes elle le reconnat, mais cest un utilisateur faible en quantit et pour des substances dont lusage a t autoris priori. Cela reste nanmoins un sujet sur lequel il est difficile de s'engager, car qui s'engage s'expose.

    C. Ptigny

    Chacun dans la socit joue son rle et ces changes entre tous les acteurs sont trs importants et trs intressants. Mais il me parat aussi fondamental de prendre des dcisions qui reposent sur des critres scientifiques et pertinents. La question de la substitution dune substance est un rel enjeu et il n'est pas toujours facile de trouver des substances plus adquates. Enfin, comme nous parlions de mise en perspective tout l'heure, et mme si je comprends tout fait les questions qui sont poses aujourd'hui, je ne peux m'empcher de rappeler que l'enjeu sanitaire pour la consommation de bonbons n'est peut-tre pas seulement le nanotitane....

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