Tara et le plastique : ressources...

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"Tara et le plastique : ressources d'actualités"

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  • "Tara et le plastique : ressources d'actualits"

  • Table des matiresIntroduction .................................................................................................... 3

    La problmatique ..........................................................................................................4Interview : La Mditerrane connat les densits de plastiques les plus importantes au monde .. . .5Interview : Stphane Bruzaud : Seulement 1 2% des plastiques lchelle mondiale sont des bioplastiques .......................................................................................................................................7Article : Ocans de plastique...............................................................................................................10Focus : Les enjeux environnementaux en Mditerrane.....................................................................12

    Les instruments scientifiques bord de Tara ......................................................14Focus : Les outils de la science...........................................................................................................15

    Les bactries et la dgradation des plastiques ...................................................17Publication : La dgradation des plastiques en mer............................................................................18Interview : Les bactries sont un peu les boueurs de locan. .....................................................26

    A propos des microbilles ...........................................................................................28Interview : La recherche peut faire voluer les choses....................................................................29Article : Les larmes de sirne font pleurer la mer...............................................................................31

    Les dangers pour la biodiversit .............................................................................33Interview : Les tortues souffrent de lingestion de nos dchets ....................................................34Interview : De petits morceaux de plastique pourraient tre toxiques pour les organismes .........36Article : Plastique et environnement...................................................................................................39

    Premiers constats .......................................................................................................41Reportage : Premires observations aprs 5 mois de navigation........................................................42Article : Tara Mditerrane: aprs lexpdition...................................................................................44

    Solutions ........................................................................................................................46Interview : Les voies pour diminuer la pollution plastique.................................................................47

    Article : Tara dcouvre du plastique en Antarctique ..........................................................................48

    Pour aller plus loin .....................................................................................................50

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  • INTRODUCTION

    En 1997 Charles Moore, ocanographe et marin, mettait en vidence des grandes concentration de plastiques flottant au beau milieu de l'Ocan Pacifique Nord. Depuis on s'est rendu compte que tous les ocans et mers du monde taient pollus par ce plastique. La plupart du temps sous forme de fragments de moins de 5 millimtres (dnomms micro-plastiques)

    Depuis 2011 Tara et les scientifiques avec lesquels nous travaillons rcoltent ainsi ces petits morceaux flottants la surface ou entre deux eaux. Il a t ainsi mis en vidence que mme l'ocan Antarctique tait contamin. Partout ou le bateau a navigu la prsence de plastique a t note. Pour en savoir encore plus nous avons mont l'expdition Tara Mditerrane en 2015. Pendant 7 mois la golette a ainsi sillonn cette mer ferme avec les objectifs d'tudier les interactions entre les plastiques et les organismes marins, notamment les mcanismes de dgradation du plastique par les bactries ainsi que les consquences de cette pollution sur la biodiversit. Le rsultat est sans appel. Sur les quelques 300 filets qui ont t lanc, aucun n'est remont vide de dchets plastique !

    Afin de faciliter vos recherches sur ce thme, nous vous proposons une slection d'articles rdigs l'occasion des diffrentes expditions, et plus spcialement Tara Mditerrane. Vous y trouverez des synthses crites par les correspondants de bord, des entretiens de scientifiques qui vous serviront comprendre les dangers des micro-plastiques pour la biodiversit, dcouvrir les diffrentes techniques de prlvement ou encore faire le bilan de l'expdition par exemple.

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  • LA PROBLEMATIQUE

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  • La Mditerrane connat les densits de plastiques les plus importantes au

    monde

    Publi le 27/10/2014

    Chercheur lIfremer, Franois Galgani tudie les plastiques depuis prs de 20 ans. Ce scientifique corse a ddi sa carrire aux drivs du ptrole. Prsents bord de la golette cet t, entre la Sardaigne et lAlbanie, il rembarquait rcemment pour quelques heures. Un passage clair qui a permis aux Taranautes dchanger avec lui autour de la grande table du carr. Extrait de cette discussion.

    Tu travailles sur la thmatique de la pollution plastique depuis longtemps. A quand remontent les premires tudes sur ce sujet ?Les premiers travaux sur les plages datent du dbut des annes 80, il sagissait dtudes ponctuelles sur les quantits de plastique. Depuis 92, avec lIfremer, nous avons effectu un peu plus de 30 campagnes, sur lensemble du littoral franais. Et le plastique reprsentait dj 70 80% des dchets collects en mer ! Nous avons ensuite entrepris des travaux de plonges profondes en mer Baltique, du Nord et en Adriatique, puis laide de submersibles. Cest dans les annes 2000 que nous avons publi une synthse des recherches ralises sur lensemble des ctes europennes. En parallle, dautres chercheurs travaillaient sur les objets flottants. Au fil des annes, les techniques ont t amliores et les analyses se sont affines.

    Si dans les annes 70, certains scientifiques avaient dj observ la prsence de microplastiques en surface, cest partir des annes 90 que les associations ont relay linformation et notamment celle concernant laccumulation de ces micro-particules dans les zones de convergence ou gyres ocaniques. En 2004, la suite dun article sur lvolution des microplastiques, le sujet a t relanc. Ce papier faisait tat dune augmentation consquente des quantits jusque dans les annes 2000.

    En 2008, la Commission europenne a dcid de lancer une directive pour la surveillance du milieu marin, afin datteindre un bon tat cologique et par ncessit, elle a inclus les dchets marins et donc les plastiques comme lun des 11 descripteurs de la qualit de lenvironnement. Voil comment le sujet est entr dans lactualit. Pour la premire fois, il tait considr de manire aussi importante que leutrophisation, la biodiversit ou la contamination chimique.

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    http://oceans.taraexpeditions.org/m/science/les-actualites/la-mediterranee-connait-en-moyenne-les-densites-de-plastiques-les-plus-importantes-au-monde/http://oceans.taraexpeditions.org/m/science/les-actualites/la-mediterranee-connait-en-moyenne-les-densites-de-plastiques-les-plus-importantes-au-monde/http://oceans.taraexpeditions.org/m/science/les-actualites/la-mediterranee-connait-en-moyenne-les-densites-de-plastiques-les-plus-importantes-au-monde/

  • Quelles ont t les dcouvertes notables la suite de ces recherches ? A cette poque, les premiers travaux de modlisation sont apparus, pour en savoir plus sur le transport des microplastiques. Avant de couler ou de disparatre, les plastiques peuvent tre charris sur des milliers de kilomtres, en surface ou en profondeur. On sest donc aperu que des espces visibles lil nu se fixaient dessus.

    Ltude des micro-organismes fixs est quant elle assez rcente, je dirais quon les tudie depuis 1 an et demi. A prsent, des microbiologistes enqutent sur toutes les bactries fixes. Nous savons que certaines espces appartiennent des familles qui sont connues pour tre pathognes. Tara considre justement ce sujet. Ces fixations pourraient aussi favoriser la dispersion despces.

    Mais les espces ne se dispersent-elles pas depuis toujours, accroches des bouts de bois flottants ou caches dans les ballasts des bateaux ?En effet, pendant des millions dannes, le transport despces dune zone une autre se faisait sur des bois morts, puis la navigation sest dveloppe, et les bateaux ont servi de supports aux organismes vivants. Avec larrive des dbris flottants, notamment des plastiques, cela a dmultipli le nombre de vecteurs, cest dire le nombre de possibilits de transports. Les microplastiques avancent lentement, au gr des courants, et ils vont partout, la diffrence des bateaux qui vont dun port un autre. Ce qui veut dire que beaucoup plus despces peuvent se fixer dessus et voguer travers le monde.

    Quen est-il de la Mditerrane ?La mer Mditerrane connat, en moyenne, les densits de plastiques les plus importantes au monde : 250 milliards de microplastiques en Mditerrane.

    Comme il sagit dune mer ferme, si un nouvel organisme parvient entrer, il risque de se disperser dans lensemble du bassin. Nous avons aussi not que le transport de certaines espces comme les foraminifres (espces unicellulaires) peut tre favoris. Nous commenons donc avoir des ides prcises sur les mcanismes existants, mais il y a encore du travail. Une expdition comme Tara est idale : elle nous permet de collecter des donnes lchelle de lensemble du bassin Mditerranen, notamment sur les quantits de microplastiques et le cortge des espces associes.

    Propos recueillis par Nolie Pansiot

    Campagne Ifremer 1995 Franois Galgani : Vido Ifremer ralises par Franois Galgani en 1995, laide du submersible Cyana. Ces images ont t tournes entre 350 et 1000 mtres de fond, 20 km des ctes franaises, dans les canyons de Mditerrane. Aujourdhui, la situation reste inchange.

    Franois Galgani

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  • Stphane Bruzaud : Seulement 1 2% des plastiques lchelle mondiale sont

    des bioplastiques

    Publi le 02/02/2015

    Professeur lUniversit de Bretagne Sud, dans le Laboratoire dIngnierie de Haute Bretagne, Stphane Bruzaud est lun des chercheurs qui se penchent sur les micro-plastiques prlevs lors des 7 mois dexpdition en Mditerrane. Pour ce faire, Stphane a rcupr des chantillons quil analyse afin de mieux connatre leurs structures chimiques, autrement dit de les qualifier pour dterminer quels sont les diffrents types de micro-plastiques prsents dans le bassin mditerranen.

    Mais les recherches de Stphane ne sarrtent pas l : il sattelle avant tout trouver les solutions de demain, par la voie des bioplastiques. Rappelons que 5 milliards de sacs plastiques usage unique sont encore distribus aux caisses dans les supermarchs en France. Mais plus pour trs longtemps puisquen octobre dernier lAssemble nationale votait linterdiction des sacs plastiques usage unique partir de 2016, dans le cadre du projet de loi sur la transition nergtique.

    Pourquoi lindustrie du plastique sest-elle trs fortement dveloppe ces cinquante dernires annes ?Le plastique daujourdhui a beaucoup de qualit ! Il ne faut pas le dnigrer aveuglment. Il nest pas cher, il est durable, il est hyginique En fait, le problme essentiel cest son utilisation dans les multiples emballages ! Typiquement, si on prend lexemple du sac plastique a usage unique que lon utilise pour faire ses courses, il va tre utilis quelques dizaines de minutes mais il va mettre des dizaines, voire des centaines dannes ce dgrader. Il faut donc que le ratio entre la dure dutilisation du plastique et sa dure de vie soit plus raisonnable.

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    http://oceans.taraexpeditions.org/m/environnement/ocean-homme-et-pollution/stephane-bruzaud-seulement-1-a-2-des-plastiques-a-lechelle-mondiale-sont-des-bioplastiques/http://oceans.taraexpeditions.org/m/environnement/ocean-homme-et-pollution/stephane-bruzaud-seulement-1-a-2-des-plastiques-a-lechelle-mondiale-sont-des-bioplastiques/http://oceans.taraexpeditions.org/m/environnement/ocean-homme-et-pollution/stephane-bruzaud-seulement-1-a-2-des-plastiques-a-lechelle-mondiale-sont-des-bioplastiques/

  • Plastique biodgradable, plastique oxo-fragmentable, oxo-dgradable le consommateur de quoi sy perdre et ce, mme lorsquil essaie de sinformer pour faire le meilleurs choix.En effet et cest justement lobjectif de certains communicants qui essaient de brouiller les pistes et rendent le message confus. Or il existe une norme franaise, europenne, qui dfinit la caractristique de biodgradabilit . Celle-ci indique que le rsultat doit tre une biodgradation du matriau dans certaines conditions, sur une chelle de temps donne. Autrement dit, soit les plastiques passent les tests raliss par des organismes certificateurs et peuvent tre considrs comme biodgradables selon la norme ; soit ils ne les passent pas et ils ne sont pas biodgradables.

    Toutefois, lorsquon parle de biodgradabilit, cest dans certaines conditions , comme dans un composteur industriel par exemple. Mais il est rare que les sacs plastiques, mme biodgradables, terminent leur vie dans un composteur.Cest un peu ce qui limite la perce des plastiques biodgradables aujourdhui, parce quil faut une filire qui soit ddie la rcupration de ces matriaux et il faut informer les consommateurs pour quils sachent diffrencier les plastiques biodgradables des autres, afin denvisager un tri efficace.

    Pouvez-vous nous clairer sur la dfinition des sacs oxo-fragmentables ou oxo- dgradables ?Un sac oxo-fragmentable ou oxo-dgradable, cest un sac dans lequel on a incorpor des additifs pro-oxydants, qui vont acclrer la dgradation du plastique sans forcment lamener jusqu son terme. Donc on va, en quelque sort, rduire la taille de ce plastique, peut-tre mme la pollution visuelle qui en dcoule puisque les macro-plastiques vont se fragmenter en microparticules qui seront moins facilement observables. Mais leur dgradation nira pas jusqu leur terme. Autrement dit, ils ne sont pas biodgradables ! Le plastique sous forme de micro-plastiques perdurera dans lenvironnement, dans les terres, dans leau

    Vous travaillez sur les plastiques du futur ? De quoi sagit-il ? Il faut dvelopper des matires plus respectueuses de lenvironnement depuis leur mode de production jusqu leur fin de vie. Et puis il faut cibler leurs applications parce que les chiffres rvlent quenviron 300 millions de tonnes de plastique ont t produites en 2012 lchelle mondiale et seulement 1 2% sont des bioplastiques. Bien videmment cest une illusion de vouloir remplacer la totalit des matires plastiques par des bioplastiques mais il faut que le bioplastique gagne des parts de march dans le secteur des emballages, pour de courtes dures dutilisation.

    Quelles sont les matires premires utilises pour la fabrication de ces plastiques ?Des matires extraites de la biomasse : des matires vgtales, des sucres ou de lamidon, des huiles vgtales. Personnellement, Lorient, je travaille valoriser des dchets de lindustrie agroalimentaire bretonne, issus de la filire fruits et lgumes par exemple. Depuis plusieurs annes, nous avons

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  • dmontr la faisabilit de production de bioplastique par fermentation en utilisant ce type de dchets, en y ajoutant des bactries marines que nous prlevons au large des ctes bretonnes (sur des coques ou des palourdes). A partir dun processus biotechnologique nous arrivons fabriquer du bioplastique.

    Quels sont les facteurs limitant la production de ce type de plastique ?Incontestablement, le cot ! Un ptro plastique cote environ 1 euro du kilo ; un bioplastique cote minima 2,5 3 euros du kilo, il y a donc un diffrentiel important au niveau du prix, ce qui freine les industriels. Mais cest aussi une histoire de march, lorsque le march va slargir, les cots de production vont baisser. Souvent, pour dvelopper un march il faut inciter fiscalement ou rglementairement le dveloppement de tel ou tel produit, de telle ou telle technologie.

    Linterdiction de 2016, vote par lAssemble Nationale pourrait donc donner un coup de pousse lindustrie du bioplastique biodgradable ?Oui, non seulement parce que la France va devoir limiter ses dchets plastiques non biodgradables, mais aussi parce que certaines utilisations ncessiteront toujours du plastique, il faudra donc se rabattre sur le plastique biodgradable.

    Propos recueillis par Nolie Pansiot

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  • Ocans de plastique

    Publi le 14/07/2014

    Depuis plus dun demi sicle, les matires plastiques ont envahi notre quotidien, mais aussi nos ocans, reprsentant la grande majorit de la pollution maritime. Quand le monde du silence, si cher Cousteau, devient peu peu le monde du plastique

    Pour les industriels, le plastique est une bndiction. Un faible cot de production, mais surtout des proprits idales : solide, lger, rsistant la corrosion et de nombreux produits chimiques, etc. En ajoutant diffrents additifs, un ignifugeant par exemple, les possibilits sont presque infinies. Rien dtonnant donc ce que la production de matires plastiques nait cesse daugmenter ces dernires dcennies, mis part une courte baisse la fin des annes 2000. Dune production presque confidentielle au milieu du XXme sicle, lindustrie produit actuellement prs de 300 millions de tonnes de plastique chaque anne, utilis dans quasiment tous les secteurs : btiment, automobile, lectronique Et surtout, reprsentant prs de la moiti des matires plastiques, les emballages, pour un usage phmre donc.

    Pour ces emballages, il ny a bien que lutilisation qui soit phmreLe plastique, avec ses formidables proprits de rsistance, est fait pour durer. Des dizaines, parfois des centaines dannes. Lorsque ce plastique ne fait pas lobjet dun tri et dun recyclage consciencieux (recyclage qui ne concerne aujourdhui que 20 % du plastique en France), il finit immanquablement par se retrouver dans la nature, et notamment en mer. Chaque anne, entre 10 et 20 millions de tonnes de dchets en tous genres sont dverss dans les ocans, dont une grande majorit de matires plastiques. En surface, ces dernires reprsentent mme la quasi-totalit des objets flottants. Si certains dtritus proviennent des activits maritimes, en moyenne, 70 80 % des dchets rejets en mer sont arrivs par la terre, achemins notamment par les fleuves et les rivires.

    Une fois en mer, la plupart des dchets plastiques flottent la surfaceEntrans sur des distances normes par les courants marins, ils flottent jusque dans les zones les plus recules de la plante. Si certains schouent sur les ctes, dautres se trouvent pris dans les gyres ocaniques, ces gigantesques tourbillons marins de plusieurs milliers de kilomtres. Cest dans lun de ces gyres, celui situ dans le Pacifique Nord, que locanographe Charles Moore mettra en lumire

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    http://oceans.taraexpeditions.org/m/environnement/ocean-homme-et-pollution/oceans-de-plastique/

  • dans les annes 1990 ce quil nommera le continent de plastique . Le terme, sil est fort, ne reprsente pourtant que peu la ralit. Loin dtre une le dordures mergeant de locan, il sagit plutt dune forte concentration de dtritus flottants. Quelques gros dchets, les macroplastiques , bouteilles deau, sacs plastiques et autres emballages, mais surtout de petites particules de moins de cinq millimtres appeles microplastiques. Ces gyres forment ainsi une vritable soupe de minuscules dbris plastiques, provenant notamment de la lente dgradation de macroplastiques.

    Ces microplastiques ne sont pas uniquement cantonns aux gyres ocaniques, se retrouvant partout sur la plante. La mditerrane, mer presque ferme, souffre ainsi de la plus forte densit de microplastiques au monde : 115 000 particules par kilomtres carrs. Sujet longtemps boud par la communaut scientifique, ce nest que depuis quelques annes que des tudes sintressent cette forme de plastique bien moins visible que les gros objets flottants. Lampleur du phnomne, sa rpartition et surtout ses impacts potentiels sur lenvironnement restent donc encore mconnus. Si beaucoup reste faire, Tara compte bien apporter sa pierre ldifice, en profitant de ces six mois dexpdition en Mditerrane pour recueillir le maximum dinformations sur ces microplastiques et leurs interactions avec lcosystme planctonique.

    Yann Chavance

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  • Les enjeux environnementaux en Mditerrane

    Publi le 23 mai 2014 27/05/2014

    Le dveloppement urbain et industriel pose aujourdhui des nombreux dfis de gestion de la Mditerrane notamment sur la gestion des dchets et des pollutions, plus de 90 % dorigine terrestre. Sajoute au dfi de la diminution de la pollution, la bonne gestion du transport maritime, de lexploration dhydrocarbures, de la pche industrielle et du tourisme, lments essentiels dans les efforts en cours pour une Mditerrane en bonne sant cologique.

    Il est galement important de soutenir la cration et la gestion de zones protges pour restaurer les cosystmes les plus touchs, soutenir les stocks de poissons et pour prserver certaines espces en danger. Au del des cris dalarme et dun simple constat, nous voulons promouvoir les solutions et linnovation pour les plastiques du futur et les faire avancer concrtement dans les processus politiques en cours dans les sphres rgionales, nationales et internationales.

    POUR STIMULER LE DBAT : QUELLES SOLUTIONS?

    > Rduction de la pollution la source : ducation, recyclage, promotion de lconomie circulaire.> Gestion intgre des bassins versants : nettoyage des canaux et rivires.> cologie des emballages : responsabilit des producteurs.> Bioplastiques : biosourcs, biodgradables, oxofragmentables. Quels types ? Quels impacts rels et lesquels sont une vraie solution ?> Rduction de la pollution chimique la source : rglementations internationales.> Recherche et innovation : plastique et micro-organismes, quels organismes pourraient dgrader quel type de plastique ?> Interdiction du sac plastique usage unique : la France peut montrer lexemple dans ce domaine. LEurope a dj adopt en mai 2014 un texte fixant des objectifs de rduction des sacs plastiques usage unique par les pays membres. Tara considre ce texte comme une avance mais elle est insuffisante.

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    http://oceans.taraexpeditions.org/jdb/les-enjeux-environnementaux-en-mediterranee/http://oceans.taraexpeditions.org/jdb/les-enjeux-environnementaux-en-mediterranee/

  • DEUX FORMES DE POLLUTION PLASTIQUE EN MER

    > DCHETS ET DBRIS PLASTIQUES : Bouteilles, bouchons, morceaux Environ 6 millions et demi de tonnes de dchets sont dverses par an dans les ocans et les mers du monde dont 80 % sont en plastique, soit 206 kilos par seconde

    > MICROPLASTIQUES (- 5MM) : granuls, billes, microbeads, fibres textiles Une pollution complexe, invisible et difficile traiter. Alors que les macro-dchets impactent directement les poissons et oiseaux marins, les microplastiques ont un impact sur les micro-organismes marins et donc sur toute la chane alimentaire.

    LA MDITERRANE EN CHIFFRES

    > 450 millions dhabitants vivent sur les zones ctires de la Mditerrane rpartis dans 22 pays riverains.

    > De 1970 2000, en 30 ans, la population densemble des pays riverains a cru fortement de 285 millions 427 millions dhabitants. Avec deux phnomnes collatraux: la littoralisation et lurbanisation.

    > La Mditerrane abrite prs de 8 % de la diversit biologique marine, mme si elle ne reprsente que 0,8 % de la surface de lOcan.

    > On recense aujourdhui 925 espces invasives en Mditerrane dont 56% sont prennes selon une tude mene par le Plan Bleu (UNEP).

    > La Mditerrane concentre 30% trafic maritime mondial au passage du canal de Suez.

    > Il existe une soixantaine de plate formes ctires dexploration et dexploitation dhydrocarbures en Mditerrane.

    > On estime que 90% de la pollution de la Mditerrane vient de la terre.

    > La rgion mditerranenne est la rgion touristique la plus importante du monde ; elle attire environ 30% du tourisme international.

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  • LES INSTRUMENTS SCIENTIFIQUES A BORD DE TARA

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  • Les outils de la science

    Publi le 22/08/2014. Pour cette expdition en Mditerrane la recherche des fragments de plastiques, ces petits dbris flottant la surface de locan, la golette a fait le plein de nouveaux instruments de prlvements adapts cette pche un peu spciale. Tour dhorizon de larmada scientifique de Tara.Comme lors des prcdentes expditions de Tara, la science bord de la golette sorganise en stations de prlvements. Ces dernires, pour ce tour de la Mditerrane, sont quotidiennes : en moyenne, une station de quatre cinq heures le matin, suivie dune plus courte de deux heures en dbut de nuit, lorsque le plancton remonte la surface. Un programme quotidien qui sadapte bien entendu aux conditions mtorologiques et aux zones traverses. Car videmment, ces points de prlvements sont loin dtre choisis au hasard : hauts-fonds, zones ctires, tourbillons marins, zones brasses par les courants, etc., lquipe scientifique terre jongle en permanence avec les cartes mtorologiques et ocanographiques pour dnicher les spots de prlvements les plus pertinents. Une fois la golette arrive au bon endroit, au bon moment, la station peut alors enfin dbuter.

    Le filet Manta, ratissant la surfaceSi la rosette, cet ensemble de bouteilles Niskin prlevant leau de mer diffrentes profondeurs, tait la star des prcdentes expditions, elle a laiss la place pour Tara Mditerrane au filet Manta. Vritable pice matresse des stations de prlvement, ce petit filet plonge en moyenne cinq six fois par jour dans les eaux traverses par la golette. Simple dans sa conception, le Manta a prouv sa redoutable efficacit pour rcolter le plastique flottant et les micro-organismes de surface : depuis le dbut de lexpdition, pas un seul filet nest remont sans particules plastiques Sa structure mtallique, compose dune gueule bante et de deux ailes lui permettant de se maintenir la surface, lui donne lallure de la raie du mme nom. Accroch cette structure, un long filet en entonnoir dune maille de 335 microns (soit un tiers de millimtre) se termine par un cylindre, le collecteur, emprisonnant toutes les particules passes travers la gueule du Manta.

    Les filets Bongo, faible profondeurPrs dune centaine de mtres de cble sont drouls chaque mise leau pour laisser le filet Manta ratisser la surface, loin du bateau. Un ingnieux systme dattache permet de surcrot au filet de se placer parallle notre route, pour viter de se retrouver dans les eaux brasses de notre sillage. Cest ainsi tract par Tara que le Manta avalera les 20 premiers centimtres de la surface durant, selon les protocoles, une demi-heure ou une heure Si les conditions le permettent. Car ds que la mer devient trop grosse, les particules brasses par la houle chappent pour la plupart la gueule du Manta. Ce sont alors les filets Bongo qui prennent la relve : deux gros filets en entonnoir, lests pour se maintenir un mtre sous la surface. Quel que soit le filet utilis, lquipe scientifique bord note scrupuleusement la position GPS de mise leau et de remonte, ainsi que la vitesse du bateau, pour en dduire la quantit deau ainsi filtre. Une fois sur le pont, les collecteurs des filets peuvent alors tre tamiss pour

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    http://oceans.taraexpeditions.org/m/science/les-actualites/les-outils-de-la-science/

  • dcouvrir le rsultat de la pche.

    La CTD, un ensemble de donnes physico-chimiquesCes filets, Manta ou Bongo, ne sont pas les seuls outils utiliss sur le pont arrire de Tara. Car si nous nous intressons aux particules plastiques, les organismes planctoniques qui peuplent les masses deau et colonisent parfois ces dbris flottants sont aussi au cur de ltude mene par Tara en Mditerrane. Pour rcolter ces minuscules crustacs, micro-algues ou bactries, une bouteille Niskin est plonge rgulirement trois mtres de profondeur, emprisonnant des milliards de micro-organismes dans ses cinq litres de contenance. Pour offrir une vision la plus large possible de la zone chantillonne, une CTD (pour Conductivity-Temperature-Depth) donne galement de prcieuses informations sur la masse deau tudie : plonge au bout dun cble 200 mtres de profondeur, cet instrument bourr de capteurs mesure tout au long de sa descente et de sa remonte, quatre fois par seconde, la pression, la temprature, la conductivit (rvlant la salinit), la fluorescence (donnant des informations sur la distribution du phytoplancton, le fameux plancton vgtal), et la rtrodiffusion (permettant dvaluer la concentration en particules). Des informations capitales sur toute la masse deau senfonant sous les filets de surface : ces donnes physico-chimiques permettent notamment de mieux comprendre lenvironnement dans lequel voluent particules plastiques et micro-organismes.

    LHTSRB, des ocans aux satellitesEnfin, chaque jour lorsque le soleil est au znith, un dernier instrument plonge lui aussi dans leau depuis le pont arrire de Tara, rpondant au nom barbare dHTSRB. Parfois surnomm Star Wars bord de par sa forme de vaisseau spatial tout droit tir dun film de science-fiction, lHTSRB pointe un capteur vers le ciel, mesurant lintensit lumineuse reue, et un autre vers les profondeurs, dcryptant la couleur de locan, le tout sur 150 longueurs donde, notamment dans les ultra-violets. Ces rayons UV tant connus pour dgrader les matires plastiques, ce type de donnes intresse videmment les scientifiques tudiant la pollution plastique. Mais lutilisation de lHTSRB bord de Tara dpasse ce seul champ de recherche : les donnes rcoltes sur la couleur de locan servent affiner les paramtres utiliss par les satellites scrutant les ocans du monde entier. Mieux, elles participent galement dvelopper les algorithmes utiliss par les prochaines gnrations de satellites. Ainsi, lhorizon 2020, un nouveau satellite lanc par la NASA sera capable de prendre des mesures beaucoup plus compltes sur la couleur des ocans, grce notamment aux donnes releves bord de la golette ces dernires annes.

    Si ltude des micro-plastiques est la raison dtre de cette nouvelle expdition en Mditerrane, Tara est ainsi galement une aubaine pour bon nombre de spcialits scientifiques, dsireuses de profiter de ce navire de recherche sillonnant durant sept mois sans discontinuer toute la mer Mditerrane. En marge des stations de prlvements centres sur les microplastiques et les communauts planctoniques les colonisant, lquipe scientifique de Tara procde ainsi rgulirement dautres recherches, allant du comptage des mduses lenregistrement des chants des ctacs. Des domaines dtudes aussi divers que varis, mais partageant au final la mme ambition : mieux comprendre le monde marin qui nous entoure.

    Yann Chavance

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  • LES BACTERIES ET LA DEGRADATION DES PLASTIQUES

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  • La dgradation des plastiques en mer

    Publi le 14/07/2014

    Le devenir des dchets en mer est une proccupation environnementale de premier ordre qui fait aujourdhui partie de la dfinition du bon tat cologique de la Directive Cadre Sur le Milieu Marin (DCSMM, descripteur n10). En milieu marin, ces dchets sont composs de 40 80% de plastiques (Barnes et al., 2009). Des travaux rcents estiment 5 250 milliards le nombre de particules plastiques qui flottent la surface des mers et ocans, quivalent 268 940 tonnes de dchets (Eriksen et al., 2014).

    Dussud C, Ghiglione JF (2014). Biodgradation des plastiques en mer. Socit franaise dcologie, Regards et dbats sur la biodiversit N63.

    1 : CNRS, UMR 7621, Laboratoire dOcanographie Microbienne, Observatoire Ocanologique, F-66650 Banyuls/mer, France2 : Sorbonne Universits, UPMC Univ Paris 06, UMR 7621, Laboratoire dOcanographie Microbienne, Observatoire Ocanologique, F-66650 Banyuls/mer, France

    Mots cls : cotoxicologie microbienne, cosystmes marins, dchets, rseaux trophiques, bioaccumulation, bioremdiation, relation Homme-Nature

    Une pollution mondialeLa pollution par les dchets plastiques touche tous les ocans, y compris les zones polaires. Il existe nanmoins des zones daccumulation cres par des courants marins appels gyres ocaniques (Lebreton et al., 2012). La plus connue est la zone daccumulation dans le gyre du Pacifique Nord ( 7me continent de plastique ou grande zone dordure du Pacifique), mais cet exemple nest pas un cas isol. Les modles de circulations ocaniques suggrent des zones daccumulations dans quatre autres gyres (Pacifique Sud, Atlantique Nord, Atlantique Sud et Ocan Indien). La Mditerrane est galement trs pollue par les plastiques du fait de son caractre de mer semi-ferme, avec un taux de renouvellement des eaux de 90 ans alors que la persistance des plastiques est suprieure 100 ans (Lebreton et al., 2012).

    La prsence de ces matriaux synthtiques dans le milieu naturel est relativement rcente, puisque lessor de lindustrie du plastique date des annes 1970. Les dbris plastiques retrouvs la surface de leau sont domins par les particules de taille infrieure 5mm, communment appeles des microplastiques (Hidalgo-Ruz et al., 2012). Les microplastiques sont issus de la fragmentation des plastiques et sont galement disperss dans tous les ocans (Ivar do Sul et al., 2014). Ces fragments sont trs stables et peuvent parfois persister jusqu 1000 ans dans le milieu marin (Czar et al., 2014).

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  • Toxicit des plastiques et perturbation des chanes alimentairesDans lenvironnement, la pollution par les plastiques peut avoir plusieurs consquences. Mise part la

    pollution visuelle quils engendrent, les plastiques touchent les organismes marins de manire directe ou indirecte diffrents chelons de la chane alimentaire (Wright et al., 2013). Au plan chimique, les matires plastiques sont constitues denchanements de squences identiques (ou polymres) de molcules carbones, principalement dhydrocarbures*, molcules organiques toxiques pour de nombreux organismes, susceptibles de saccumuler le long des chanes alimentaires.

    Dans les zones daccumulation, la concentration de microplastiques observe (de taille de 0,5 5mm) est comparable celle du zooplancton (entre 0.005 mm et plus de 50 mm). La Mditerrane, par exemple, prsente des ratios microplastiques/zooplancton entre 1/10 1/2 (Collignon et al., 2012). Le risque pour les prdateurs du zooplancton (i.e. les poissons) dingrer du microplastique est donc considrable. Le temps de rsidence du plastique dans de petits poissons plagiques est valu entre 1 jour et 1 an (Davidson & Asch, 2011). Les fragments de microplastiques ingrs sont retrouvs dans les djections des animaux, ils peuvent couler avec les cadavres ou encore tre transfrs aux prdateurs et ainsi atteindre les chelons suprieurs de la chane alimentaire (Czar et al., 2014).

    Les plastiques sont galement des vecteurs de dispersion de composs toxiques qui peuvent aussi saccumuler dans les chanes alimentaires. Ces composs peuvent tre directement prsent dans la composition des plastiques, ou bien sadsorber leur surface. Dans le premier cas, il sagit dadditifs (phtalates, biphnyles) incorpors certains plastiques pour augmenter leur rsistance. Diffrents travaux ont montr que ces composs peuvent tre toxiques pour certains animaux et lhomme (Lithner et al. 2011). Dautres composs toxiques (hydrocarbures, pesticides, DDT, PCB) peuvent sadsorber sur les plastiques, ce qui est susceptible daugmenter leur dispersion, leur persistance en mer et leur accumulation dans les chelons trophiques les plus levs (Teuten et al., 2009).

    Les effets dsastreux de lingestion des dbris de plastiques confondus avec des proies sont galement bien documents, avec des consquences sur les systmes digestifs des animaux tels que les poissons, les oiseaux, les tortues de mer et les mammifres marins, pouvant entraner leur mort (Andrady 2011). Ces dbris sont galement considrs comme vecteurs de dispersion dalgues toxiques (Mas et al. 2007) et de micro organismes pathognes (Zettler et al., 2011).

    La pollution par les plastiques en mer en quelques chiffres

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  • Dgradation des plastiques en merPlusieurs tudes se sont attaches dcrire les tapes physiques, chimiques et biologiques intervenant dans la dcomposition du plastique (Andrady, 2011). La dgradation biologique est en majeure partie ralise par les micro organismes, essentiellement des bactries (Shah et al., 2008). Organismes les plus abondant dans les ocans (~100 millions de bactries et >500 espces par litre deau de mer), ces micro organismes invisibles lil nu ont des capacits mtaboliques extrmement varies. Dans leur milieu naturel, les bactries jouent un rle dboueur des ocans (organismes saprophytes) puisquelles reminralisent la moiti du carbone organique qui provient des dchets de la chane alimentaire. De nombreuses bactries sont galement spcialises dans la dgradation des hydrocarbures (bactries hydrocarbonoclastes), composants majeurs des plastiques. La capacit de dgradation de diffrents types de plastiques par les bactries a largement t aborde dans la littrature, montrant une vaste diversit de bactries capables de les dgrader (voir par exemple la revue de Shah et al. 2008). On aperoit ici lenjeu environnemental des recherches actuelles visant mieux caractriser la biodgradation des plastiques par les communauts bactriennes.

    Les tapes de la dgradation en merUn plastique qui arrive en mer va dabord subir une dgradation abiotique (non biologique). Des dgradations physiques (vagues, temprature et UV) et chimiques (oxydation ou hydrolyse) vont contribuer fragiliser les structures des polymres (Ipekoglu et al., 2007) et rduire le plastique en morceaux de plus petite taille. La dgradation biologique intervient ensuite. Elle est compose de quatre tapes successives (Figure 1).

    Figure 1: Les diffrentes tapes de la biodgradation du plastique par les bactries (Dussud et Ghiglione, sous presse)

    1. La bio-dtrioration est engendre par laction mcanique du biofilm bactrien qui se forme la surface du plastique (Figure 2) et qui va pouvoir agrandir les fissures dj prsentes (Bonhomme et al.,

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  • 2003). Une dgradation chimique peut galement tre orchestre par la grande diversit des espces prsentes dans le biofilm, telle que la production de composs acides par les bactries chimiolithotrophes et chimioorganotrophes.

    Figure 2 : Biofilm form par Rhodococcus ruber C208 sur la surface de polythylne UV photo-oxyde, observ au microscope lectronique balayage. Initiation de la biodgradation dtecte dans les 3 jours. Contrle : Surface non inocule (selon Sivan et al. 2011).

    2. La bio-fragmentation est laction denzymes bactriennes libres lextrieur des cellules pour cliver les polymres plastiques en squences plus courtes, oligomres et monomres. Les oxygnases, par exemple, rendent les polymres de plastique plus hydrosolubles et donc plus facilement dgradables par les bactries. Les lipases et les estrases attaquent spcifiquement les groupes carboxyliques et les endopeptidases les groupements amines. Diffrentes espces bactriennes sont impliques dans ce processus (Ghosh et al. 2013).

    3. Lassimilation consiste au transfert des molcules plastiques de taille

  • Lenjeu actuel des recherches dans ce domaine repose sur la meilleure comprhension des mcanismes de biodgradation des plastiques par les communauts naturelles. Quelles espces colonisent les plastiques et lesquelles sont capables de les dgrader ? Les mcanismes molculaires mis en jeu pour la dgradation sont-ils aussi diffrents que la grande varit de leur composition ? Actuellement, le programme national PlasticMicro coordonn par le Laboratoire dOcanographie Microbienne de Banyuls (PI. JF Ghiglione) et financ par le CNRS tente de rpondre cette question. Une approche couple de DNA-SIP et de pyrosquenage haut dbit dj utilise pour identifier les bactries capables de dgrader les hydrocarbures aromatiques polycycliques (Sauret et al. 2014) est propose dans ce programme. Cette approche repose sur le marquage isotopique des plastiques et le suivi de leur incorporation par les bactries pour accder la communaut fonctionnelle des bactries plasticlastes . Ces travaux sont galement mis en relation avec la rcente expdition scientifique Tara Mditerrane coordonne par lObservatoire Ocanologique de Villefranche (PI. G. Gorsky et M.L. Pedrotti) qui a rcolt les microplastiques dans toute la Mditerrane.

    Les plastiques biodgradables : une solution ?La dgradation des plastiques conventionnels en mer est un processus trs lent (>100 ans) qui conduit leur accumulation dans les ocans. Par exemple, on estime que la concentration de microplastiques en Mditerrane augmentera de 8% dans les 30 prochaines annes (Lebreton et al., 2012). De nouveaux plastiques dits biodgradables apparaissent sur le march pour rduire limpact des dchets plastiques en mer.

    La dfinition dun plastique biodgradable est donne par la norme europenne EN 13432 de 2007 qui fixe la biodgradabilit un seuil dau moins 90% de dgradation en six mois maximum dans des conditions de compostage (environnement microbiologique actif dans des conditions particulires dhumidit et de temprature). Le rsultat de cette dgradation est la formation de biomasse bactrienne ou sa minralisation. Cette norme ne donne pas dinformation sur la biodgradabilit dans des conditions environnementales en milieu marin notamment et suggre une collecte des plastiques biodgradables. Sachant que les plastiques retrouvs en mer ont pour origine un manque de collecte, le fait de rpondre cette norme ne rsout pas le problme des dchets plastiques en mer. Nanmoins, la recherche et linnovation peuvent proposer dautres solutions.

    Les plastiques biodgradables sont de deux types :

    Les plastiques hydro-biodgradables ou biosourcs sont des produits issus de lagriculture tels que lamidon de mas de mas ou de pomme de terre. Si ce type de plastiques rpond la norme EN 13432 (qui suppose leur compostage), sa dgradation en milieu naturel reste sujette controverse. Dautre part, il est entre 4 et 10 fois plus coteux quun plastique classique et encourage lagriculture intensive (utilisation dengrais et de pesticides pour amliorer le rendement des rcoltes).

    Les plastiques oxo-biodgradables sont de mme composition primaire que les plastiques conventionnels (polythylne, polypropylne, polystyrne, mme filires de production) auxquels ont t ajouts des stabilisants qui permettent de prdire leur dure de vie et des pro-oxydants qui facilitent leur biodgradation par les micro organismes. Si la dgradation abiotique de ces plastiques est bien documente, la dmonstration de leur biodgradation reste un sujet dquivoque dans le domaine.

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    http://www.haleco.fr/wpc/img_basse_def/NORM_NF%20EN%2013432_fr.pdfhttp://oceans.taraexpeditions.org/m/qui-est-tara/les-expeditions/tara-mediterraneehttp://oceans.taraexpeditions.org/m/qui-est-tara/les-expeditions/tara-mediterraneehttp://lomic.obs-banyuls.fr/fr/axe_4_ecotoxicologie_et_ingenierie_metabolique_microbienne/plasticmicro.html

  • Nanmoins, les volutions des formulations des additifs semblent prometteuses. Trs rcemment, ladditif d2w (http://www.symphonyenvironmental.com/d2w/) a obtenu un colabel (365.001/14) dcern aux produits respectueux de lenvironnement selon les normes ISO 14020:2002 et 14024:2004.

    ConclusionsDiffrentes actions de recherches nationales et internationales ont t encourages ces dernires annes devant lampleur de la pollution par les plastiques en mer. La comprhension des mcanismes de leur biodgradation en mer est ses balbutiements. Si certains mcanismes ont t observs en condition de laboratoire, leur tude en milieu naturel reste largement inexplore. Par exemple, les mcanismes molculaires de bio-dtrioration, bio-fragmentation, bio-assimilation et bio-minralisation sont aujourdhui inconnus. La diversit des micro organismes associs ces diffrentes tapes de la biodgradation est galement ignore. La comprhension de ces processus permettra de mieux dfinir les taux de biodgradation des plastiques et de mieux prdire le devenir des plastiques dits biodgradables en mer.La mer est le rceptacle ultime de tous les dchets produits sur terre (80% des dchets retrouvs en mer proviennent de la terre). La solution au problme de la pollution des plastiques en mer ne viendra certainement pas de la mer elle-mme, mais dune prise de conscience des citoyens qui sont responsables de cette pollution (plus de 30% des dchets plastiques retrouvs en mer proviennent dun manque de collecte de la part des mnages).

    GlossaireBactries chimiolithotrophes : Bactries puisant leur nergie dans les liaisons chimiques de composs minraux.

    Bactries chimioorganotrophes : Bactries puisant leur nergie dans les liaisons chimiques de molcules organiques.

    Groupement carboxyle : CO2

    Gyre ocanique : tourbillon deau ocanique form dun ensemble de courants marins et provoqu par la force de Coriolis.

    Hydrocarbure : compos organique constitu exclusivement datomes de carbone et dhydrogne.

    Organismes saprophytes : micro-organismes qui se nourrissent de matires organiques en dcomposition quils transforment en matire minrale.

    Poissons plagiques : poissons vivant et se nourrissant dans la colonne deau.

    Pyrosquenage haut dbit : technique permettant de squencer le gnome rapidement avec une lecture directe de la squence.

    SIP : Stable Isotope Probing, technique en cologie microbienne qui permet de tracer les flux de nutriments utiliss par les micro organismes. Le substrat est enrichi avec un isotope stable qui est consomm par les organismes tudier.

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    http://www.symphonyenvironmental.com/d2w/)

  • Zooplancton : organismes de type animal qui flottent au gr des courants, ils sont la base de la plupart des chanes alimentaires.

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    Tara et le plastique : ressources d'actualits 24/50

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    http://www.sfecologie.org/regards/2014/12/26/r63-plastiques-en-mer-dussud-et-ghiglione/#comment-259688

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  • Les bactries sont un peu les boueurs de locan

    Publi le 02/10/2014

    Parmi les chercheurs qui collaborent avec Tara pour cette 10me expdition, Jean-Franois Ghiglione qui officie lObservatoire ocanographique de Banyuls-sur-Mer pour le CNRS. A bord pour quelques jours, il ne communique pas seulement sa bonne humeur, il partage aussi volontiers ses connaissances avec beaucoup de pdagogie. Et lorsque Jeff aborde son sujet de recherche, il est intarissable. Focus sur les bactries prsentes dans le milieu marin.

    Pourrais-tu dabord nous expliquer comment vivent les bactries en mer ?Les bactries sont l depuis que la vie existe sur Terre, elles se sont adaptes et sont capables de remplir toutes les fonctions prsentes dans lcosystme : fixer le CO2, comme le font les cyanobactries, manger de la matire organique, ou encore pousser dans des zones extrmes prives doxygne. Ce sont des procaryotes, des tres unicellulaires qui mesurent environ 1 micromtre, que lon diffrencie de tout le reste du rgne animal et vgtal. Un litre deau de mer contient en moyenne 100 000 bactries (105) et entre 2 000 3 000 espces diffrentes. En fait, les bactries sont les organismes les plus abondants en mer, il y en a partout mme si on ne les voit pas. Elles se font manger par les flagells et les cilis, ou bien elles sont lyses par les virus.

    Les bactries sont un peu les boueurs de locan : elles assimilent la moiti du carbone organique qui provient des dchets de la chane alimentaire (du phytoplancton aux poissons), ce qui leur confre un rle cl dans le bilan de carbone mondial, car elles sont les seules pouvoir transformer ce type de dchets en mer.

    Quelle est linteraction entre plastique et bactries ?On sait que les bactries sont les seuls organismes capables de dgrader les plastiques dans le milieu marin, on sait aussi que certaines bactries pathognes peuvent se fixer sur les plastiques. Ces constats font donc merger deux interrogations pour les scientifiques : les bactries peuvent-elles reprsenter une source despoir pour la dgradation des plastiques en mer ? Les bactries pathognes qui colonisent les plastiques peuvent-elles reprsenter un danger sanitaire potentiel ? Ces questions seront abordes grce aux chantillons rcolts bord de Tara.

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  • Comment fonctionne la dgradation bactrienne des plastiques ?Le plastique est une invention humaine assez rcente, qui date des annes 60-70, mais on constate que les bactries parviennent dj le dgrader dans certaines conditions. La dure de vie dun plastique en mer est estime 100 ans : lorsquil arrive dans leau, la physique va initier la dgradation, il est alors bris en morceaux par laction des courants et des UV. Les bactries interviennent ensuite, mais leur travail de dgradation est trs lent.

    La bactrie se confronte deux difficults pour parvenir sattaquer au plastique. Elle doit dabord russir sattacher au microplastique qui se rvle trs glissant (hydrophobe). Afin de contourner ce problme, elle va envoyer des molcules lextrieur de sa cellule pour sarrimer . Une fois les premires bactries accroches, dautres vont pouvoir sagglutiner et se dvelopper dessus. Cette colonie forme alors ce quon appelle un biofilm. En fait, les bactries sont tellement nombreuses se dvelopper sur la particule plastique, quelles forment un petit film visible lil nu.

    La seconde difficult rencontre est de taille! Au dpart, les plastiques ne sont pas comestibles , ils doivent tre oxyds (notamment par les UV) pour que les bactries parviennent sen nourrir. Comme les particules de plastiques sont bien trop grosses pour tre manges telles quelles, les bactries commencent les attaquer en envoyant des enzymes hors de leurs cellules (exoenzymes). Diffrentes espces de bactries sont impliques dans ce trs lent processus de dgradation, jusqu ce quelles parviennent le rduire en toutes petites molcules quelles pourront enfin manger. Cette ultime assimilation permet dliminer le plastique, qui est alors transform en biomasse ou en CO2.

    Il existe des bactries pathognes, de quoi sagit-il ?Ce sont celles qui crent des maladies, comme les Salmonelles par exemple. Les chercheurs les ont beaucoup tudies depuis Pasteur, parce quelles sont responsables de maladies pour lHomme. En gnral, on peut retrouver ces pathognes en mer proximit des stations dpuration, mais elles sont rapidement dilues. Il faut noter que la fonction des stations dpuration nest pas dliminer les bactries pathognes, mais dliminer la matire organique.

    La question que nous nous posons est la suivante : les bactries pathognes peuvent-elles se cacher dans les micro plastiques ?

    Les bactries aiment vivre sur des supports o elles se mettent labri de leurs prdateurs. On peut alors imaginer que des bactries pathognes parviennent vivre plus longtemps en mer en se cachant sur des plastiques largus par les stations dpurations. Certaines stations utilisent des media filtrants*: de petits cercles plastique ajouts dans les bassins de retenue des stations pour favoriser la croissance des bactries et donc pour amliorer la dgradation de la matire organique. Malheureusement, nous avons retrouv beaucoup de ces mdias filtrants lors de la campagne Tara Mditerrane, prs des ctes et mme au large. Sans tre alarmiste, nous nous interrogeons sur le risque sanitaire potentiel de dissmination des bactries pathognes et nous allons, entre autre, tudier cela laide des chantillons collects sur Tara.

    Propos recueillis par Nolie Pansiot

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  • A PROPOS DES MICROBILLES

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  • La recherche peut faire voluer les choses

    Publi le 20/09/2014 Interview de Rachel CablePartenaire de Tara Mditerrane, le laboratoire de Melissa Duhaime, dans le Michigan, participe aux stations scientifiques. Pendant 10 jours la scientifique amricaine Rachel Cable a particip lchantillonnage sur le pont arrire de Tara. De retour aux USA, elle utilise les mmes protocoles dans les Grands Lacs laurentiens. Elle a gentiment rpondu quelques questions sur son travail bord.

    Pourriez-vous nous expliquer le but de votre travail?Je travaille dans le laboratoire de Melissa Duhaime lUniversit du Michigan o nous tudions prsent les microplastiques, principalement dans les Grands Lacs. Nous naviguons sur les lacs et prenons des chantillons la surface, et en dessous de la surface de leau, avec les filets Manta (200 traits de filet depuis le dbut de Tara Mditerrane) et Bongo, comme nous faisons sur Tara en Mditerrane. Nous recueillons les morceaux de plastique de ces chantillons, puis nous comptons combien de morceaux se trouvent dans diffrents endroits travers les lacs. Nous essayons galement de savoir quelles communauts microbiennes se dveloppent sur les matires plastiques. Nous utilisons le mme protocole que nous suivons sur Tara, pour lequel on garde tous les morceaux de chaque collecte du Manta, et on met certains dans une solution qui nous permettra dexaminer la communaut microbienne dans le laboratoire.

    Je travaille dans le Duhaime lab comme technicien de recherche. Je suis la personne sur le terrain qui fait la plupart de lchantillonnage, et puis quand nous retournons au laboratoire, je suis celle qui va sparer les morceaux de plastique de chaque chantillon pour les organiser par taille. Finalement, je vais aussi aider au squenage de lADN pour identifier les espces prsentes sur les matires plastiques. Jai une bonne quipe dtudiants lUniversit du Michigan qui maide dans mon travail sur le terrain et au labo.

    Combien dchantillons avez-vous collect pour Michigan au cours de cette tape?Nous avons effectu 5 stations pour le labo de Michigan 4 avec le filet Manta et une avec le filet Bongo. Je suis ici galement pour faire une exprience supplmentaire afin de mesurer la quantit doxygne consomme ou produite par les organismes qui poussent sur chaque morceau de plastique. Nous tudions la consommation doxygne par les microbes sur les plastiques, afin de comprendre le fonctionnement de la communaut microbienne: est-ce que cette communaut fait de la photosynthse?

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  • On veut connatre le fonctionnement global de la communaut microbienne qui est directement fixe la matire plastique, ou parfois fixe dautres microbes sur le plastique. Nous sommes dj en train danalyser les morceaux de plastique pour lADN microbien, afin de pouvoir identifier les microbes spcifiques qui sont prsents. Grce lexprience sur la consommation doxygne, nous pouvons dj voir le fonctionnement de ces microbes. Une perte nette doxygne sur un morceau de plastique veut dire quil y a des organismes qui respirent, et peut-tre que ces organismes utilisent ou transforment le plastique. Si la communaut produit de loxygne, cest peut-tre la communaut dans son ensemble qui fait la photosynthse: cest dire, les microbes sattachent au plastique simplement parce quil flotte la surface de leau et ils peuvent ainsi se rapprocher de la lumire. Jai ralis cette exprience 6 fois, avec chaque fois 15 morceaux de plastique collects dans le filet Manta. Maintenant je dois traiter les donnes.

    Il semble que les microbilles sont aussi un problme pour la rgion des Grands Lacs. Pourriez-vous expliquer ceci?En fait il sagit dun sujet de plus en plus tudi aux tats-Unis, parce que nous avons des produits qui contiennent des morceaux de plastique minuscules, par exemple les produits cosmtiques pour se laver le visage, les dents, etc. La plupart des usines de traitement des eaux uses aux tats-Unis ne peuvent pas les filtrer, ils sont trop petits. Donc, ces microplastiques passent dans la rivire, la rivire va dans les Grands Lacs (dans le Midwest et au Canada; les tats de Michigan, Illinois, Indiana,Wisconsin, Ohio, Pennsylvanie, Minnesota et New York touchent les Grands Lacs). Le plastique saccumule dans les lacs, donc on y trouve beaucoup de plastiques diffrents, mais on ne sait pas combien de temps ils vont y rester. En Mditerrane leau sjourne pendant une dure trs longue, donc les plastiques restent trs longtemps, et on observe beaucoup dorganismes qui poussent sur eux. Dans les Grands Lacs, nous nen voyons pas autant, et ils ne se dcomposent pas autant. On voit beaucoup de bouteilles en plastique, et des tout petits morceaux, mais pas grand chose entre ces 2 tailles, comme dans la Mditerrane. Un papier a t publi sur les microplastiques dans les Grands Lacs. Pour le Lac Erie, qui se trouve au bout dune chane de lacs, on a trouv environ 5 000 10 000 morceaux de plastique par kilomtre carr. a fait beaucoup de plastique dans un lac!

    Etes-vous inquite au sujet des microplastiques?Oui, nous ne savons pas limpact des matires plastiques dans leau, ni sur les animaux qui mangent ce plastique. Nous mangeons ces animaux, donc le problme est trs proccupant. Mais en mme temps je trouve ce travail trs intressant et jaime le sujet, parce que nous pouvons aider faire changer les choses. Par exemple, dans le Midwest, dans lIllinois, on vient de passer une loi interdisant les entreprises de produire des microbilles pour les produits de soins personnels, de sorte que a devient un enjeu politique: les gens prennent position et veulent changer ce que nous jetons dans leau. Je pense quil est important dtudier ce sujet en ce moment, car la recherche peut faire voluer les choses. Ce nest pas comme le changement climatique, o nous sommes certainement sur une voie que nous ne pouvons pas arrter. Nous pouvons essayer de le ralentir, mais nous avons commenc quelque chose qui va continuer. Quant aux plastiques, juste le fait dinformer les gens sur le sujet peut faire une norme diffrence, et jaime participer cet effort.

    Interview par Nolie Pansiot

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  • Les larmes de sirne font pleurer la mer

    Publi le 24/09/2014

    Invisibles lil nu, les microbilles plastiques ont discrtement envahi nos produits quotidiens. Ces trs fines particules sphriques sont dsormais prsentes dans des centaines, voire des milliers de produits cosmtiques : exfoliants, crmes et laits de soin, nettoyants hydro alcooliques, dentifrices, vernis ongle

    Si certains emballages annoncent leur prsence : contient des microbilles, dautres ne la mentionnent pas ou brouillent les pistes. Figurent alors dans la liste des composants, des dsignations obscures comme polythylne ou polypropylne.

    Oublis les noyaux dabricots concasss pour liminer les peaux mortes, oublies les recettes de beaut de nos grands-mres, les microbilles plastiques prsentes dans les cosmtiques roulent sur la peau et apportent un toucher doux nos crmes. Voil pourquoi, les industriels en usent et en abusent. Quelles soient infrieures 1 mm ou un peu plus grosses, comme dans les produits exfoliants, leur sort reste le mme. Elles ne sont pas biodgradables et se rvlent bien trop fines pour tre filtres par les stations dpuration. Elles voyagent donc dans nos canalisations, par le drain de la douche, transitent par les gouts et les rivires, avant de terminer leur course dans les mers et les ocans. L, elles se feront peut-tre porter par les courants pendant plusieurs sicles, ou entreront dans la chane alimentaire sous-marine, gobes par un poisson. Les anglo-saxons les nomment mermaid tears : les larmes de sirne empoisonnent les cosystmes aquatiques.

    Une fois de plus, leffet cumul des actions individuelles aboutit un problme global. Des gestes de soin et dhygine anodins, ne le sont pas pour lenvironnement et les acheteurs ne sont pas avertis. Et sils ltaient, ils feraient probablement le choix de ne pas utiliser tel ou tel produit, passant ainsi du statut de consommateurs celui de consommacteurs.

    Aux tats-Unis, la rgion des Grands Lacs est particulirement touche par cette source de pollution. A tel point que ltat de lIllinois lgifrait au mois de juin pour interdire lutilisation des microbilles plastiques par les industriels. Dautres tats comme celui de New York, de Californie et de lOhio essaient de faire passer des interdictions similaires.

    Les scientifiques sy intressent depuis quelques annes et certaines estimations ont dj t publies. Le Docteur Leslie, de lUniversit Libre dAmsterdam, estime quun produit exfoliant (comme un

    Tara et le plastique : ressources d'actualits 31/50

    http://oceans.taraexpeditions.org/m/environnement/ocean-homme-et-pollution/les-larmes-de-sirene-font-pleurer-la-mer/

  • gommage de marque) est compos 10.6% de microplastiques. LONG amricaine 5Gyres pointe du

    doigt un autre produit, qui contiendrait lui seul 360.000 microbilles. En Europe, les chercheurs Liebezeit et Dubaish, de lUniversit allemande dOldenburg, estiment que les cosmtiques forment la principale source de pollution aux microplastiques de la mer des Wadden.

    La problmatique de ces microbilles intgre celle des microplastiques tudie bord de Tara. Et pourtant, le sujet nest pas rcent, puisquen 1972, E.J. Carpenter and K.L. Smith taient les premiers chercheurs tirer la sonnette dalarme concernant la prsence de fines particules plastiques la surface de lAtlantique. Peu de temps aprs la publication de leurs observations, ils signalaient lingestion de polythylne par des poissons. 42 ans se sont couls depuis ces premires observations et la situation na fait que saggraver. Mais il est encore temps dinverser les tendances et de stopper les rejets en mer, pour peu que des dcisions soient prises.

    Nolie Pansiot

    Pour celles et ceux qui souhaitent renoncer leur exfoliant industriel, voici une recette toute simple de gommage doux.Ingrdients :

    - une cuillre soupe de sucre en poudre fin- une cuillre soupe dhuile vgtale (olive, argan ou noisette)- ajouter 2 gouttes dhuile essentielle de pamplemousse (optionnel)

    Mlangez le tout dans un bol, appliquer en effectuant de petits mouvements circulaires.

    Tara et le plastique : ressources d'actualits 32/50

  • LES DANGERS POUR LA BIODIVERSITE

    Tara et le plastique : ressources d'actualits 33/50

  • Interview : Les tortues souffrent de lingestion de nos dchets

    Publi le 20/10/2014

    En Mditerrane, le taux dingestion de plastique par les tortues Caouanne varie de 15 80% selon les rgions. Opportuniste, la tortue ne diffrencie pas le plastique de ses proies naturelles. Une faiblesse qui la place au rang despce indicatrice pour la Communaut Europenne.Dans un futur proche, le suivi scientifique des Caouannes permettra de connatre ltat de sant du bassin mditerranen. Franoise Claro, Coordinatrice du Groupe Tortues Marines France, tait bord de Tara, loccasion den savoir un peu plus sur ces reptiles.

    Quelles espces de tortues marines trouve-t-on dans le bassin mditerranen ?La tortue Caouanne et la tortue verte sont les deux espces qui se reproduisent en Mditerrane. Il arrive galement quon observe des tortues luth de passage. La Caouanne est lespce la plus frquente sur nos ctes, elle se reproduit dans lest du bassin mditerranen, depuis la Grce jusquau Liban. Observer une ponte dans la partie occidentale du bassin est un fait exceptionnel et pourtant, cette anne, nous en avons dnombr 4 en Sardaigne, ainsi que 2 tentatives en Corse.

    Quelles menaces psent sur ces espces?En Mditerrane, les tortues se confrontent de nombreuses activits humaines, ce qui peut reprsenter des dangers, ainsi quun obstacle leur migration. Si on voque uniquement le cas des eaux franaises, les captures de tortues sont accidentelles car toutes les espces sont protges par larrt ministriel du 14 octobre 2005. Il est donc absolument interdit de capturer ou de dtenir une tortue. Les pcheurs qui les capturent le font involontairement : elles peuvent se prendre dans leurs filets ou dans les hameons des palangres. Nous observons galement beaucoup de collisions avec des hlices de moteur, qui donnent lieu des fractures de carapaces et des lsions profondes. En fait, les tortues vont respirer en surface et si un bateau arrive grande vitesse sur la mme trajectoire, il y a collision. En ce qui concerne les sites de reproduction, autrement dit les lieux de pontes, il existe dautres menaces. La pollution lumineuse en est une : les tortues reproductrices peuvent tre gnes par les lumires, lorsquelles veulent pondre. Et linverse, les petites tortues qui viennent dclore peuvent tre attires par des lumires artificielles, prendre la mauvaise direction et se faire craser par des voitures. Normalement, elles trouvent le chemin de la mer grce lhorizon lumineux. La destruction de lhabitat constitue une autre menace : certaines plages sont trop frquentes ou trop dgrades. Et puis, les chiens errants peuvent dterrer les ufs et manger les petites tortues leur sortie du nid. Et bien sr, les tortues souffrent aussi de lingestion de nos dchets.

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    http://oceans.taraexpeditions.org/m/science/les-actualites/interview-les-tortues-souffrent-de-lingestion-de-nos-dechets/http://oceans.taraexpeditions.org/m/science/les-actualites/interview-les-tortues-souffrent-de-lingestion-de-nos-dechets/

  • Pourquoi les tortues sont-elles autant impactes par la pollution plastique?Des tudes sur leur rgime alimentaire et leurs contenus stomacaux montrent quelles sont trs opportunistes. En gnral, elles se nourrissent dorganismes glatineux comme des mduses ou des ascidies, donc des organismes qui peuvent ressembler un plastique transparent en suspension.

    Une collgue du rseau Tortues Marines Mditerrane Franaise, qui travaille Antibes, vient de me rapporter plusieurs observations rcentes : une tortue Caouanne dune vingtaine de centimtres a t observe flottant sur un banc de dchets et une autre a t trouve morte avec un sachet plastique dans la bouche et des dchets dans le tube digestif. Tout a a eu lieu chez nous, en Cte dAzur!

    Cet impact est-il quantifiable?Oui, dans une certaine mesure, nous pouvons par exemple mesurer les quantits de plastique trouves dans lappareil digestif des tortues qui sont choues mortes. Mais le plastique nest pas ncessairement lorigine du dcs. Un collgue Italien me parlait dune tortue qui sest perfore le tube digestif avec un btonnet de coton-tige. Lanimal a succomb. Il arrive aussi quune tortue ingre tellement de dchets, que cela provoque une occlusion et si la muqueuse digestive ncrose, la tortue ne peut pas tre sauve. Dans ces deux derniers cas, il est facile de faire le lien entre les dchets et leur impact.

    En revanche, dautres effets sont plus difficiles valuer et nous mettons des hypothses. Par exemple, pour ce quon nomme leffet de dilution : lorsquune tortue ingre beaucoup de dchets, quil ne reste plus de place pour ses aliments naturels, elle nabsorbe plus suffisamment de nutriments et long terme, elle peut grandir plus lentement, tre plus vulnrable aux prdateurs et aux maladies. Autre exemple : lorsquune tortue ingre trop de dchets, son transit peut tre perturb, cela provoque des gaz qui la font flotter. De ce fait, lanimal ne peut plus plonger pour se nourrir.

    La tortue Caouanne vient dtre dsigne espce indicatrice pour la directive-cadre stratgie pour le milieu marin*. Pourquoi avoir slectionn cette espce?En ce qui concerne les dchets marins (en dehors des mesures qui seront effectues pour valuer les quantits des dchets dans notre environnement marin), la tortue Caouanne nous permettra dvaluer si les mesures prises pour diminuer les quantits de dchets prsents en mer, sont efficaces ou non. Pour la rgion Atlantique et Manche, cest le fulmar boral (fulmarus glacialis) qui a t dsign. Ces espces permettront donc de suivre lvolution de ltat de sant de nos mers europennes.

    Propos recueillis par Nolie Pansiot

    Directive-cadre stratgique pour le milieu marin* : directive europenne qui dfinit des objectifs communs pour la protection et la conservation de lenvironnement.

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  • De petits morceaux de plastique pourraient tre toxiques pour les

    organismes

    Publi le 13/10/2014

    Les recherches de Cristina Fossi visent dterminer les effets des micro-plastiques sur les animaux marins. A bord du Tara, elle recueille du krill et autres micro-organismes. Au cours de certaines campagnes dchantillonnage, elle recueille les tissus des baleines pour raliser des biopsies.

    Pour ce professeur dcotoxicologie en Italie, la seule faon de rsoudre le problme du plastique en Mditerrane macro et micro est de travailler lchelle mondiale: tous les pays doivent appliquer la Convention de Barcelone et suivre le plan daction appel le Marine Litter Action Plan.

    Quel type de recherche faites-vous lUniversit de Sienne?Notre groupe est un laboratoire de biomarqueurs. Pendant les 20 dernires annes, nous avons particip une tude de limpact des contaminants sur les organismes marins en Mditerrane. Au cours des 5 dernires annes, nous avons mis laccent en particulier sur limpact potentiel des microplastiques en Mditerrane, et en particulier dans la zone Pelagos. En fait, nous avons publi en 2012 le premier article sur limpact des microplastiques sur les baleines. Nous pensons que cest un sujet trs important car cest probablement lune des espces qui peut tre largement affecte par les microplastiques. Chaque fois quune baleine ouvre sa bouche, elle filtre 70 000 litres deau. Ainsi cest une des plus grandes espces au monde filtrer leau pour se nourrir, et donc ingurgiter des microplastiques.

    Comment fonctionne votre collaboration avec Tara?Nous faisons des recherches bord avec Maria Luiza Pedrotti et Gabriel Gorsky du Laboratoire Ocanographique de Villefranche-sur-Mer. Nous essayons didentifier les effets des contaminants transports par les microplastiques sur toute la chane alimentaire. Tous ces petits morceaux de plastique peuvent tre toxiques pour les organismes. Le plastique lui-mme est plein de contaminants,

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    http://oceans.taraexpeditions.org/m/science/les-actualites/de-petits-morceaux-de-plastique-pourraient-etre-toxiques-pour-les-organismes/http://oceans.taraexpeditions.org/m/science/les-actualites/de-petits-morceaux-de-plastique-pourraient-etre-toxiques-pour-les-organismes/http://oceans.taraexpeditions.org/m/science/les-actualites/de-petits-morceaux-de-plastique-pourraient-etre-toxiques-pour-les-organismes/

  • notamment les additifs pour plastiques, tels que les phtalates, bisphnol A, et les PBDE. Quand ils sont avals par les poissons et arrivent dans leur estomac, les contaminants sont librs et ont des effets toxiques sur leur organisme: ils peuvent avoir un impact sur le systme endocrinien des poissons, ainsi que sur leurs hormones sexuelles.

    De plus, les microplastiques peuvent absorber des contaminants et les transporter par exemple, les POPs (= polluants organiques persistants) ou le mercure. Notre recherche consiste tudier la prsence et les effets des POPs sur les organismes marins, dans la chane alimentaire Pelagos. Ici, bord le Tara, nous avons commenc recueillir plusieurs organismes planctoniques avec les filets: des petits crustacs comme le Meganyctiphanes norvegia le krill trs important, car cest la nourriture des baleines! Cette espce peut tre un indicateur biologique qui nous permet de comprendre limpact sur la chane alimentaire marine, en particulier sur les baleines. Cest pourquoi nous gardons tous les chantillons dans de lazote liquide. Comment procdons-nous? Nous utilisons des techniques bio-molculaires pour tudier la rponse des organismes aux contaminants. Par exemple, nous allons mesurer laugmentation ou la diminution du niveau dune protine, ou lendommagement de lADN. Nous utilisons plusieurs techniques le PCR en temps rel, le WB, lexpression des gnes, etc. pour tudier les effets des contaminants sur les organismes.

    Nous avons dj recueilli 22 chantillons dans diffrents filets, des invertbrs et des vertbrs. Lobjectif final serait de crer 2 cartes: une carte de la prsence des microplastiques, et lautre sur les effets des microplastiques sur la faune marine. On pense que l o il y a un niveau lev de microplastiques, il y aura aussi probablement un niveau lev de contaminants dans les organismes marins, et aussi un niveau lev deffets toxicologiques.

    Quavez-vous remarqu en termes de toxicologie sur les mammifres marins?Il y a deux ans, nous avons publi un article avec un titre trs provocateur: Le sanctuaire Pelagos pour les mammifres de la Mditerrane: Zone de protection marine ou Aire marine pollue? Ltude concernait les dauphins rays, et nous avons analys 3 populations diffrentes: lune dans Pelagos, lune prs de Gibraltar, et une dernire dans le sud de la Mditerrane. Grce cette tude, nous avons montr que les dauphins Pelagos sont les plus contamins de la Mditerrane, en termes de contaminants et de biomarqueurs, de sorte que les effets biologiques sont tout fait dramatiques. Par exemple, il y a une trs forte induction de certaines enzymes, ce qui signifie que ces animaux sont exposs 3 fois plus de POPs (polluants organiques persistants) que les autres. Nous avons galement observ des effets de perturbations endocriniennes des variations de rcepteurs doestrogne qui pourraient avoir des consquences sur leur reproduction. Ainsi, le Pelagos est une rgion sous pression et nous devons vraiment garder un il sur elle et en prendre soin.

    Comment procdez-vous pour obtenir des chantillons de mammifres marins?Ltude des ctacs est trs complexe et dpend de lespce que nous tudions. Par exemple, pour les ctacs de natation rapide, comme les dauphins, cest beaucoup plus facile quavec les baleines. Nous devons recueillir un petit morceau de peau et faire une biopsie de graisse. Cest un chantillon trs prcieux qui peut nous aider faire un check-up toxicologique de lanimal. Il peut nous donner un

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  • grand nombre dinformations, telles que le niveau de contamination de lanimal, la mesure des biomarqueurs, ainsi que la rponse biologique ces contaminants. En outre, nous recueillons des informations gntiques et des donnes sur son alimentation.

    Si un dauphin commun (Tursiops), un dauphin bleu et blanc, ou une baleine pilote viennent prs du bateau, nous pouvons utiliser un outil en aluminium, une sorte de harpon. Lanimal nest pas bless. Quand nous avons besoin de faire une biopsie sur un animal plus gros, comme un cachalot ou le rorqual commun, nous utilisons ce que nous appelons lchantillonnage distance. Nous devons tirer une flchette avec une arbalte. Ce nest pas si facile parce que nous devons localiser lanimal, laborder rapidement avec un zodiac avant quil ne plonge, et enfin essayer de cibler la nageoire dorsale. Ensuite, le dard est retir et flotte dans leau. Nous devons le rcuprer et le mettre rapidement dans lazote liquide. Selon moi, la biopsie est le seul moyen de dtecter limpact des contaminants chez les ctacs.

    Propos recueillis par Nolie Pansiot.

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  • Plastique et environnement

    Publi le 14/07/2014

    Avec des millions de tonnes de matires plastiques dverses dans les ocans chaque anne, les impacts sur lenvironnement sont nombreux et durables. Si les dangers pour certaines espces, comme les tortues, sont connus du grand public, le plastique pourrait bien causer dautres dgts bien moins vidents.

    Selon certaines associations, les dchets plastiques seraient responsables de la mort de 100 000 mammifres marins et dun million doiseaux chaque anne. Ces estimations sont pourtant difficiles vrifier. Tout dabord, il est fort probable quune partie des animaux victimes des dchets plastiques finissent au fond de locan plutt que de schouer sur les plages, rendant le dcompte hasardeux. Dun autre cot, le simple fait de trouver du plastique dans lestomac dun animal mort ne signifie pas forcment que ces dchets sont la cause du dcs. Si les chiffres exacts sont donc difficiles estimer, il nest reste pas moins une certitude que les dchets plastiques font des dgts importants parmi la faune marine.

    Lexemple le plus frappant est sans doute celui des tortues qui, confondant les emballages plastiques avec leurs mets favoris, les mduses, finissent pour certaines par mourir dune occlusion intestinale ou par touffement. Triste record, une tortue a dj t retrouve avec plus de deux kilos de plastique dans lestomac Du cot des oiseaux marins, le constat nest gure moins alarmant. Une rcente tude en Mditerrane a observ que, sur 171 oiseaux capturs, les deux tiers avaient au moins un dbris plastique dans lestomac. Pour certaines espces, comme le puffin cendr, le chiffre monte encore : 94 % des volatiles avaient aval du plastique, avec comme risque potentiel, comme pour les tortues, touffement ou occlusion intestinale. En plus de ces dangers, certains dchets plastiques, comme les filets synthtiques abandonns, font de vritables ravages en prenant au pige bon nombre despces marines, mourant de faim ou dtranglement.

    Selon les dernires tudes, plus de 600 espces seraient ainsi impactes par les dchets en mer. Si lon pense forcment aux plus gros animaux, tortues, ctacs ou phoques, cest bien avec toute la chane alimentaire que le plastique interagit. En marge des dchets les plus visibles, les minuscules particules

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    http://oceans.taraexpeditions.org/m/environnement/ocean-homme-et-pollution/plastique-et-environnement/

  • de plastique appeles microplastiques peuvent galement tre ingres par de petits poissons et certaines espces planctoniques. Si les tudes dimpact sont encore trop peu nombreuses pour valuer les menaces que font peser ces microplastiques sur les premiers maillons de la chane alimentaire, la question de la toxicit pour ces organismes peut se poser. Il existe en effet de trs nombreux types de matires plastique utilisant divers composs, dont certains particulirement nocifs pour lenvironnement, aujourdhui interdits mais se retrouvant encore sous forme de dchets dans les ocans.

    De plus, certaines matires plastique ont la fcheuse proprit dabsorber des polluants (pesticides, hydrocarbures) prsents dans leau de mer. Lingestion par de petits organismes marins de ces vritables ponges produits toxiques pose l encore la question des risques pour ces organismes, comme pour le reste de la chane alimentaire qui les ingre. Si les concentrations de produits toxiques ingrs semblent pour linstant minimes, de plus amples recherches doivent encore tre menes, notamment pour les espces planctoniques. Enfin, les dchets plastiques abritent quantit despces quils dplacent au gr des courants. Qu