Le jour o¹ l’enfer est tomb© du ciel

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Le 24 mars, 150 personnes décédaient dans le crash d’un A320 sur les crêtes du Vernet dans les Alpes-de-Haute-Provence. Le copilote a volontairement lancé l'avion contre la montagne.

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  • CAHIER 2 - N 6506 - NE PEUT ETRE VENDUSEPAREMENT

    LE JOUROLENFERESTTOMBDUCIEL

    DITIONSPCIALE

    MARDI 24MARS 2015, 10H45

    32PAGESPOURNEPASOUBLIER

  • L a pire catas-trophe arien-ne sur le solfranais depuis30ans. 150 morts.Un Airbus A320 r-duit des dbrisminuscules. Et tou-teune valle, und-pa r t emen t , unpays sous le choc.Le village du Vernet, dans les Alpes-de-Hau-

    te-Provence, entre Digne et Barcelonnette, est de-venu, en ce mardi 24 mars, le centre du monde.Un appareil de la filiale low-cost de la compagnieallemande Lufthansa, Germanwings, sy est cra-s, en fin de matine. Pas au milieu des hameaux,mais dans une zone escarpe, difficile daccs : lemassif des Trois Evchs. Impossible pour un vhi-cule de latteindre. Les hlicoptres seront le seulmoyen de transport pour les secours et les enqu-teurs.Le vol 4U9525 de la compagnieGermanwings ef-

    fectuait une liaison entre Barcelone (Espagne) etDsseldorf (Allemagne). Il transportait 144 passa-gers et six membres dquipage. Et trs rapide-ment, lhypothse de retrouver des survivantssest efface :de lavion, il ne restait plus rien. Lacarcasse de lappareil a t entirement dtruiteau contact de lamontagne. Les dbris ont t par-pills sur plusieurs hectares en milliers de petits

    morceaux. Les premiers secouristes arrivs sur leslieux ont rapidement compris quil ne retrouve-raient personne en vie...Il y avait 67 Allemands bord de lA320, dont 16

    lycens dHaltern (nord-ouest de lAllemagne) ren-trant dun sjour linguistique. La vice-prsidenteespagnole a voqu "45 passagers (qui) portaientdes noms de famille espagnols". Au fil des jours,des Turcs, des Anglais, des Australiens, des Japo-nais viendront complter cette terrible liste.Plus de 300 sapeurs-pompiers ont tmobiliss,

    et autant de gendarmes, dont les spcialistes dupeloton de haute montagne (PGHM). Les gendar-mes de Jausiers sont les premiers tre arrivs surles lieux, tout comme le mdecin-chef du Sdis desAlpes-de-Haute-Provence. Mais il tait dj troptard.Les images lunaires de lavion pulvris sur plu-

    sieurs hectares flanc de montagne donnent el-les seules une ide du travail colossal qui sestalors engag pour retrouver les corps des victimes.Reprer les fragments humains, les rcuprer , leshlitreuiller, pour tenter enfin de reconstituerlidentit de chacune des 150 victimes, tel a t ledur labeur des secouristes, qui, depuis les faits,sactivent jour et nuit sur le site du crash.Mais deux semaines aprs laccident, la catastro-

    phe est encore bel et bien prsente dans tous lesesprits. Un cauchemar dont il est bien difficile dese rveiller...

    Brian ORSINI

    Onpeutmourir deux fois. Le 24mars,150personnesdcdaientdans le crash dun A320 sur lescrtes duVernet. Le lendemain,149victimesdecetaccidentsere-trouvaient finalement assassi-nespar le fou furieuxquia jetlavion sur la montagne. Dou-blepeine.Commenous lavionsfaitpour lattentat contreChar-lie Hebdo il y a trois mois jourpour jour, nous publions ce 7avriluneditionspcialeconsa-crelacatastrophearienneethumaine qui marquera ja-mais notre territoire. Avec leseul but de ne pas oublier etpour ce faire, de dpasserlactualit qui dferle tous lesjoursetnelaissesouventquunecume sur nos quotidiens. Cenumro hommage compile desdocuments, reportages, photos,tmoignagesdenosquipessai-sis sur la tragdie.Uneditiongarder, conuepour traverser letemps et les larmes. Notre ma-nire nous, aussi, de direadieuauxmes.

    CauchemaraucurdesAlpesMardi 24mars, 10h45: le vol 4U9525 de la Germanwingsscrase. Les 150 personnes son bord sont tues

    LAirbus A320 de la compagnie Germanwings, filiale de la Lufthansa, a dcoll 10h01 de Barcelone. Il a commenc perdre de laltitude 10h32.

    Il a t le premier - ou plutt, lun des derniers - apercevoir lavion volant basse altitude. Alors quilrandonnait, avec ses amis, du ct de La Javie, Daniel Buffet, un quinquagnaire dignois, a entendu unbruit sourd. "Ctait un bruit de moteur, assez assourdissant. On sest retrourn, et on a vu lavion voler, basse altitude. Mme sil volait normalement, on sest demand pourquoi il tait si bas." Daniel et sesamis ont suivi lappareil du regard. Ils lont vu continuer sa terrible descente. Et une fois pass derrire labarre rocheuse, plus rien. "On na pas entendu de bruit, simplement vu une fume monter dans le ciel..."

    dition spciale de "La Provence"248, av. Roger-Salengro 13902 Marseille cedex 20

    Prsident - directeur gnral : Claude PerrierRdacteur en chef : Jean-Michel MarcoulPhotos : ric Camoin, Stphane Duclet, FrdricSpeich, AFP, ministre de lIntrieur et DRTextes :Maxime Lancestre, Antoine Marigot,Brian Orsini, avec lensemble de la rdactionde ldition "Alpes" de "La Provence".Maquette : Guilhem RicavyPhotogravure et impression :Centre Mditerranen de Presse (Marseille)Cette dition est disponible sur laprovence.com

    L'DITOpar Jean-Michel Marcoul

    "On sest demandpourquoi cet avion volait si bas"

    Ladieuauxmes

    #2

    DANIELBUFFET, RANDONNEUR

  • Il est environ 10h40 lorsque Sbastien Giroux, propritaire dune scierie Prads, "arrte la machine" et"prend une pause pour appeler un client." Presque par hasard, le Bas-Alpin a plong son regard dans le ciel..."Jtais au tlphone avec un client . Et l, jai vu un avion sortir de la crte basse altitude. a a dur deux, troissecondes. Il ny avait ni bruit particulier ni fume." Aux sources de la Blone, sur la route de Prads, les habitants sonthabitus voir passer les avions de ligne dans ce couloir arien. "Mais bien plus haut. L, il devait tre, au maximum, 2000m. Jai pu voir les couleurs de lavion. Mais a na dur que quelques secondes. Le temps de raliser..."

    SBASTIENGIROUX,HABITANTDEPRADS

    "Jai pu voir les couleurs de lavion"

    #3

    Le vol 4U 9525 destination de Barcelone nest jamais arriv sa destination finale. Il sest abm au beaumilieu des Alpes.

  • L a zone de laccident tant quasi-ment impossible daccs terres-tre, le meilleur moyen de voir olA320 sest crash restait encore lavoie des airs. Cest en hlicoptre, de-puis larodrome de Gap-Tallard, si-tu une cinquantaine de kilomtresdes lieux de laccident, que nous noussommes envols. bord,Christian Jac-quot est assist de Jean-BaptisteCalen-dini, qui a vol "des milliers dheures"sur A320. Et qui ne comprend toujourspas comment un tel appareil a puscraser. "Cest un appareil fiable, faci-le piloter, trs sr. Cest trs difficile analyser."Mais avant le temps des rponses,

    venait lheure de la recherche. Malgrune position GPS communique audcollage, aprs quelques minutes devol, impossible de localiser les dbrisdu vol de l a Germanwings.Linterdiction de voler moins de

    5km (et en dessous de 1 000 mdaltitude) des lieux de laccidentnaide en rien les pilotes. "Elle devraittre l pourtant", dit encore Jean-Bap-tiste, en survolant la station de ski dePra-Loup. Les coordonnes sont bon-nes.Les conditions de vol le sont moins.

    De la pluie, un peu de vent et un pla-fond bas font quelque peu bougerlappareil. Au bout de 30minutes, etaprs avoir survol Barcelonnette, Sey-ne-les-Alpes, La Javie, le col du Labou-ret , toujours aucune trace delappareil. Tout juste, peut-on aperce-voir un avion de tourisme survoler lazone.

    8000 pieds daltitudeToujours perchs 8 000pieds de

    hauteur, les yeux sont sans cesse rivsvers le sol. la recherche de tracesventuelles dedcombres, de restes fu-mants de lavion ou tout autre indicepouvant indiquer la zone du crash. "Ily a beaucoup de neige, cest compliqude reprer le fuselage blanc delappareil au milieu de la montagnesans la confondre avec les tendues deglace", disent en chur les pilotes. Lesrecherches se poursuivent de longuesminutes.Et cest finalement un petit point

    rouge qui va attirer lattention du pilo-te : un hlicoptre des pompiers. "Siltourne l, cest quil se rend sur leslieux, affirme Christian, aux comman-des de lhlico. Nous allons le suivre."Un demi-tour, une crte survole, et

    voil que Jean-Baptiste aperoit unepetite fume blanche manant du sol."Cest bon, cest l", assure- t-il.Quelques kilomtres plus bas, il ne

    reste rien. Lobjectif de notre photogra-phe permet de confirmer la premireimpression : lappareil sest entire-ment dsintgr. Si lhlicoptre despompiers treuille des hommes toutprs des lieux du crash, lissue ne faitaucun doute."Cest terrible, rpte plusieurs re-

    prises Jean-Baptiste Calendini. Celame fait penser au crash Ouagadou-gou (lavion dAir Algrie qui sest cra-s au Mali en juillet 2014, NDLR).Lavion stait entirement dsintgrsans quil ne reste aucun morceau."Pour celui qui connat sur le bout desdoigts lappareil, "denombreuses hypo-thses sont envisageables pour expli-quer cet accident. Ce qui est sr, cestquau vu de la situation, le pilote napas tent de se poser."Un dernier tour au-dessus du mas-

    sif de lEstrop et lhlicoptre reprendla directiondeTallard. Avec, dans la t-te des pilotes - autant que des journa-listes embarqus- des images qui lesmarqueront sans doute jamais.

    B.O.

    Ds que la balise de lAirbus A320 a cess dmettre, les hommes dYves Naffrechoux, commandant du Peloton degendarmerie de haute-montagne (PGHM) de Jausiers, se sont mis en action. "Jtais au bureau quand on a reu lalerte,explique-t-il. Mes hommes se sont immdiatement mis en route, par hlicoptre, sur les lieux du crash. Jai demand quelletait la capacit dembarquement dun Airbus A320. Et jai rapidement compris quelle allait tre lampleur des dgts." Unefois arriv Seyne, le capitaine Naffrechoux a coordonn toute la gestion et la logistique des secours sur place. Une tchede lombre, mais grandement ncessaire pour intervenir dans une zone aussi escarpe. Et surtout, face une telle horreur.

    "Jai rapidement compris quelle allait tre lampleur des dgts..."

    Lhorreur vuedepuis le cielNous avons pu, en hlicoptre, survoler la zone de laccidentles premiers. Et en ramener des images impossibles oublier

    Les conditions climatiques taient assez mauvai