Verlaine Poemes Saturniens

download Verlaine Poemes Saturniens

of 65

  • date post

    12-Aug-2015
  • Category

    Documents

  • view

    33
  • download

    2

Embed Size (px)

Transcript of Verlaine Poemes Saturniens

dition du groupe Ebooks libres et gratuits

POMES SATURNIENS

Paul Verlaine

(1867)

Table des matires PROLOGUE ..............................................................................5 MELANCHOLIA .......................................................................9I. Rsignation ............................................................................9 II. Nevermore ..........................................................................10 III. Aprs trois ans....................................................................11 IV. Vu .................................................................................... 12 V. Lassitude ............................................................................. 13 VI. Mon rve familier .............................................................. 14 VII. une femme .................................................................... 15 VIII. LAngoisse ....................................................................... 16

EAUX-FORTES....................................................................... 17I. Croquis parisien ................................................................... 17 II. Cauchemar .......................................................................... 18 III. Marine .............................................................................. 20 IV. Effet de nuit ....................................................................... 21 V. Grotesques...........................................................................22

PAYSAGES TRISTES ..............................................................24I. Soleils couchants..................................................................24 II. Crpuscule du soir mystique ..............................................25 III. Promenade sentimentale ..................................................26 IV. Nuit du Walpurgis classique .............................................27 V. Chanson dautomne ............................................................29 VI. LHeure du berger..............................................................30 VII. Le Rossignol ..................................................................... 31

CAPRICES...............................................................................32I. Femme et chatte...................................................................32 II. Jsuitisme ...........................................................................33 III. La chanson des Ingnues ..................................................34 IV. Une grande dame ..............................................................36 V. Monsieur Prudhomme........................................................37

Initium ....................................................................................38 avitri......................................................................................39 Sub urbe ................................................................................. 40 Srnade..................................................................................42 Un dahlia.................................................................................44 Nevermore ..............................................................................45 Il bacio.....................................................................................46 Dans les bois ...........................................................................47 Nocturne parisien ...................................................................48 Marco ......................................................................................52 Csar Borgia Portrait en pied.................................................54 La Mort de Philippe II ............................................................55 PILOGUE.............................................................................. 61I ................................................................................................... 61 II ..................................................................................................62 III ................................................................................................63

propos de cette dition lectronique...................................65

3

Les sages dautrefois, qui valaient bien ceux-ci, Crurent, et cest un point encore mal clairci, Lire au ciel les bonheurs ainsi que les dsastres, Et que chaque me tait lie lun des astres. (On a beaucoup raill, sans penser que souvent Le rire est ridicule autant que dcevant, Cette explication du mystre nocturne.) Or ceux-l qui sont ns sous le signe SATURNE, Fauve plante, chre aux ncromanciens, Ont entre tous, daprs les grimoires anciens, Bonne part de malheur et bonne part de bile. LImagination, inquite et dbile, Vient rendre nul en eux leffort de la Raison. Dans leurs veines le sang, subtil comme un poison, Brillant comme une lave, et rare, coule et roule En grsillant leur triste Idal qui scroule. Tels les Saturniens doivent souffrir et tels Mourir en admettant que nous soyons mortels, Leur plan de vie tant dessin ligne ligne Par la logique dune Influence maligne. P. V.

4

PROLOGUEDans ces temps fabuleux, les limbes de lhistoire, O les fils de Ragh, beaux de fard et de gloire, Vers la Ganga rgnaient leur rgne tincelant, Et, par lintensit de leur vertu troublant Les Dieux et les Dmons et Bhagavat lui-mme, Augustes, slevaient jusquau Nant suprme, Ah ! la terre et la mer et le ciel, purs encore Et jeunes, quarrosait une lumire dor Frmissante, entendaient, apaisant leurs murmures De tonnerres, de flots heurts, de moissons mres, Et retenant le vol obstin des essaims, Les Potes sacrs chanter les Guerriers saints, Cependant que le ciel et la mer et la terre Voyaient, rouges et las de leur travail austre, Sincliner, pnitents fauves et timors, Les Guerriers saints devant les Potes sacrs ! Une connexit grandiosement alme Liait le Khatrya serein au Chanteur calme, Valmiki lexcellent lexcellent Rama : Telles sur un tang deux touffes de padma. Et sous tes cieux dors et clairs, Hellas antique, De Spart la svre la rieuse Attique, Les Ades, Orpheus, Alkaos, taient Encore des hros altiers et combattaient. Homros, sil na pas, lui, mani le glaive, Fait retentir, clameur immense qui slve, Vos chos jamais las, vastes postrits, DHektr et dOdysseus, et dAkhilleus chants. Les hros leur tour, aprs les luttes vastes,5

Pieux, sacrifiaient aux neuf Desses chastes, Et non moins que de lart dArs furent pris De lArt dont une Palme immortelle est le prix, Akhilleus entre tous ! Et le Lartiade Dompta, parole dor qui charme et persuade, Les esprits et les curs et les mes toujours, Ainsi quOrpheus domptait les tigres et les ours. Plus tard, vers des climats plus rudes, en des res Barbares, chez les Francs tumultueux, nos pres, Est-ce que le Trouvre hroque neut pas Comme le Preux sa part auguste des combats ? Est-ce que, Throldus ayant dit Charlemagne, Et son neveu Roland rest dans la montagne, Et le bon Olivier de Turpin au grand cur, En beaux couplets et sur un rhythme pre et vainqueur, Est-ce que, cinquante ans aprs, dans les batailles, Les durs Leudes perdant leur sang par vingt entailles, Ne chantaient pas le chant de geste sans rivaux De Roland et de ceux qui virent Roncevaux Et furent de lnorme et superbe tuerie, Du temps de lEmpereur la barbe fleurie ?... Aujourdhui, lAction et le Rve ont bris Le pacte primitif par les sicles us, Et plusieurs ont trouv funeste ce divorce De lHarmonie immense et bleue et de la Force. La Force, quautrefois le Pote tenait En bride, blanc cheval ail qui rayonnait, La Force, maintenant, la Force, cest la Bte Froce bondissante et folle et toujours prte tout carnage, tout dvastement, tout gorgement, dun bout du monde lautre bout ! LAction quautrefois rglait le chant des lyres, Trouble, enivre, en proie aux cent mille dlires Fuligineux dun sicle en bullition, LAction prsent, piti ! lAction,

6

Cest louragan, cest la tempte, cest la houle Marine dans la nuit sans toiles, qui roule Et droule parmi les bruits sourds leffroi vert Et rouge des clairs sur le ciel entrouvert ? Cependant, orgueilleux et doux, loin des vacarmes De la vie et du choc dsordonn des armes Mercenaires, voyez, gravissant les hauteurs Ineffables, voici le groupe des Chanteurs Vtus de blanc, et des lueurs dapothoses Empourprent la fiert sereine de leurs poses : Tous beaux, tous purs, avec des rayons dans les yeux, Et sous leur front le rve inachev des Dieux ! Le monde, que troublait leur parole profonde, Les exile. leur tour ils exilent le monde ! Cest quils ont la fin compris quil ne faut plus Mler leur note pure aux cris irrsolus Que va poussant la foule obscne et violente, Et que lisolement sied leur marche lente. Le Pote, lAmour du Beau, voil sa foi, LAzur, son tendard, et lIdal, sa loi ! Ne lui demandez rien de plus, car ses prunelles, O le rayonnement des choses ternelles A mis des visions quil suit avidement, Ne sauraient sabaisser une heure seulement Sur le honteux conflit des besognes vulgaires Et sur vos vanits plates ; et si nagures On le vit au milieu des hommes, pousant Leurs querelles, pleurant avec eux, les poussant Aux guerres, clbrant lorgueil des Rpubliques Et lclat militaire et les splendeurs auliques Sur la kithare, sur la harpe et sur le luth, Sil honorait parfois le prsent dun salut Et daignait consentir ce rle de prtre Daimer et de bnir, et sil voulait bien tre La voix qui rit ou pleure alors quon pleure ou rit,

7

Sil inclinait vers lme humaine son esprit, Cest quil se mprenait alors sur lme humaine. Maintenant, va, mon Livre, o le hasard te mne !

8

MELANCHOLIA Ernest Boutier

I. RsignationTout enfant, jallais rvant Ko-Hinnor, Somptuosit persane et papale Hliogabale et Sardanapale ! Mon d