L'enfer du bagne

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Auteur : Murri, Tullio. Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des Antilles et de la Guyane. Conseil Général de la Guyane, Bibliothèque Franconie.

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  • T U L L I O M U R R I

    L ' E N F E R DU

    B A G N E

    D I T I O N S D E L ' P I

    13,RUE DU CROISSANT - PARIS

    MANIOC.org Bibl iothque Alexandre Franconle Conseil gnral de la Guyane

  • MANIOC.org Bibl iothque Alexandre Franconie Conseil gnral de la Guyane

  • L ' E N F E R D U B A G N E

    MANIOC.org Bibl iothque Alexandre Franconie Conseil gnral de la Guyane

  • MANIOC.org Bibl iothque Alexandre Franconie Conseil gnral de la Guyane

  • TULLIO MURRI

    L'ENFER DU BAGNE Traduit de l'Italien par Georges HERVO

    PRFACE

    DE

    R e n e D U N A N

    Q U A T O R Z I M E M I L L E

    L E S D I T I O N S H E N R Y - P A R V I L L E

    35, RUE DES ACACIAS, 35

    PARIS

    MANIOC.org Bibl iothque Alexandre Franconie Conseil gnral de la Guyane

  • T o u s droits de reproduct ion, de traduction et d 'adaptat ion rservs pour tous pays , y compris la Sude, la N o r v g e e t U.R.S S.

    Copyright B y TULLIO MURRI et IIENRY-PARVIIAE 1 9 2 6 .

  • P R F A C E

    PAR

    R E N E D U N A N

    Les livres sur le Bagne sont innombrables. Tout le monde en a fait : Les magistrats, par-ce que le Code Pnal leur donne le got de l'humour et rien d'humoristique comme la rpression vue par un spcialiste , les mdecins, parce que le sans-gne des dissec-tions les autorise en prendre l'aise avec les convenances; les romanciers, parce qu'ils aiment exposer ce qu'ils ignorent, et les jour-nalistes, d'autant mieux qualifis, d'ailleurs, qu'ils transformeraient en drame ou en vau-deville un exemple grammatical de Lho-mond. Loin de moi, certes, l'ide de refuser toute valeur cesceuvres qui vont deM. Pier-re Zaccone, lequel opina jadis dans les pr-toires, en qualit d'Avocat Imprial, M.Al-bert Londres, qui enquta avec une matrise gale chez toutes classes de bipdes liumains. Je n'en dois pas moins avouer qu'il reste dire. C'est qu'il subsiste deux sortes de gens n'ayant point livr leurs secrets jus-qu'ici; et le bagne leurs yeux aurait tout de mme plus de ralit que devant quicon-. que : ce sont les prtres et les bagnards.

  • VI PRFACE

    Une faut gure compter sans doute sur une littrature ecclsiastique traitant des forats.

    Il y a toujours des curs galants, tout autant j'imagine qu'au XVIIIe, o ils taient nombreux. Mais il n'en est point pour violer les secrets de leur office. Et, mme au temps des prtres athes, ils savaient se taire.sur ce que dcle, des mobiles et comportements humains, l'acte nomm Tribunal de la Pni-tence. Je le regrette, mais c'est ainsi.

    Pour quant aux forats ayant cont exac-tement et avec sincrit ce qu'ils virent dans les fers, ils sont en nombre infime. Nous aoons juste deux magnifiques documents d'ancien-rgime. Les mmoires des galres de Jean Marteilhe et les souvenirs de Bastille de Renneville. Sur les prisons rvolutionnai-res, la prose abonde videmment, mais extr-mement menteuse, la faon des charmants mmoires de Latude et de tous. Ce sont des grossissements fantaisistes de romanciers, de prtendus perscuts, ou de vaniteux. AuXlX* sicle, enfin on vita de permettre, quicon-que avait tran le boulet des bagnes, et plus tard voyag en Caldonie ou la Guyane, de dire ce qu'il avait vu. Une police bien faite sait viter les indiscrtions. La ntre ne vaut pas celle qu'illustra le glorieux Gualbert de. Sartines, mais elle est tout de mme un peu

  • PRFACE VII

    au-dessus de ce que Soulouque avait jadis or-ganis en ce genre ailleurs...

    De nos jours, ce que les pensionnaires ds prisons disparues, et, depuis, de la Petite Roquette, de la Sant, de Fresnes les Rungis, des maisons de force, de rclusion et autres, que j'oublie, ont pu conter sur l'intimit des geles est galement insignifiant. A vrai di-re, savoir observer, retenir et transcrire n'est pas la porte de n'importe qui, et-il t dtenu aux plus pittoresques lieux o s'exer-ce la justice des hommes.

    Ce qui caractrise un vrai livre sur le ba-gne ce mot englobant toutes les dten-tions longues, dures et inflexibles c'est en quelque sorte la perception constante des grilles, des cltures, des barreaux, des hottes et des verroux, ou alors des interdictions na-turelles, mers, forts, dserts, qui y encadrent tout. De mme qu'un livre d'amour fait colla-borer la syntaxe et les conjonctions l'expres-sion des sentiments amoureux, un livre sur le bagne doit, dans chacune de ses lignes, faire comprendre le caractre reclus et limit de tout ce qu'il dcrit et analyse. Sentiments et passions, dsirs, espoirs, affections, ambi-tions, volonts et tnacits persistent au ba-gne comme partout. Mais ces mobiles d'actes y ont un caractre spcial, repli, secret et en quelque sorte environn de hauts murs.

  • VIII PRFACE

    C'est dans l'expression de ce fait et de la for-ce cache, condense et comprime des ins-tincts ou des tendances des personnages, que les vrais livres sur le bagne attestent leur sin-crit, leur vigueur et leur profondeur.

    VOICI UN VRAI LIVRE SUR LES BAGNES :

    L'auteur est un crivain aujourd'hui cl-bre dans la Pninsule. Pote, auteur drama-tique, romancier, il a touch avec bonheur toutes les manifestations littraires de l'in-telligence.

    Mais il a vcu dix-sept ans en prison. . .

    Je ne veux, ni ne saurais d'ailleurs, rappeler le drame tragique et trange qui mena Tullio Muni dans la terrible gele o il passa ce temps infini. Paix aux cendres d'un pass ac-compli! Mais il me suffit que cet homme ait vu ce qu'il raconte en ce livre farouche et ten-dre, qu'il ait su nous le transcrire avec une simplicit magnifique et hallucinante, et qu'on trouve dans TEnfer du bagne le Bagne lui-mme. Tous les bagnes du monde, o l'homme souffre et meurt au nom de la Loi sont donc ici. Nulle dclamation n'emplit d'ailleurs l'ouvrage, qui a la forme d'un ro-man, nulle emphase, et nul vain moralisme. Nul cynisme non plus. Cela ne vient ni de

  • PRFACE I X

    chez les Anglo-Saxons, ni de chez les Russes, ni de chez nous. C'est en Italie, que Tullio Murri a t emprisonn, et qu'il a vu vivre un un les chapitres de cette histoire pareille un supplment plus atroce de l'Enfer Dantes-que. On ne songera donc pas en lisant ce qui suit aux Souvenirs de la Maison des Morts, ni d'autres uvres glorieuses. L'originalit r-side chez Tullio Murri dans cette sensibilit unique, dlicate et fminine, d'un crivain qui pourtant reste toujours impassible. C'est qu'en dix-sept annes il a appris discipliner les motions de son cur. Pourtant il n'ou-blie jamais d'tre pote et la piti la plus mouvante transsude de son verbe.

    Ce livre, en Italie, se nomme Galera. Une pouvantable face de damn, appuye des barreaux rouilleux, un masque glabre, gonfl et havc ornait Milan l'dition ori-ginale. On a craint que le public Franais ne le pt supporter.

    Mais j'espre qu'il supportera l'uvre m-me, et saura admirer la fois sa hideur et sa fracheur, sa loyaut, sa prcision, sa force secrte, et la gnrosit redoutable qui l'ani-me.

    Rene DUNAN.

  • A U X M I N I S T R E S

    A U X S E N A T E U R S

    A U X D E P U T E S

    A T O U S L E S H O M M E S D E C U R

    J 'ai promis un jour aux proscrits, qui furent mes compagnons de douleur et de honte, de faire tout ce qui serait en mon pouvoir pour que le public entendt leur voix.

    Voil le seul motif pour lequel j 'cris aujourd'hui, et je crois vraiment que jamais sacrifice plus grand n 'a cot un homme pour tenir une promesse. Que le lecteur s'en souvienne, et qu'il juge par ces mots tout ce que j 'prouve en crivant ici, car, 17 ans durant je fus, moi aussi, l'un de ceux qu'il apprendra connatre dans ce livre, auquel il ne doit attribuer d 'autre but qu 'un dsir de misricorde et de vrit.

    TULLIO MURRI.

  • I

    L'ARRIVE

    A l'arrive au pnitencier, Cesarino fut men au bureau du gardien-chef.

    Renvers dans un fauteuil, celui-ci le dvisagea sans intrt ni bienveillance.

    C'est l 'habitude chez ces hommes. Ni la bont native ni l'ducation n'adoucissent en eux ces ma-nires traditionnelles envers les infrieurs.

    Ce jeune homme remarqua que le gardien-chef avait la joue balafre d'une longue cicatrice. Il reconnut l cette marque juge dans l'Italie du sud comme infa-mante (1). Cela, avec l 'air brutal et dur de celui qui l 'observait, fit aussitt deviner Cesarino que cet homme devait tre mchant.

    D'o tes-vous? De Livourne. Quel ge avez-vous? Bientt dix-huit ans. Et vous venez? De la prison de Livourne. Avez-vous envie de travailler? Oui, monsieur. Le jouvenceau hsita un instant. Puis, reprenant

    courage, il ajouta d'un ton suppliant : J'aimerais beaucoup avoir un emploi de bu-

    reau. J 'ai fait mes premires tudes.

    (i) Dans loule l 'Italie mr id iona le , ainsi q u e d a n s la Si-ci le, t o u t h o m m e qui se croit v i c t i m e d ' u n outrage i m m -rit , se v e n g e (lorsqu'il ne v e u t pas tuer son adversaire) en lui coupant la figure avec u n rasoir.

  • 14 L'ENFER DU BAGNE

    Des emplois de bureau pour vous, il n 'y en a pas, interrompit durement le gardien-chef. Vous serez vannier.

    Vannier, moi? s'cria Cesarino tonn. Cela ne vous plat pas? rpartit l 'autre, aussitt

    agressif. , Il me semblait que le rglement... Le rglement, ici, l 'intrieur, c'est moi! Mes mains me semblent impropres, monsieur,

    lit en manire d'excuse le jeune homme... il y fau-drait des cals!

    Vous les ferez. Voil le travail, et je ne vous en ffre pas d 'autre : ou vannier, ou au cachot. Allez.

    Cesarino courba la tte, et, sans rpondre quoi que ce soit, sortit, prcd par le gardien qui l 'avait accompagn. Il devait aller prendre maintenant le bain de propret, prescrit pour tous oeux qui entrent dans un tablissement de dtention, et changer ses vtements civils contre la gross