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Alexandre Dumas

William Chapman

Les aspirations

Poésies canadiennes

BeQ

William Chapman

(1850-1917)

Les aspirations

Poésies canadiennes

La Bibliothèque électronique du Québec

Collection Littérature québécoise

Volume 177 : version 1.01

William Chapman a publié de nombreux recueils de poésie, dont Les Québecquoises, les Aspirations (1904) et les Feuilles d'érables. Il collabora à différents journaux. Ses démêlés retentissants avec son contemporain et rival, Louis Fréchette, sont restés mémorables ; il a attaqué celui-ci dans Le Lauréat (1894) et Deux copains (1894). Chapman a pourtant rendu un bel hommage à celui-ci dans un poème intitulé Sur la tombe de Louis Fréchette.

Image de la couverture :

Ozias Leduc (1864-1955),

Labour d’automne à Saint-Hilaire

1901. Musée du Québec.

Les aspirations

(Paris, Librairies-imprimeries réunies, 1904.)

À mes deux mères

I

Avant de terminer, mère, un dernier volume,

Je suis venu, d’un pas ému, te l’apporter.

Mère, au bord de ta fosse, où l’oiseau vient chanter,

Sens-tu mon pied fouler le sol que mai parfume ?...

Mère, dans ton cercueil, reconnais-tu ma voix ?...

Avant d’ouvrir mon livre au grand souffle des cimes,

Je suis venu t’offrir l’hommage de ces rimes,

Certain que tu m’entends, certain que tu me vois.

Mère, écarte un moment le suaire qui cache

Ton front dont les rayons éclairaient mon chemin,

Ouvre tes yeux et prends ces feuillets dans ta main :

La pudeur et la foi n’y verront pas de tache.

Lis ces vers ou mon âme a versé tout son feu,

Et sur qui sans danger s’abaisse l’œil des vierges.

Quelques-uns sont éclos à la lueur des cierges,

Presque tous sous l’éclat du grand firmament bleu.

J’ai fait dans la retraite un livre austère et chaste ;

J’ai chanté pour le Christ et pour la vérité.

J’ai mis dans mes accents toute la probité

Qu’épancha dans le mien ton cœur enthousiaste.

J’ai chanté pour l’art saint et pour les saints autels,

Malgré la surdité coupable de l’époque.

J’ai chanté le passé que notre histoire évoque,

J’ai chanté des aïeux les labeurs immortels.

J’ai vanté les splendeurs de la rive natale,

Que ton âme d’artiste aimait avec fierté ;

J’ai dit de ses forêts la sombre majesté,

Et de ses ciels d’hiver la froideur idéale.

J’ai loué les vaincus non moins que les vainqueurs ;

J’ai fait parfois pleurer, bien rarement sourire ;

Pour aider les souffrants, souvent avec ma lyre

Je suis allé frapper à la porte des cœurs.

Dans mon livre j’ai mis ce qui pouvait te plaire ;

Baise-le maintenant ! Oui, daigne le bénir,

Pour qu’il vive à jamais, et dise à l’avenir

Que ton fils t’adorait, ô ma mère ! ô ma mère !

II

Et toi, mère patrie, entends-tu mes accents

À travers l’Océan que le printemps caresse ?...

J’irai bientôt fouler ta rive enchanteresse,

Boire aux flots de ton art aux jets éblouissants.

France que je chéris, dont le nom seul m’enivre,

M’entends-tu te parler, malgré l’éloignement ?...

Sans cesse fasciné par ton rayonnement,

Je franchirai la mer pour te porter mon livre.

J’ai voulu dans mes chants célébrer ta fierté,

Exalter les combats qui t’ont faite immortelle,

Les saints devoirs remplis par ta force ou ton zèle

À la gloire du Christ et de l’humanité.

Je n’ai pas le luth d’or de tes bardes, ô France,

Je n’ai pas leur parler si sonore et si doux ;

Je suis un peu sauvage, et te prie à genoux

De jeter sur mon livre un regard d’indulgence.

J’ai chanté comme chante, à l’ombre du saint lieu,

Le lévite naïf à la voix indécise,

Comme chante le flot, comme chante la brise,

Comme chante l’oiseau des bois tourné vers Dieu.

L’or de ma poésie est encor dans la gangue ;

Je n’ai pu ciseler le métal vierge et pur.

Je ne réclame aussi, moi, le poète obscur,

Que le mérite seul d’avoir appris ta langue.

Mais, en t’ouvrant bientôt mon livre, je saurai

Te bien prouver qu’aux champs lointains du nouveau monde

Ta race a conservé ta sève si féconde,

Et ton souvenir reste un souvenir sacré ;

Que, malgré la conquête et malgré l’arbitraire,

Nous n’avons, Canadiens, désespéré jamais,

Qu’aux bords du Saint-Laurent, sous l’étendard anglais,

Tes fils t’aiment toujours, ô ma mère ! ô ma mère !

La statue de la liberté

éclairant le monde

À Bartholdi

Le bronze colossal domine l’Océan,

Où New-York, plein d’orgueil, mire son front géant,

Où la vaste cité, nouvelle Babylone,

Projette l’aveuglant éclat qui la couronne.

Il nargue les assauts formidables des vents

Et se rit des crachats que les grands flots mouvants

Lui lancent dans leurs jours de délire et de rage.

Le colosse n’a pas un frisson sous l’orage,

Et la foudre s’émousse en frappant cet airain

Ou l’art français a mis son cachet souverain.

Autour de la statue altière et solennelle,

Qui regarde la mer comme une sentinelle

Et sert durant la nuit de phare aux nautoniers,

Des vaisseaux de haut bord balancent leurs huniers,

De rudes matelots, de hardis capitaines,

Des voyageurs partant pour des terres lointaines,

Des étrangers venus de tous les horizons,

De lourds fardiers portant de riches cargaisons,

Se croisent tout le jour, reflétés par une onde

Où le vent fait flotter tous les drapeaux du monde.

Dans l’immobilité superbe de l’airain,

La statue, au regard toujours calme et serein,

Semble prêter l’oreille à la clameur immense

Qui s’élève sans fin de la ville en démence,

Semble écouter le chant dolent des matelots

Sur les vaisseaux voisins balancés par les flots,

Et, bien que nul jamais n’ait vu frémir sa bouche,

Qui garde une roideur froide autant que farouche,

Elle parle, elle parle avec solennité,

Et voici ce qu’un soir elle m’a raconté :

– Depuis quinze cents ans le Christ sur le Calvaire

Avait donné son sang pour racheter la terre,

Et du globe pourtant une seule moitié

Savait le nom si doux du Dieu crucifié.

Quinze siècles durant sa parole féconde

Avait incessamment vibré pour l’ancien monde,

Si souvent submergé par des fleuves de sang,

Et son écho suave allait s’affaiblissant

À travers les brouillards du sophisme et du doute.

Bien des peuples semblaient avoir perdu leur route,

Qu’éclairaient les seuls feux sinistres des bûchers.

Les cœurs partout prenaient l’âpreté des rochers,

Et le siècle était prêt, entre mille ruines,

À recevoir le grain funeste des doctrines

Dont la Réforme allait ensemencer les cœurs ;

Et l’Europe, où grondaient tant de sourdes rancœurs,

Où survivait toujours l’antique servitude,

Se mourait de débauche et de décrépitude.

Lasse, désespérée et jamais en repos,

Sans guides, sans compas, sans jalons, sans drapeaux,

N’osant plus élever ses yeux vers quelque cime,

La caravane humaine allait vers un abîme.

Où les fils de Japhet avaient déjà sombré,

Quand un jour un marin, un Génois inspiré,

L’arrêta tout à coup d’un geste prophétique.

Colomb du doigt venait de montrer l’Amérique,

Venait de s’écrier, debout au bord des flots

Qui reflètent les toits modestes de Palos :

– Je veux trouver un sol libre de tout servage,

Je veux aller planter la croix sur un rivage

Où, dans l’indépendance et dans la liberté,

Rajeunira bientôt la vieille humanité. –

Rêve prodigieux ! Sublime découverte !

Chanaan reparut, Golconde fut rouverte,

Et nul bord enchanté sous l’œil de l’Éternel

Ne brilla d’un éclat plus frais, plus solennel,

Qu’aux regards de Colomb le nouvel hémisphère.

L’Éden fut reconquis dans sa splendeur première.

Oui, l’Amérique aux yeux du héros étonné

Avait la majesté du monde nouveau-né.

Tout était vierge encor sur ses plages fécondes,

Les sables, les rochers, les forêts et les ondes ;

Ses grands fleuves roulaient des trésors dans leurs eaux ;

Ses bois étaient peuplés de merveilleux oiseaux ;

Des nuages d’encens enveloppaient ses mornes ;

Les lacs qui sommeillaient dans ses déserts sans bornes

Semblaient dans leur grandeur et leur rayonnement

D’énormes pans d’azur tombés du firmament

Dans la sérénité de plaines idéales ;

Et dans son ciel si pur les aubes boréales,

Mouvants soleils d’hiver agités en tous sens,

Changeaient souvent ses nuits en jours resplendissants.

Attirés par l’éclat de l’œuvre si féconde

Qui venait de doubler l’envergure du monde,

Émus de ce succès immense et sans égal,

Les fils de l’Ibérie et ceux du Portugal,

Les enfants de la France et ceux de l’Angleterre

Vinre