Poèmes - · PDF file les chiffres et les mots les dates et les noms les phrases et les...

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  • Poèmes

  • Le cancre

    Il dit non avec la tête

    mais il dit oui avec le coeur

    il dit oui à ce qu’il aime

    il dit non au professeur

    il est debout

    on le questionne

    et tous les problèmes sont posés

    soudain le fou rire le prend

    et il efface tout

    les chiffres et les mots

    les dates et les noms

    les phrases et les pièges

    et malgré les menaces du maître

    sous les huées des enfants prodiges

    avec les craies de toutes les couleurs

    sur le tableau noir du malheur

    il dessine le visage du bonheur.

                            De Jacques Prévert

  • L'école L’école était au bord du monde, L’école était au bord du temps. Au dedans, c’était plein de rondes ; Au dehors, plein de pigeons blancs.

    On y racontait des histoires

    Si merveilleuses qu’aujourd’hui,

    Dès que je commence à y croire, Je ne sais plus bien où j’en suis.

    Des fleurs y grimpaient aux fenêtres Comme on n’en trouve nulle part,

    Et, dans la cour gonflée de hêtres, Il pleuvait de l’or en miroirs.

    Sur les tableaux d’un noir profond,

    Voguaient de grandes majuscules

    Où, de l’aube au soir, nous glissions Vers de nouvelles péninsules.

    L’école était au bord du monde, L’école était au bord du temps. Ah ! que n’y suis-je encor dedans

    Pour voir, au dehors, les colombes !

                            De Maurice Carême

  • Trois escargots

    J'ai rencontré trois escargots

    Qui s'en allaient cartable au dos   Et dans le pré trois limaçons Qui disaient par cœur leur leçon.   Puis dans un champ, quatre lézards Qui écrivaient un long devoir.   Où peut se trouver leur école ? Au milieu des avoines folles ?   Et leur maître est-il ce corbeau Que je vois dessiner là-haut   De belles lettres au tableau ?

                Maurice Carême

  • Notre école

    Notre école se trouve au ciel Nous nous asseyons près des anges Comme des oiseaux sur les branches. Nos cahiers d’ailleurs ont des ailes.

    A midi juste, l’on y mange, Avec du vin de tourterelle, Des gaufres glacées à l’orange. Les assiettes sont en dentelles.

    Pas de leçons, pas de devoirs. Nous jouons quelquefois, le soir, Au loto avec les étoiles.

    Jamais nous ne rêvons la nuit Dans notre petit lit de toile. L’école est notre paradis.

                            De Maurice Carême

  • La chanson du rayon de lune

    Sais-tu qui je suis ? Le Rayon de Lune. Sais-tu d'où je viens ? Regarde là-haut. Ma mère est brillante, et la nuit est brune. Je rampe sous l'arbre et glisse sur l'eau ; Je m'étends sur l'herbe et cours sur la dune ; Je grimpe au mur noir, au tronc du bouleau, Comme un maraudeur qui cherche fortune. Je n'ai jamais froid ; je n'ai jamais chaud. Je suis si petit que je passe Où nul autre ne passerait. Aux vitres je colle ma face Et j'ai surpris plus d'un secret. Je me couche de place en place Et les bêtes de la forêt, Les amoureux au pied distrait, Pour mieux s'aimer suivent ma trace. Puis, quand je me perds dans l'espace, Je laisse au coeur un long regret.

    (...)

    Sais-tu qui je suis ? Le Rayon de Lune. Et sais-tu pourquoi je viens de là-haut ? Sous les arbres noirs la nuit était brune ; Tu pouvais te perdre et glisser dans l'eau, Errer par les bois, vaguer sur la dune, Te heurter, dans l'ombre, au tronc du bouleau. Je veux te montrer la route opportune ; Et voilà pourquoi je viens de là-haut.

                            De Guy de Maupassant

  • Soyez poli

    Il faut être très poli avec la terre Et avec le soleil

    Il faut les remercier le matin en se réveillant Il faut les remercier pour la chaleur

    Pour les arbres

    Pour les fruits

    Pour tout ce qui est bon à manger Pour tout ce qui est beau à regarder A toucher

    Il faut les remercier

    Il ne faut pas les embêter... Les critiquer

    Ils savent ce qu'ils ont à faire Le soleil et la terre

    Alors il faut les laisser faire

    Ou bien ils sont capables de se fâcher (…)

    Le Soleil aime la terre

    La terre aime le soleil

    Et elle tourne

    Pour se faire admirer

    Et le soleil la trouve belle

    Et il brille sur elle

    Et quand il est fatigue Il va se coucher

    Et la lune se lève (...) De Jacques Prévert

  • Soleils Couchants

    Une aube affaiblie Verse par les champs La mélancolie Des soleils couchants.

    La mélancolie Berce de doux chants Mon coeur qui s'oublie Aux soleils couchants.

    Et d'étranges rêves, Comme des soleils Couchants, sur les grèves, Fantômes vermeils,

    Défilent sans trêves, Défilent, pareils A de grands soleils Couchants sur les grèves.

                            De Paul Verlaine

  • Rondel

    Il fait noir, enfant, voleur d'étincelles ! Il n'est plus de nuits, il n'est plus de jours ; Dors... en attendant venir toutes celles Qui disaient : Jamais ! Qui disaient : Toujours !

    Entends-tu leurs pas ?... Ils ne sont pas lourds : Oh ! les pieds légers ! - l'Amour a des ailes... Il fait noir, enfant, voleur d'étincelles ! Entends-tu leurs voix ?... Les caveaux sont sourds.

    Dors : il pèse peu, ton faix d'immortelles ; Ils ne viendront pas, tes amis les ours, Jeter leur pavé sur tes demoiselles... Il fait noir, enfant, voleur d'étincelles !

                            De Tristan Corbière

  • Le pélican

    Le capitaine Jonathan Étant âgé de dix-huit ans Capture un jour un pélican Dans une île d'Extrême-orient.

    Le pélican de Jonathan Au matin, pond un œuf tout blanc Et il en sort un pélican Lui ressemblant étonnamment.

    Et ce deuxième pélican Pond, à son tour, un œuf tout blanc D'où sort, inévitablement Un autre, qui en fait autant.

    Cela peut durer pendant très longtemps Si l'on ne fait pas d'omelette avant.

                            De Robert Desnos

  • L'albatros

    Souvent, pour s'amuser, les hommes d'équipage Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers, Qui suivent, indolents compagnons de voyage, Le navire glissant sur les gouffres amers.

    A peine les ont-ils déposés sur les planches, Que ces rois de l'azur, maladroits et honteux, Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches Comme des avirons traîner à côté d'eux.

    Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule ! Lui, naguère si beau, qu'il est comique et laid ! L'un agace son bec avec un brûle-gueule, L'autre mime, en boitant, l'infirme qui volait !

    Le Poète est semblable au prince des nuées Qui hante la tempête et se rit de l'archer ; Exilé sur le sol au milieu des huées, Ses ailes de géant l'empêchent de marcher.

                            De Charles Baudelaire

  • Le chat

    Dans ma cervelle se promène Ainsi qu'en son appartement, Un beau chat, fort, doux et charmant. Quand il miaule, on l'entend à peine,

    Tant son timbre est tendre et discret ; Mais que sa voix s'apaise ou gronde, Elle est toujours riche et profonde. C'est là son charme et son secret.

    Cette voix, qui perle et qui filtre Dans mon fonds le plus ténébreux, Me remplit comme un vers nombreux Et me réjouit comme un philtre.

    Elle endort les plus cruels maux Et contient toutes les extases ; Pour dire les plus longues phrases, Elle n'a pas besoin de mots.

    Non, il n'est pas d'archet qui morde Sur mon coeur, parfait instrument, Et fasse plus royalement Chanter sa plus vibrante corde,

    Que ta voix, chat mystérieux, Chat séraphique, chat étrange, En qui tout est, comme en un ange, Aussi subtil qu'harmonieux !

                           

  • De sa fourrure blonde et brune Sort un parfum si doux, qu'un soir J'en fus embaumé, pour l'avoir Caressée une fois, rien qu'une.

    C'est l'esprit familier du lieu ; Il juge, il préside, il inspire Toutes choses dans son empire ; Peut-être est-il fée, est-il dieu ?

    Quand mes yeux, vers ce chat que j'aime Tirés comme par un aimant Se retournent docilement Et que je regarde en moi-même

    Je vois avec étonnement Le feu de ses prunelles pâles, Clairs fanaux, vivantes opales, Qui me contemplent fixement.

                            De Charles Baudelaire

  • Les Papillons De toutes les belles choses Qui nous manquent en hiver, Qu'aimez-vous mieux ? - Moi, les roses ; - Moi, l'aspect d'un beau pré vert ; - Moi, la moisson blondissante, Chevelure des sillons ; - Moi, le rossignol qui chante ; - Et moi, les beaux papillons !

    Le papillon, fleur sans tige, Qui voltige, Que l'on cueille en un réseau ; Dans la nature infinie, Harmonie Entre la plante et l'oiseau !...

    Quand revient l'été superbe, Je m'en vais au bois tout seul : Je m'étends dans la grande herbe, Perdu dans ce vert linceul. Sur ma tête renversée, Là, chacun d'eux à son tour, Passe comme une pensée De poésie ou d'amour !

    Voici le papillon 'faune' Noir et jaune ; Voici le 'mars' azuré, Agitant des étincelles Sur ses ailes D'un velours riche et moiré.

    Voici le 'vulcain' rapide, Qui vole comme un oiseau : Son aile noire et sple