VERLAINE Paul

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VERLAINE Paul

www.comptoirlitteraire.comAndr Durand prsentePaul VERLAINE

(France)

(1844-1916)730/09/Sep/200712:27

Au fil de sa biographie sinscrivent ses uvresqui sont rsumes et commentes(surtout Clair de lune, Il pleure dans mon cur, Art potique).

Bonne lecture !

Il est n Metz, le 30 mars 1844, du capitaine Nicolas-Auguste Verlaine et dlisa Dehe. Enfant, il ne souffrit pas des frquents changements de garnison de son pre, car il tait aim, choy par sa mre comme par sa cousine, lisa Moncomble, qui, plus vieille de huit ans, tait comme sa sur adoptive. En 1851, les Verlaine sinstallrent Paris, toujours avec lisa. neuf ans, le petit Paul fut interne linstitution Landry, rue Chapsal. partir de 1855, il suivit les cours du lyce Bonaparte (depuis Condorcet). Ctait un lve studieux qui donnait entire satisfaction ses matres, et comblait ses parents. Puis vint la classe de quatrime o, perdant la candeur de son enfance, il fut envahi par le doute, le questionnement sur lutilit dtre. quatorze ans, grandi trop vite, il devint un adolescent inquiet qui affectait le genre canaille, et crivait de sombres pomes sur la mort, se sachant pote depuis sa dcouverte des Fleurs du mal, tant partag entre les deux postulations simultanes dont parle Baudelaire, l'une vers Dieu, l'autre vers Satan.

lisa, son premier amour, repoussa ses avances, affectueusement mais fermement. Elle fit mme un mariage de convenance, et quitta la famille Verlaine pour vivre avec son mari Lcluse dans le nord de la France. Ce chagrin d'amour le laissa inconsolable, morne et seul. Pendant quatre ans, il ntudia quasiment pas, mais, en 1862, obtint tout de mme son baccalaurat, dans les mmes conditions que Baudelaire: de justesse ! Cette anne-l, il passa ses vacances d't chez lisa, et essaya cette occasion de reconqurir son cur. En vain.

Aprs ses tudes, devenu un homme grand, au front haut, et la barbe folle, il fut expditionnaire l'Htel de Ville de Paris, emploi peu absorbant qui lui permit de cultiver ses dons potiques, de frquenter les cafs littraires, et de participer aux mouvements de lpoque. Il se mit boire, peut-tre pour chapper une tristesse anxieuse, et avait les yeux toujours scintillants de quelque excs de cette absinthe, sous l'effet de laquelle il sombrait dans des crises de fureur insense. On dut souvent le chasser du caf Procope, titubant sur ses longues jambes, mais toujours la posie au cur et le vers au bord des lvres. En 1863, il commena publier des pomes dans La revue du progrs moral. Il rencontra Banville, Heredia, Coppe.

Contriburent le dsaxer la mort de son pre en 1865, puis celle d'lisa qui, en 1867, fut victime dune fivre puerprale. Mais elle avait pay ldition de son premier recueil:

_________________________________________________________________________________Pomes saturniens(1866)Recueil de pomes---------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------Chanson dautomne---------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Mon rve familier---------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Monsieur PrudhommeSon faux-col engloutit son oreille

Commentaire

Joseph Prudhomme tait un personnage cr par Henri Monnier (et interprt par lui au thtre), caricature du bourgeois franais, dsireux de suivre lvolution de son temps, et persuad quil possde des lumires en toute choses alors quil est niais, conformiste et sentencieux.--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------Commentaire sur le recueilEn dpit d'une profession de foi parnassienne, Verlaine se dclarait n sous une Influence maligne, ayant Bonne part de malheur et bonne part de bile. Mais, cette sensibilit inquite et triste, au dsarroi que lui causait ses amours malheureuses, il joignait de la sensualit et une musicalit suggestive.

On trouve, dans ce recueil de pomes adresss une destinataire dont le nom est tu, une ardeur potique heureuse parfaitement canalise par les rflexes parnassiens.

_________________________________________________________________________________En juin 1869, alors mme quil brutalisait sa mre au cours de scnes affreuses, Verlaine fit la rencontre d'une jeune fille de seize ans, Mathilde Maut de Fleurville, la sur dun de ses amis, tre de lumire qui lui apportait la puret candide laquelle il aspirait parmi ses hontes secrtes, qui devait l'aider vaincre ses dmons, qui illuminait sa vie de limmense espoir de trouver, dans le mariage imminent, un vaste et tendre apaisement, un bonheur tranquille, dacqurir des habitudes plus rgulires, de devenir srieux aprs une vie de dsordre et de dbauche, de frquenter assidment son bureau. Il affirmait : Oui, je veux marcher droit et calme dans la vie. Et ntait-elle pas, elle aussi, une artiste qui crivait de belles choses, qui jouait du piano?

La mme anne, il publia :

_________________________________________________________________________________Ftes galantes(1869)Recueil de pomes---------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------Clair de luneVotre me est un paysage choisi

Que vont charmant masques et bergamasques,

Jouant du luth, et dansant, et quasi

Tristes sous leurs dguisements fantasques.

Tout en chantant sur le mode mineur

L'amour vainqueur et la vie opportune,

Ils n'ont pas l'air de croire leur bonheur

Et leur chanson se mle au clair de lune,

Au calme clair de lune triste et beau,

Qui fait rver les oiseaux dans les arbres

Et sangloter d'extase les jets d'eau,

Les grands jets d'eau sveltes parmi les marbres.

Analyse

Souvent, la volont artificielle dexprimer une joie qui nest pas vraiment ressentie conduit laisser paratre la vritable tristesse intrieure. Cest observable dans la vie et dans lart : la tristesse fondamentale des comiques (Molire, Chaplin, Keaton), des clowns, des lieux dits de plaisir (foires, music-halls). Cest ce qui arrive Verlaine dans Clair de lune, pome o il voulait clbrer sa fiance, lui faire un compliment galant. Ces trois quatrains de dcasyllabes aux rimes croises taient donc un madrigal, mais quel trange madrigal ! Le pote y oublie vite lme de sa fiance, et rend plutt, travers lvocation dune scne cense tre joyeuse, puis du clair de lune et, enfin, dun parc immobile sous la clart lunaire, la mlancolie profonde de sa propre me.

Ce paysage nest pas pris la nature, mais plutt au tableau de Watteau Assemble dans un parc dont Verlaine sinspirait dans son recueil, Ftes galantes, comme lindiquait nettement la premire version du pome (dans La gazette rime du 20 fvrier 1867), o le vers 9 se lisait : Au calme clair de lune de Watteau. Le peintre rendait dans ses tableaux lambiance libertine, licencieuse de lpoque de la Rgence. Les sujets quil peignait taient lgers, les cadres aimables. Mais chacun peut, selon son temprament, les interprter et y projeter ses propres sentiments parce quils se maintiennent toujours dans une sorte de pnombre, de douceur, de tranquillit quon peut prendre pour de laccablement. Cest ce que fait Verlaine qui incline Watteau dans son sens sans quon puisse dire quil le trahit. Cest le propre des grandes uvres que de concider avec de nombreux tats dme.

Dans le premier vers, qui sadresse la fiance, qui a bien, par le sens comme par le rythme et les sonorits (lassonance en a-oi : me-age-choi), le caractre solennel du compliment, qui est prononcer avec un accent dadoration, l'attitude du pote est toute de respect, et son loge est d'une rare dlicatesse. Lme de son inspiratrice, jeune fille quon devine raffine, charme par les plaisirs dune vie lgante et frivole, est identifie un paysage qui est choisi, mot mis en valeur par sa place la fin du vers.

Mais la description de lme est lude. Elle est une sorte de thtre, et toute l'attention se porte sur ce dcor imaginaire, et sur les mouvements des personnages qui l'animent. La construction ancienne d'aller suivi d'un participe prsent (chez Ronsard, on trouvait : ne saille rveillant) traduit la dure, le mouvement, la vivacit, la progression dans lme de la sduction opre par les personnages ; le parfum d'archasme est confirm par charmant, charmer le paysage signifiant le mettre sous l'effet d'un enchantement. Les sujets suivent, d'autant plus unis smantiquement qu'ils sont employs sans article, et restent ainsi dans l'indtermination. Une paronomase amusante et une rime intrieure trs appuye unissent un mot connu, masque (qui dsigne ici une personne portant un masque et un dguisement) un mot rare, bergamasque (quil faut prendre ici comme dsignant une personne dansant une bergamasque, danse du XVIIIe sicle, emprunte aux paysans de la province de Bergame en Italie). Ce sont donc des personnages participant un carnaval. Ce vers, form de syllabes longues, a un mouvement ample. Les sons on (vont), an (charmant), assez pesants, accentus par lallitration en m (charmant, masques, bergamasques) voquent la cadence et la lenteur des danses dautrefois.

Le vers 3, au contraire, est fortement coup, comme si, soudain, les personnages du tableau sanimaient. L'emploi comme pithtes de participes mis sur le mme plan que l'adjectif qui les suit contribue fixer cette vocation phmre. Le dcasyllabe est rendu trs souple par les coupes irrgulires (4 / 3 / 3), par la rptition de et, par leffet que produisent deux fois deux notes sourdes (jouant, dansant) suivies de notes aigus (du luth, et quasi) : on peroit comme un pas de danse qui reste toutefois en suspens