Ruggiu - Noblesse Atlantique

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A nobreza atlântica nas colônias francesas, séculos XVII-XVIII

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Franois-Joseph RuggiuUne noblesse atlantique ? Le second ordre franais de l'Ancienau Nouveau MondeIn: Outre-mers, tome 96, n362-363, 1er semestre 2009. L'Atlantique Franais. pp. 39-63.Citer ce document / Cite this document :Ruggiu Franois-Joseph. Une noblesse atlantique ? Le second ordre franais de l'Ancien au Nouveau Monde. In: Outre-mers,tome 96, n362-363, 1er semestre 2009. L'Atlantique Franais. pp. 39-63.doi : 10.3406/outre.2009.4381http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/outre_1631-0438_2009_num_96_362_4381AbstractAbstract : Historians rarely use the European concept of nobility to describe the upper strata ofFrench imperial society during the early modem period. And yet, the presence of French nobles in NewFrance or in the French West Indies was widely acknowledged at the time. The social impact ofsuchnoble elites, however, has not fully been recognized by Atlantic historians because the general contextemphasized wealth and social mobility over lineage. This paper will address this gap by considering thesocial meanings of nobility in several parts ofthe French empire during the seventeenth and especiallythe eighteenth-centuries. It concludes that there were few differences betzveen French nobles living inthe metropolis and those in the colonies because the Crown strictly determined legal definitions of theFrench nobility.Nevertheless,itwas certainly easierto pose as noble in the colonies than inmetropolitan France since the integration of these new families in the second order of the realm wasbased upon their wealth but also upon their merits. The discourses colonial elites constructed abouttheir nobility anticipated in some ways new definitions of elites elaborated in the metropolis at that time.RsumRsum : Le concept europen de noblesse est rarement utilis pour dcrire les plus hauts chelonsdes socits qui vivaient dans les possessions impriales franaises l'poque moderne. Pourtant, laprsence de nobles en Nouvelle-France ou bien dans les Antilles franaises taitparfaitementreconnue l'poque.Maislesspcialistesd'histoire atlantique n'ontsansdoute pasencoresuffisamment tudi les consquences sociales de cette prsence dans un contexte gnral qui mettait,il est vrai, davantage l'accent sur la richesse ou les possibilits d'ascension sociale. Cet article rflchitdonc sur le sens que pouvait avoir le fait d'tre noble dans les diffrentes parties de l'empire franaisdurant les XVIIe et surtout XVIIIe sicles. Il montre qu'il y avait peu de diffrences entre les noblesvivant en mtropole et ceux qui taient installs dans les colonies en particulier parce que la noblessetait strictement dfinie par la Couronne. Mais il tait certainement plus facile de passer pour nobledans les colonies que dans la France mtropolitaine et l'intgration de ces nouvelles familles dans lesecond ordre du royaume tait aussi bien fonde sur leur richesse que sur la notion de mrite. Ainsi, lediscours qu'elles construisaient autour de leur noblesse a, dans une certaine mesure, anticip lesnouvelles dfinitions des lites labores cette poque en mtropole.Une noblesse atlantique ? Le second ordre franais de l'Ancien au Nouveau Monde x Franois-Joseph RUGGIU* Relatant sa visitedel'ledeSaint-Christophe,le dominicain Jean- Baptiste Labat, auteur d'un livrede voyage publi en1722 etsouvent rimprim,eutcecommentaire:Commecetteleavaittla premire habite, ses habitants avaient eu plus de temps que les autres se dcrasser, et ilstaient devenus si polis et si civilsqu'on aurait eu de lapeinetrouverplusdepolitessedanslesmeilleuresvillesde l'Europe. De sorte qu'on disait sous forme de proverbe que la noblesse tait Saint-Christophe, les bourgeois la Guadeloupe, les soldats La Martinique et les paysans la Grenade 2.Une telle citation rappelle quel point, dans les mentalits de leurs habitants d'origine europenne oudes observateurs, lessocitsde l'Amrique franaiseaux XVIIeet xvme sicles taient inscrites dans les schmas hritsde la mtropole. L'apparition de la notion de noblesse dans cette vritable sociogogra- phieesquisseparLabat,estl'lmentquinousretiendraici.Les preuves archivistiques de la prsence de nobles dans les colonies sont, en effet,abondantes, et l'historiographie les a depuis notessansfairedelanoblesseoutre-merunobjetd'tude spcifique 3.Les historiens du Canada, surtout dans les annes i960 et 1970, ont men, ce sujet, des polmiques, souvent politiques, qui ont *Centre Roland Mousnier - Univ. de Paris-Sorbonne. 1. Lesrechercheslies cet articleontputremenes biengrce unebourse accorde en2006 par le Centre Culturel Canadien(Paris). Nous souhaitons galement remercier vivement Mmes D. Rogers et C.Vidal ainsi que M. P. Eve pour l'aide qu'ils ont bien voulu nous apporter diverses tapes de ce travail. Ma connaissance des gnalogies des nobles canadiens a grandement bnfici des travauxinditsque MM. Y.Drolet et R. Larin ont eu la gentillesse de mettre ma disposition. 2. J.-B.Labat (1993, p. 323). 3. Ilseraitactuellementhasardeuxdechercherdnombrerlesnoblesdansles colonies un moment donn. Un mmoire de 1763 sur Saint-Domingue parle de deux cents gentilshommes dans la dpendance du Cap et proportion dans le restede l'le (cit par P.de Vaissire, 1909, p. 105 d'aprs Archives NationaleSj F3/164). La noblesse canadienne a testime aux alentours de 750 personnes au dbut des annes 1760 par L. Gadoury (1992). Voir le commentairede F.-J.Ruggiu (2008) sursa dfinition dela noblesse canadienne. V.Garsany (1995) a, quant elle, travaill sur 109 nobles ayant vcu sur l'le Bourbon de 1715 1789. Outre-Mers, T. 97, N 362-363(2009) 40F.-J.RUGGIU rcemment cd la place des tudes plus prcises 4.Les historiens des Petites Antilles, deSaint-Domingue ou de la Louisiane sesont moins attards sur elle, considrant qu'elle n'yjouait pasle mmerleque dans la socit mtropolitaine 5.Les raisons d'une telle position dans un tissu complexe de reprsentations comme, par exemple, la croyance bien atteste chez les contemporains, que les socits surtoutleslesetla Louisiane,taientcomposesdegensde basse origine 6.L'ide d'une homognisation naturelle de la d'origineeuropenneaucontactdesralitsdesvastesespaces nord-amricainsoudesles taitgalement trsprgnante 7. d'esprit des habitants de la Nouvelle-France est ainsi un traitsouvent soulign 8.Dans les les, ilsemblait galement que la vie quotidienne au contact deslibres decouleur etdes esclaves d'origine africaineeffaaitlesdiffrencesentrelesEuropens 9.Laprofonde ingalitentrelesraces auraitdonc engendrunerelativegalit socialeauseindelapopulationblancheau-deldesdiffrencesde fortuneentreles grands blancs et lespetits blancs .Il n'est donc pas tonnant que la notion europenne de noblesse n'ait pas t jusqu' prsent perue comme une clef des hirarchies sociales dans franais.Pourtant les reprsentants du second ordre taient dans cet espaceet lesconceptions sociales qu'ils vhiculaient y jouaient unrle, qu'arepr,dsledbutdu xxe sicle,l'archiviste Pierre deVaissire IO. 4. Voir ce sujet, F.-J. Ruggiu(2008). 5. P. Butel (2002, pp.146-157) ;L. Chauleau (1993, pp. 87-89);G. G. Marion (2000, pp.60-61) ;A. Nicolas(1996, tome I, p.59 et p.176). L. Elisabeth (2003) etL. Abnon (1987, vol.I, pp.35, 41-42etvol.II, p.48)s'y intressent davantageainsi que, du ct anglophone, J.F.Bosher (1987), K.Banks(2002)etS. White(2006). Voir, galement, M. Giraud (1953-1974 et1991) ainsi que P.Boucher (2008). 6. M. L. E. Moreau de Saint-Mry (1784-1790, tome I, p. X), uncrole, se flicite que les les ne soient plus comme autrefoisde petites Peuplades, o des Hommes dsavous pour la plupart de leur Patriequ'ils avaient fait rougir, allaient tonner l'Univers par leurs exploits.Lescorrespondancesadministratives, manentde genssouventrcemment arrivs,etimprgns des conceptions dela mtropole, contiennent de nombreux similaires. Voir P. deVaissire(1909, p.95). 7. L'volution de la population des les se caractrise par un double mouvement :une diminution de la population blanche par rapport la population d'origine africaine; une crolisation de la population d'origine europenne mme sicettedernire est renouvele par des arrives en provenance de la mtropole. L. Elisabeth (2003, p. 35 et suivantes). 8. Aprs d'autres, T.Berthet (1992, p.177)rappelle lespropos clbresdu baron de LahontanouencoredeBougainville.Surlesles,voir,entreautres,leRapport... (1970, p. 100). 9. VoirL.Elisabeth(2003,p.21etp.459). Voir,entreautrescitationsfameuses, A.S.de Wimpffen(1993,p.76) :C'est icilacouleur dela peauqui,danstoutes les nuances du blanc au noir,tient lieu des distinctions du rang,du mrite, de la naissance, des honneurs, etmme de la fortune. 10. P.de Vaissire(1909),dontlechapitreII,p.93-152,s'intituleLanoblesse franaise Saint-Domingue .D'autres auteurs chercheurs ont patiemment remont le fil desgnalogiesdecolonsdeNouvelle-France,desAntillesoudeSaint-Domingue jusqu'aux familles de la noblesse de mtropole dont ils taient issus :voir les travaux de J. deCauna(1998,2003), lesmultiplesnoticesdeGabrielDebienou encorele bulletin Gnalogie et Histoirede la Carabe (http://www. ghcaraibe .org) . UNE NOBLESSEATLANTIQUE ? 41 Cet article ouvre donc nouveau ce dossier la lumire des rcentsdel'historiographie.Lemomentestd'autantplus propicequeleschercheursfranaiscommencents'insrerdansle courant de la nouvelle histoire atlantique qui se dveloppe depuis une vingtained'annes". Elle incite, en particulier, considrer l'espace atlantique comme un ensemble interconnect et travailler, non plus l'chelled'une seulecoloniemaiscelledesous-rgions cohrentes voire celle de l'ocan tout entier. Notre analyse ne portera donc pas sur unecolonieisole, maisconcerneralespossessionsfranaisesde l'Amrique du Nord, les les de la Carabe, la Guyane, et, en raison des liensqu'elles entretiennent avec l'espace atlantique, les les de l'ocan Indien. Nous nous insrerons ainsi dans le dbat sur la tension entre les hritages europens et les dynamiques amricaines dont procdent les socits coloniales I2. Nous nesous-estimons pasles diffrences qui fragmentent l'espace atlantiquefranais I3.