L'ecclésiologie de Vatican II et sa portée œcuménique...

Click here to load reader

  • date post

    11-Nov-2018
  • Category

    Documents

  • view

    212
  • download

    0

Embed Size (px)

Transcript of L'ecclésiologie de Vatican II et sa portée œcuménique...

  • L'ecclsiologie de Vatican IIet sa porte cumnique

    Ceux qui ont pris, part des conversations doctrinales cumni-ques ont souvent pu-constater qu'une part importante des difficultsrencontres par les participants trouve son origine, non dans la doc-trine catholique crite des thologiens, mais dans la doctrine catho-lique vcue par les fidles, thologiens inclus videmment. En Europe,aux Etats-Unis, en Amrique latine, les chrtiens spars de noussont en contact, sinon habituel, du moins suffisant avec la vie catho-lique, pour pouvoir se dispenser de recourir avant tout aux livresthologiques ou aux manuels de religion scolaires. Et ils s'en dispen-sent d'autant plus naturellement que la vie constitue une pierre detouche bien plus relle que les documents imprims. Bref, ces non-catholiques dcouvrent et Jugent le catholicisme, non sur la base denotre thologie, mais travers les fidles catholiques eux-mmes.

    Grande est donc la responsabilit de ceux-ci, et plus astreignanteque celle des thologiens en dialogue cumnique . En effet, de lafaon dont les catholiques prient et participent la liturgie, de lamanire dont ils vivent les dogmes chrtiens et dfendent les prin-cipes moraux du christianisme, se dgage en permanence une cer-taine conception, une certaine image du catholicisme lui-mme. Maisle Seigneur s'y reconnatrait-il toujours ?

    Quelle image de l'Eglise, notamment, rsulte de l'ensemble de lavie catholique ? Le Pape Paul VI disait, dans le Discours qu'il pro-nona l'ouverture de la 2e Session du Concile, que celui-ci se nwni-feste comme un propos dlibr de rajeunissement [de 'Eglise], soi-tde ses forces intrieures, soit des rgles qui commandent ses struc-tures canoniques et les formes de ses rites. Bref, e Concile tend donner l'Eglise ou accrotre en elle cette splendeur de perfectionet de saintet, que seules limitation du Christ et l'union mystique

  • 4 G. THIJ^S

    oiw LMI, dans l'Esprit Saint, peuvent lui confrer1 . Et pourquoitout cela ? Pour que l'Eglise apparaisse totalement fidle l'Evan-gile, authentique et fconde a. Fidle au Seigneur Jsus, etfidle au monde, aux non-croyants, et aux autres chrtiens .

    C'est avec ces derniers que la communaut catholique clbrerala Semaine de Prires pour l'unit. C'est sous le signe de l'cumnis-me aussi qu'est labor cet article. Il a pour obiet de montrer la portecumnique de l'ecclsiologle de Vatican II, d'aider les fidles r-flchir sur la ralit de l'Eglise, sur la reprsentation qu'ilsen ont, sur la faon dont ils la vivent . Et ce, pour le bien de l'unitdes chrtiens.

    VEglise est un mystre

    L'Eglise est un mystre , disait Paul VI dans le Discours citplus haut. Elle est une ralit mystrieuse tout imprgne de laprsence de Dieu ; et c'est pourquoi elle peut toujours faire l'objetde recherches nouvelles et plus profondes3 . Pour la dcrire, lesPres conciliaires ont mis en uvre une mthode, une faon de s'ex-primer, dont la porte cumnique est considrable.

    Ainsi, par exemple, a-t-on dj remarqu le caractre biblique dela description de l'Eglise esquisse dans les deux premiers chapitresde Lumen genfiwn. Rarement, les catholiques s'tendent ainsi sur lesdiverses figures bibliques de l'Eglise (n. 6, notamment). Certes,multiplier les citations bibliques, russir un centon scripturaire, n'estpas encore laborer une ecclsiologie biblique ; et plusieurs Observa-teurs conciliaires l'ont fait remarquer. Toutefois, c'est en dgageantd'une tude biblique bien conduite tout ce qu'voquent des figuresnombreuses et diverses, que l'on peut parvenir une eccsiologieplus riche et mme plus fidle la rvlation. Au contraire, une doc-trine de l'Eglise qui s'appuyerait sur une seule figure, ft-ce celledu corps , risquerait de pcher par unilatralisme. Bien avant leConcile, Son Exc. Mgr P. Parente, assesseur de la S.C. du Saint-Office, nous avait dj prmunis l'endroit de certains thologiensposttridentins qui, ayant presque oubli la doctrine du Corps mysti-que, adoptrent un genre plus juridique que thologique dans l'labo-ration du trait de l'Eglise4. Tout unilatralisme appauvrit la tho-logie.

    1. Cfr La. Doc. Cath., 20 oct. 1963, c. 1353 ; N.R.Th., 85 (1963) 976.2. La Doc. Cath., 1963, c. 1354 ; N.R.Th., 1963, 976.3. La Doc. Cath., 1963, c. 1351 ; N.R.Th., 1963, 974.4. Thologie.- fmdamenialis, d. 4, 1954, p. 208.

  • l/ECCLSIOLOGia Ut VATICAN IX HT SA POATS (BCUUiwiQUB 5

    L'Eglise, lit-on aussi dans Lumen gen-tium, la fin du n. 4, appa-rat comme un peuple unifi dans l'unit du Pre et du Fils et del'Esprit Saint . Ainsi est souligne la dimension trinitaire del'Eglise. On y trouve un cho des pages que le P. Congar consacraau thme Eccesia de Trinitae, dans Chrtiens dsunis. Principes d'un cumnisme catholique 5. Le dbut de la Constitution Lumen gen-tum est construit en ce sens. On sait que les Orthodoxes attribuentune importance dogmatique considrable cette communion entrel'Eglise et la Trinit. Or, il faut bien reconnatre que cette dimen-sion ne nous est pas habituelle ; du moins en dogmatique. Car enthologie spirituelle, nous rappelons assez volontiers la communiondes croyants avec les Personnes de la Sainte Trinit. Peut-tre faudrait-il l'voquer dsormais lorsque nous proposons la dogmatique dumystre de l'Eglise.

    Du mme coup, l'Eglise n'apparatra plus seulement, ou surtout,comme une institution , mais aussi comme vnement . A cepropos les rforms nous font certains griefs : L'Eglise ne tientsa vie que de son Seigneur, elle ne vit que de sa Parole qui esttoujours en acte et de son pardon, elle n'est sainte que par Celuiqui la sanctifie, elle n'est une que par l'unit que lui donne et luirenouvelle son unique Seigneur, Celui-ci ne cesse de la rassembler, etelle n'a d'assurance de continuit que dans la promesse de Dieu6.Certes, l'auteur de cet article n'accorde peut-tre pas assez d'impor-tance l'institution. Mais oserions-nous dire que nous en accordonsassez l'vnement, l'acte du Seigneur ? Mieux unir l'une et l'autreserait faire uvre d'quilibre dogmatique et favoriserait le rappro-chement doctrinal entre les Eglises.

    Il en va de mme en ce qui concerne la dimension eschatologi-que de l'Eglise. Le chapitre VII de Lumen gentium est intitul :Le caractre eschatoogiqu-e de l'Eglise en marche, et son union avecl'Eglise du ciel. La premire partie de ce titre rpond exactement auxvux des Pres conciliaires, savoir : clairer toute la significationde l'Eglise en marche ici-bas la lumire de ce qu'elle sera au stadedfinitif du Royaume de Dieu, de la Jrusalem cleste. Les Observa-teurs non catholiques attendaient beaucoup de ce chapitre, estimantqu'il aiderait les catholiques apprcier avec plus de dtachement l'Eglise prgrinante , ses moyens de sanctification, ses structureshirarchiques. En fait, tous ceux qui ont eu l'occasion d'assister deprs la gense de ce passage savent qu'il ne rpond qu'imparfaite-ment aux dsirs des Evques et aux espoirs des Observateurs, bien

    5. Paris, 1937 (rd. 1963), pp. 59-73.6. R. MEHI, Ecclesia gv-oad svbstantaw. , dans Rev. Hist. Phil. Relig-,

    1956, p. 323.

  • 6 G. THILS

    que le n. 46 constitue dj un excellent point de dpart d'utilesrflexions.

    Pauvres thologiens, dira-t-on en soupirant, pauvres curs et vicai-res, qui sont appels tenir compte de tant et tant de dimensions s- !Ici aussi pourtant, il suffirait que nous appliquions l'ecclsiologiece que nous faisons rgulirement en thologie spirituelle. Dans cesecteur tmoin les retraites, du moins celles de jadis on tablitvolontiers une confrontation entre l'existence terrestre et la vie clestede l'homme : Quid hoc ad aeternitatem ? . Et l'on insiste : C'esten ayant devant les yeux la condition des lus au ciel qu'apparatraavec son authentique relief la valeur vritable de l'existence sur terre .De mme, c'est la lumire de l'tat dfinitif de l'Eglise dans sacondition cleste que l'on peut apprcier l'importance vritable del'institution ecclsiastique, de sa structure sacramentelle, de sa con-stitution hirarchique, de sa mdiation visible. Il ne s'agit pas de relativisme , mais de vrit intgrale . Les documents conciliairesnous invitent y rflchir. .

    Frquemment aussi, les documents conciliaires voquent la catho-licit de l'Eglise : Lumen gentiwm, au n. 13 ; Umtatis redinfegratio,au n. 4 ; Ad Gnies, au n. 22. Gnralement, ces textes soulignent lancessit essentielle de la diversit au cur de l'unit. Paul VI en atrs bien marqu l'importance cumnique :

    Les mouvements auxquels on assiste aujourd'hui dans les com-munauts chrtiennes spares de nous et qui se dveloppent deplus en plus dmontrent clairement deux choses. D'abord, il n'ya qu'une seule Eglise du Christ, et elle doit donc tre unique. Etpuis cette union mystrieuse et visible ne peut tre atteinte quedans l'unit de la foi, la participation aux mmes sacrements etl'harmonie organique d'un unique gouvernement de l'Eglise, en-core que cela puisse se vrifier dans le respect d'une large, diver-sit de langues, de rites, de traditions historiques, de prrogativeslocales, de courants spirituels, d'institutions lgitimes, d'activitsprfres 7.

    I faut donc oprer en nous un certain assouplissement de l'esprit etde l'imagination. La question n'est pas tellement de savoir ce que nouspouvons concder en fait de diversit, mais plutt de chercherjusqu'o il est, possible d'panouir la diversit liturgique, thologique,canonique, l'intrieur de l'identit essentielle de l'institution, de lafoi, des traditions apostoliques dans l'Eglise. Nous sommes parfois

    7, Diacour du 29 Beptembi-e 1963, d'aprs La DM. Cath; 20 oct. 1963, c. 1355,Cfr N.R.Th., 1963, 977.

  • L'HCCLSIOLOGIIi; DE VATICAN II ET EiA PORE QCL'MNIQUT; 7

    peu attentifs la diversit inhrente une authentique catholidt-Les Pres conciliaires des Eglises orientales catholiques ont d rap-peler diverses reprises qu'ils sont des catholiques part entire ,et que la diversit ecclsiastique qu'ils reprsent