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  • L E T O U R N E A U (HENRI-CHARLES)

    Angers 1886-89

    Le 15 septembre, une foule nombreuse, compose principalement de parents et d'amis, accompagnait sa dernire demeure la dpouille mor-telle de notre camarade Letourneau. Le deuil tait conduit par son pre et ses beaux-frres.

    Le dcs s'tant produit inopinment, on n'eut pas le temps ncessaire pour prvenir les Camarades de Charleville-Mzires et des environs. Ce-

  • pendant, grce de vives dmarches de M. Vellutini, prsident de la Commission rgionale, qui apporta lui-mme la couronne de notre Socit, celle-ci put tre dpose temps sur le cercueil, et au cimetire de Char-ville, o eut lieu l'inhumation, notre camarade Autier pronona le discours suivant :

    MESDAMES, MESSIEURS,

    Au nom de la Socit des Anciens Elves des coles nationales d'Arts et Mtiers, j 'ai le douloureux devoir d'adresser ici le suprme adieu notre camarade Letourneau qui tait un de nos membres les plus dvous.

    J'aurais dsir qu'une voix plus autorise que la mienne, qu'un de ceux qui l'ont mieux connu, qui ont su apprcier ses brillantes qualits, vnt retracer ici ce que fut l'existence de ce travailleur. Malheureusement, le temps nous a manqu pour rechercher ses meilleurs amis.

    Henri-Charles Letourneau, aprs de bonnes tudes, entra l'cole d'Arts et Mtiers d'Angers o il se distingua par un travail trs assidu; il en sortit en 1889 comme lve diplm. Il voulait faire rapidement son chemin et il chercha alors acqurir de nouvelles connaissances. C'est ce qui l'engagea passer par l'cole centrale des Arts et Manufactures, o il obtint le diplme d'ingnieur.

    Il tait aussi membre de la Socit des Ingnieurs civils de France. Il avait donc ce qu'il fallait pour russir. Aprs sa sortie de l'cole,

    il occupa divers emplois o il se fit remarquer par son esprit d'initiative, son intelligence; son affabilit, son excellent caractre, lui avaient cr bien des sympathies.

    Il fut un collaborateur pour notre Socit, et, malgr ses nombreuses occupations, il adressait des mmoires remarqus qui parurent dans notre Bulletin technologique, et tout rcemment une mdaille de bronze lui fut dcerne.

    Letourneau tait directeur des Mines de Bong-Miu, en Annam. Alors qu'on nous reproche de n'avoir pas d'ides coloniales, il n'avait pas hsit quitter la mre patrie pour servir la France, et en mme temps se crer une belle situation. Il avait fait acte de patriotisme.

    Malheureusement, le climat lui fut fatal. Aprs avoir lutt vaillamment contre la maladie, il rentra en France pour y succomber, malgr les soins si dvous dont il fut l'objet de la part des siens. On peut dire qu'il est mort au champ d'honneur.

  • Et il n'a que vingt-neuf ans, c'est--dire l'ge o l'on aime le tra-vail, la lutte, o l'on cherche vivre, tre heureux.

    Mais si sa vie fut courte, elle fut bien remplie, ce fut celle d'un laborieux.

    Sa mort laissera d'unanimes regrets. Puissent les sincres hommages rendus aux mrites de notre Camarade, et les tmoignages d'affection de tous ceux qui l'ont connu, tre un adoucissement la douleur de son malheureux pre et de sa famille!

    Adieu, Letourneau, adieu !

    On a bien voulu me demander moi, qui ai vcu pendant huit ans aux cts de notre pauvre Camarade, qui ai reu pendant ses longues missions l'tranger tant de lettres de lui crites sous toutes les latitudes, moi qui lui crivais encore le jour de sa mort une lettre rconfortante et qui n'ai su la terrible nouvelle que trop tard pour le suivre sa der-nire demeure, de vouloir retracer la carrire si courte et si fconde de Letourneau. Pieux et doux devoir pour celui qui l'a aim comme un frre et qui a partag avec lui tous les beaux rves de la jeunesse....

    Henri Letourneau, n Paris le 16 mai 1870, est mort dans sa tren-time anne. C'tait, mon avis, le type parfait de l'ingnieur franais. Ancien lve d'Angers (1886-89) et de l'cole centrale (1890-93), il alliait une instruction technique et gnrale trs solide une distinction natu-relle et une gaiet inpuisable qui en faisaient un charmeur et un adver-saire redoutable sur le terrain de la lutte industrielle. Il avait dj fran-chi bien des chelons en les sautant et lorsqu'il est mort, il tait aux appointements en Annam de 30.000 francs par an et directeur gnral des importantes mines de Bong-Miu. Nous tous, qui le connaissions, entrevoyions pour lui le plus brillant avenir. La mort stupide est venue dtruire toutes ces esprances ; mais jusqu'au dernier moment, notre vail-lant Camarade lui jetait un fier dfi, et je frmis encore en pensant notre dernire entrevue : aprs trois mois de maladie en Asie, il venait de faire une traverse de trente-cinq jours et s'arrtait un jour Paris pour rendre ses comptes au sige de sa Compagnie; dans cette chambre du Ter-minus o j'tais accouru, je trouve mon pauvre ami transfigur, maigri au del de tout ce qu'on peut concevoir ; mais ds les premiers mots, la voix s'anime, le regard brille, les rcits commencent.... Aprs l'accolade fra-ternelle et un rendez-vous pris Vichy o la sant devait entirement revenir, je pars un peu rconfort. Un mois aprs, mon ami tait mort!

  • Sorti de l'cole centrale en 1893 avec le diplme d'ingnieur des Arts et Manufactures, Letourneau fait une anne de service militaire au 10 e rgi-ment d'artillerie Rennes, et rentre Paris avec le grade d'officier de rserve d'artillerie.

    En 1895, il est ingnieur de l'importante maison Muller et Roger Paris, o il a laiss les meilleurs souvenirs. Mais le dsir de marcher plus vite le travaille, et le 26 dcembre 1895 il part en mission en Colombie comme ingnieur-chef du service mtallurgique et de l'exploitation aux mines d'or de Cristals. Que ne puis-je reproduire ici toutes les lettres charmantes que m'a valu ce premier voyage! J'assistais ses luttes et j'admirais sa confiance jusqu'au jour o je pus applaudir son succs. Sa mission termine, il rentra Paris en dcembre 1896 et je le vois encore redevenu boulevardier correct, nous raconter entre deux clats de rire ses voyages dos de mulets travers les montagnes, ses parties de chasse fantastiques et ses dners de boucaniers. Il adorait Paris, mais, au lieu de s'y amollir, il y retrempait son nergie, et ds le commencement de 1897, il repart comme ingnieur attach une grande Compagnie minire, en mission aux tats-Unis et au Chili.

    Sa mission auprs du gouvernement chilien eut une complte russite et il rentra Paris en dcembre 1897. Cette fois, sa sant tait lgrement branle; mais le climat de la mre patrie et la joie de se retrouver au milieu de nous tous qui lui faisions fte eurent bien vite raison de cette lgre dpression. Il et pu vivre plus longtemps de cette vie de Paris o tout lui souriait, mais il rvait dj de nouvelles entreprises et vers lin fvrier 1898, il partait comme ingnieur-directeur de la Socit des Mines de Bong-Miu dans l'Annam, avec de superbes appointements.

    Il lui fallait crer l- bas de toutes pices une grande usine pour l'ex-traction et le traitement des minerais d'or.

    Le 27 janvier dernier, il m'crivait : Quel plaisir pour moi, qui suis perdu au milieu de la sauvage et belle nature, de recevoir des nouvelles de Paris et des amis, bien qu'elles soient dj vieilles d'un mois et demi lorsqu'elles m'arrivent !

    Mes travaux d'installation vont tre finis; le grand cble arien de 1.200 mtres est termin et fonctionne bien, la grande conduite d'eau sous pression est en place, les turbines, les moulins concasseurs, etc., tout cela est pos. Encore quinze jours environ pour arranger le tout de faon

  • parfaite et tendre les courroies, puis en avant la musique! (Il n'y en a pas ici, c'est dommage.)

    Hlas! l'effort avait t trop grand et le climat meurtrier eut bien vite prise sur ce corps fatigu. La fivre vint et il fallut tout abandonner au moment de jouir d'un succs bien gagn... Vous savez le reste, la rentre en France et la terrible fin...

    Deux jours avant la mort de ce courageux Camarade, la Socit, runie en Assemble gnrale, lui dcernait une mdaille pour ses articles si int-ressants sur les procds d'extraction des mtaux prcieux qui avaient paru dans notre Bulletin.

    Puisse ce dernier hommage rendu son mrite avoir adouci ses der-niers moments!

    Je pleure en Letourneau un ami, et un frre et tous les Gad'zarts perdent en lui un brillant Camarade qui honorait notre grande famille.

    A. LAVOIX (Ang. 1886-89).

    L'Agent de la Socit, Grant,

    JEAN K R E T Z S C H M A R .