Preparatifs Surprendre Alger

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RELATION DES PRÉPARATIFSFAITSPOUR SURPRENDRE ALGER

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  • RELATION DES PRPARATIFS

    FAITS

    POUR SURPRENDRE ALGERPAR

    JERONIMO CONESTAGGIO

    (Imprime Gnes, chez Gioseppe PAVONI - Rimprime Venise

    chez Gio. Batt. CIOTTI, lenseigne de lAurore, 1602)

    TRADUITE DE LITALIENET ANNOTE

    PARH.-D. DE GRAMMONT

    ALGERADOLPHE JOURDAN, LIBRAIRE-DITEUR

    PLACE DU GOUVERNEMENT,

    1882

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    Livre numris en mode texte par :Alain Spenatto.

    1, rue du Puy Griou. 15000 AURILLAC.

    Dautres livres peuvent tre consultsou tlchargs sur le site :

    http://www.algerie-ancienne.com

    Ce site est consacr lhistoire de lAlgrie.

    Il propose des livres anciens,(du 14e au 20e sicle),

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  • TUDES ALGRIENNES

    AVANT-PROPOS

    La plupart des crivains qui se sont occups de lhistoire de lAlgrie, en parlant des tentatives que lEspagne fi t plusieurs reprises pour semparer dAl-ger, nen signalent que six : celle de Diego de Vera en 1516, celle de Hugo de Moncade en 1518, la cl-bre expdition entreprise par Charles-Quint en 1541, la dfaite dO Reilly en 1775, et les deux bombardements de Don Angelo Barcelo en 1783 et 1784. La lettre que nous traduisons aujourdhui vient combler une lacune regrettable; elle nous apprend quen 1601, Philippe III dirigea contre Alger une fl otte de soixante-dix galres et une arme de plus de dix mille hommes, sous le commandement du prince Andrettino Doria. On verra par la lecture de la lettre de Conestaggio combien il et t facile de russir, et quels vnements divers on doit attribuer linsuccs de cette grande entre-prise. Ce document, qui navait jamais t traduit en franais, et qui semble tre rest inconnu jusquici(1), se_____________ (1) De Thou est le seul historien qui ait eu connaissance de cette lettre : en tous cas, il est le seul qui raconte lexpdi-tion de 1601. (Histoire Universelle, t. XIII, p. 627 et suiv.)

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    classera dornavant parmi les plus curieux et les plus int-ressants; non seulement il rvle des faits entirement ignors de la plupart de ceux qui soccupent de lhistoire dAlger, mais il permet en outre de se rendre compte des vritables motifs de la petite attaque faite sur Mers-el-Fhm, deux ans aprs, par le vice-roi de Minorque. Le rassemblement dune aussi formidable armada avait veill lattention des contemporains ; la France, tou-jours en lutte avec lEspagne, conut la crainte que cet armement ne ft dirig contre elle; elle en surveilla active-ment lemploi, et nous lisons dans les lettres quadressait cette poque Henri IV le clbre Guillaume du Vair(1), premier prsident du parlement de Provence : Javois eu advis dEspaigne que larme navale rebroussoit chemin et alloit en Arger; avant-hier, il arriva bien une barque dAr-ger, qui porte quelle a prins terre prs dArger. Si nous en avons quelque autre nouvelle digne dtre escrite Votre Majest, je la lui feray promptement savoir. (Lettre du 8 septembre 1601.) Le premier instigateur de ce projet, le hardi capitaine Roux(2), fut mal rcompens de son audace et de son esprit dentreprise; aprs que le prince Doria let cart avec une fi nesse toute gnoise, il se vit, son retour en France, victime des soupons quavait excits le rassemblement des troupes espagnoles. Nous lisons ce sujet dans une lettre de du Vair du 21 mars 1602 : Sire, je vous diray que jay continu faire curieuse recherche des actions du capitaine Jacques Roux, pour voir sil se pourroit tirer quelques preuves des choses dont on la souponn, atten-dant linstruction quil plairoit Votre Majest nous en donner. Aprs avoir soigneusement veu et reveu tous les papiers qutoient parmi ses hardes et enquis tous ceux qui le connoissoient,_______________ (1) Lettres indites de Guillaume du Vair, publies par Philippe Tamizey de Larroque. (Paris, 1873, Aubry,) (2) De Thou lappelle Le Roux. (Loc. cit.)

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    je lay de rechief fort particulirement interrog sur tout ce que jay estim jusques icy estre propos. Jen envoye un interrogatoire Votre Majest pour y faire la considration que sa prudence lui conseillera. Il paratrait que le Roi trouva quelque chose de sus-pect dans les agissements du Capitaine, car il se trouvait encore en prison plus de deux ans aprs, ainsi que nous lapprend une nouvelle lettre de du Vair qui rclame pour le gelier, qui en a faict les avances sur sa parole, le paye-ment de la dpense du capitaine Roux icy prisonnier, faict deux ans et demy. Peut-tre linfortun mourut-il en prison; car depuis ce moment, nous nen avons plus de nouvelles.La lettre de Conestaggio se divise en deux parties :La premire est consacre une histoire succincte de la ville dAlger; on y remarque quelques erreurs, qui peuvent paratre dautant plus tonnantes quil ny avait pas encore un sicle quavait eu lieu la fondation de la Rgence, et que les Gnois taient en relations constantes avec les ctes Barbaresques ; La seconde partie fait lhistorique de lexpdition ; elle semble tre conue dans un esprit favorable au prince Doria et destine le justifi er dune partie des accusations portes contre lui. Tel quil est, nous esprons que ce docu-ment veillera lattention de tous ceux qui sintressent notre histoire.

    H.-D. DE GRAMMONT.

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    RELATION DES PRPARATIFS

    FAITS

    POUR SURPRENDRE ALGER

    par Jeronimo CONESTAGGIO(1).

    A NICOLO PETROCCINO, PROVEDITORDI CASA DINDIA.

    Bien que Votre Seigneurie, dans sa lettre date du premier octobre, se dfende de me donner aucun ordre, en allguant que jai dautres occupations, Elle mapprend toutefois quElle dsire savoir exactement ce qui sest pass dans lentreprise qui a t dirige contre Alger; la raison en est quElle a entendu mettre sur cette armada beaucoup dopinions diffrentes; je mempresse dobir. Je dirai dabord que ceux des citadins de cette_______________ (1) Ieronymo Franchi de Conestaggio, historien gnois de la fi n du XVIe sicle et du commencement du XVIIe.

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    Rpublique qui nont ni occupation mercantile ni grande ambition, sont entirement oisifs, comme je le suis moi-mme, en sorte que je vous prie, en toute autre occa-sion, de ne pas craindre de me donner Vos ordres. Encore que Votre Seigneurie connaisse, soit par sa propre exprience, soit par les livres ou les rcits, les con-ditions dans lesquelles se trouve Alger, sa situation go-graphique, et combien elle moleste la Chrtient; comment cette ville est tombe des mains des Mores celles des Turcs, et comment, favorise par les temptes, elle a t victorieuse des entreprises diriges contre elle, je veux cependant Lui raconter succinctement ces choses, afi n dclairer mon sujet; si je dpasse les bornes fi xes par votre lettre, mon rcit rappellera la fable de lptre la Lune, qui, pour tre dun grand format, ne fut pas trouve disproportionne la grandeur du sujet. Alger, qui fut jadis Julia Cesarea(1), ou, selon les Mores, Gezer, est une ville et une province du royaume de Tremissenne, dans la Mauritanie Csarienne, rgion de la partie de lAfrique que nous appelons Barbarie dans la nomenclature moderne. Elle est situe sur le rivage de la mer Mditerrane, entre Oran et Bougie, celle-ci au Levant, lautre au Ponant; elle prsente son front de mer au Nord; ses cts, se dirigeant au Midi, gravissent la mon-tagne et stendent avec le territoire voisin vers le Grand Atlas. Elle est distante du dtroit de Gibraltar de plus de quatre cents milles; sa latitude est denviron trente-trois degrs. Elle est entirement entoure de fosss, de murs et de boulevards, qui ne sont pas aussi forts que nous les faisons maintenant, mais qui sont moins faibles cependant quon ne les faisait autrefois. Hors de la ville et peu de dis-tance, le ct du Levant est pourvu de quelques forts, mais tous de peu dimportance ; seule, la partie la plus leve de la ville possde une forteresse quils appellent lAlca-sova, plus forte et plus craindre que les autres. Devant _______________ (1) Alger se nommait jadis Icosium.

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    la ville et dans la mer, la distance dun trait darquebuse, est une petite le, sur laquelle le roi Ferdinand le Catholi-que, lpoque o Alger tait aux Mores, fi t faire une for-teresse par Diego de Vera(1), capitaine de son arme, pour rfrner les corsaires dont le voisinage causait grand dom-mage lEspagne ; cette construction eut pour effet, non seulement darrter la course, mais encore de forcer Selim Beni(2), qui en tait le Seigneur, payer tribut et con-clure une longue trve. Mais, lorsque plus tard Horux Bar-berousse(3) arriva en lan 1515 tre Seigneur dAlger, au nom du Sultan Selin(4), les Turcs semparrent de la for-teresse, que commandait alors pour le Roi catholique, le capitaine Martin de Vargas. Quelques annes aprs, Salh Arras, gouverneur dAlger pour le Turc, unit lle la terre ferme avec un mle quil fi t faire, et qui est celui qui se voit encore aujourdhui(5). Au temps des Vandales, cette ville fut dtruite, puis reconstruite plus tard; elle devint ensuite sujette du Roi de Tremissenne, qui la donna comme apanage son second fi ls, et cela dura jusqu ce que Albufarez, roi de Tunis, stant fait Seigneur de Tremissenne, donna Bougie lun de ses fi ls avec le titre de Roi; les Algriens, aprs la chute de lancien Roi, acceptrent volontiers le nouveau; ils reconnurent la puissance du roi de Bougie, en ne lui payant toutefois quun , tribut annuel, presque sans autre sujtion. _______________ (1) Ceci est une erreur: le Penon dAlger fut bti par les soins de Pierre de Navarre. (2) Selim-et-Teumi. (3) Aroudj Barberousse. (4) Le sultan Selim. II y a ici une nouvelle erreur : ce ne fut pas Aroudj, mais bien son beau-frre Kheir-ed-Din, qui prit le Penon aux Espagnols, et ce fut seulement en 1529. (5) Encore une erreur. Ce nest pas Salah Res qui fi t cons-truire le mole, mais bien Kher-ed-Din, qui se servit cet effet des dbris de la forteresse espagnole : Salah Res ne fi t que lagrandir et le rparer avec des matriaux tirs des ruines de Rusg