musicalite de l'oeuvre plastique

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    31-Dec-2016
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  • Peut-tre existe t'il une corrlation entre deux mthodes artistiques comme la musique et la plasticit ? Victor VasarelyRsonances dans le monde physique

    Un toit pour deux... Dans ses 'Notes pour un manifeste' de 1955, Vasarely assimile le losange et l'ellipse desdformations du carr et du cercle faisant intervenir l'espace, lemouvement et la dure. Ceci nous rapproche de la plasticit du tempsmusical se pliant aux procdsd'augmentation ou de diminution proportionnelles portant sur les dures. Dans ses 'oeuvres cintiques profondes', Vasarely superpose deux rseaux spars parun espace qui saniment de mouvements lors du dplacement du spectateur : traduction plastique du phnomne sonore de l'cho. Dans nombre de tableaux dela priode Gestalt, des figures peuvent se lire en relief ou en creux, crant selon l'expression de l'artiste un perpetuum mobile de lil. Ces exemples nousmontrent combien l'art optique de Vasarely se droule dans le plan, dans l'espace et aussi dans le temps.

    De la vibration avant toute chose... Vasarely pose le principe d'identit de deux notions jusque-l spares : Forme et couleur ne fontqu'un (in Notes pour un manifeste, 1955). Il dfinit l'Unit Plastique comme la runion de deux formes-couleurs contrastes. Elle est physique et psychique,relevant la fois de la structure matrielle, mathmatique de l'Univers comme de sa superstructure intellectuelle. L'identit forme-couleur de Vasarely a sacorrespondance en musique. Les potes ont apport l'analogie du timbre avec la couleur. La hauteur d'un son fait rfrence sa place au sein d'une gamme, elle-mme dfinie par un mode et une tonique. Les caractristiques de l'appareil auditif expliquent pourquoi l'on peroit timbre et hauteur comme deux entits distinctes.En ralit, ces deux percepts correspondent l'expression d'un seul phnomne - la vibration acoustique - et l'on peut formuler l'identit timbre-hauteur. L'UnitPlastique de Vasarely apparat ds lors comme l'quivalent pictural tout la fois de la note de musique, de la cellule musicale, de l'Objet Sonore (tel que dfini parPierre Schaeffer dans Le trait des objets musicaux de 1966), du Smantme (tel que dfini par le compositeur JorgeAntuns, fragment sonore minime pourvude signification et identifi sur la base de l'motion), ou de l'Unit Smantique Temporelle (notion avance par le laboratoire musique et informatique de Marseille,consistant en une figure sonore dont la signification s'exprime temporellement). Nous regrouperons ici les notions de note, cellule musicale, Objet Sonore,Smantme et U.S.T. sous le concept plus gnral d'Unit Musicale. Et nous opposerons les Units Musicales Transcriptibles (notes et cellules musicales) cellesqui ne ne le sont pas (Objets Sonores, Smantmes et U.S.T.). La dure, l'intensit et le positionnement temporel de l'Unit Musicale au sein d'une compositionsont les quivalents musicaux de la forme, de la dimension et de la position relative de l'Unit Plastique dans l'espace bidimensionnel du tableau.

    L'art de programmerDans sa recherche d'un vocabulaire normalis, quip d'un alphabet de trentes formes et d'une gamme de trente couleurs, Vasarely accde un nombre

    illimit de combinaisons. Luvre, programme de faon abstraite par l'artiste, est excute partir dun 'prototype-dpart', concept proche de la rduction pourpiano qui se prte aux instrumentations les plus diverses. Les mises en oeuvre du prototype-dpart - colorisation, agrandissement, choix du support physique - seprsentent ds lors comme les orchestrations successives d'un mme thme. A l'oppos du caractre phmre du tableau ou de l'intgration architectonique, laprogrammation d'une oeuvre plastique permet sa conservation indfinie et sa recration tout moment, comme le fait le musicien d'aujourd'hui quand il interprteune partition datant de l'poque baroque. Utilisant des symboles abstraits, programmation plastique et partition musicale sont des concepts d'une grande parent.

    De quelques procds exemplairesLa rptition et la symtrie Vasarely appelle algorythmes ses oeuvres fondes sur des permutations programmables de nuances colores. La

    rptition d'units formes-couleurs voque la rptition de cellules musicales, de motifs, de phrases ou mme de sections entires. Le procd est port soncomble dans les musiques employant un ostinato - comme les passacailles - et dans le courant minimaliste. Que ce soit en musique ou en art plastique, le procdde rptition est garant de l'unit tout en permettant les laborations les plus complexes. La notion de rptition est cousine de la notion mathmatique de symtrie.Le rythme est au temps ce que la symtrie est l'espace, crit Francis Warrain. Dans un tableau de Vasarely, la symtrie s'exprime souvent selon plusieurs axes.Elle peut aussi prendre le visage des symtries propres certaines figures gomtriques. Dans le domaine musical, les canons, le contrepoint renversable, lesprocds d'imitation, les rythmes rtrogradables relvent du principe de symtrie. En considration de ces principes, l'oeuvre de Vasarely mrite d'tre compareaux contructions musicales d'un Jean-Sbastien Bach et celles d'explorateurs de nouvelles critures: le dodcaphonisme (Arnold Schnberg, Alban Berg, AntonWebern), les modes de valeurs et d'intensit d'Olivier Messiaen, la musique srielle, la technique originale des douze sons de Witold Lutoslawski, la musiquestochastique de Iannis Xenakis, la micro-polyphonie de Gyrgy Ligeti, les musiques rptitives et d'avant-garde.

    La variation Le propre de la variation musicale est de prsenter un thme en en transformant certains de ses aspects: ornementationde la mlodie, changement de l'harmonie, transformation de l'accompagnement et autres procds. Chez Vasarely, l'esprit de la variation apparat dans une oeuvretelle que Clide (1984) qui donne voir des variantes colores de structures expansives sur les motifs du cercle, du carr, de l'hexagone et de l'octogone. Lavariation semanifeste galement lors de la cration de sries tales dans la dure, concrtisant l'aboutissement d'unemme recherche plastique ou correspondantaux ralisations successives d'un mme prototype-dpart. Que l'on pense aux oeuvres en noir et blanc construites sur la trame du damier et aux structuresexpansives-rgressives de la priode Vega.

    Le dveloppement Dans l'allegro de sonate, le dveloppement - ou laboration - reprend des lments de l'exposition pour en prolongerles ides au moyen de rptitions, modulations et autres procds. Aprs un parcours tonal plus ou moins complexe, il se termine par la prparation de larexposition au ton initial. Dans la strette finale d'une fugue, la relation polyphonique se resserre, le sujet et sa rponse se superposant en entres rapproches.Chez Vasarely, le procd d'laboration caractrise les oeuvres faisant la synthse de plusieurs recherches plastiques. Ainsi, Xexa-Domb (1971-1973) marie lecube de Kepler avec la structure expansive de la priode Vega. Construit sur les bases de l'octogone et du carr, Planetary (1972) conjugue le concept de lariche polychromie du Folklore plantaire avec le langage propre aux structures expansives-rgressives.

    Trouver l'quilibre n'est pas si facile... La ralisation de la grande forme - la structure globale d'une oeuvre - suppose la recherche de l'quilibre desparties entre elles et dans leurs relations au tout. Cet quilibre sera en particulier obtenu par l'laboration des contrastes ncessaires au bon droulement de l'oeuvreet au maintient de son intrt. Ainsi, les mouvements rapides alterneront avec les mouvements lents, le parcours tonal s'loignera du ton initial pour y revenir dans lacoda. Vasarely veille respecter des principes d'quilibre et d'unit proche de ceux que nous venons d'voquer. Ainsi, dans Tauri-R (1966-76), le dessin en noir etblanc est intgralement dupliqu en ngatif, comme si les deux parties devaient s'annihiler. Dans Eridan (1956-76), les quatre cadrans de la toile se rpondent enpositif-ngatif. Dans Capella I (1964), la moiti suprieure du tableau semble irradier la lumire tandis que la partie infrieure parat au contraire la capter. Dans V.P.112 (1970), une structure expansive rpond une structure rgressive.

    Percevoir ... c'est tre tromp!La forme d'une thorie Vasarely a tudi les principes de la Gestalt Thorie - ou thorie de la forme - et les a appliqus ses

    recherches. Rappelons-en brivement les trois grands axes: le tout est diffrent de la somme des parties; la perception consiste en une sparation d'une figure surun fond; l'esprit structure la perception des formes selon certaines lois naturelles. Et remarquons que la loi d'intervention fond-forme est dj implicitement formuledans le concept d'Unit Plastique. Les principes et les lois de la Gestalt Theorie s'appliquent la perception de la musique. Les lois naturelles de bonne forme, bonnecontinuit et destin commun rgissent l'art de la mlodie. La loi de similitude est manifeste dans l'imitation contrapuntique, les procds de rptition et de symtrie,le rythme. En accord avec la loi d'intervention fond-forme, l'analyse musicale prend en compte les notions d'arrire plan, de plan moyen et de premier plan.

    Du sexe des anges... Rappelons que nombre d'oeuvres de la priode 'Gestalt' prsentent des figures pouvant tre interprtes enrelief ou en creux. Les musiques polyphoniques superposent plusieurs lignes mlodiques et possdent de ce fait plusieurs grilles de lecture. Notre attention peut s'yfocaliser sur telle ou telle voix mise ainsi en relief par rapport aux autres parties. Toute musique complexe prsente de la mme manire plusieurs grilles de lecture.Que l'on pense aux polyrythmies et autres ambiguits rythmiques. Une mesure deux temps en 6/8 peut ainsi tre entendue comme une mesure trois temps en3/4 selon que notre oreille regroupe les six croches par trois ou par deux. Dans les deux domaines qui nous concernent, les ambiguits d'interprtation sont facteursde richesse en crant des espaces de libert activement investis par nos sens.

    De l'illusion la rvlation Vasarely participe la nais