[Bossuet Jacques-bénigne] Sermon Du Mauvais Riche(BookFi.org)

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Sermon du mauvais riche Bossuet, Jacques-Bénigne

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  • Sermon du mauvais richeBossuet, JacquesBnigne

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    Je laisse JsusChrist sur le Thabor dans les splendeurs desa gloire, pour arrter ma vue sur un autre objet moinsagrable, la vrit, mais qui nous presse plus fortement la pnitence. C'est le mauvais riche mourant, et mourantcomme il a vcu, dans l 'attache ses passions, dansl'engagement au pch, dans l'obligation la peine.

    Dans le dessein que j'ai pris de faire tout l'entretien decette semaine sur la triste aventure de ce misrable, jem'tais d'abord propos de donner comme deux tableaux,dont l'un reprsenterait sa mauvaise vie, et l'autre sa finmalheureuse ; mais j'ai cru que les pcheurs, toujoursfavorables ce qui loigne leur conversion, si je faisais cepartage, se persuaderaient trop facilement qu'ils pourraientaussi dtacher ces choses, qui ne sont, pour notre malheur,que trop enchanes, et qu'une esprance prsomptueuse decorriger la mort ce qui manquerait la vie nourrirait leurimpnitence. Je me suis donc rsolu de leur faire considrerdans ce discours comme, par une chute insensible, on tombed'une vie licencieuse une mort dsespre ; afin que,contemplant d'une mme vue ce qu'ils font et ce qu'ilss'attirent, o ils sont et o ils s'engagent, ils quittent la voieen laquelle ils marchent, par la crainte de l'abme o elleconduit. Vous donc, divin esprit, sans lequel toutes nospenses sont sans force et toutes nos paroles sans poids,

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  • donnez efficace ce discours, touch des saintes prires dela bienheureuse Marie, laquelle nous allons dire : ave .

    C'est trop se laisser surprendre aux vaines descriptions despeintres et des potes, que de croire la vie et la mort autantdissemblables que les uns et les autres nous les figurent. Illeur faut donner les mmes traits. C'est pourquoi leshommes se trompent lorsque, trouvant leur conversion sipnible pendant la vie, ils s'imaginent que la mort aplaniraces difficults, se persuadant peuttre qu'il leur sera plusais de se changer, lorsque la nature altre touchera de prs son changement dernier et irrmdiable. Car ils devraientpenser, au contraire, que la mort n'a pas un tre distinct quila spare de la vie ; mais qu'elle n'est autre chose, sinon unevie qui s'achve. Or, qui ne sait, chrtiens, qu' la conclusionde la pice, on n'introduit pas d'autres personnages que ceuxqui ont paru dans les autres scnes ; et que les eaux d'untorrent, lorsqu'elles se perdent, ne sont pas d'une autre natureque lorsqu'elles coulent ?

    C'est donc cet enchanement qu'il nous faut aujourd'huicomprendre ; et, afin de concevoir plus distinctementcomme ce qui se passe en la vie porte coup au point de lamort, traons ici en un mot la vie d'un homme du monde.

    Ses plaisirs et ses affaires partagent ses soins : par l'attache ses plaisirs, il n'est pas Dieu ; par l'empressement de sesaffaires, il n'est pas soi ; et ces deux choses ensemble le

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  • rendent insensible aux malheurs d'autrui. Ainsi notremauvais riche, homme de plaisirs et de bonne chre, ajoutez,si vous le voulez, homme d'affaires et d'intrigues, tantenchant par les uns et occup par les autres, ne s'taitjamais arrt pour regarder en passant le pauvre Lazare quimourait de faim sa porte.

    Telle est la vie d'un homme du monde ; et presque tousceux qui m'coutent se trouveront tantt, s'ils y prennentgarde, dans quelque partie de la parabole.

    Mais voyons enfin, chrtiens, quelle sera la fin de cetteaventure. La mort, qui s'avanait pas pas, arrive, imprvueet inopine. On dit ce mondain dlicat, ce mondainempress, ce mondain insensible et impitoyable, que sonheure dernire est venue : il se rveille en sursaut, commed'un profond assoupissement. Il commence se repentir des'tre si fort attach au monde, qu'il est enfin contraint dequitter. Il veut rompre en un moment ses liens, et il sent, sitoutefois il sent quelque chose, qu'il n'est pas possible, dumoins tout coup, de faire une rupture si violente ; ildemande du temps en pleurant, pour accomplir un si grandouvrage, et il voit que tout le temps lui est chapp. Ha !Dans une occasion si pressante, o les grces communes nesuffisent pas, il implore un secours extraordinaire ; maiscomme il n'a luimme jamais eu de piti de personne, aussitout est sourd l'entour de lui au jour de son affliction.

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  • Tellement que par ses plaisirs, par ses empressements, parsa duret, il arrive enfin, le malheureux ! la plus grandesparation sans dtachement (premier point) ; la plusgrande affaire sans loisir (deuxime point) ; la plus grandemisre sans assistance (troisime point). Seigneur,Seigneur toutpuissant, donnez efficace mes paroles, pourgraver dans les coeurs de ceux qui m'coutent des vrits siimportantes.

    Commenons parler de l'attache au monde.

    Premier point.

    L'abondance, la bonne fortune, la vie dlicate etvoluptueuse sont compares souvent dans les saintes lettres des fleuves imptueux, qui passent sans s'arrter ettombent sans pouvoir soutenir leur propre poids. Mais, si laflicit du monde imite un fleuve dans son inconstance, ellelui ressemble aussi dans sa force, parce qu'en tombant, ellenous pousse, et qu'en coulant elle nous tire : (...), dit saintAugustin.

    Il faut aujourd'hui, messieurs, vous reprsenter cet attraitpuissant. Venez et ouvrez les yeux, et voyez les liens cachsdans lesquels votre coeur est pris ; mais, pour comprendretous les degrs de cette dplorable servitude o nous jettentles biens du monde, contemplez ce que fait en nous l'attached'un coeur qui les possde, l'attache d'un coeur qui en use,

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  • l'attache d'un coeur qui s'y abandonne. quelles chanes ! quel esclavage ! Mais disons les choses par ordre.

    Premirement, chrtiens, c'est une fausse imagination desmes simples et ignorantes, qui n'ont pas expriment lafortune, que la possession des biens de la terre rend l'meplus libre et plus dgage. Par exemple, on se persuade quel'avarice serait tout fait teinte, que l'on n'aurait plusd'attache aux richesses, si l'on en avait ce qu'il faut : ha !

    C'est alors, disonsnous, que le coeur, qui se resserre dansl'inquitude du besoin, reprendra sa libert toute entire dansla commodit et dans l'aisance. Confessons la vrit devantDieu : tous les jours, nous nous flattons de cette pense.Mais notre erreur est extrme. Certes, c'est une folie des'imaginer que les richesses gurissent l'avarice, ni que cetteeau puisse tancher cette soif. Nous voyons par exprienceque le riche, qui tout abonde, n'est pas moins impatientdans ses pertes que le pauvre, qui tout manque ; et je nem'en tonne pas. Car il faut entendre, messieurs, que nousn'avons pas seulement pour tout notre bien une affectiongnrale, mais que chaque petite partie attire une affectionparticulire : ce qui fait que nous voyons ordinairement quel'me n'a pas moins d'attache, que la perte n'est pas moinssensible, dans l'abondance que dans la disette. Il en estcomme des cheveux, qui font toujours sentir la mmedouleur, soit qu'on les arrache d'une tte chauve, soit qu'onles tire d'une belle tte qui en est couverte : on sent toujours

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  • la mme douleur, cause que, chaque cheveu ayant saracine propre, la violence est toujours gale. Ainsi, chaquepetite parcelle du bien que nous possdons tenant dans lefond du coeur par sa racine particulire, i l s 'ensuitmanifestement que l'opulence n'a pas moins d'attache que ladisette ; au contraire, qu'elle est, du moins en ceci, et pluscaptive et plus engage, qu'elle a plus de liens quil'enchanent et un plus grand poids qui l'accable. Te voildonc, homme du monde, attach ton propre bien avec unamour immense ! Mais il se croirait pauvre dans sonabondance (de mme de toutes les autres passions), s'iln'usait de sa bonne fortune. Voyons quel est cet usage ; etpour procder toujours avec ordre, laissons ceux quis'emportent d'abord aux excs, et considrons un ils sedonnent de tout leur coeur aux choses permises.

    Le mauvais riche de la parabole les doit faire tremblerjusqu'au fond de l'me. Qui n'a ou remarquer cent fois quele fils de Dieu ne nous parle ni de ses adultres, ni de sesrapines, ni de ses violences ? Sa dlicatesse et sa bonnechre font une partie si considrable de son crime, que c'estpresque le seul dsordre qui nous est rapport dans notrevangile. c'est un homme, dit saint Grgoire, qui s'estdamn dans les choses permises, parce qu'il s'y est donntout entier, parce qu'il s'y est laiss aller sans retenue : tantil est vrai, chrtiens, que ce n'est pas toujours l'objetdfendu, mais que c'est fort souvent l'attache qui fait descrimes damnables ! (...). Dieu ! Qui ne serait tonn ? Qui

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  • ne s'crierait avec le Sauveur : ha !

    que la voie est troite qui nous conduit au royaume !sommesnous donc si malheureux, qu'il y ait quelque chosequi soit dfendu, mme dans l'usage de ce qui est permis ?N'en doutons pas, chrtiens : quiconque a les yeux ouvertspour entendre la force de cet oracle prononc par le fils deDieu : nul ne peut servir deux matres, il pourra aismentcomprendre qu' quelque bien que le coeur s'attache, soitqu'il soit dfendu, soit qu'il soit permis, s'il s'y donne toutentier, il n'est plus Dieu ; et ainsi qu'il peut y avoir desattachements damnables des choses qui de leur natureseraient innocentes. S'il est ainsi, chrtiens, et qui peutdouter qu'il ne soit ainsi, aprs que la vrit nous en assure ? grands, riches du sicle, que votre condition me faitpeur, et que j'apprhende pour vous ces crimes cachs etdlicats qui ne se distinguent point par les objets, qui nedpendent que d'un secret mouvement du coeur et d'unattachement presque imperceptible ! Mais tout le monden'entend pas cette parole ; passons outre, chrtiens, et,puisque les hommes du monde ne comprennent pas cettevrit, tchons de leur faire voir le triste tat de leur me parune chute plus apparente.

    Et certes il est impossible qu'en prenant si peu de soin dese retenir dans les choses qui sont permises, i ls nes'emportent bientt jusqu' ne craindre plus de poursuivrecelles qui sont ouvertement dfendues. Car, chrtiens, qui ne

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  • le sait pas ? Qui ne le sent par exprience ? Notre esprit n'estpas fait de sorte qu'il puisse facilement se donner desbornes. Job l'avait bien connu par exprience : (...)... j'ai faitun pacte avec mes yeux, de ne penser aucune beautmortelle. Voyez qu'il rgle la vue pour arrter la pense. Ilrprime des regards qui pourraient tre innocents, pourarrter des penses qui apparemment seraient criminelles ;ce qui n'est peuttre pas si clairement dfendu par la loi deDieu, il y oblige ses yeux par trait exprs.

    Pourquoi ? Parce qu'il sait que, par cet abandon aux chosesl ic i tes , i l se fa i t dans tout not re coeur un cer ta inpanchement d'une joie mondaine ; si bien que l'me, selaissant aller tout ce qui lui est permis, commence s'irriter de ce que quelque chose lui est dfendu. Ha ! Queltat ! Quel penchant ! Quelle trange disposition ! Je vouslaisse penser, messieurs, si une libert prcipite jusqu'auvoisinage du vice ne s'emportera pas bientt jusqu' lalicence ; si elle ne passera pas bientt les limites, quand il nelui restera plus qu'une si lgre dmarche. Sans doute, ayantpris sa course avec tant d'ardeur dans cette vaste carrire deschoses permises, elle ne pourra plus retenir ses pas ; et il luiarrivera infailliblement ce que dit de soimme le grandsaint Paulin : " je m'emporte au del de ce que je dois,pendant que je ne prends aucun soin de me modrer en ceque je puis : (...).

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  • Aprs cela, chrtiens, si Dieu ne fait un miracle, la licencedes grandes fortunes n'a plus de limites : (...) : dans leurgraisse, dit le SaintEsprit, dans leur abondance, il se fait unfonds d'iniquit qui ne s'puise jamais. C'est de l quenaissent ces pchs rgnants, qui ne se contentent pas qu'onles souffre, ni mme qu'on les excuse, mais qui veulentencore qu'on leur applaudisse. C'est l qu'on se plat de fairele grand par le mpris de toutes les lois et en faisant uninsulte public la pudeur du genre humain. Ha ! Si jepouvais ici vous ouvrir le coeur d'un Nabuchodonosor oud'un Balthazar, ou de quelque autre de ces rois superbes quinous sont reprsents dans l'histoire sainte, vous verriezavec horreur et tremblement ce que peut, dans un coeur quia oubli Dieu, cette terrible pense de n'avoir rien qui nouscontraigne. C'est alors que la convoitise va tous les jours sesubtilisant et enchrissant sur ellemme. De l naissent desvices inconnus, des monstres d'avarice, des raffinements devolupt, des dlicatesses d'orgueil, qui n'ont pas de nom. Etce qu'il y a de plus trange, c'est qu'au milieu de tous cesexcs, souvent on s'imagine tre vertueux, parce que, dansune licence qui n'a point de bornes, on compte parmi sesvertus tous les vices dont on s'abstient ; on croit faire grce Dieu et sa justice de ne la pousser pas tout fait bout.

    L'impunit fait tout oser ; on ne pense ni au jugement, ni la mort mme, jusqu' ce qu'elle vienne, toujours imprvue,finir l'enchanement des crimes pour commencer celui dessupplices.

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  • Car de croire que sans miracle l'on puisse en ce seulmoment briser des liens si forts, changer des inclinations siprofondes, enfin abattre d'un mme coup tout l'ouvrage detant d'annes, c'est une folie manifeste. la vrit, chrtiens,pendant que la maladie supprime pour un peu de temps lesatteintes les plus vives de la convoitise, je confesse qu'il estfacile de jouer par crainte le personnage d'un pnitent. Lecoeur a des mouvements artificiels qui se font et se dfonten un moment ; mais ses mouvements vritables ne seproduisent pas de la sorte. Non, non, ni un nouvel homme nese forme en un instant, ni ces affections vicieuses siintimement attaches ne s'arrachent pas par un seul effort.Car quelle puissance a la mort, quelle grce extraordinaire,pour oprer tout coup un changement si miraculeux ?Peuttre que vous penserez que la mort nous enlve tout, etqu'on se rsout aisment de se dtacher de ce qu'on vaperdre.

    Ne vous trompez pas, chrtiens ; plutt il faut craindre uneffet contraire : car c'est le naturel du coeur humain deredoubler ses efforts pour retenir le bien qu'on lui te.Considrez ce roi d'Amalec, tendre et dlicat, qui, se voyantproche de la mort, s'crie avec tant de larmes : (...) ? Estceainsi que la mort amre spare les choses ? Il pensait et sagloire et ses plaisirs ; et vous voyez comme, la vue de lamort qui lui enlve son bien, toutes ses passions mues ets'irritent et se rveillent.

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  • Ainsi la sparation augmente l'attache d'une manire plusobscure et plus confuse, mais aussi plus profonde et plusintime ; et ce regret amer d'abandonner tout, s'il avait lalibert de s'expliquer, on verrait qu'il confirme par undernier acte tout ce qui s'est pass dans la vie, bien loin de lertracter. C'est, messieurs, ce qui me fait craindre que cesbelles conversions des mourants ne soient que sur la boucheou sur le visage, ou dans la fantaisie alarme, et non dans laconscience. mais il fait de si beaux actes de dtachement !mais je crains qu'ils ne soient forcs ; je crains qu'ils nesoient dicts par l'attache mme. mais il dteste tous sespchs ! mais c'est peuttre qu'il est condamn faireamende honorable avant que d'tre tran au derniersupplice. mais pourquoi faitesvous un si mauvaisjugement ? parce que, ayant commenc trop tard l'oeuvrede son dtachement total, le temps lui a manqu pouraccomplir une telle affaire.

    Second point.

    J'entends dire tous les jours aux hommes du monde qu'ilsne peuvent trouver de loisir : toutes les heures s'coulenttrop vite, toutes les journes finissent trop tt ; et, dans cemouvement ternel, la grande affaire du salut, qui esttoujours celle qu'on remet, ne manque jamais de tombertoute entire au temps de la mort, avec tout ce qu'elle a deplus pineux.

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  • Je trouve deux causes de cet embarras : premirement nosprtentions, secondement notre inquitude. Les prtentionsnous engagent et nous amusent jusqu'au dernier jour ;cependant notre inquitude, c'estdire l'impatience d'unehumeur active et remuante, est si fconde en occupations,que la mort nous trouve encore empresss dans une infinitde soins superflus.

    Sur ces principes, hommes du monde, venez, que je vousraconte votre destine. Quelque charge que l'on vous donne,quelque tablissement que l'on vous assure, jamais vous necesserez de prtendre : ce que vous croyez la fin de votrecourse , quand vous y serez a r r ivs , vous ouvr i rainopinment une nouvelle carrire.

    La raison, messieurs, la voici : c'est que votre humeur esttoujours la mme, et que la facilit se trouve plus grande.Commencer, c'est le grand travail : mesure que vousavancez, vous avez plus de moyens de vous avancer ; et sivous couriez avec tant d'ardeur lorsqu'il fallait grimper pardes prcipices, il est hors de la vraisemblance que vous vousarrtiez tout coup quand vous aurez rencontr la plaine.Ainsi tous les prsents de la fortune vous seront unengagement pour vous abandonner tout fait desprtentions infinies.

    Bien plus, quand on cessera de vous donner, vous necesserez pas de prtendre. Le monde, pauvre en effets, est

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  • toujours magnifique en promesses ; et comme la source desbiens se tarit bientt, il serait tout fait sec, s'il ne savaitdistribuer des esprances. Et estil homme, messieurs, quisoit plus ais mener bien loin qu'un qui espre, parce qu'ilaide luimme se tromper ? Le moindre jour dissipe toutesses tnbres et le console de tous ses ennuis ; et quandmme il n'y a plus aucune esprance, la longue habituded'attendre toujours, que l'on a contracte la cour, fait quel'on vit toujours en attente, et que l'on ne peut se dfaire dutitre de poursuivant, sans lequel on croirait n'tre plus dumonde. Ainsi nous allons toujours tirant aprs nous cettelongue chane tranante de notre esprance ; et avec cetteesprance, quelle involution d'affaires pineuses ! Et travers de ces affaires et de ces pines, que de pchs ! Qued'injustices ! Que de tromperies ! Que d'iniquits enlaces !(...). Malheur vous, dit le prophte, qui tranez tantd'iniquits dans les cordes de la vanit ! " c'estdire, si jene me trompe, tant d'affaires iniques dans cet enchanementinfini de vos esprances trompeuses.

    Que diraije maintenant, messieurs, de cette humeurinquite, curieuse de nouveauts, ennemie du loisir etimpatiente du repos ? D'o vient qu'elle ne cesse de nousagiter et de nous ter notre meilleur, en nous engageantd'affaire en affaire, avec un empressement qui ne finit pas ?Un principe trs vritable, mais mal appliqu, nous jettedans cet embarras : la nature mme nous enseigne que la vieest dans l'action. Mais les mondains, toujours dissips, ne

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  • connaissent pas l 'efficace de cette action paisible etintrieure qui occupe l'me en ellemme ; ils ne croient pass'exercer s'ils ne s'agitent, ni se mouvoir s'ils ne font dubruit : de sorte qu'ils mettent la vie dans cette actionempresse et tumultueuse ; ils s'abment dans un commerceternel d'intrigues et de visites, qui ne leur laisse pas unmoment eux, et ce mouvement perptuel, qui les engageen mille contraintes, ne laisse pas de les satisfaire, parl'image d'une libert errante. Comme un arbre, dit saintAugustin, que le vent semble caresser en se jouant avec sesfeuilles et avec ses branches : bien que ce vent ne le flattequ'en l'agitant, et le jette tantt d'un ct et tantt d'un autre,avec une grande inconstance, vous diriez toutefois quel'arbre s'gaye par la libert de son mouvement ; ainsi, dit cegrand vque, encore que les hommes du monde n'aient pasde libert vritable, tant presque toujours contraints decder au vent qui les pousse, toutefois ils s'imaginent jouird'un certain air de libert et de paix, en promenant de etdel leurs dsirs vagues et incertains : (...).

    Voil, si je ne me trompe, une peinture assez naturelle dela vie du monde et de la vie de la cour.

    Que faitesvous cependant, grand homme d'affaires,homme qui tes de tous les secrets, et sans lequel cettegrande comdie du monde manquerait d'un personnagencessaire ; que faitesvous pour la grande affaire, pourl'affaire de l'ternit ? C'est l'affaire de l'ternit que

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  • doivent cder tous les emplois ; c'est l'affaire de l'ternitque doivent servir tous les temps. Ditesmoi, en quel tat estdonc cette affaire ? ha ! Pensonsy, direzvous.

    v o u s t e s d o n c a v e r t i q u e v o u s t e s m a l a d edangereusement, puisque vous songez enfin votre salut.Mais, hlas ! Que le temps est court pour dmler uneaffaire si enveloppe que celle de vos comptes et de votrevie ! Je ne parle point en ce lieu, ni des douleurs qui vouspressent, ni de la crainte qui vous tonne, ni des vapeurs quivous offusquent : je ne regarde que l'empressement.

    coutez de quelle force on frappe la porte ; on la romprabientt, si l'on n'ouvre. Sentence sur sentence, ajournementsur ajournement, pour vous appeler devant Dieu et devant sachambre de justice. coutez avec quelle presse il vous parlepar son prophte : la fin est venue, la fin est venue ;maintenant la fin est sur toi, et j'envoierai ma fureur contretoi, et je te jugerai selon tes voies ; et tu sauras que je suis leSeigneur. Seigneur, que vous me pressez ! encore unenouvelle recharge : la fin est venue, la fin est venue : lajustice, que tu croyais endormie, s'est veille contre toi ; lavoil qu'elle est la porte. (...). Le jour de vengeance estproche.

    Toutes les terreurs te semblaient vaines, et toutes lesmenaces trop loignes ; et maintenant , dit le Seigneur, jete frapperai de prs, et je mettrai tous tes crimes sur ta tte,

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  • et tu sauras que je suis le Seigneur qui frappe . Tels sont,messieurs, les ajournements par lesquels Dieu nous appelle son tribunal et sa chambre de justice.

    Mais enfin voici le jour qu'il faut comparatre : (...). L'angequi prside la mort recule d'un moment l'autre, pourtendre le temps de la pnitence ; mais enfin il vient unordre d'en haut : (...) : pressez ; concluez ; l'audience estouverte, le juge est assis ; criminel, venez plaider votrecause. Mais que vous avez peu de temps pour vousprparer ! Ha !

    Que vous jetterez de cris superflus ! Ha ! Que voussoupirerez amrement aprs tant d'annes perdues !

    Vainement, inutilement : il n'y a plus de temps pour vous ;vous entrez au sjour de l'ternit. Je vous vois tonn etperdu en prsence de votre juge ; mais regardez encore vosaccusateurs : ce sont les pauvres qui vont s'lever contrevotre duret inexorable.

    Troisime point.

    J'ai remarqu, chrtiens, que le grand aptre saint Paul,parlant, dans la Iie Timothe, de ceux qui s'aimenteuxmmes et leurs plaisirs, les appelle " des hommescruels, sans affection, sans misricorde (...) ; et je me suissouvent tonn d'une si trange contexture. En effet, cette

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  • aveugle attache aux plaisirs semble d'abord n'tre queflatteuse, et ne parat ni cruelle ni malfaisante ; mais il estais de se dtromper, et de voir dans cette douceur apparenteune force maligne et pernicieuse. Saint Augustin nousl'explique par cette comparaison : voyez, ditil, les buissonshrisss d'pines, qui font horreur la vue ; la racine en estdouce et ne pique pas ; mais c'est elle qui pousse ces pointesperantes qui ensanglantent les mains si violemment : ainsil'amour des plaisirs. Quand j'coute parler les voluptueuxdans le livre de la Sapience, je ne vois rien de plus agrableni de plus riant : ils ne parlent que de fleurs, que de festins,que de danses, que de passetemps : (...) : couronnons nosttes de fleurs, avant qu'elles soient fltries. Ils invitent toutle monde leur bonne chre, et ils veulent leur faire part deleurs plaisirs : (...). Que leurs paroles sont douces ! Que leurhumeur est enjoue ! Que leur compagnie est dsirable !Mais, si vous laissez pousser cette racine, les pinessortiront bientt ; car coutez la suite de leurs discours :opprimons, ajoutentils, le juste et le pauvre : (...). Nepardonnons point la veuve, ni l'orphelin. Quel est,messieurs, ce changement, et qui aurait jamais attendu d'unedouceur si plaisante une cruaut si impitoyable ? C'est legnie de la volupt : elle se plat opprimer le juste et lepauvre, le juste qui lui est contraire, le pauvre qui doit tresa proie ; c'est dire : on la contredit, elle s'effarouche ; elles'puise ellemme, il faut bien qu'elle se remplisse par despilleries ; et voil cette volupt si commode, si aise et siindulgente, devenue cruelle et insupportable.

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  • Vous direz sans doute, messieurs, que vous tes bienloigns de ces excs ; et je crois facilement qu'en cetteassemble, et la vue d'un roi si juste, de telles inhumanitsn'oseraient paratre : mais sachez que l'oppression desfaibles et des innocents n'est pas tout le crime de la cruaut.Le mauvais riche nous fait bien connatre qu'outre cetteardeur furieuse qui tend les mains aux violences, elle aencore sa duret qui ferme les oreilles aux plaintes, lesentrailles la compassion et les mains au secours. C'est,messieurs, cette duret qui fait des voleurs sans drober, etdes meurtriers sans verser du sang. Tous les saints presdisent, d'un commun accord, que ce riche inhumain de notrevangile a dpouill le pauvre Lazare, parce qu'il ne l'a pasrevtu ; qu'il l'a gorg cruellement, parce qu'il ne l'a pasnourri : (...). Et cette duret meurtrire est ne de sonabondance et de ses dlices.

    Dieu clment et juste ! Ce n'est pas pour cette raison quevous avez communiqu aux grands de la terre un rayon devotre puissance ; vous les avez faits grands pour servir depres vos pauvres ; votre providence a pris soin dedtourner les maux de dessus leurs ttes, afin qu'ilspensassent ceux du prochain ; vous les avez mis leur aiseet en libert, afin qu'ils fissent leur affaire du soulagementde vos enfants ; et la grandeur, au contraire, les rendddaigneux ; leur abondance, secs ; leur flicit, insensibles,encore qu'ils voient tous les jours non tant des pauvres et desmisrables que la misre ellemme et la pauvret en

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  • personne, pleurante et gmissante leur porte !

    Je ne m'en tonne pas, chrtiens ; d'autres pauvres pluspressants et plus affams ont gagn les avenues les plusproches, et puis les libralits un passage plus secret.Expliquonsnous nettement : je parle de ces pauvresintrieurs qui ne cessent de murmurer, quelque soin qu'onprenne de les satisfaire, toujours avides, toujours affamsdans la profusion et dans l'excs mme, je veux dire nospassions et nos convoitises. C'est en vain, pauvre Lazare !Que tu gmis la porte, ceuxci sont dj au coeur ; ils nes'y prsentent pas, mais ils l'assigent ; ils ne demandentpas, mais i ls arrachent. Dieu ! Quelle violence !Reprsentezvous, chrtiens, dans une sdition, unepopulace furieuse, qui demande arrogamment, toute prte arracher si on la refuse : ainsi dans l'me de ce mauvaisriche ; et ne l'allons pas chercher dans la parabole, plusieursle trouveront dans leur conscience. Donc, dans l'me de cemauvais riche et de ses cruels imitateurs, o la raison aperdu l'empire, o les lois n'ont plus de vigueur, l'ambition,l'avarice, la dlicatesse, toutes les autres passions, troupemutine et emporte, font retentir de toutes parts un crisditieux, o l'on n'entend que ces mots : apporte,apporte : (...) : apporte toujours de l'aliment l'avarice ;apporte une somptuosit plus raffine ce luxe curieux etdlicat ; apporte des plaisirs plus exquis cet apptitdgot par son abondance. Parmi les cris furieux de cespauvres impudents et insatiables, se peutil faire que vous

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  • entendiez la voix languissante des pauvres qui tremblentdevant vous, qui sont honteux de leur misre, accoutums la surmonter par un travail assidu. C'est pourquoi ilsmeurent de faim ; oui, messieurs, ils meurent de faim dansvos terres, dans vos chteaux, dans les villes, dans lescampagnes, la porte et aux environs de vos htels : nul necourt leur aide. Hlas ! Ils ne vous demandent que lesuperflu, quelques miettes de votre table, quelques restes devotre grande chre. Mais ces pauvres que vous nourrisseztrop bien au dedans puisent tout votre fonds. La profusion,c'est leur besoin ; non seulement le superflu, mais l'excsmme leur est ncessaire ; et il n'y a plus aucune esprancepour les pauvres de JsusChrist, si vous n'apaisez cetumulte et cette sdition intrieure. Et cependant ilssubsisteraient, si vous leur donniez quelque chose de ce quevotre prodigalit rpand, ou de ce que votre avarice mnage.

    Mais, sans tre possd de toutes ces passions violentes, laflicit toute seule, et je prie que l'on entende cette vrit,oui, la flicit toute seule est capable d'endurcir le coeur del'homme. L'aise, la joie, l'abondance remplissent l'me detelle sorte qu'elles en loignent tout le sentiment de la misredes autres, et mettent sec, si l'on n'y prend garde, la sourcede la compassion. C'est ici la maldiction des grandesfortunes ; c'est ici que l'esprit du monde parat le plusoppos l'esprit du christianisme.

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  • Car qu'estce que l'esprit du christianisme ? Esprit defraternit, esprit de tendresse et de compassion, qui nous faitsentir les maux de nos frres, entrer dans leurs intrts,souffrir de tous leurs besoins.

    Au contraire, l'esprit du monde, c'estdire l'esprit degrandeur, c'est un excs d'amourpropre, qui, bien loin depenser aux autres, s'imagine qu'il n'y a que lui. coutez sonlangage dans le prophte Isae : tu as dit en ton coeur : jesuis, et il n'y a que moi sur la terre. je suis ! Il se fait undieu, et il semble vouloir imiter celui qui a dit : je suis celuiqui est. je suis ; il n'y a que moi : toute cette multitude, cesont des ttes de nul prix, et, comme on parle, des gens denant. Ainsi chacun ne compte que soi ; et, tenant tout lereste dans l'indiffrence, on tche de vivre son aise, dansune souveraine tranquillit des flaux qui affligent le genrehumain.

    Ha ! Dieu est juste et quitable. Vous y viendrezvousmme, riche impitoyable, aux jours de besoin etd 'angoisse . Ne croyez pas que je vous menace duchangement de votre fortune : l'vnement en est casuel ;mais ce que je veux dire n'est pas douteux.

    Elle viendra au jour destin, cette dernire maladie, o,parmi un nombre infini d'amis, de mdecins et de serviteurs,vous demeurerez sans secours, plus dlaiss, plusabandonn que ce pauvre qui meurt sur la paille et qui n'a

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  • pas un drap pour sa spulture. Car, en cette fatale maladie,que serviront ces amis, qu' vous affliger par leur prsence ;ces mdecins, qu' vous tourmenter ; ces serviteurs, qu'courir de et del dans votre maison avec un empressementinutile ? Il vous faut d'autres amis, d'autres serviteurs : cespauvres que vous avez mpriss sont les seuls qui seraientcapables de vous secourir. Que n'avezvous pens de bonneheure vous faire de tels amis, qui maintenant voustendraient les bras, af in de vous recevoir dans lestabernacles ternels ? Ha ! Si vous aviez soulag leursmaux, si vous aviez eu piti de leur dsespoir, si vous aviezseulement cout leurs plaintes, vos misricordes prieraientDieu pour vous : ils vous auraient donn des bndictions,lorsque vous les auriez consols dans leur amertume, quif e ra i en t ma in tenan t d i s t i l l e r su r vous une roserafrachissante : leurs cts revtus, dit le saint prophte,leurs entrailles rafrachies, leur faim rassasie vous auraientbni ; leurs saints anges veilleraient autour de votre lit,comme des amis officieux ; et ces mdecins spirituelsconsulteraient entre eux nuit et jour pour vous trouver desremdes. Mais vous avez alin leur esprit ; et le prophteJrmie me les reprsente vous condamnant euxmmessans misricorde.

    Voici, messieurs, un grand spectacle : venez considrer lessaints anges dans la chambre d'un mauvais riche mourant.Oui, pendant que ses mdecins consultent l'tat de samaladie et que sa famille tremblante attend le rsultat de la

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  • confrence, ces mdecins invisibles consultent d'un mal bienplus dangereux : (...) : nous avons soign cette Babylone, etelle ne s'est point gurie ; nous avons trait diligemment ceriche cruel : que d'huiles ramollissantes, que de doucesfomentations nous avons mises sur ce coeur ! Et il ne s'estpas amolli, et sa duret ne s'est pas flchie : tout a russicontre nos penses, et le malade s'est empir parmi nosremdes. laissonsle l, disentils ; retournons notrepatrie, d'o nous tions descendus pour son secours : (...).Ne voyezvous pas sur son front le caractre d 'unrprouv ? La duret de son coeur a endurci contre lui lecoeur de Dieu ; les pauvres l'ont dfr son tribunal ; sonprocs lui est fait au ciel ; et quoiqu'il ait fait largesse enmourant des biens qu'il ne pouvait plus retenir, le ciel est defer ses prires, et il n'y a plus pour lui de misricorde : (...).

    Considrez, chrtiens, si vous voulez mourir dans cetabandon ; et, si cet tat vous fait horreur, pour viter les crisde reproche que feront contre vous les pauvres, coutez lescris de la misre. Ha ! Le ciel n'est pas encore flchi sur noscrimes. Dieu semblait s'tre apais en donnant la paix sonpeuple ; mais nos pchs continuels ont rallum sa justefureur. Il nous a donn la paix, et luimme nous fait laguerre : i l a envoy contre nous, pour punir notreingratitude, la maladie, la mortalit, la disette extrme, uneintemprie tonnante, je ne sais quoi de drgl dans toute lanature, qui semble nous menacer de quelques suitesfunestes, si nous n'apaisons sa colre. Et dans les provinces

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  • loignes, et mme dans cette ville, au milieu de tant deplaisirs et de tant d'excs, une infinit de familles meurentde faim et de dsespoir : vrit constante, publique, assure. calamit de nos jours ! Quelle joie pouvonsnous avoir ?

    Fautil que nous voyions de si grands malheurs ! Et nenous sembletil pas qu' chaque moment tant de cruellesextrmits que nous savons, que nous entendons de toutesparts, nous reprochent devant Dieu et devant les hommes ceque nous donnons nos sens, notre curiosit, notreluxe ? Qu'on ne demande plus maintenant jusqu'o val'obligation d'assister les pauvres ! La faim a tranch cedoute, le dsespoir a termin la question, et nous sommesrduits ces cas extrmes o tous les pres et tous lesthologiens nous enseignent, d'un commun accord, que, sil'on n'aide le prochain selon son pouvoir, on est coupable desa mort, on rendra compte Dieu de son sang, de son me,de tous les excs o la fureur de la faim et le dsespoir leprcipite.

    Qui nous donnera que nous entendions le plaisir de donnerla vie ? Qui nous donnera, chrtiens, que nos coeurs soientcombls de l'onction du SaintEsprit, pour goter ce plaisirsublime de soulager les misrables, de consoler JsusChristqui souffre en eux, de faire reposer, dit le Saint Aptre, leursentrailles affames ? (...). Ha ! Que ce plaisir est saint ! Ha !Que c'est un plaisir vraiment royal !

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  • Sire, Votre Majest aime ce plaisir ; elle en a donn desmarques sensibles, qui seront suivies de plus grands effets.C'est aux sujets attendre, et c'est aux rois agir ;euxmmes ne peuvent pas tout ce qu'ils veulent, mais ilsrendront compte Dieu de ce qu'ils peuvent. C'est tout cequ'on peut dire Votre Majest. Il faut dire le reste Dieu,et le prier humblement de dcouvrir un si grand roi lesmoyens de satisfaire l'obligation de sa conscience, demettre le comble sa gloire et de poser l'appui le plusncessaire de son salut ternel.

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