La construction en « matériaux locaux »

of 78/78
La construction en « matériaux locaux » Etat d’un secteur à potentiel multiple Urs Wyss, Ing. Civ. Dipl. EPFL Ouagadougou, Décembre 2005
  • date post

    05-Jan-2017
  • Category

    Documents

  • view

    247
  • download

    15

Embed Size (px)

Transcript of La construction en « matériaux locaux »

  • La construction en matriaux locaux Etat dun secteur potentiel multiple

    Urs Wyss, Ing. Civ. Dipl. EPFL

    Ouagadougou, Dcembre 2005

  • 1

    Sommaire

    Avant-propos 3 Abrviations 4 Introduction : un tour dhorizon 5 Chapitre 1 Accs la proprit immobilire 9

    1.1 Accs la proprit immoblilire en milieu urbain 9 1.2 Problmatique de la proprit immobilire en milieu rural 13

    Chapitre 2 Construire un habitat par voie informelle 16 2.1 Le secteur informel : une emprise vidente sur la construction immobilire. 17 2.2 Ralisation dun habitat, interaction entre maon et client 18

    Chapitre 3 Les lois de march informelles de construction immobilire 20 Chapitre 4 Prcarit de lhabitat Axes dintervention et leur impact 22

    4.1 Impact de la ralisation de cits sur la prcarit de lhabitat urbain ? 23 4.2 Impact de la ralisation formelle sur la prcarit de lhabitat urvain ? 24 4.3 Disponibilit des matriaux et des comptences Impact en milieu urbain ? 25 4.4 Problmatique de la prcarit de lhabitat en milieu rural 26 4.5 Problmatique particulire : lhabitat pour fonctionnaires 27

    Chapitre 5 Promotion des matriaux et techniques appropris 29 5.1 Dfinitions des matriaux et techniques appropris 29 5.2 Rle stratgique attendu des matriaux et techniques appropris ? 31 5.3 Matriaux locaux = Construire conomiquement ? 31 5.4 Matriaux locaux = Limiter les flux de devises vers ltranger ? 34 5.5 Matriaux locaux = Valoriser les ressources naturelles ? 35 5.6 Matriaux locaux = Cration d'emplois et renforcement de lconomie ? 36 5.7 Matriaux locaux = Faire participer les bnficiaires ? 38 5.8 Matriaux locaux = Matriaux HIMO ? 39 5.9 Matriaux locaux = Valoriser le patrimoine et le savoir-faire ancestral ? 40 5.10 Matriaux locaux = Respect des aspects thermiques et climatiques ? 41 5.11 Matriaux locaux = Matriaux et construction cologique ? 43 5.12 Matriaux locaux = Rsistantes et durables ? 43

    Chapitre 6 Promotion des matriaux locaux et ralit du march 45 6.1 Analyse errone des vritables problmes 46 6.2 Performances techniques et assistance technique 47 6.3 Vente dun produit sans suivi et sans analyse des rsultats 48 6.4 Problmatique de la logique projet , dun milieu ferm et protg 49 6.5 Conclusion partielle de 30 ans de promotion des matriaux locaux 49

    Chapitre 7 Les diffrents matriaux appropris et leur potentiel actuel 50 7,1 La terre - La renaissance grce des systmes intgraux de construction 50 7.2 Les perces des pierres tailles Bloc Latritique Taill (BLT) et grs 54 7.3 Le Bloc de Terre Comprim (BTC) - Fin dune illusion 58 7.4 La Tuile de Mortier Vibr (TMV) Une erreur dapprciation de la mtorologie 62 7.5 Le granite - La valorisation dune ressource rocheuse lie la pauvret extrme 63 7.6 La chaux - Un liant connu depuis lantiquit et un trsor cach 65

    Chapitre 8 Renforcement du secteur des matriaux et techniques appropris 67 8.1 Manque des comptences ? Renforcer la formation technique et professionnelle 68 8.2 Manque des connaissances ? Recherche fondamentale et prospection de sites 70 8.3 Problmatique de la mcanisation et de lindustrialisation de certains produits 71 8.4 Manque de sensibilit et de volont ? Utilisation systmatique 73 8.5 Manque de concertation, de coordination et dune stratgie et politique claire 74

    Conclusion 77 Rfrences bibliographiques 78

  • 2

    Koudougou, Impressions du chantier du March Central, EPCD Koudougou. Photos : L. Schaud, CAGEC, Wyss, 2005

    Avant-propos

    Le Programme de Dveloppement des Dix villes Moyennes (PDVM) ralise depuis 1992, grce la contribution financire et technique de la Coopration Suisse, des ouvrages marchands en matriaux locaux dans les trois villes moyennes de Ouahigouya, Koudougou et Fada NGourma. Dans le cadre de ces ralisations, de nombreux artisans ont profit de formations spcifiques. Paralllement, des prestataires privs ont acquis de lexpertise en matire de formation de maons, de suivi et de contrle des chantiers de construction en matriaux locaux .

    Les diffrents acteurs impliqus dans ce processus, notamment le Bureau de la Coopration Suisse (BUCO) et les Etablissements Publics Communaux de Dveloppement (EPCD) de Ouahigouya, Fada et Koudougou, sont soucieux de la valorisation de lexpertise capitalise, aussi bien par des artisans que par des techniciens, au niveau local et au-del des constructions dinfrastructures marchandes. Pour favoriser le rinvestissement du capital dexpriences et de comptences, un processus de rflexion et danalyse prospective a t initi. Ce processus a comme objectif danalyser la pertinence et la faisabilit dun projet de diffusion et d'utilisation des matriaux appropris dans la construction, notamment d'habitats pour les populations.

    Ce rapport est lun des rsultats dudit processus. Ralis aprs une tude approfondie du secteur des matriaux et techniques appropris de construction, portant sur ltendue du territoire national, ce texte rsume les rsultats les plus pertinents. Il est destin aux dcideurs, tant publics, privs, nationaux, qutrangers, interpells par le sujet. Le rapport est structur comme suit :

    - Lintroduction est un tour dhorizon permettant de placer les matriaux locaux de construction face des enjeux critiques pour lEtat et la socit burkinab.

    - Les chapitres 1 3, sur fond color, dcrivent le contexte de la construction immobilire au Burkina Faso. La connaissance du fonctionnement du march de la construction, fortement influenc par linformel, est incontournable la russite dune politique de promotion des matriaux locaux . Pour le lecteur familier avec la problmatique, cette partie, riche en dtails, nest pas indispensable la lecture.

    - Le chapitre 4, sur fond color galement, est consacr la problmatique de la prcarit de lhabitat et cre le lien entre le contexte gnral et la promotion des matriaux locaux .

    - Les chapitres 5 8 tudient les objectifs, les expriences antrieures, les potentiels futurs et les problmes structuraux dune promotion des matriaux et techniques appropris. Suivra finalement la conclusion.

    Les auteurs sont responsables du choix et de la prsentation des faits figurant dans cet ouvrage, ainsi que des opinions qui y sont exprimes, lesquelles ne sont pas ncessairement celles de la

    Coopration Suisse et nengagent pas lOrganisation.

  • 3

    Abrviations

    ADAUA Atelier pour le Dveloppement naturel dune Architecture et dun Urbanisme Africain AHT Association Habitat en Terre AVN Association La Vote Nubienne BLT Bloc de Latrite Taill BTC Bloc de Terre Comprim BTP Btiment et Travaux Publics BUMIGEB Bureau des Mines et de la Gologie du Burkina CAFP Cellule dAppui la Formation Professionnelle CEGECI Centre de Gestion des Cits CFPI Cellule de Formation Professionnelle en Ingnierie CIMAT Socit Burkinab du Ciment et des Matriaux de Construction CNSS Caisse Nationale de Scurit Sociale CNUEH Centre des Nations Unis pour les Etablissements Humains COVEMI Compagnie Villageoise Extraction Minire CRATerre-EAG Centre International de la Construction en Terre Ecole dArchitecture de Grenoble CSB Construction Sans Bois DDC Direction du Dveloppement et de la Coopration Suisse DGA Direction Gnrale de lArchitecture DW Development Workshop ECLA tre Comme Les Autres EIER Ecole Inter tat des Ingnieurs de lEquipement Rural EPCD tablissement Public Communal de Dveloppement ETSHER Ecole Inter tat des Techniciens Suprieures en Hydraulique et quipement Rural FASO BAARA Agence dExcution des Travaux dIntrt Public pour lEmploi HIMO Haute Intensit de Main-dOeuvre INSD Institut National de la Statistique et de la Dmographie LNBTP Laboratoire National du Btiment et des Travaux Publics LOCOMAT Projet de Promotion de lUtilisation des Matriaux Locaux MCE Ministre des Mines, des Carrires et de lEnergie MEBA Ministre de lEnseignement de Base et de lAlphabtisation MEDEV Ministre de lEconomie et du Dveloppement MFB Ministre des Finances et du Budget MIHU Ministre des Infrastructures, de lHabitat et de lUrbanisme OAB Ordre des Architectes du Burkina ONG Organisation Non Gouvernementale PAB Programme de Promotion de lArtisanat au Burkina PEDDEB Plan Dcennal de Dveloppement de l' Education de Base PDVM Programme de Dveloppement des dix Villes Moyennes PME Petites et Moyennes Entreprises PNUD Programme des Nations Unies pour le Dveloppement PUH Permis Urbain dHabiter RAF Rforme Agraire et Foncire SDAU Schma Directeur dAmnagement et dUrbanisme SOCOGIB Socit de Construction et de Gestion Immobilire du Burkina SONABHY Socit Nationale Burkinab dHydrocarbures SONATUR Socit Nationale dAmnagement des Terrains Urbains TMV Tuile au Mortier Vibr VN Vote Nubienne

  • 4

    Introduction : un tour dhorizon Dans les socits traditionnelles du Burkina Faso, les activits des communauts suivaient un

    rgime saisonnier. Alors que la saison des pluies tait consacre lagriculture, la saison sche donnait lieu lactivit constructive. Ainsi, la socit traditionnelle rpondait de faon cyclique deux besoins fondamentaux de ltre humain : se nourrir et se loger.

    Le changement du cadre socioculturel, notamment suite la colonisation, lurbanisation et la

    montarisation des rapports entre les individus sont la base de bouleversements qui ont aussi affect le secteur de la construction. Alors que la socit traditionnelle construisait avec les moyens de bord , en complte autarcie, la socit moderne ralise ses ouvrages en utilisant des techniques occidentales. Limportance des importations de produits manufacturs lies au secteur BTP est aujourdhui de lordre de 45%1.

    Face aux problmes conomiques et sociaux que connat le pays, nombreux sont ceux qui

    rclament une vritable promotion de ses ressources naturelles. En effet, la promotion de matriaux de construction dits locaux et des techniques appropries peut tre intressante dans le cas du Burkina Faso pour les raisons suivantes:

    lutter contre la pauvret par la cration demplois par la valorisation des ressources naturelles ;

    rpondre la demande dhabitat par la production des matriaux base de ressources naturelles ;

    lutter contre la prcarit de lhabitat par le renforcement des comptences et lamlioration des produits ;

    - Lutter contre la pauvret : cration demplois par la valorisation des ressources naturelles

    Le niveau de dveloppement humain du Burkina Faso est parmi les plus faibles en Afrique

    subsaharienne. Le pays est class 175me sur 177 selon lindex publi par le PNUD en 2000. En 2003, 46,4% de la population et 37,5% des mnages vivaient en dessous du seuil de pauvret absolue de 82.672 FCFA par personne et par an [13]. Au cours des dix dernires annes, cette situation na pas cess de se dgrader en dpit dun taux de croissance relle du PIB de lordre de 5,5% en moyenne pour la priode 1995-20022.

    Comment amliorer la situation de 46,6% des Burkinab vivant dans la pauvret ?

    Selon le PNUD [19], lacclration du processus de dveloppement du Burkina Faso, pays

    enclav et sahlien disposant de ressources limites, se heurte aux blocages structurels, tels que linadquation des mthodes de culture agricole, linsuffisance dinfrastructures de base, le rythme lev de la croissance dmographique, les contraintes climatiques, ainsi que les fluctuations des prix courants des matires premires exportes tel que le coton, ou des produits imports comme le ptrole.

    Pour rduire la pauvret au Burkina Faso, la croissance conomique doit tre favorable aux

    pauvres et amliorer directement les revenus de la majorit de la population. Elle doit tre le rsultat du dveloppement du secteur priv et de la diversification des activits productrices avec une participation directe de la population pauvre. Une telle politique de rduction de la pauvret passe, entre autres, par la cration demplois valorisant toutes les ressources disponibles.

    La suite de cette tude montrera que le secteur des matriaux de construction issus des

    ressources naturelles endognes prsente des potentialits importantes demplois, aujourdhui peu exploites.

    1 Rapport du sminaire sur le thme Matriaux de construction : Quelles alternatives face la dvaluation? , LOCOMAT, Juin 1994 2 Cela signifie en clair que lcart entre les classes riches et les classes pauvres saccentue malgr la croissance positive.

  • 5

    - Rpondre la demande dhabitat : production de matriaux base de ressources naturelles Le Burkina Faso comptait 12,7 millions dhabitants en 2004 [19]. Le taux de croissance annuel

    de la population tait de 2,8% en 1999 [22]. A ce rythme de croissance, la population va doubler dici 2025. Un rapport des Nations Unies1 prvoit que la population stationnaire sera de 35 millions dindividus en 2130. Ces chiffres, bass sur de nombreuses hypothses, ont une valeur simplement indicative. Il faut souligner cependant quen 1996 les prvisions des Nations Unies ont t dpasses de 10% par la ralit.

    Comment assurer le logement de millions de Burkinab dans les annes venir ?

    En se basant sur les prvisions dmographiques et selon lhypothse que le nombre moyen

    dindividus par mnage2 ne diminue pas, il faudra construire 1,5 millions de maisons dans les vingt annes venir, ce qui reprsente une demande tout fait impressionnante.

    En supposant galement que la population continue habiter majoritairement dans des maisons

    individuelles3 et que ces habitations sont ralises en parpaing de ciment avec des toitures en tle ondule, rfrence et rve pour la plus grande majorit de la population4, limportation des matriaux de construction comme le ciment, les tles et les mtaux coteront 637,5 milliards de FCFA5 pour les seules deux prochaines dcennies. A ces besoins sajouteront ceux de nombreuses infrastructures, services, coles et logements pour enseignants, structures dcentralises, marchs et autres.

    Le pays sera-t-il en mesure de mobiliser les ressources financires ncessaires limportation de

    ces matriaux afin de satisfaire la demande ? La valorisation des matriaux de construction issus des ressources naturelles endognes jouera un rle incontournable dans la rponse cette question.

    - Lutter contre la prcarit de lhabitat : renforcement des comptences des acteurs et amlioration des produits

    Le prambule aux chapitres concernant les mnages du rapport Analyse des rsultats du

    recensement gnral de la population et de lhabitat de 1996 de lINSD [12] dit clairement : Le droit une habitation convenable fait partie des droits fondamentaux des mnages auxquels le Burkina Faso a adhr selon sa Lettre dIntention de Politique de Dveloppement Humain Durable (LIPDH 1995). Lhabitation en tant que logement constitue un lment fondamental du bien-tre physique, psychologique, social et conomique des mnages.

    Cependant, ltude conclut que la plupart des mnages burkinab, indpendamment du niveau

    de vie, vivent dans des logements prcaires . Seuls 12,2% des logements sont en dur 6, c'est--dire raliss avec des matriaux de murs non phmres 7. Rappelons aussi que prs de 60% des mnages vivent sous une toiture prcaire c'est--dire en terre ou paille.

    1 Nations Unies, World populations prospects, estimations and projections as assessed in 1982 , 1985 2 Actuellement 6,4 personnes habitent dans un mnage moyen burkinab. INSD [12] 3 raison de 35 m2 de surface habitable. Volume moyen de matriaux imports : 2,5 tonnes de ciment 225.000 FCFA, 20 tles 80.000 FCFA et du fer pour armature, portes et fentres pour 120.000 FCFA. Prix actuels des matriaux. Estimations Wyss, sur la base de [6] 4 Voir les explications relatives la construction type faisant office de rfrence au Burkina Faso, prsentes au chapitre 2. 5 La seule importation et vente de ces matriaux quivaut 6,5 fois la contribution du secteur BTP entier au PIB de lan 2000. 6 Construction en dur signifie avec des murs en bton, en parpaings, en pierres ou encore en briques en terre cuite; construction en semi dur signifie avec des murs en terre, amliors par un crpissage au ciment. 7 Le terme phmre indique lattitude sceptique de lINSD vis--vis des matriaux localement disponibles. Ce scepticisme se traduit ensuite dans la qualification de lhabitat. Un habitat en terre par exemple est qualifi de prcaire et lINSD y voit un signe de pauvret. Cette perception est bien diffrente de celle de certaines classes aises dans les pays industrialiss occidentaux o un habitat entirement en terre est signe de richesse et de prestige.

  • 6

    Comment amliorer les conditions des logements gnralement prcaires ?

    Quelles sont les raisons de la prcarit du logement ? Les auteurs du rapport cit ci-dessus

    concluent que les mauvaises conditions de logement des mnages trouvent leur origine dans la pauvret. Dautres indiquent que le cot de construction est le principal obstacle limitant laccessibilit au logement dcent. Celui-ci est jug trop lev pour la majeure partie de la population. Ils prconisent notamment la mise sur le march de matriaux locaux ou non, mais trs comptitifs du point de vue rapport qualit - prix . [17]

    Mais ces deux constats, pauvret et chert des matriaux de construction, suffisent-ils

    expliquer la prcarit du logement observe au Burkina Faso ? Quel rle joue linscurit foncire dans les villes ? Quen est-il du niveau de comptences dans le secteur de la construction ? Cette tude souhaite apporter quelques lments de rponse ces questions.

    La valorisation des ressources naturelles endognes utiles dans la construction est une

    proccupation depuis fort longtemps. Le nombre important dinitiatives de promotion des matriaux locaux 1 faisant intervenir des agences de dveloppement, des acteurs publics, des associations et de simples citoyens, contraste de faon importante avec les rsultats obtenus sur le terrain.

    Les matriaux locaux sont-ils un outil incontournable au dveloppement du Burkina Faso ?

    Mais pour quel dveloppement ?

    Dans le temps, les matriaux locaux taient au centre des discours politiques. Ils jouissaient

    dun intrt bien rel et nourrissaient des espoirs, notamment de ceux qui militaient pour un dveloppement endogne, cologique et participatif.

    Aujourdhui, force est de constater que leuphorie a cd la place une certaine dsillusion.

    Certaines expriences relles du pass, peu rjouissantes dans leur finalit, se sont graves dans la mmoire de la population concerne (et bien au-del). Citons lexemple bien connu de lADAUA. Limage des matriaux locaux , cre par cet atelier darchitecture et durbanisme actif au Burkina Faso de 1978 1990, ne correspond malheureusement en rien celle recherche. Voici lillustration2 de lapport architectural au paysage constructif du Burkina Faso, imagin lpoque, et la triste ralit 22 annes aprs la clture du chantier :

    1 Quest-ce quun matriau local ? Face des dfinitions incohrentes, voire contradictoires, charges de perceptions imaginaires , un changement de vocabulaire simpose. Voir chapitre 5. 2 Fada NGourma, Association dappui la Productivit et de Promotion rural du Goulmu APP, Logements, Architecte Adel Fahmy, 1983

    Fada NGourma, ADAUA, Plan Logements APP, www.archnet.com Fada NGourma, ADAUA, APP. Photo : Wyss, 2005

  • 7

    Mais pour quelles raisons le dveloppement de cette filire naboutit-il pas des rsultats plus

    concluants ? Est-ce que la rsistance de la population utiliser des matriaux locaux , traduite parfois par un refus catgorique, est avant tout motive par des problmes dordre technique (manque de qualit et de durabilit des ouvrages) ou financier (ouvrages trop chers) ?

    Un rcent travail de recherche [8] en anthropologie conomique, sociale et culturelle met bien

    en vidence quune vision uniquement rationnelle de la problmatique de la promotion des matriaux locaux est voue lchec. Lactivit constructive ne se fait jamais sans lappel aux symboles . Selon Hug et al., les matriaux locaux sont amalgams au proche , au local , lancien , ce qui ne fonctionne pas bien , ce qui est pnible []. Le local , contrairement limport , a, au Burkina Faso, bien souvent un sens plutt ngatif. Limport est dans limaginaire associ au moderne , lenrichissement , lagrable , au rve , linsouciance et au pouvoir. [] Il nempche que les vritables consommateurs vantent tout un tas davantages, allant du moindre cot jusqu la beaut des difices, en passant par les arguments idologiques du dveloppement endogne et de lcologie, mais aussi par des arguments techniques []. Limaginaire des matriaux locaux reflte aussi lambivalence entre quelque chose de ni entirement nouveau, ni entirement ancien, ni compltement exogne, ni compltement endogne.

    Quel est lhabitat que nous voulons et quelles sont les consquences sur la perception dun

    matriau de construction donn ? Quel est le monde dans lequel nous voulons vivre et quel est le modle de dveloppement qui en dcoule ? Selon la rponse, individuelle tout un chacun, la part de march des matriaux locaux est plus ou moins grande.

    Hug et al. constatent que les matriaux locaux constituent une technologie

    intrinsquement ambivalente. A tous les niveaux de discours et de pratiques, on observe des allers et retours entre des reprsentations positives et ngatives des matriaux locaux . Tantt on vante leurs aspects avantageux, tantt on rappelle leurs inconvnients.

    Cette tude aimerait contribuer claircir la problmatique des matriaux et des techniques

    appropris, problmatique qui touche aussi bien lindividu que la socit de par son ampleur, son interaction avec tant daspects de la vie humaine, et sa sensibilit.

    Note : Cette tude ne souhaite pas rpondre de faon chiffre aux questions combien a cote? et est-ce moins cher ? . Dpendant de trop de facteurs contextuelles et lie la particularit de chaque ralisation, toute rponse dans le cadre de lanalyse ici prsente restera juste titre contestable. Des documents relatifs la problmatique des cots rels sont disponibles au niveau du Bureau de la Coopration Suisse Ouagadougou et faisant office dannexes ce rapport.

    Niofila, Habitat Turka. Photo : Wyss, 2005 Ouagadougou, Immeuble moderne. Photo : Wyss, 2005

  • 8

    Chapitre 1. Accs la proprit immobilire Le problme du logement est intimement li la problmatique de la proprit foncire. Si en

    milieu rural la quasi totalit des mnages dispose de terres et dune maison, seuls deux tiers des mnages urbains sont propritaires terriens et moins encore possdent dun habitat. Le tableau suivant donne quelques prcisions :

    Tableau 1 : Pourcentages de mnages par bien possd selon le milieu et entre 1998 et 2003

    Avoirs du mnage Rural Urbain Ensemble 2003 Ensemble 1998 Toute Maison 92,1 59,1 85,2 85,5 - Immeuble 0,0 0,2 0,1 0,1 - Villa 0,2 8,2 1,7 2,0 - Autres types 94,2 63,8 88,7 87,7 Terres 95,0 66,1 89,0 77,2 Matelas / lit 52,0 88,5 59,6 -

    Source : INSD [13]

    Il convient donc danalyser la situation de laccs la proprit immobilire en fonction du milieu de rsidence des mnages.

    1.1 Accs la proprit immobilire en milieu urbain Les chiffres ci-dessus montrent que le nombre total de propritaires est lgrement en baisse

    depuis 1998, le nombre de locataires augmente en consquence. En 2003, 29,1% des mnages urbains sont en location et 11,8% habitent gratuitement ou selon un autre mode, leur maison [13].

    Est-ce dire que les citadins burkinab prfrent de plus en plus la location la proprit

    immobilire, comme dans certaines socits occidentales ? Il est clair que cette interprtation des donnes statistiques est fausse. Si le nombre de locataires augmente en ville, cest avant tout parce que les mnages naccdent que difficilement aux terrains constructibles et parce que la construction dun habitat demande des efforts financiers importants.

    Quels sont alors les motifs qui conduisent un chef de mnage burkinab souhaiter possder sa

    propre maison ? Les tudes Habitat Ouagadougou [6] et tude de march sur la diffusion et lutilisation des matriaux locaux dans la construction dhabitat au Burkina Faso [7] font ressortir les aspects conomiques et socioculturels.

    Possder un habitat : signe dun minimum de scurit, de russite sociale et moyen de garantie auprs dune banque.

    Le loyer moyen est de lordre de 69.000 FCFA par an et reprsente le plus grand poste des

    dpenses non alimentaires raison de 17%1. Les charges lies lhabitat sont lourdes et constituent le souci quotidien de nombreux citoyens urbains. Laspiration un habitat propre et la scurit qui en dcoule est tout fait comprhensible. En effet, dans une socit pauvre vivant au jour le jour , le locataire (contrairement au propritaire) dun logement sexpose lexpulsion de ce dernier due un retard ou non paiement de loyer.

    Linvestissement dans une demeure propre permet non seulement lconomie des loyers, ce qui

    est dj un grand soulagement financier et psychologique, mais il ouvre galement les portes aux crdits. En fait, une maison en dur , peut servir de garantie auprs dune institution financire. Lacquisition dun habitat permet donc au propritaire daccder toutes sortes de services pour lesquels il est mis lcart en tant que locataire. Cette dmarche de mise en garantie de btiments en dur est par ailleurs couramment pratique par les commerants.

    1 Le loyer et les services totalisent 25,5% des dpenses du mnage pour les salaris du public, 21,3% pour les indpendants ou employeurs et employs de linformel, et au minimum 15% pour les agriculteurs divers. INSD [13]

  • 9

    Ouagadougou, Ouaga 2000, Habitat moderne en tage. Wyss, 2005

    En dehors des aspects conomiques, il convient de souligner que lhabitat est un lment important pour dfinir le statut dune personne. La location nexiste pas dans le contexte traditionnel du pays et le citoyen moyen, encore trs attach ces valeurs, se sent au fond gn de devoir payer pour un bien qui devrait en principe tre le sien. Un chef de famille qui se respecte doit au moins tre en mesure doffrir une maison sa famille.

    La maison est dautre part une des rares

    sources de prestige pour de nombreux Burkinab. Ce constat peut dj se faire en milieu rural o certaines ethnies mettent traditionnellement un soin tout particulier dans laspect de leur maison. Citons les exemples des diffrents peuples Gourounsi ou encore des Songha1. En milieu urbain, dans un environnement diffrent, laspect architectural reste toujours un lment non ngligeable. Le choix dune architecture particulire ou dun matriau particulier montre de faon ostentatoire la richesse du propritaire et de ce fait le valorise aux yeux de ses concitoyens.

    La proprit immobilire constitue aussi une assurance vie, probablement lunique, et un bien

    transmissible aux futures gnrations. Dans un contexte lourd dincertitudes conomiques et politiques, avec des perspectives d'emploi incertaines, o le SIDA et dautres maladies font des ravages, ce bien physique se prte parfaitement la prennisation du revenu et ce, de tous les citoyens. En effet, contrairement aux valeurs montaires qui peuvent subir une dvaluation, ou aux placements boursiers qui ne sont accessibles quaux personnes fortunes, et compte tenu de la tendance dmographique, le foncier et limmobilier ne font que gagner de la valeur et garantissent au moins un toit aux gnrations futures2.

    Rsumons quune politique qui vise donner un habitat propre aux populations renforce davantage les capacits dautodveloppement de ces dernires. Cest la raison pour laquelle les gouvernements burkinab se sont fortement intresss sur la promotion de la proprit immobilire depuis les annes 80, notamment durant la priode rvolutionnaire.

    Examinons maintenant les diffrentes voies qui mnent de ltat locataire / occupant un

    statut de propritaire :

    Acheter une maison : une entreprise quasiment impossible pour la majeure partie de la population.

    En milieu urbain, diffrentes possibilits existent pour accder une maison familiale. Il est par

    exemple possible dacheter un terrain vierge ou une maison dj construite auprs dun propritaire priv, solution particulirement coteuse compte tenu de la situation de spculation foncire et de pnurie du logement qui rgne dans les villes burkinab. Ceux qui disposent de suffisamment de moyens peuvent aussi sadresser aux agences de lEtat ou aux promoteurs immobiliers3, offrant par exemple des parcelles assainies, des logements en location simple, en location-vente ou encore la vente dimmeubles au comptant. Loffre se concentre essentiellement Ouagadougou et dans une moindre mesure Bobo-Dioulasso. Actuellement, loffre en location-vente, le meilleur march de la SOCOGIB, est un F3 dans une cour de 300 m2. Le loyer mensuel est de 155.000 FCFA 4 pour ce cas.

    1 Dans les deux cas, les femmes effectuent dimportants travaux d'embellissement sur les faades des maisons. Voir photos pages 26 et 35. 2 Rflexions : C. Kambou, Directeur Etudes et Conception, Direction gnrale Architecture et Conception, MIHU 3 La SONATUR, le CEGECI, la SOCOGIB et AZIMMO. Les deux dernires socits, appartiennent au groupe TAN-ALIZ. 4 Valeur 13,5 millions FCFA, apport initial client 2,7 millions FCFA, dure maximale de la location 10 ans. Source : www.socogib.bf

  • 10

    En examinant ces prix, on comprend bien que la majeure partie des mnages urbains ne puisse strictement pas sadresser ces institutions. En fait, les mnages burkinab moyens disposent de ce loyer mensuel pour couvrir toutes les charges annuelles ( !) lies lhabitat (le loyer, leau, llectricit et les combustibles). [13]

    La solution la plus indique pour accder limmobilier: acqurir un terrain, mais problme loin dtre banal.

    Afin de pouvoir construire une maison, le futur propritaire doit disposer d'un terrain

    constructible. Ce constat qui semble tout fait vident, dcrit cependant une problmatique qui est loin d'tre banale pour de nombreux chefs de mnages en milieu urbain. En fait, dans les esprits des citadins, laccs un terrain est largement prioritaire devant le problme raliser un habitat . Au Burkina Faso, la chasse aux parcelles constructibles est une pratique trs courante.

    Le terrain peut tre acquis par la cession dune partie dune cour (familiale ou appartenant

    une personne hors parent ), ce qui conduit une densification des quartiers dj existants. Ouagadougou, ce processus de densification du tissu urbain se heurte aux prix exorbitants des rares parcelles constructibles en ville et atteint aujourdhui ses limites. Il faut donc rechercher de nouvelles solutions. Ce qui explique partiellement1 pourquoi la ville stale davantage dans des nouvelles zones non loties. En fait, pour chapper la spculation foncire, la population est oblige denvahir de nouvelles zones.

    Par ailleurs, une densification du milieu urbain par la construction d'immeubles tages2,

    destins la location ou la vente, n'est qu'au stade embryonnaire au Burkina Faso, notamment parce que la population prfre clairement habiter dans une maison simple avec une cour. Cet lment disparat dans une habitation tage. Un ventuel balcon n'est pas en mesure de remplir convenablement le rle que joue la cour dans la vie quotidienne des mnages burkinab3.

    Le lotissement des zones non loties : source principale de terrains constructibles,

    mais parcours relativement cher et incertain dans sa finalit.

    La majorit des parcelles sobtiennent par le lotissement dune zone non lotie. Il sagit l

    dun processus lent, complexe et parsem de risques de dguerpissement. Ce parcours du combattant semble tre le moyen le plus conomique pour obtenir une parcelle. Il est ouvert tout Burkinab, indpendamment de sa situation financire.

    Malheureusement, dans de nombreux cas, ni lun, ni lautre nest vrai car le lotissement nest

    pas gratuit , il demande des investissements. De plus les temps dattente sont souvent longs, les cots dopportunits engendrs par les habitations, effectivement prcaires, augmentent avec ce temps. Le processus de viabilisation engendre lui-mme des investissements non prennes , comme on le verra par la suite. Finalement, cette voie peut ne pas conduire au terrain souhait, en raison dun dguerpissement.

    En conclusion, la recherche dun terrain constructible par la voie des lotissements engendre

    globalement des cots plus levs quune voie plus directe. Mais toutes les alternatives prsentes prcdemment ncessitent la mobilisation instantane dun volume financier important. Lchelonnage des dpenses dans le temps, mme si elles sont finalement suprieures, est la seule voie possible pour une grande partie de la population urbaine.

    1 La complexit du phnomne de loccupation illgale de zones non lotis dpasse le cadre de cet ouvrage. Notons simplement quelques lments : Des raisons structurelles et lgales conduisent lextension non contrle de la ville. Notons par exemple que selon la RAF de 1996, loccupation de terres rurales, c'est--dire en dehors du SDAU ou en dehors de 2 4 km du centre ville, est en principe possible, sans autorisation et de faon gratuite. Il existe un certain nombre de personnes trop pauvres pour payer les frais lis au lotissement. Elles dmnagent donc avec chaque lotissement dans une nouvelle zone non lotie. Pour dautres, le lotissement de leur parcelle constitue une source de revenu, un fonds de commerce. Elles prfrent en fait vendre la parcelle obtenue lors du lotissement prix fort et vont nouveau habiter dans le non lotie pour attendre le prochain recensement. 2 Densification du milieu urbain souhaite par les professionnels (architectes et urbanistes) et lautorit, voir projet Zone dActivits Commerciales et Administratives (ZACA) Ouagadougou. 3 Alors que Ouagadougou souffre de pnurie permanente de logements, des habitations tages restent souvent vides, bien que les loyers demands soient comptitifs, en tous cas pour une clientle issu des classes moyennes et suprieures.

  • 11

    Ouagadougou, Zone lotie et non lotie. Photo : Wyss, 05

    Habiter en zone non lotie ou en cours de lotissement implique chaque tape un investissement minimal.

    Il faut habiter , ou en tous cas pouvoir prtendre

    habiter, une zone non lotie afin davoir de relles chances dy obtenir une parcelle1. Lhabitat doit tre le plus simple possible car dans le cas trs frquent de dguerpissement, les investissements faits seront pour une bonne partie perdus. Des murs en adobe2 rpondent au mieux cette exigence. Ds que la premire tape, c'est--dire lattribution de la parcelle est effectue, il faut augmenter linvestissement.

    Aprs lattribution provisoire lors du lotissement,

    le bnficiaire est tenu de payer la taxe de jouissance qui est fixe en fonction de la taille de la parcelle attribue, donc de la surface en m2. Il sensuit alors une priode de 5 ans pendant laquelle loccupant doit obligatoirement mettre sa parcelle en valeur, pralable inconditionnel pour obtenir le Permis Urbain dHabiter (PUH). Si le PUH nest pas acquis aprs 5 ans, le terrain reviendra de nouveau l'Etat.

    Mettre en valeur signifie concrtement quil

    faut investir un minimum dans la construction dun mur de clture, dune maison 16-tles et dune toilette externe. Les bnficiaires des parcelles attribues, aprs avoir effectu ces ralisations, peuvent ensuite demander ce quon rgularise dfinitivement leur situation. Des agents communaux tablissent alors un tat des lieux et estiment les valeurs de la parcelle et du bti. Ils sappuient sur des grilles prtablies qui dfinissent la valeur du terrain en fonction du degr dquipement actuel et futur du quartier et la valeur des investissements effectus. Les droits payer pour lobtention du PUH sont fixs sur la base de cette valuation. Cest donc seulement partir de ce moment que loccupant de la parcelle peut se considrer propritaire3 et en plein droit de jouissance.

    Les zones non loties Linscurit foncire bloque toute amlioration de lhabitat.

    Le processus dcrit ci-dessus un effet immdiat sur le choix des matriaux de construction. Du

    temps prcdant le lotissement jusqu la dlivrance du PUH, le propritaire dune maison est contraint dhabiter o faire habiter une maison en terre de qualit minimale. La maison peut tre dtruite sur ordre des autorits. La pluie et le vent menacent la stabilit des murs raliss sans le soin ncessaire. Fixe de faon limiter les dpenses, la toiture risque galement dtre arrache par le vent. Le vol et lagression sont des proccupations quotidiennes ; les habitants souffrent de linscurit permanente. Dans un tel contexte de misre force , on ne stonne pas que le matriau associ cette situation, la terre, soit considr comme tant provisoire , non durable et pour les pauvres . Le parpaing de ciment par contre est gnralement considr comme un produit en dur , durable et dfinitif par le propritaire moyen qui a d attendre de longues annes avant dtre en situation rgulire, situation permettant la ralisation dune maison avec ce matriau. La survaluation des performances relles du parpaing de ciment est tout fait comprhensible.

    1 Les problmes lis au recensement des habitats et lattribution des parcelles et les polmiques qui en dcoulent occupent frquemment la Une des journaux. 2 Le terme ladobe dsigne une brique base de terre, de forme paralllpipde et issue dune production laide dun moule en bois. Un autre terme, couramment utilis est le banco qui dsigne la terre de construction, indpendamment de la technique utilise. Traditionnellement, la terre nest plus terre quant elle entre dans le processus de construction, mais devient banco , elle a alors une caractristique mythologique. Voir Luc Pecquet, note de bas de page 2, page 14. 3 Il ne sera cependant pas rellement propritaire. Il jouit seulement du terrain. Si le PUH nest pas pleinement pay ou sil y a ncessit pour des raisons majeures et publiques, le droit de jouissance peut tre annul et loccupant devra dans ce cas quitter sa parcelle. Une parcelle dment rgularise, donne cependant droit la compensation.

  • 12

    Aprs avoir attendu et investi dans une construction pendant 8 ans en moyenne,

    le rve de possder une vraie maison dite dfinitive , en dur et durable se ralise enfin.

    Voici brivement le parcours classique de la construction immobilire par un citoyen moyen

    en milieu urbain :

    - acquisition du terrain soit par cession dune partie dune parcelle existante, soit par lachat dune parcelle vierge ou encore en esprant obtenir une parcelle viabilise lors dun lotissement ;

    - construction dune maison provisoire en terre, clture et latrines externes afin dobtenir le PUH ; - confection des parpaings pour la maison dfinitive et acquisition des autres matriaux ; - construction du btiment dfinitif en passant par un nombre variable dtapes : fondations et

    soubassements, murs en parpaing et poteaux en bton arm, chanage et pente suivis de pose de la toiture et des ouvertures et finitions ;

    - la maison est alors en principe prte pour loccupation, mais celle-ci ne se fait en gnral quaprs la finition du gros uvre avec le crpissage interne et externe, la chape et la peinture.

    Notons, que ce parcours est parsem de difficults et que rien ne garantit lachvement des

    travaux. Les matriaux gnralement employs peuvent tre stocks pendant des priodes illimites1. Le processus peut donc tre lent ou acclr, selon les moyens du moment. Le chantier peut sarrter pour de longues annes et redmarrer subitement en temps opportun.

    Le temps mis pour la construction est en moyenne de huit ans [7]. Pendant ce temps et selon les

    opportunits, le plan peut voluer considrablement. Lhabitat volue aussi avec des finitions supplmentaires qui peuvent avoir lieu avant ou pendant lexploitation du btiment. Elles concernent surtout les aspects comme lquipement lectrique, leau potable, le sanitaire, le plafonnage et le carrelage. De nombreux propritaires construisent par exemple une douche interne, mais attendent quelque temps pour lquiper, souvent cause du simple fait que la zone nait pas encore t quipe dadduction deau courante.

    1.2 Problmatique de la proprit immobilire en milieu rural

    Pour les ruraux laccs au foncier est immdiat ; celui aux matriaux durables est plus contraignant.

    Contrairement la problmatique en milieu urbain, caractris par la pnurie des parcelles

    constructibles, laccs la proprit foncire en milieu rural nest pas (ou pas encore) un problme majeur. La gestion foncire est toujours rgle par la chefferie locale et les propritaires terriens traditionnels. Ce fait na pas fondamentalement chang, mme sil y a eu dimportantes modifications lgales couvrant le territoire national, notamment la RAF2.

    Niofila, Concession traditionnelle dune grande famille Turka. Photo : Wyss, 2005

    1 Le parpaing de ciment, le sable et le gravier peuvent tre petit petit accumuls dans la cour. Les commerants vendent des bons de commande pour le ciment et lacier. 2 Larticle 46 de la loi N 014/96/ADP du 23 mai 1996 portant Rorganisation Agraire et Foncire (RAF) au Burkina Faso prvoit que dans les villages, l'attribution, l'valuation et le retrait des terres relve de la comptence de commissions villageoises. L'autorit administrative territorialement comptente nomme par arrt les membres des Commissions Villageoises de Gestion des Terroirs (CVGT) lus et/ou dsigns suivant les ralits historiques, sociales et culturelles.

  • 13

    Evolution de la construction en milieu rural : aspects socioculturels, conomiques, techniques, et lis aux matriaux.

    La construction dun habitat par autoconstruction1, par un maon ou un autre mode traditionnel,

    ne connat pas de normes autres que celles issues des pratiques traditionnelles et bases sur le respect de lavis des chefs coutumiers et des maons2.

    Lhabitat traditionnel du Burkina Faso est riche en structures et formes varies. Les systmes de

    construction ont t adapts pendant des sicles aux besoins scuritaires, climatiques et socioculturels de chaque peuple. Le lien entre lorganisation sociale et lorganisation de la construction de lhabitat rendait ce dernier trs conomique3.

    Habitats traditionnels, Sud-Ouest - Nord-Est, Gan (Obir), Dagari (Ouessa), Ll (Doudou), Mossi (Ipelc), Peulh (Tassamakat). Wyss, 2005

    On constate aujourdhui des modifications importantes, aussi bien sur la forme et limportance sociale de la concession que sur lhabitat familial proprement dit. Lactivit constructive sest montarise dans tous ces aspects. Mme la simple confection de briques ou le ramassage dagrgats devient un travail rmunr. Ces modifications saccentuent en passant du contexte purement rural vers celui en voie durbanisation.

    Lapparition de la tle ondule induit une nouvelle typologie de la construction, incompatible

    avec la forme ronde ou ovode4. Les maisons circulaires et bicylindriques tendent disparatre au profit des maisons rectangulaires. Pour une telle maison les murs se font en briques dadobes. Ces murs sont porteurs5, contrairement un mur faonn6. Les poteaux en bois disparaissent donc dans une telle ralisation.

    Zko, Evolution du bti en milieu rural, Toitures traditionnelles et modernes en symbiose, Population Kassena et Nankana. Wyss, 2005

    Le changement de mthode de maonnerie permet daugmenter considrablement la productivit. La confection dadobes peut tre dlgue et les briques peuvent tre stockes pendant quelque temps, ce qui nest pas le cas avec la terre faonne qui doit tre prpare sur le site immdiatement avant lutilisation. Le montage dun mur dadobe en une seule fois ne pose pas de problmes, alors que le mur faonn ne peut qutre mont au maximum dun rang par jour.

    1 Aujourdhui, lautoconstruction nexiste pratiquement plus. Mme les ruraux font gnralement appel un prestataire externe. 2 Les documents suivants expliquent linteraction fort intressante entre le chef de famille, le chef de terre et le maon chez les Ll : Pecquet Luc, Permanence et mobilit dans lhabitat Lla (Burkina Faso) , 7e Conferncia Internacional sobre o Estudo e Conservao da Arquitectura de Terra, 1993 Pecquet Luc, La matire premire de construction des maisons Lyela (Burkina Faso) comme puissance , Cahier du Rseau Architecture / Anthropologie, N1, Les Editions de la Villette, Paris, 1996, 3 Ralisation des ouvrages au sein de la communaut ou de la grande famille sur la base de la solidarit mutuelle. 4 A Tibl, la toiture en tle et chevrons imports est aujourdhui moins chre que la toiture traditionnelle. 5 Un mur porteur porte la toiture. Dans le cas des murs faonns non-porteurs, la toiture repose sur un systme de poteaux en bois. 6 Au Burkina Faso, deux systmes de construction ont traditionnellement t utiliss au niveau des murs : le faonnage et rarement la bauge. Ces systmes sont plus proches de la poterie que de la maonnerie dans le sens propre du mot. Ils consistent riger les murs par des rangs successifs par projection et lissage de boudins de terre. Lapparition de ladobe maonn fait reculer ces techniques de faon irrversible. [5]

  • 14

    Kokologho, Palais du Naaba. Wyss, 2005

    Le changement le plus important se situe au niveau de la toiture : les solutions adquates font dfaut.

    Les plus importantes modifications se situent au niveau de la toiture. Elle reprsente pourtant la

    partie la plus symbolique du logement. Etre log, cest avant tout avoir un toit . La toiture est llment constructif traditionnel qui est le premier tre abandonn au profit dun produit moderne , probablement en raison prcisment de sa charge symbolique1. Que ce soit en ville ou en brousse profonde, le premier investissement dune famille pauvre dans lamlioration de son habitat concerne en rgle gnrale la toiture.

    Labandon de la toiture traditionnelle est dune part d

    une certaine faiblesse des performances des matriaux traditionnellement utiliss, notamment une durabilit limite du bois et du chaume. De plus, ces matriaux jadis gratuits ont aujourdhui un cot. Les prix montent progressivement, alors que la qualit se dgrade. A la mauvaise qualit sajoute la disponibilit de moins en moins garantie. En fait, limportante croissance dmographique et la forte rgression du couvert forestier ne permettent quasiment plus le ravitaillement en bois de qualit et quantit satisfaisantes. Localement, des essences de qualit2 ont disparu. Elles sont remplaces par du bois moins adapt, peu durable et moins rsistant aux attaques des termites. Les toitures traditionnelles deviennent alors de qualit mdiocre, voire dangereuses. Le remplacement plus frquent des toitures entrane davantage de consommation de ressources naturelles.

    Cette situation oblige finalement les populations rurales, se

    tourner vers les solutions modernes . Cest--dire des toitures avec charpente en poutres quarries de bois ou profils mtalliques, surmontes de tles ondules. Ces matriaux, de provenance trangre, sont synonyme dinconfort thermique et acoustique important. Ils exposent galement les habitants au vol et l'agression, et ils prsentent surtout limmense double inconvnient dtre chers et de ne sacheter que dans le secteur formel, ncessitant de la liquidit financire alors que la population rurale, pour la plupart des cultivateurs, connat de grandes difficults transformer sa force de travail en monnaie. Les dpenses pour les matriaux imports, rentrant dans un systme macroconomique et sans relle cration de plus-value et demplois ne favorisent pas le dveloppement local durable. Ce propos est aussi vrai pour le dveloppement lchelle nationale3.

    La population est bien consciente que la tle ne protge ni contre la chaleur ni contre le

    froid, nest pas trs scurisante et cote trs cher4. Mais quelles seront les relles alternatives qui rpondent au souci de possder une habitation avec une prennit minimale, voire avec un peu de prestige ?

    Il convient de souligner, dans ce contexte, que les recherches et projets de promotion de

    matriaux appropris se sont concentrs et se concentrent essentiellement aux matriaux pour les murs5. Malgr limportance vidente de la toiture dans la conception dun habitat, des matriaux et techniques appropris font cruellement dfaut. Les solutions modernes, normalises, tanches, durables et isolantes sont inabordables pour lessentiel de la population.

    1 Chez les Lobi et Gourounsi, ce sont les entres traditionnelles, basses et arrondies, qui sont abandonnes en premier, pour des raisons de confort videntes. 2 Rnier, tek, nimier. Le karit, souvent employ nest pas trs rsistant vis--vis des termites et a un comportement fragile, ce qui se traduit par une rupture instantane lors dune surcharge. 3 Exception : les revenus des commerants et transporteurs et des diverses taxes et impts que ltat prlve sur les produits imports. 4 Interrogs sur le matriau souhait pour une ralisation future, seulement 27% des rponses portent sur la tle. Tir de [7] 5 Exception : les recherches sur londuline, conduites par lETSHER et lEcole Suprieure dIngnierie de Poitiers (ESIP) et la promotion des Tuiles au Mortier Vibr (TMV), voir chapitre 7.4

  • 15

    Chapitre 2 Construire un habitat par voie informelle Construire un habitat, cest avant tout se soumettre des contraintes externes. Certaines sont

    lies la disponibilit des matriaux, dautres la capacit financire. Le milieu, rural ou urbain, joue galement un rle important. Notons par exemple que :

    - la toiture en tle conditionne la forme et les dimensions de la maison ; - la pluie a un impact direct sur la dure du chantier. La voie rapide consiste raliser son

    habitat pendant les mois de saison sche. Cest le cas des constructions en terre. Le btiment doit tre achev avant larrive des premires pluies ;

    - les candidats lhabitat qui disposent dj dune demeure, soit provisoire , soit loue, et qui sont capables de mobiliser des moyens financiers suffisants, choisissent plutt la voie lente . Celle-ci consiste accumuler pendant des priodes plus ou moins longues les matriaux ncessaires la ralisation dun btiment dfinitif . La ralisation de ce dernier se fait gnralement par tapes, chelonnes dans le temps.

    Les diffrences dans les difficults principales qui existent entre le milieu rural et urbain sont

    illustres par la comparaison suivante : Tableau 2 : Comparaison synthtique des principales diffrences entre la construction dhabitat en milieux rural et urbain

    Milieu urbain Milieu rural

    Problme prioritaire du client Acquisition dun terrain. Construction minimale effectuer pour obtenir le PUH. Trouver les moyens financiers pour couvrir la maison en tle

    Problmes secondaires du client Acquisition de matriaux dfinitifs Chert des produits imports Maons souvent incomptents

    Pas deau pour la confection des briques Chert des produits imports Comment assurer la durabilit du bti ?

    Source : Wyss, bas sur des observations du terrain

    Indpendamment du milieu, la majeure partie des habitations est construite par des maons informels. La ralisation dune maison conventionnelle est base sur linteraction directe entre le maon informel et le client1. Ces aspects seront traits successivement dans les chapitres suivants.

    Quel est le type de btiment qui fait office de

    rfrence au Burkina Faso ? Cette question peut sembler simplificatrice, tant donn que les contraintes et possibilits dpendent du client. Cependant, ltude de march [7] donne en grande partie raison ceux qui prconisent quil y a un type douvrages qui fait le rve de tout Burkinab . Interrogs sur le matriau quils choisiront afin de raliser les murs de leur futur habitat, deux tiers des mille personnes ayant rpondu la question indiquent le parpaing de ciment, suivi en deuxime position par le BLT2 18%, ensuite le BTC3 13%. Seuls 4% opteront pour la terre.

    La construction en dur est la rfrence pour la

    plus grande partie de la population, urbaine et rurale. Elle ne concerne en ralit que 12,9% des mnages du Burkina Faso. Soulignons les disparits normes entre les milieux de rsidence avec une forte proportion de 50,7 en milieu urbain et une trs faible de 3,1% en milieu rural4.

    1 Cela contrairement la ralisation par une voie formelle o le client est avant tout en contact avec larchitecte qui, par mandat de matrise douvrage dlgu, reprsente gnralement le client face aux entrepreneurs, ingnieurs et mme face aux autorits. 2 Bloc Latritique Taill (BLT). Une description de ce matriau de construction est prsente au chapitre 7.2. 3 Bloc de Terre Comprim (BTC). Une description de ce matriau de construction est prsente au chapitre 7.3. 4 Sont considrs comme habitats en dur ceux avec murs en pierres, briques cuites et ciment/bton. INSD [14]

    Construction en dur / dfinitive : La construction en dur est base sur un systme mixte. Des lments en bton arm (cadres) portent la structure. Ils sont constitus des poteaux et des longrines et chanages. Le remplissage en murs de parpaings de ciment (ou dun produit de substitution) sert uniquement au cloisonnement. Les cloisons sont gnralement monts avant quon coule le bton et servent ainsi aussi comme lments de coffrage.

    Ouvrage dfinitif , Ouagadougou. Wyss, 05

    Pour le profane, le terme dfinitive indique que le propritaire naura plus besoin dinvestir, ni pour maintenir ni pour remplacer louvrage en question. La construction dfinitive se fait aprs avoir rgularis la situation foncire, loppos dune construction provisoire en zone non lotie. Construire dfinitif veut implicitement dire construire durable , c'est--dire sans ncessit dentretenir, ce qui est en ralit une apprciation peu raliste.

  • 16

    2.1 Le secteur informel : une emprise vidente sur la construction immobilire.

    La quasi-totalit des constructions immobilires prives se fait par des intervenants du secteur informel.

    La qualit et le prix des prestations sont des lments ngociables.

    Une enqute de 1992 montre que 71% des logements sont raliss par des tcherons du

    secteur informel [17]. Cette proportion a certainement volu dans les 13 dernires annes, notamment grce la construction de villas dans les quartiers rsidentiels de Ouagadougou et de Bobo-Dioulasso et grce lactivit des promoteurs immobiliers, ralisations faites en grande partie par des acteurs formels. Mais le chiffre prsent est trompeur. Mme si 30% des clients engagent un entrepreneur pour raliser leur habitat, seule une minorit assistera une ralisation formelle de son btiment. En ralit, les entrepreneurs sous-traitent assez couramment le march conclu un ou plusieurs tcherons1.

    Que signifie cette classification du secteur en formel et informel ? Le secteur formel

    respecte en principe les rgles et les normes, que ce soit au niveau de la dclaration de son effectif la CNSS, par rapport au fisc ou encore aux normes de construction en vigueur. Le secteur informel par contre ne connat pas de rgles autres que celles qui lui sont imposes par le march. Lillustration par excellence du fonctionnement du secteur informel est fournie par la production de parpaings. Selon les normes, un parpaing de bonne qualit, fait avec du sable de quartz et des granulats de granite, du ciment portland CPA45, dos 300 kg/m3, vibr dans son moule et soumis une cure humide de 14 jours, cote 350 FCFA par unit2. Le tableau suivant prsente une des rares comparaisons documentes, ralise Abidjan en 1986.

    Tableau 3 : Caractristiques des parpaings produits par 8 artisans dAbidjan

    Parpaings achets au hasard Fabriqus par LBTP3 Numro de lchantillon - 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Largeur [cm] 10 10 10 10 15 15 15 15 10 15 Prix FCFA 80 80 80 70 85 90 80 80 Ciment [kg/m3] 136 122 169 174 157 158 173 187 113 112 Densit [t/m3] 1,6 1,6 1,6 1,8 1,7 1,8 1,6 1,7 1,6 1,6 Rsistance 21 jours [MPa] 0,5 1,2 1,0 2,0 0,3 0,8 0,6 1,0 1,2 1,9

    Source : M. Titecat, A. Ouattara, Effet des dcisions de normalisation dans la production de lhabitat courant Abidjan , Paris, MTEC 86

    Ces chiffres qui datent de 1986 nont rien perdu de leur actualit. En 2005, on trouve par

    exemple dans les centres urbains du Burkina Faso dune part des parpaings de 55 60 briques par sac entre 150 et 160 FCFA et ceux de qualit presque acceptable avec une recette de 38 39 briques par sac pour 225 250 FCFA. La quantit de ciment utilise nest cependant pas priori une garantie pour la qualit, comme le dmontre le tableau ci-dessus (comparer par exemple n1 n2 ou encore n8 n10). Des chiffres prsents, il ressort qu'il ny a en effet pas de relle corrlation entre quantit de ciment, prix et rsistance. Tout est possible.

    Cest cela le caractre profond du secteur informel. Tout est permis aussi longtemps que a

    tient . Dans un tel environnement, sans rgles imposes, lhomme et ses comptences constituent le facteur dcisif.

    1 Seules 1,7% des habitations faisant partie de lchantillon examin par [7] ont t ralises par des acteurs formels. 2 Dieudonn Batta, MABUCO. Cot calcul sur la base dun march en 2002. Cette recette correspond 28 parpaings creux / sac de ciment. 3 LBTP : Laboratoire Btiment Travaux Publics de la Rpublique de Cote dIvoire, Abidjan

  • 17

    2.2 Ralisation dun habitat, interaction entre maon et client Toute construction immobilire dpend dans son ampleur, dans sa qualit et ses finitions

    videmment du budget disponible du mnage et fortement du milieu (urbain, non loti ou rural). La construction immobilire type du Burkina Faso, si elle existe, est inspire de certains lments traditionnels et surtout dexemples concrets dans le voisinage (cooptation).

    Ainsi, les Burkinab apprcient gnralement

    que la forme du bti gnre un espace servant comme cour secondaire. Le simple fait de coller ensemble deux modules de forme rectangulaire et de diffrentes dimensions, donne lieu un plan en L 1. Deux murs de faades dlimitent alors cette cour secondaire qui est couramment couverte dun hangar.

    Un autre exemple est lutilisation de BLT.

    Depuis que les premiers privs ont opt pour ce matriau de construction, dautres sen sont inspirs et copient le modle de leur voisin.

    Le dernier cri dans lvolution de larchitecture contemporaine populaire est par exemple

    darrondir les angles des faades.

    La fourniture des matriaux est de la responsabilit du client.

    Le maon apporte conseil concernant la conception du plan et le choix des matriaux.

    En labsence dun architecte, la ralisation dun habitat est videmment de la pleine

    responsabilit du matre douvrage. Cette responsabilit englobe le choix dune conception gnrale, le choix dun maon et finalement celui des matriaux principaux. Au Burkina Faso, la fourniture des matriaux est aussi de la responsabilit du client. Cest lui qui choisit par exemple les parpaings de ciment, donc implicitement la qualit de ces derniers. Deux schmas de dmarches sont couramment observs :

    - le matre douvrage choisit dans de nombreux cas de rpter un plan dj existant,

    ventuellement avec des modifications et innovations apportes de sa propre initiative ou sur conseils de tiers. Il se met alors rassembler les matriaux ncessaires. Ds quil estime que la quantit de matriaux suffit, il fait appel son maon . Cette dmarche est gnralement accompagne par le conseil de ce dernier ;

    - souvent, nayant pas de notions approfondies, le futur propritaire prend simplement une

    dcision de principe. Il se rfre ensuite entirement aux conseils dun maon informel ainsi promu temporairement au rang dun concepteur. Celui-ci a suivi une formation2 travers un parcours pratique sur de nombreux chantiers. Le maon puise donc dans son rpertoire, recherche une des solutions quil connat suffisamment bien et propose cette dernire au client.

    Dans les deux cas de figures, le maon joue un rle prpondrant. De par son implication non

    seulement au niveau de lexcution, mais aussi au niveau de la conception de la maison, il devient lhomme le plus important sur le chantier. La qualit du produit sera finalement la mesure de ses comptences.

    Vu les pralables, il nest pas tonnant quon rencontre dans les villes du Burkina Faso une

    rptition de modules standards, appels modles .

    1 Systme quon retrouve dj dans la construction traditionnelle, par exemple chez les Bobo. 2 Dans le secteur informel, il suffit de disposer dune truelle pour quon soit maon et dun vhicule bch pour quon devienne entrepreneur. Voir Hug [8]

    Toma, Habitat F3 L , Murs en BLT. Photo : Wyss, 05

  • 18

    La construction immobilire burkinab est caractrise par la cooptation.

    On choisit le modle qui plait et qui est abordable, de prfrence en dur .

    Les modles sont couramment dsigns en fonction du nombre de tles ncessaires les

    couvrir. Sans surprise, un 20-tles est une habitation couverte de 20 tles ondules, dune surface couverte maximale et thorique de 40 m2. Celle-ci varie en ralit entre 28 38 m2 couverts1. Le terme de x-tles , trs cher aux Burkinab, est donc une mesure relativement imprcise et dpend du plan employ. On a ici une trs belle illustration du fonctionnement du secteur informel.

    Voici quelques exemples de modles classiques:

    Toutes les photos Ouagadougou. Wyss, 2005

    Habitat simple Clibatorium / Entrer-coucher Habitat Pistolet / L Une seule chambre Deux chambres ou plus Deux chambres ou plus

    8 16 tles. 14 tles ou plus. 18 tles ou plus. Peu apprci et peu rpandu Courant pour la location Trs apprci

    Le plan, le plus apprci est, comme indiqu ci-dessus, constitu par deux modules formant un

    L ou pistolet . Il constitue lenveloppe gnratrice pour pratiquement tous les habitats plus importants. En fait, ds quil y a plus de deux chambres le propritaire amnage son espace de faon crer une aire externe couverte et protge des deux cts.

    Le plan et lamnagement intrieur suivants sont assez classiques pour les btiments de plus de

    20-tles . La maison est constitue de deux modules. Le plus petit contient le salon et ventuellement la cuisine. Le plus grand est accessible par le salon travers un couloir qui le divise en deux. Des deux cts se trouvent les chambres, au minimum une chambre de chaque ct. La douche et ventuellement une toilette interne sont places au bout du couloir.

    Les statistiques livrent des prcisions par rapport au nombre de chambres. Une habitation a en

    moyenne 3 pices au Burkina Faso. Le nombre moyen de pices par habitation est pratiquement le mme en milieu urbain quen milieu rural, soit respectivement 3,0 et 2,9. [12]

    Concernant lemploi concret des matriaux de construction, notons quen principe tout est

    possible. Chaque matriau de mur ou de toiture est employ pour chaque type dhabitat2. On constate cependant que les propritaires choisissent en gnral un matriau dfinitif quand ils ont le choix et les moyens, lorsque ces matriaux sont disponibles et surtout quand ils construisent un btiment plus important, dpassant les deux chambres.

    La productivit dun maon en parpaing est deux fois plus leve quen adobe3. Il a donc tout

    intrt conseiller au client le recours aux matriaux dfinitifs .

    1 Les tles neuves sont de 2 m de long et de 1 m de large. La surface couverte dpend notamment du recouvrement des tles, c'est--dire de la longueur de chevauchement dune tle par rapport celle qui la suit et des dbords hors faade. Wyss [6] 2 A lexception des matires vgtales. 3 Le gain de productivit est fonction des lments suivants : conomie de matriau et dnergie car un mtre carr de mur ncessite seulement 160 kg de parpaing et 18 litres de mortier contre 270 kg de briques adobe, de dimensions 10 x 20 x 40 cm, et 40 litres de mortier. Economie de main-duvre pour la prparation du mortier. Rendement double en maonnerie car un mtre carr de mur ncessite ne que 11 parpaings contre 20 adobes. A ne pas ngliger lconomie defforts physiques raliss car le parpaing pse 13.4 kg contre 18 kg ladobe.

  • 19

    Comme mentionn auparavant ces matriaux prsentent lavantage de permettre lchelonnage du chantier dans le temps. En effet, en milieu pauvre et moyen, on ne construit jamais sa maison, sa vraie maison , en une seule fois. Non seulement, lavancement du chantier se fait en fonction des moyens financiers disponibles, mais le plan initial peut considrablement voluer en fonction du temps et selon les opportunits. Laptitude dune construction pouvoir voluer progressivement dans le temps, constitue pour une famille au Burkina Faso, un des lments dterminants du choix du matriau et de la technologie. Le parpaing est par exemple suffisamment rsistant aux pluies pour pouvoir durer des annes sans revtement, et il est en mme temps suffisamment fragile et se laisse casser coup de marteaux lors damnagements de lespace. La tle ondule peut tre facilement monte et dmonte. A la limite, elle sera remplace par de nouvelles tles et les anciennes vendues en tant quoccasions des gens moins fortuns. Les matriaux destins concurrencer les matriaux dfinitifs devront donc aussi se prter lemploi volutif.

    Dans le secteur informel il ny a par dfinition pas de qualification certifie et reconnue. Tout

    maon peut en principe se livrer la mise en uvre de tout matriau et de toute technique. Seule lapprciation dun client antrieur, dun parent ou dune autre personne ressource permet de juger du niveau de comptence du maon. Cet aspect ressort aussi de ltude de march. 60% des clients choisissent leur maon avant tout pour des raisons relationnelles ou suite des recommandations. Seulement 15% motivent leur choix par le fait que ce dernier dispose des comptences requises [7].

    Dans de telles conditions survient souvent le drame que vivent les clients de tout niveau social

    confondu. Une fois engag, ils constatent que le maon ou lentrepreneur nest pas seulement incomptent, mais en plus abandonne volontairement son chantier dans un tat inachev, suite aux rclamations juges offensives.

    Les habitations construites dans la logique informelle , sans recours de vrais concepteurs

    comptents et des professionnels forms, sans respect de normes de qualit des matriaux et sans connaissances suffisantes en matire de dtails techniques, se soldent souvent par des erreurs professionnelles. Les rgles de lart sont souvent compltement ngliges1. Les finitions mal excutes font lgion au Burkina Faso, ceci videmment au dtriment du propritaire qui, sil est pauvre, en souffre davantage. Le manque de comptence est donc une des sources principales de la prcarit du logement2.

    On observe que les problmes dus une mauvaise excution ou une conception errone sont

    nettement plus importants pour les habitats avec des murs en adobe que pour les maisons en parpaings3.

    Chapitre 3 Les lois de march informelles de construction immobilire Les chapitres prcdents dcrivent les problmatiques lies lacquisition dun terrain, la mise

    en valeur de ce dernier et la construction dun habitat proprement dit. Il a t jug utile de rsumer les propos dans ce chapitre. Cette synthse permettra dapprcier plus facilement le contexte particulirement troit du march de la construction immobilire.

    Supposons quon veuille introduire dans ce march un nouveau produit ou une nouvelle

    technique de construction4. Ceux-ci entrent donc immdiatement en concurrence avec les matriaux de la construction conventionnelle que sont :

    - le parpaing de ciment dune part et ladobe dautre part pour ce qui est des matriaux de maonnerie, et

    - la tle ondule pour le matriau de toiture.

    1 Des considrations dordre climatique, dexposition au soleil, aux pluies et aux eaux de ruissellement sont dautres exemples. Limplantation et lorientation de la maison de faon correcte sur la parcelle vitera souvent des ennuis et amnera plus de qualit de vie sans pour autant ajouter les moindres cots supplmentaires. 2 Lenqute Habitat Ouagadougou a mis ces problmes en vidence et souligne limportance de la formation des intervenants. Wyss [6] 3 Voir explications au chapitre 7.1. 4 Cest bien de cela quil sagit lors de la promotion des matriaux locaux : introduire un nouveau produit dans un march existant.

  • 20

    Les lois de march les plus importantes et les consquences qui en dcoulent.

    - La construction immobilire se fait essentiellement par le secteur informel. Celui-ci ne respecte aucun document crit, ni les normes et ni les textes lgaux. Les maons du secteur informel se basent exclusivement sur leur propre exprience pratique.

    - La qualit et le prix sont des lments dajustement aux capacits financires du mnage.

    On peut construire avec des parpaings chers et esprer obtenir un bti de bonne qualit ( le bon parpaing ) comme on peut construire moins cher ( le parpaing du pauvre ) avec quelques risques au niveau de la rsistance des produits finaux. Ladobe suit la mme logique. La qualit varie de mme que les prix. Chaque produit de substitution doit, dans une certaine mesure, pouvoir tre utilis avec la mme souplesse dans le choix du rapport qualit-prix.

    - La construction dune vraie maison est en gnral chelonne dans le temps. Tout

    produit qui ne peut pas tre stock lair libre pendant un temps relativement long est considr comme tant provisoire et donc inadquat la ralisation dune maison dfinitive .

    - Le plan initial dun ouvrage volue dans le temps. Tout matriau de construction qui ne se

    prte pas des modifications inconditionnelles du plan initial nest pas comptitif avec les matriaux dfinitifs qui sont suffisamment souples cet gard.

    - En milieu urbain, la construction en dur est plus avantageuse pour le maon

    informel. En fait, la productivit en parpaing est la plus leve de tous les matriaux de maonnerie disponibles. Les maons nont donc priori pas dintrt proposer une autre solution1. Il convient de noter que pratiquement tous les marchs sont conclus sur la base dun prix global2. Le revenu journalier du maon est donc fonction de lavancement du chantier. Un chantier qui est rapidement achemin permet de dgager un revenu journalier plus important quun chantier qui prend du temps.

    - En milieu rural, la maonnerie en briques dadobe permet daugmenter

    significativement la productivit par rapport aux modes de construction traditionnels.

    - La construction dun habitat en milieu urbain est un processus parsem de contraintes qui font quil faut passer par des solutions intermdiaires et provisoires. Linscurit foncire est un des freins principaux lamlioration des habitations en milieu urbain. Citons ce titre un paragraphe tir de Theunynck [23] : La prcarit des logements renvoie-t-elle automatiquement la faiblesse des revenus ou linexistence de revenus fixes ? [] De toute vidence non. Les entretiens avec la population des quartiers dhabitat prcaire relvent que cette prcarit est surtout lie au manque de scurit foncire. Le risque de se voir dguerpi un jour bloque linitiative prive dans lamlioration des logements3.

    - En milieu rural, les terrains sont gnralement disponibles. Mais les matriaux

    modernes sont chers et difficiles obtenir, surtout la tle ondule pour la toiture, le bois rouge quarri pour les charpentes et le ciment pour les diffrents travaux de finitions et de fixations. Les matriaux organiques (bois pour charpentes et chaume) utiliss traditionnellement commencent clairement manquer et doivent tre remplacs par des matriaux alternatifs. La problmatique de la toiture est au centre de toute amlioration de lhabitat en milieu rural.

    1 Ce constat explique en partie le dcalage manifeste entre les efforts de formation en maonnerie matriaux locaux et limpact successif. 2 Dans le cadre des projets de dveloppement ou des programmes de formation, un revenu journalier ou un perdiem journalier est gnralement propos aux maons et apprentis. Voici donc une diffrence importante concernant les relations maon (entrepreneur) client, relations en dsaccord avec les ralits du march informel de construction. 3 Voil donc une rponse partielle la problmatique de la prcarit du logement. La pauvret, la chert des matriaux de construction et le manque de comptences des maons ne sont pas les seules explications !

  • 21

    Il convient dajouter une loi de march empirique supplmentaire. Un produit de substitution ne doit non seulement rpondre aux exigences nonces prcdemment, mais doit aussi prsenter une nette amlioration diffrents niveaux. On constate en fait que les exigences vis--vis dun produit de substitution sont plus leves que celles exprimes par rapport l original . Illustrons ce propos par deux exemples :

    - la construction traditionnelle emploie des mesures de protection assez performantes1.

    Cependant, en labsence dun entretien rgulier, un certain niveau de risque qui inclut leffondrement de certaines parties du bti est accept. Tel ne peut pas tre le cas pour une technique nouvelle, suppose meilleure que la technique traditionnelle. Mme sans entretien adquat, elle doit obligatoirement rpondre au danger deffondrement pendant les grandes pluies avec une scurit assure et affirme. Sinon, elle sera rejete par le public cible ;

    - lapparition dune fissure dans une construction dfinitive est gnralement accepte sans

    inquitudes particulires, tant donn que les matriaux employs sont rputs indestructibles . Ce propos paradoxal, ne semble pas pour autant illogique au profane. A loppose, le mme phnomne de fissuration dun mur, ralis avec un matriau de substitution, inquite srieusement le client. Mme la ralisation dun joint sec2 dans un mur BTC donne lieu des doutes par rapport la durabilit du bti.

    Chapitre 4 Prcarit de lhabitat - Axes dintervention et leur impact Construire son habitat est avant tout et de toute vidence une affaire personnelle. Mais la

    problmatique dun habitat dcent est un sujet complexe intimement li aux conditions cadres. Elle dpend de paramtres aussi varis que la disponibilit de matriaux de construction (en quantit, qualit, et prix), les comptences des concepteurs et des excutants3, la fiscalit et les taxes douanires par rapport aux matriaux de construction endognes et imports, la situation lgale4, laccs aux crdits hypothcaires, la scurit foncire et notamment la politique en matire de construction des pouvoirs publics. Une dclaration conjointe du MIHU, de diffrents autres organismes de lEtat et du milieu des ONG, illustrant cette complexit, se trouve en annexe.

    LEtat et les communes sont les premiers responsables de la dfinition du cadre dans lequel

    se droule la construction immobilire urbaine. Face la construction immobilire prive, ils contrlent notamment un levier incontournable, savoir la politique damnagement du territoire et de viabilisation de terrains par lotissement. LEtat burkinab a aujourdhui rduit son intervention aux conditions cadres. Il a d abandonner les activits de construction de cits ou de production de matriaux, notamment cause des Programmes dAjustement Structurelles (PAS). On peut dplorer la cession dactivits concrtes en faveur du secteur de la construction, mais en ralit, ces activits nont pas eu dimpact majeur sur la majorit des Burkinab.

    Les ralisations de cits par exemple ont essentiellement vis une clientle de qualit

    comme la SOCOGIB se plait le dire. Le concassage du clinquer de ciment par la CIMAT, un autre exemple, a certes permis de fournir ce liant un prix infrieur celui import. Mais une diffrence de 5% nest pas vraiment suffisante pour crer un rel impact en termes de chert, surtout si cette conomie va de pair avec des rumeurs de qualit mdiocre comme ce fut le cas dans les annes 90.

    Quel est le rle que peut jouer une ONG ou une agence de coopration dans cette

    situation ? Comment oprer pour permettre la population, surtout aux plus dmunis, daccder un habitat dcent ? Examinons la question en y intgrant les expriences concrtes des dernires annes au Burkina Faso et dans la sous-rgion.

    1 Dtails techniques qui favorisent lcoulement des eaux, protection des acrotres avec de la poterie, enduits hydrophobes sur les murs (suc de Nr), chapes hydrophobes sur les toitures, sparation du bti en structures porteuses et simples cloisons. 2 Un joint sec est un moyen technique et conceptuel permettant la dilatation thermique libre dun panneau de mur. Cest une fissure artificielle, spcialement conue, contrle dans son excution, destine un comportement structural prcis. 3 Problmatique de la formation professionnelle, de lenseignement suprieur. 4 Par exemple par rapport lamnagement minimum effectuer lors dun lotissement, aux dlais de mise en valeur et au respect de normes.

  • 22

    4.1 Impact de la ralisation de cits sur la prcarit de lhabitat urbain? Une ide populaire qui resurgit assez rgulirement veut faire croire que le problme de la

    prcarit de lhabitat pourrait se rsoudre par la construction de cits, travers une autoconstruction assiste et un systme de crdit appropri aux bnficiaires. Dans le cadre dun tel programme, destin une population dfavorise, plusieurs objectifs peuvent tre atteints en parallle, selon la logique dfendue.

    La ralisation de cits dune certaine ampleur permettra alors :

    - de viabiliser dun coup des terrains, tout en intgrant la ralisation des quipements ; - de former un grand nombre de personnes, ce qui leur permet ensuite de gagner leur vie ; - de standardiser les maisons, ce qui aide rduire le cot et facilite la mise en uvre.

    Dans un tel projet, lutilisation de matriaux locaux aidera rduire les cots, gnrer des

    emplois dans la production et la mise en uvre de ces derniers, et en mme temps les promouvoir.

    La ralisation de cits : amlioration du cadre de vie des populations aises, mais pas de celui des dfavorises.

    Cependant, la ralit au Burkina Faso et dans dautres pays du Sahel a dmontr que ces actions

    nont pas eu un tel impact, lexception de la cration demplois temporaires pour les ouvriers. Trop souvent, le public cible, cest--dire la population dfavorise, na pas pu tre atteinte et nhabitait pas du tout, ou seulement pour une courte dure, dans ces cits, considres comme dcentes. Des problmes dordre social, culturel et lis la situation de pauvret ont pouss petit petit les bnficiaires vendre leurs maisons et regagner des zones non loties. Un habitat dcent ne procure en fait nullement demplois stables1. Les exemples de lamnagement de Cissin (1973)2, Ouagadougou, ou du projet ADAUA Satara, Rosso en Mauritanie3, sont de parfaites illustrations.

    Suite aux expriences de Cissin , la politique de construction de cits pour des personnes

    dfavorises tait, en principe, abandonne. La courte rsurrection de la politique des cits pour des personnes dloges pendant la priode de la rvolution, na fait que confirmer les expriences ngatives passes.

    Amliorer efficacement les conditions dhabitat des couches conomiquement faibles se

    rsume en fait la viabilisation des terrains dj occups4, lquipement des quartiers et la limite une politique de subvention des matriaux de construction ou de proposition de crdits5. partir du moment o la scurit foncire est acquise, les habitants se mettent deux-mmes et selon leurs moyens amliorer leur patrimoine.

    Amliorer efficacement les conditions dhabitat des couches moyennes suprieures par contre

    peut se faire travers la construction de cits. Mais, nest-ce pas un champ dans lequel les agents immobiliers du secteur priv devront intervenir ?

    1 Ce qui est une condition sine qua non pour pouvoir honorer les engagements pris, notamment le remboursement de crdits, ou encore pour pouvoir rpondre aux exigences de lEtat, en terme de taxes et impts payer. 2 Le projet Cissin consistait dans sa phase pilote (en anglais site-and-service project ), assister un groupe de 600 familles faible revenu (infrieur 3.600 FCFA/mois) pour la construction de leurs logements en terre stabilise dans un lotissement de parcelles viabilises et amnages. La zone tait quipe en eau potable par bornes-fontaines, dun march, dune cole et de caniveaux de drainage. Le projet profitait dun appui technique du CNUEH et dun financement du PNUD. Bibliographie : [15], [22], [23] 3 Bibliographie : [1], [2], [15], [23], [24] 4 Le droulement peut videmment tre sensiblement amlior par un processus participatif, intgrant toutes les parties intresses. 5 Si limpact des microcrdits comme outil de dveloppement est reconnu dans le domaine des activits productrices, son rle dans la construction est pour le moment ignor par les promoteurs.

  • 23

    Zorgho, Cit en BTC, LOCOMAT. Photo : Wyss, 2005

    Koudougou, Grand March, EPCD. Photo : L. Schaud '04

    4.2 Impact de la ralisation formelle sur la prcarit de lhabitat urbain? On vient de constater que la construction de cits nest pas forcment un moyen damlioration

    des conditions dhabitat des couches dfavorises. Cependant, pour certains, ces programmes de construction immobilire constituent quand mme un outil de dveloppement intressant, non pas par son impact direct mais indirect. Ceci pour les motifs suivants :

    - lamlioration gnrale des comptences du secteur du BTP grce lexprience acquise sur

    les chantiers de cits profitant dune assistance technique importante et dun suivi comptent ; - la promotion dun matriau local ou dune technique approprie de construction.

    Ces propos sont par ailleurs largis de la construction immobilire toutes les ralisations du

    BTP. Les chantiers dinfrastructures sont ainsi considrs galement comme propices lamlioration des comptences et la promotion des matriaux locaux .

    Des matriaux locaux comptitifs aux ralits du march informel profitent indirectement

    des ralisations dinfrastructures. Inversement, ceux qui ne le sont pas nen profitent pas.

    LOCOMAT1 voulait par exemple renforcer le

    secteur du BTC par le moyen dcrit ci-dessus. Cependant, noublions pas que plus de 70% de la construction immobilire se fait par le secteur informel. Seules les solutions damlioration de lhabitat compatibles avec ce secteur et ses ralits sont propices tre copies et rediffuses. On verra par la suite que ce matriau particulier ne rpond pas cette exigence.

    Pourtant, lapproche par un programme de

    construction peut donner des rsultats intressants si la politique de construction employe est adapte au contexte local. Dans les zones o un matriau appropri est prsent ou en mergence, chaque chantier nouveau, apportant des innovations, servira de rfrence. En se rappelant que limitation fait office de premire source dinspiration architecturale du pays, ce propos devient dautant plus valable. Si la perception positive dun matriau peut tre renforce par des exemples concrets, des constructions tmoins , il ne faut cependant pas survaluer limpact des ouvrages formels . La belle maison du voisin a certainement beaucoup plus dimpact direct que le magnifique sige dune ONG.

    Le rpertoire de solutions et les comptences

    relles du maon informel sont essentiellement lis ses expriences antrieures2. La ralisation dimportants chantiers, introduisant des innovations et dont le suivi est effectu de faon optimale, servent donc directement au renforcement des capacits. Les EPCD ont pu observer que le renforcement des comptences des maons en maonnerie BTC, avait un net impact sur la construction informelle. En fait, ces maons taient trs sollicits par la suite, non pas pour raliser des ouvrages en BTC, mais conventionnels en parpaing. Par ailleurs, les

    ralisations formelles ont aussi un impact sur la

    1 Tout critique du Projet de Promotion de lUtilisation des Matriaux Locaux (LOCOMAT) doit tenir compte dune contrainte majeur laquelle celui-ci tait confront ds son dbut. LOCOMAT ntait pas dot de moyens financiers consquents. De par ce fait, les responsables ont opt pour une stratgie dautofinancement par la promotion de matriaux locaux , solvables auprs dune clientle urbaine, associative ou publique disposant de moyens financiers ncessaires. Bibliographie : [15], [16], [17], [18], [25] 2 La plus grande partie de maons na jamais eu loccasion de suivre une formation dans le sens propre du mot.

  • 24

    Koudougou, Formation maonnerie, CET. Wyss, '05

    production de matriaux appropris. Les expriences de lEPCD de Ouahigouya dans le domaine de la production de BLT peuvent tre cites ici titre dexemple. Prsente depuis 1996 dans le paysage architectural de Ouahigouya, notamment grce ECLA, la qualit des ouvrages en BLT sest sensiblement amliore depuis que lEPCD a instaur des critres de slection concernant les blocs produits. Le respect de ces mmes critres est aujourdhui frquemment exig dans les marchs informels conclus entre privs et tailleurs.

    4.3 Disponibilit des matriaux et des comptences - Impact en milieu urbain ? Le client priv qui construit un habitat dfinitif , est confront deux dfis importants,

    intimement lis la problmatique de la prcarit de lhabitat : - le premier dfi est celui du choix des matriaux : compte tenu de la chert des matriaux de

    construction imports, ladoption de produits alternatifs simpose. Ceux-ci ne sont cependant pas forcment disponibles. Pour que le client considre un matriau (ou une technique de construction) autre que le conventionnel, celui-ci doit tre disponible, avoir un cot abordable, tre apprci par le client et recommand par le maon, et finalement pouvoir tre stock sur une dure en principe indtermine.

    La disponibilit en quantit suffisante de matriaux de construction alternatifs au parpaing,

    comptitifs en terme de prix, de qualit et de durabilit, ncessite un secteur de production avec un minimum de structure commerciale. Ceci est particulirement vrai dans les grands centres urbains comme Ouagadougou et Bobo-Dioulasso. La mise en place dune organisation de distribution et de commercialisation requiert selon le modle choisi (coopratives de producteurs, associations, PME/PMI) des structures dappui, offrant formation, conseil et suivi, voire un soutien financier ;

    - le deuxime dfi est celui de la mise en uvre de ces matriaux. Le lien entre manque de

    comptences et prcarit du logement a t tabli prcdemment. Le danger de malfaons et dabandon du chantier, omniprsent sur tout chantier, est encore plus lev sur un chantier avec des matriaux locaux ou techniques appropries cause des exigences supplmentaires que posent ces derniers. Les matriaux locaux , supposs tre plus conomiques, se transforment dans ce sens en gouffre financier tout simplement cause du manque de comptences des intervenants.

    Limpact dpend du renforcement de la structure de production et de la formation tous les niveaux.

    Ces deux aspects permettent de dfinir les leviers quil faut actionner pour aider la population

    dans son aspiration lhabitat dcent. Le chapitre prcdent a dj indiqu le rle que peuvent jouer des programmes de construction par rapport au renfoncement des comptences et par rapport la promotion dun matriau. Mais ces programmes ont un impact limit ; des aspects lis aux conditions cadres persistent, notamment par rapport au manque de matrise".

    Il faut donc encadrer et former les acteurs actuels

    tous les niveaux et surtout former les acteurs de demain. Des modles duaux de formation professionnelle, des coles techniques en nombre suffisant et dotes de ressources financires et humaines consquentes, des stages de perfectionnement, ces formes de formation sont aujourdhui soit inexistantes soit insuffisantes et ncessitent de lassistance.

    Alors que la mise en uvre de structures de distribution et de commercialisation a un impact