La Dernière Prison de Marie Antoinette

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  • RCITSDES

    Grands Jours de l'Histoire

    Directeur : PAUL G AU LOT

    Prix de chaque volume :Quinze CentimesDANS NOS BUREAUX

    HT CHEZ I.ES LIBR.AIU.ESVingt Centimes

    RENDUfranco I>AUI.A POSTEEcrive M. HENRIGAUTIER, diteur, 55, quai des Grands-Augustins

    PARIS

    II parat un volume par semaine.Chaque volume se compose de 28 grandes pages, de format in-12

    isus, sous couverture en couleurs, simili-aquarelle. Imprims surbeau papier vlin verg, en caractres elzvinens, ces volumes sontorns de frontispices, culs-de-lampe, cabochons, gravures hors texte,reproduisant les oeuvresles plus clbres des grands peintres. Chaqueouvrage est accompagn d'une notice Historique et biographique duplus Haut intrt.

    Adresser les Demandes, accompagnes du montant enmandat-poste, timbres franais ou valeur sur Paris, M. HENRIGAUTIER, diteur, 55, rue des Grands-Augustins, Paris.

  • MARIE'ANTOINETTE, Reine de France

    !':.';Parmi les femmes, dont la postrit garde la mmoire, il en est peudont la figure soit plus douloureuse et plus attachante que celle de l'infor-tune reine de France, Marie-Antoinette. Elle partage, avec Jeanned'Arc avec Marie Stuart, le don de nous mouvoir profondment. Sadestine fut si cruelle : mlange effrayant de grandeur et d'humiliation,de joie et de tristesse. Elle vcut, pour ainsi dire, deux existences. Dansles splendeurs de Versailles, qui et pu prvoir la prison et la mort?C'est ce contraste qui attire notre imagination compatissante, d'autantque, la part faite la faiblesse humaine, il est certain qu'elle eut, dansles beaux jours, la grce brillante qui seyait son sexe; dans lesmauvais jours, la rsignation et la hauteur d'me qui convenaient sonrang. Dans cette cour, dont elle est la Reine tous les titres, elle appa-rat radieuse, et brille d'un clat que rien ne ternira, parce qu'elle seprsente nous pare de. la double couronne que donne la beaut unieau malheur.Dans le cours de ces rcits, nous reviendrons souvent sur les divers

    pisodes qui marqurent sa vie ; nous la montrerons jeune pousesans exprience recevant les conseils de sa mre, jeune femme heureusedans son palais de Trianon, reine dans tout l'clat de sa royaut ; nous 'rappellerons les efforts qu'elle tenta, pendant ces annes o la Rvolu-lion commence battre en brche la monarchie, pour chapper sontreinte; nous pntrerons avec elle dans la sombre prison du Temple,qui prcda le cachot de la Conciergerie, dans la salle du Tribunalrvolutionnaire ; nous la suivrons jusqu' l'chafaud.Ce sera l sa vritable histoire ; nous nous bornons pour l'instant

    donner ici quelques notes biographiques indispensables.Marie-Antoinette, fille de Marie-Thrse, impratrice d'Allemagne etdu duc de Lorraine, devenu empereur sous le nom de Franois Ier,

    naquit Vienne le 2 novembre 1755.[1]

  • 11 PRFACE

    Elle pousa en 1770 le duc de Berry, Dauphin de France, petit-filsdu roi Louis XV. D'pouvantables accidents attristrent les ftes don-nes l'occasion de ce mariage. En 1774, le Dauphin devint roi deFrance. Timide, gauche et sans exprience, le nouveau roi n'tait pas la hauteur de sa tche. Une suite de ministres incapables ou dilapi-dateurs, comme Calonne, Lomnie de Brienne, etc., mirent la Francedans un tat tel que bientt, de toutes parts, on rclama la convocationdes Etats gnraux.

    Les dputs nomms par les trois ordres, le Clerg, la Noblesse etle Tiers-Etat, se runirent Versailles le 5 mai 1789. Le pouvoir passaitdes mains du roi dans celles des reprsentants de la nation ; c'taitl'aurore de la Rvolution.La Reine tait fort impopulaire; jalouse par sa famille, calomnie

    par les siens. Elle avait t surnomme l'Autrichienne ou (Madame'Dficit, et le peuple rptait avec haine ces surnoms injurieux.Malgr les dangers qu'elle courait, elle resta toujours auprs du Roi

    pendant les moments les plus terribles, notamment dans les journesd'octobre 1789, lorsqu'une populace dchane alla jusqu' Versailleschercher la famille royale pour la ramener dans Paris.

    Elle suivit le roi dans la fuite si brusquement arrte Varennes(21 juin 1791); elle tait ses cts aux journes du 20 juin et du10 aot 1792, qui marqurent la chute de la royaut. Prisonnire auTemple, la condamnation et l'excution du Roi, le 21 janvier 1893,ne prsagrent que trop le sortfcqui l'attendait. Le ior aot, elle futtransfre la Conciergerie ; son procs eut lieu les 14 et 15 octobre,le 16 octobre elle monta sur l'chafaud.

    ** *Nous donnons aujourd'hui un rcit de la captivit de Marie-Antoi-

    nette la Conciergerie. Celle qui l'a fait est une pauvre fille, RosalieLamorlire, qui n'a pas d'histoire et dont pourtant l'histoire conserve lenom. C'est qu'il lui fut donn d'approcher pendant quelques semainesl'infortune Princesse, et qu'elle put lui tmoigner cet humble dvoue-ment des petites gens dont l'me n'est pas petite.

    Paul GAULOT.

    Il

  • LA DERNIRE PRISON

    MARIE - ANTOINET TE

    Rcit de Rosalie LAMORLIRE w

    Native de Breteuil, en Picardie

    JE

    servais, en qualit de femme de chambre, MraeBeaulieu,mre du comdien clbre, lorsque le roi Louis XVI futcondamn prir sur un chafaud. M,nc Beaulieu, dj

    infirme et souffrante, manqua mourir de douleur en appre-nant cette condamnation et tous les moments elles'criait : Peuple injuste et barbare, un jour tu verserasdes larmes de dsespoir sur la tombe d'un si bon roi.

    MmBeaulieu mourut peu de temps aprs les massacresde septembre (2) ; son fils alors me donna de confiance MmcRichard, concierge du Palais.J'prouvais beaucoup de rpugnance prendre du service

    auprs d'un concierge de prison ; mais M. Beaulieu quitait, comme on sait, bon royaliste, et qui allait dfendre,en qualit d'avocat, et toujours gratuitement, les malheu-reux du tribunal rvolutionnaire, me pria d'accepter cetteplace o je trouverais, me dit-il, l'occasion d'tre utile une foule d'honntes gens que la Conciergerie renfermait.11me promit de venir m'y voir le plus souvent qu'il lui se-rait possible, son thtre de la Cit n'tant qu' deux pas del.

    (1)Rosalie Lamorliretait servante la Conciergerieau momentoMarie-Antoinettey fut prisonnire.Elle tait ainsibien placepour relater les derniersjoursde la captivit,de l'infortunereine de France,et son rcit, crit sous sadictepar Lafont d'Aussounf;,est un documentprcieuxautant qu'mouvant.(2)Les massacresde septembreeurent lieu en 1792,et l'excutiondu Roi, le21janvier 1793.Si doncMmeBeaulieuvivait cettedernirepoque,ce n'estqueplusioursmoisaprsles massacresde septembrequ'il faut placerla date de samort.

    [3]

    An.1793;

  • 76 RCITS DES GRANDS JOURS

    MMSRichard, ma nouvelle matresse, n'tait pas aussi bienleve que Mme Beaulieu, mais elle avait assez de douceurdans le caractre ; et, comme elle avait t marchande latoilette, elle conservait dans tout son mnage et sur sa per-sonne un grand got de propret.

    A cette poque, il fallait beaucoup de prsence d'espritpour rgir une vaste prison comme la Conciergerie ; je nevoyais jamais ;ma matresse embarrasse. Elle rpondait tout le monde en peu de paroles ; elle donnait ses ordressans aucune confusion; elle ne dormait que des instants, etrien ne se passait au dedans ou au dehors qu'elle n'en ftpromptement informe. Son mari, sans tre aussi propreaux affaires, tait appliqu et laborieux. Peu peu je m'atta-chai cette famille, parce que je vis qu'ils ne dsapprou-vaient point la compassion que m'inspiraient les pauvresprisonniers de ce temps-l.

    Le i" d'aot 1793, dans l'aprs-dner, M1*"*Richard medit voix basse : Rosalie, cette nuit, nous ne nous cou-cherons pas; vous dormirez sur une-chaise; la Reine vatre transfre du Temple dans cette prison-ci. Et aussittje vis qu'elle donnait des ordres pour qu'on tt M. legnral Custine de la Chambre du Conseil, afin d'y placerla Princesse (1). Un porte-clefs fut dpch vers le tapissierde la prison, (Bertaud, log Cour de la Sainte-Chapelle). Illui demanda un lit de sangle, deux matelas, un traversin,une couverture lgre et une cuvette de propret.

    On apporta ce petit mobilier dans la chambre humideque dlaissait M. de Custine; on y ajouta une table com-mune et deux chaises de prison. Tel fut l'ameublementdestin recevoir la Reine de France.

    Vers les trois heures du matin, j'tais assoupie dans un

    (1)Marie-Antoinette, la Conciergerie,fut d'abordplacedansunepice voisinede la Chambre du Conseilet de la chapelle; puis, vers le milieude septembre,aprs la tentativedu chevalierde Rougeville,les administrateursde police jug-rent bonde la mettredansun autre cachot; .cet effet, onchoisitla pharmacieducitoyenLacour,et l'onprit lesplusminutieusesprcautionspourrendrela captivitde la reinedesplus rigoureuses.Une fentre donnaitsur la courdes femmes: ellefut fermepat une plaque de tle, jusqu'au cinquimebarreau de traverse ;le surplusde la croisefut grill de fil de fer en mailles trs serres. La fentreayant vue sur l'infirmeriefut condamneen totalit par uneplaquede tle, et l'onmaonnaune petite croise sur lo corridor. Unesecondeporte, fermeavec uneforte serrurede sret, fut tablieen dedansde la pice, quelquespoucesde laporte existantdj, et renforcedo deuxverrous l'extrieur. On poussammeles prcautionsjusqu' boucherla gargouillequi sert l'coulementdes eaux.

    [4]

    aAot

  • MARIE-ANTOINhTTE A VERSAILLES

    A'aprh un portrait de CMm*Vige-Lcbvun ({Muse de Versailles)

  • DE L'HISTOIRE 77

    fauteuil;. M- 0 Richard, me tirant par le bras, me rveillaprcipitamment et me dit ces paroles : Rosalie, allons,allons, rveillons; prenez ce flambeau, les voici qui arrirvent.

    Je descendis en tremblant, et j'accompagnai Mme Richarddans le cachot de M, de Custine, situ l'extrmit d'unlong corridor noir. La Reine y tait dj rendue. Une quan-tit de gendarmes taient devant sa porte, en dehors. Plu-sieurs officiers et administrateurs taient dans l'intrieur del chambre, o ils se parlaient bas les uns aux au