Le quadrilat£¨re. Gallieni, 1916, Mangin, 1925, Foch, 1930, Joffre, charles maurras le...

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  • Le quadrilatère

  • DU MÊME AUTEUR

    LES AMANTS DE VENISE (George Sand et Musset). Nouvelle édition.

    LES AMANTS DE VENISE (George Sand et Musset). c: Collec- tion in-8 pur fil ».

    ANTHINÉA (d'Athènes à Florence). L'AVENIR DE L'INTELLIGENCE, suivi de AUGUSTE COMTE — LE

    ROMANTISME FÉMININ — MADEMOISELLE MONK — L'INVOCA- TION A MINERVE.

    LE CHEMIN DE PARADIS, contes philosophiques. LE CHEMIN DE PARADIS, contes philosophiques. Édition

    « Collection bleue » sur papier de Marnay. LE CHEMIN DE PARADIS, contes philosophiques. Collection

    « Le Signet d'or ». L'ÉTANG DE BERRE. L'ÉTANG DE BERRE. Édition « Collection bleue » sur papier

    de Marnay. LETTRE A S. S. LE PAPE PŒ XI. PROMENADE ITALIENNE. LE VOYAGE D'ATHÈNES. CORSE ET PROVENCE. CORPS GLORIEUX OU VERTU DE LA PERFECTION. QUATRE NUITS DE PROVENCE. Collection « Les Nuits ».

    En collaboration avec Raymond de La Tailhède :

    UN DÉBAT SUR LE ROMANTISME.

  • CHARLES MAURRAS

    L e q u a d r i l a t è r e

    JOFFRE 1931 G A

    T 1 L. I

    E N 1

    1916 19Q5

    M A N G 1 N 1930

    Eri O OH

    ERNEST FLAMMARION, ÉDITEUR

  • Droits de traduction et de reproduction réservés pour tous pays. Copyright 1931,

    by ERNEST FLAMMARION.

  • GALLIÉNI

  • LA MORT DU GÉNÉRAL GALLIÉNI

    28 mai 1916.

    La mort du général Galliéni a eu lieu par une chaude journée de guerre, pendant que nos soldats étaient en train de réparer par des avantages nou- veaux les légers reculs de notre ligne de bataille. Et ainsi, ce soldat emporte dans la tombe quelques fleurs détachées de la grande gerbe de la victoire à laquelle le sort lui a défendu d'assister.

    Il l'aura préparée du moins ! De nombreux offi- ciers coloniaux qui ont servi sous les ordres de ce chef, de ce maître nous ont confirmé, par leur té- moignage verbal, tout ce que dit l'Histoire de l'oeuvre accomplie par le général Galliéni, au Ton- kin et à Madagascar : véritable prodige d'une intel- ligence que fécondait une indomptable énergie.

  • Une méthode renouvelée des plus beaux temps de la politique romaine, en faisant concourir tous les arts et tous les intérêts de la paix à l'issue finale de la guerre, plaça Galliéni au premier rang de nos administrateurs et procurateurs au delà des mers. In- dépendamment des ressources matérielles et des ren- forts militaires qu'il assurait ainsi à la mère-patrie, Galliéni lui préparait une élite d'hommes d'action : des esprits et des volontés directrices, accoutumés à créer, même à improviser des décisions devant le danger. Notre race guerrière n'était plus menacée de manquer de chefs à l'heure de l'inévitable déclen- chement européen.

    Cette heure de péril sonnée désigna Galliéni au choix des dirigeants. D'un cri public, la ville en- tière ratifia la nomination de son gouverneur dans le matin fameux où les déclarations un peu verbeuses du gouvernement civil rencontrèrent sur les murailles les six mâles lignes explicites, formelles, véritable- ment éternelles, par lesquelles Galliéni déclara vou- loir défendre Paris « jusqu'au bout » :

    « Les membres du gouvernement de la Répu- « blique ont quitté Paris pour donner une impulsion « nouvelle à la défense nationale.

  • « J'ai reçu le mandat de défendre Paris contre « l'envahisseur.

    « Ce mandat, je le remplirai jusqu'au bout. »

    Le beau texte, un des plus purs de l'histoire de France !

  • AU MINISTÈRE

    Puis, les circonstances portèrent Galliéni au mi- nistère de la Guerre où son nom a rassuré l'armée et le pays. L'anarchie de droite et de gauche avait souhaité de nous affaiblir rue Saint-Dominique ; sa présence, au contraire, nous y fortifia.

    Le programme qu'il afficha et appliqua sans hésiter était d'autorité et de décentralisation. Ce véritable praticien n'hésitait pas à « réformer pour conserver ». L'état de guerre ne lui semblait pas devoir fournir d'objections sérieuses contre les pro- grès ordonnés et prudents qu'il avait conçus. De nombreux succès le récompensèrent de sa hardiesse. Nous ne serions pas vrais si nous ne mentionnions aussi qu'il y eut, sinon des échecs, au moins des ré- sistances naturelles ou volontaires dont son activité

  • ne put venir à bout. La maladie qui l'a emporté le minait sans doute. Mais il y eut beaucoup d'autres causes, quelques-unes extérieures à sa personne, mais plusieurs inhérentes à la forme de son esprit. Peut-être manquait-il à cet administrateur sans pa- reil de connaître la politique aussi bien que l'admi- nistration. Non qu'il ignorât les ficelles... Il savait en jouer en « colonial », pour qui les ruses asia- tiques et compliquées de notre Chine parlementaire étaient sans secrets. Mais les lignes supérieures de la vieille politique de l'Occident civilisé lui étaient- elles aussi présentes que, par exemple, à son émi- nent disciple le général Lyautey ? Comprenait-il assez les avantages de l'autorité, de la stabilité, de l'unité } Son empirisme supérieur lui avait-il ouvert ce que Lucrèce appelle le seuil illustre de la sa- gesse et ce que l'on peut définir la connaissance des principes ? Quelques plaintes presque naïves échap- pées par hasard à cet homme d'action consommé semblent établir le contraire : « Vous me faites faire un métier qui n'est pas le mien, » s'écria-t-il un jour à la Chambre et, peut-être le même jour, mais certainement dans la même triste période des diffi- cultés aiguës, des progrès médiocres et des défenses sans certitude ni fermeté, il exhalait ce cri du cœur :

  • « Et pourtant j'ai toujours marché avec les dé- putés 1 »

    C'était marcher avec son siècle. Peut-être aurait- il mieux valu, selon l'aphorisme de Bonald, mar- cher avec tous les siècles. Il y eût gagné ; et la France !

    Oublions ces lacunes et, devant le lit mortuaire, ne retenons que le positif de cet homme supérieur : un organisateur digne de sa Patrie, un soldat qui a vécu et qui est mort pour Elle.

  • SUR LA TOMBE DE GALLIÉNI

    LE « DIVIN » ET L'HUMAIN

    2 janvier 1920.

    Si, comme je le crois et comme je le vois, c'est bien Clemenceau qui a vaincu, pourquoi ne pas dire ce qu'on ressent de trouble et de fort à suivre Clemenceau vainqueur sur ce tombeau de Saint- Raphaël où dort Galliéni ?

    Clemenceau a vaincu, mais Galliéni, Galliéni seul a rendu la victoire possible et dans quelles condi- tions merveilleusement personnelles, de coup d'oeil, de décision, de ténacité et d'élan ! Parlant du sau- veur de Paris, quelqu'un qui me tient de près et qui l'avait très bien connu, ayant été son médecin, mon propre frère, le Docteur Maurras, des Troupes

  • coloniales, me disait un jour, tranquillement, et sans hausser la voix d'un souffle : « ce grand homme » ... Il me semblait entendre la voix de la postérité.

    Galliéni a été le grand homme de la première moitié de la guerre. On dit qu'il a eu un éclair de génie. Non. Il a réagi en homme de génie, suivant son habitude et suivant sa nature. Il s'est comporté devant les nouvelles de l'armée de von Klück comme se fût comporté tout autre homme de sa stature, brûlé de l'incomparable feu de l'action. Il a vu les conditions, les possibilités, les conséquen- ces : l'idée de l'acte a jailli en trait fulgurant.

    Le général Le Gros, dans sa Genèse de la ba- taille de la Marne, montre que, dans cette longue guerre frontale, l'engagement de l'Ourcq aura été l'une des rares occasions qui furent offertes à l'es- prit de triompher de la masse, à la manœuvre de mettre le nombre en échec.

    A l'occasion presque unique, plus parfaitement utilisée, pouvaient répondre des conséquences quasi miraculeuses. Il eût suffi de voir ce que Galliéni voyait et de se rendre compte du plan complet de ses déductions : convenablement renforcée, nourrie des effectifs nécessaires, appuyée de masses de cavalerie opérant sur les derrières des Allemands, l'action de

  • l'armée Maunoury aurait pu ajouter, en ce cas, au résultat inappréciable qu'elle obtint, au repli limité de l'armée de von Klück, le désastre de cette ar- mée et peut-être le recul de l'ennemi entier jusqu'à la frontière. Mais pour saisir cette série d'événe- ments possibles, il eût fallu une supériorité de re- gard, une liberté, une hardiesse de conception qu'il est rare de voir deux fois en un même siècle, au même niveau d'âge, de rang, de grade. Ce ne fut déjà point une médiocre vertu pour le maréchal Joffre d'avoir admis l'essentiel des vues de son su- bordonné et d'y sacrifier la substance des siennes. Cette concession de la technique à l'esprit élève très haut le généralissime d'alors.

    Joffre y avait d'autant plus de mérite que l'idée de commencer par sauver l'armée primait tout, à ce moment, dans sa réflexion. L'armée d'abord, car elle était la condition fondamentale de la défense et de la reprise du territoire. L'armée... Et cette ar- mée était à reformer sous le feu ennemi, à reforger, à réorganiser. Il fallait parer à l'insuffisance scan- daleuse d'un commandement recruté, pour trop grande partie, aux antichambres de la Chambre et dans les basses cours de la faveur démocratique. En