PETITE HISTOIRE DES MAISONS CLOSES

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  • PETITE HISTOIREDES MAISONS CLOSES

    par

    Romi

    On peut affirmer que la prostitution est aussivieille que notre vieux monde: plus de vingtsicles avant lre chrtienne, au temps aima-ble des prophtes et des patriarches, les filles se fai-saient dj payer pour passer un moment -

    Dans la Gense, (XXXVIII. 15) nous rencontronsle galant Juda qui nhsite pas offrir un chevreau une jolie personne qui se fait payer davance :

    Juda layant vue, simagine que ctait uneprostitue car elle stait couvert le visage afin dentre pas reconnue - savanant vers elle, il lui dit :Permettez que japproche de vous (car il ne savaitpas que ce fut sa belle-fille.)

    Elle lui rpondit : Que me donnerez vous pourjouir de moi ?

    - Je vous enverrai, dit-il, un chevreau de mes trou-peaux. Elle rpartit : jaccorderai ce que vous vou-lez, si vous me donnez un gage de ce que vous mepromettez de menvoyer.

    - Quel gage exigez-vous ? lui dit Juda. Ellerpondit : Votre anneau,votre bracelet et le bton

    que vous tenez la main. Ce march conclu, il la connut une fois, et elleconut.

    Tite-Live nous donne une version nouvelle de lallaitement deRomulus et Remus par une Louve.

    Quelques-uns prtendent que Laurentia tait une prostitue qui lesbergers avaient donn le nom de Louve.

    Sur le mme sujet voici quelques lignes (August. De Civit. Dei lib.XVIII, cap. 21) difiantes:

    On rapporte quils (Romulus et Remus) furent abandonns et expo-ss et quune prostitue inconnue, attire par leurs vagissements) lesrecueillit et les allaita.

    Dans ces temps reculs, on donnait aux prostitues le nom de louves,cest mme de l que leurs ignobles repaires furent appels lupanars... (meretrices auteur lupas vocabant, nude etiam nunc turpia loca carumlupanaria nuncupantur).

    Des centaines et des centaines de Messieurs dcors, diplms et trssrieux se sont penchs depuis plus de soixante ans sur le problme de ladate de la fondation des maisons de prostitution. Aprs dimportantes

    Paris mon Village

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    Laurentia

    Tamar et Juda

  • recherches, il a t admis lunanimit que cest Athnes que souvrirent les premires. Cest levertueux, lhonnte Solon qui en eut lide et lesinaugura sous le nom de dicterions - Ctait alorsune simple entreprise municipale surveille par desfonctionnaires.

    Leur situation prs du port et le prix modiquedes consommations ny attiraient quune clientlede marins et de pcheurs; daprs Philmon, onsen tirait pour une obole ! (un peu moins dequatre sous !)

    Chaque tablissement faisait lobjet duneadministration municipale particulire, certainsemploys soccupant uniquement de lachat et dela surveillance des esclaves et les autres de lentre-tien du matriel; le fonctionnaire patron portait letitre de Pornotropos.

    Institus sur le modle des temples consacrs Vnus,ces mauvais lieux en possdrent bientt les privilges etdevinrent eux aussi des asiles inviolables o le citoyenpouvait se rfugier pour se mettre sous la protection de laCit.

    crivains et potes grecs ont consacr une bonne par-tie de leurs uvres chanter les louanges de Solon, bien-faiteur de la Nation, pour cette initiative merveilleuse quifaisait la fois la fortune de ltat et la joie des hommes,tout en sauvegardant lhonneur des pouses et la pudeurdes vierges et en dtournant les jeunes gens des amitisparticulires !...

    Philmon, enthousiaste, na pas peur dcrire : O Solon ! Tu es devenu bienfaiteur de la Nation, dans une telle maison tu nas song qu la

    sant et la paix du Peuple, en plaant dans certains tablissements destins cet usage des fem-mes que tu as achetes pour le besoin des hommes et qui sont tenues, par leur condition, daccorderleurs faveurs ceux qui les paient, tu as prvenu des maux graves et dinvitables dsordres.

    Mais la toute puissance de ltat nallait pas jusqu entraver lesinitiatives prives et le Gouvernement, gnreux, autorisa louverturede maisons publiques libres... A la condition toutefois, de faire unedemande et de payer un bon prix son autorisation !...

    Chaque anne, les diles dcidrent de mettre aux enchres le fer-mage des dicterions privs.

    Les maisons se multiplirent, dabord timidement, dans lesfaubourgs; puis quelques patrons audacieux installrent leurs templesdamour au centre de la ville et lon vit des rues entires occupes parcet aimable commerce.

    Les autres cits imitrent les usages athniens et le dicterion devintrapidement une sorte de symbole de toute civilisation raffine.

    A Rome les maisons de prostitution portaient diffrents noms :

    Filles de joie et Maisons closes

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    Scne de lupanar

    Pomp : prostibulum

    Dictrion Athnes

  • - Lupanaria, de lupa, louve. Elle entra dans un lupanar touf-

    fant, ferm dun vieux rideau. (Juvenal, VI, 120).

    - Fornices, de fornix, vote, parcequautrefois les prostitues se tenaientsous les poternes votes des rem-parts.

    - Cellae, cellules.- Meretricius Domus, maison de

    prostitution.- Meritoria Taberna, auberge

    lupanar.- Consistorium Libidinum, tablis-

    sement de dbauche.- Prostibulum, repaire de dbauche.Dans lancienne Cit, des quartiers entiers avaient t rservs la prostitution : la voie Suburane et

    le quartier de Subure, les arcades du Circus Maximus, le Vicus Patricius et le Sunmnium.Mais peu peu des maisons souvrirent en ville et les filles se glissaient jusque dans les temples.

    Au nom de la morale, Caligula dcrta que ltat percevrait un impt sur les ventes des femmes etle commerce des lupanars et pour viter toute fraude, une police des murs fut charge de contrlerles oprations.

    Sutone, dans son passage sur Caligula, affirme que celui-ci institua un impt nouveau et extra-ordinaire sur les salaires des prostitues, slevant la valeur de ce que chacune delles recevait pourune passe.

    Les clandestines (qui existaient dj) sappelaient prostibula, (de pro et de Stabulum) devant lademeure, celles qui attendent debout devant leur porte, tandis que les filles soumises, inscrites sur unregistre spcial, munies dune carte leur accordant la licencia Stupri, connaissaient toute une sriedappellations contrles... :

    Auprs des Lupas, louves, prostitues rusti-ques pour banlieusards, on rencontrait lesnonariae (de hora nonaria, la neuvimeheure, qui tait celle de leur travail), lesNoctilucae, (faisant de la nuit le jour) lesDiobolarices, ( deux oboles) et les meretrices(de merere, gagner).

    En France, la prostitution, pour sorganiser,dut se soumettre une rglementation prcise.Archevques, Prvts, Parlements et monar-ques sinquitrent au cours des sicles de lavie des prostitues.

    Saint-Louis, par bont dme, reconnut, dansune ordonnance clbre, lexistence officielledes Ribaudes professionnelles - mais en 1360,une ordonnance du Prvt de Paris exigea desfilles faisant pch de leur corps une meilleuretenue : Il leur fut interdit davoir la hardiesse de

    Paris mon Village

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    Scne du film Caligula de Tinto Brass (1979)

    Bourdeau (XVe sicle)

  • porter sur leurs robes et chaperons aucune gaze ou broderies, boutonniresblanches ou dores, perles, ni manteauxfourrs de gris sous peine de confiscation.

    Cette ordonnance qui figure sur leLivre Vert ancien du Chatelet leur enjoi-gnait de quitter ces ornements tapageurssous un dlai de huit jours. Pass ce dlai,les Sergents avaient lordre de les arrteren tous lieux, except dans ceux consacrsau service divin et de les amener auChatelet pour quon leur arracht ceshabits interdits. Pour stimuler le zle dessergents, il leur fut promis une prime decinq sols parisis pour chacune des femmestrouves en contravention.

    Les mmes rglements se retrouventdans les ordonnances de police du 8Janvier 1415, 6 Mars 1419 et 26 Juin 1420et lensemble fut remis en vigueur par unarrt du Parlement de Paris, dat du 17Avril 1426.

    Notons en passant que les vtementssaisis sur les dames galantes taientvendus au profit du Roi!

    Dans le compte du domaine de Paris onpeut en lire la preuve : De la valeur etvendue dune houppelande de drap pers-fourre par le collet de jeune de gris, dontJehanette, veuve de feu Pierre Michel,femme amoureuse, fut trouve vtue, etceinte dune ceinture sur un tissu de soienoire boucle et mordant, et huit clousdargent, pesant en tout deux onces,

    auquel tat elle fut trouve allant val par la ville, outre et par dessus lordonnance et dfenses surce faites, et pour ce fut emprisonne et ladite robe et ceinture dclares appartenir au roi, par confis-cation, en suivant ladite ordonnance et dlivre en plein march le 10 Juillet 1427

    Le dit des Rues de Paris par Guillot (1270) est le plus ancien guide des mauvais lieux, il dsigneplus de vingt rues suspectes dans les trois grands quartiers de Paris : lUniversit, la Cit et la Ville.

    La population parisienne natteignait pas 150.000 habitants et Paris ne comportait alors que 300 rues.La forme du guide tait potique et Guillot, qui avait ddi son uvre au Doux Seigneur du

    firmament et sa douce et trs chrie mre, donnait en vers ses bonnes adresses. (Voir illustration). Dans son Trait de la Police, Delamare cite une ordonnance date du 18 Septembre 1367 dter-

    minant tous les lieux publics o les prostitues pourront exercer sans aucun risque.Le Prvt de Paris avait pris la prcaution de fixer les emplacements des premiers bordeaux : A lAbreuvoir de Mcon, en la Boucherie, en la rue du Froid Mantel, prs du Clos Bruneau, en

    Filles de joie et Maisons closes

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    Scne galante dans une maison de bains au XIVe sicle

  • Glattigny, en la Cour Robert-de-Paris, en Baillcho, en Tyron, enla rue Chapon, en Champfleury,en la rue Trousse-Putain et larue Brise-Miche..

    La mme ordonnance interdi-sait aux particuliers de louer unechambre une femme de mau-vaise vie.

    Mais les quartiers rservsprs du Pont Saint-Michel et duChtelet ne suffisaient pas cesdames qui se rfugiren