Ftes Galantes Paul VERLAINE

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  • Aot 2001

    Ftes Galantes

    Paul VERLAINE

  • Pour un meilleur confort de lecture, je vous conseille delire ce livre en plein cran

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    Le webmaster de Pitbook.com

  • CLAIR DE LUNE

    Votre me est un paysage choisiQue vont charmant masques et bergamasques,Jouant du luth, et dansant, et quasiTristes sous leurs dguisements fantasques.

    Tout en chantant sur le mode mineurL'amour vainqueur et la vie opportune,Ils n'ont pas l'air de croire leur bonheur.Et leur chanson se mle au clair de lune,

    Au calme clair de lune triste et beau,Qui fait rver les oiseaux dans les arbresEt sangloter d'extase les jets d'eau,Les grands jets d'eau sveltes parmi les marbres.

  • PANTOMIME

    Pierrot, qui n'a rien d'un Clitandre,vide un flacon sans plus attendre,Et, pratique, entame un pt.

    Cassandre, au fond de l'avenue,Verse une larme mconnueSur son neveu dshrit.

    Ce faquin d'Arlequin combineL'enlvement de ColombineEt pirouette quatre fois.

    Colombine rve, surpriseDe sentir un coeur dans la briseEt d'entendre en son coeur des voix.

  • SUR L'HERBE

    - L'abb divague. - Et toi, marquis,Tu mets de travers ta perruque.- Ce vieux vin de Chypre est exquisMoins, Camargo, que votre nuque.

    - Ma flamme... - Do, mi, sol, la, si.L'abb, ta noirceur se dvoile !- Que je meure, mesdames, siJe ne vous dcroche une toile !

    - Je voudrais tre petit chien !- Embrassons nos bergres, l'uneAprs l'autre. - Messieurs, eh bien ?- Do, mi, sol. - H ! bonsoir la Lune !

  • L'ALLE

    Farde et peinte comme au temps des bergeries,Frle parmi les noeuds normes de rubans,Elle passe sous les ramures assombries,Dans l'alle o verdit la mousse des vieux bancs,Avec mille faons et mille affteriesQu'on garde d'ordinaire aux perruches chries.Sa longue robe queue est bleue, et l'ventailQu'elle froisse en ses doigts fluets aux larges baguesS'gaie un des sujets rotiques, si vaguesQu'elle sourit, tout en rvant, maint dtail.- Blonde, en somme. Le nez mignon avec la boucheIncarnadine, grasse, et divine d'orgueilInconscient. - D'ailleurs plus fine que la moucheQui ravive l'clat un peu niais de l'oeil.

  • LA PROMENADE

    Le ciel si ple et les arbres si grlesSemblent sourire nos costumes clairsQui vont flottant lgers avec des airsDe nonchalance et des mouvements d'ailes.

    Et le vent doux ride l'humble bassin,Et la lueur du soleil qu'attnueL'ombre des bas tilleuls de l'avenueNous parvient bleue et mourante dessein.

    Trompeurs exquis et coquettes charmantes,Coeurs tendres mais affranchis du serment,Nous devisons dlicieusement,Et les amants lutinent les amantes

    De qui la main imperceptible saitParfois donner un soufflet qu'on changeContre un baiser sur l'extrme phalangeDu petit doigt, et comme la chose est

    Immensment excessive et farouche,On est puni par un regard trs sec,Lequel contraste, au demeurant, avecLa moue assez clmente de la bouche.

  • DANS LA GROTTE

    L ! Je me tue vos genoux !Car ma dtresse est infinie,Et la tigresse pouvantable d'HyrcanieEst une agnelle au prix de vous.

    Oui, cans, cruelle Clymne,Ce glaive, qui dans maints combatsMit tant de Scipions et de Cyrus bas,Va finir ma vie et ma peine !

    Ai-je mme besoin de luiPour descendre aux Champs Elyses ?Amour pera-t-il pas de flches aiguisesMon coeur, ds que votre oeil m'eut lui ?

  • LES INGNUS

    Les hauts talons luttaient avec les longues jupes,En sorte que, selon le terrain et le vent,Parfois luisaient des bas de jambes, trop souventIntercepts ! - et nous aimions ce jeu de dupes.

    Parfois aussi le dard d'un insecte jalouxInquitait le col des belles sous les branches,Et c'tait des clairs soudains de nuques blanches,Et ce rgal comblait nos jeunes yeux de fous.

    Le soir tombait, un soir quivoque d'automne :Les belles, se pendant rveuses nos bras,Dirent alors des mots si spcieux, tout bas,Que notre me depuis ce temps tremble et s'tonne.

  • CORTGE

    Un singe en veste de brocartTrotte et gambade devant elleQui froisse un mouchoir de dentelleDans sa main gante avec art,

    Tandis qu'un ngrillon tout rougeMaintient tour de bras les pansDe sa lourde robe en suspens,Attentif tout pli qui bouge ;

    Le singe ne perd pas des yeuxLa gorge blanche de la dame,Opulent trsor que rclameLe torse nu de l'un des dieux;

    Le ngrillon parfois soulvePlus haut qu'il ne faut, l'aigrefin,Son fardeau somptueux, afinDe voir ce dont la nuit il rve;

    Elle va par les escaliersEt ne parat pas davantageSensible l'insolent suffrageDe ses animaux familiers.

  • LES COQUILLAGES

    Chaque coquillage incrustDans la grotte o nous nous aimmesA sa particularit.

    L'un a la pourpre de nos mesDrobe au sang de nos coeursQuand je brle et que tu t'enflammes;

    Cet autre affecte tes langueursEt tes pleurs alors que, lasse,Tu m'en veux de mes yeux moqueurs;

    Celui-ci contrefait la grceDe ton oreille, et celui-lTa nuque rose, courte et grasse;

    Mais un, entre autres, me troubla.

  • EN PATINANT

    Nous fmes dupes, vous et moi,De manigances mutuelles,Madame, cause de l'moiDont l'Et frut nos cervelles.

    Le Printemps avait bien un peuContribu, si ma mmoireEst bonne, brouiller notre jeu,Mais que d'une faon moins noire !

    Car au printemps l'air est si fraisQu'en somme les roses naissantesQu'Amour semble entrouvrir exprsOnt des senteurs presque innocentes ;

    Et mme les lilas ont beauPousser leur haleine poivre,Dans l'ardeur du soleil nouveau :Cet excitant au plus rcre,

    Tant le zphyr souffle, moqueur,Dispersant l'aphrodisiaqueEffluve, en sorte que le coeurChme et que mme l'esprit vaque,

  • Et qu'moustills, les cinq sensSe mettent alors de la fte,Mais seuls, tout seuls, bien seuls et sansQue la crise monte la tte.

    Ce fut le temps, sous de clairs ciels,(vous en souvenez-nous, Madame ?),Des baisers superficielsEt des sentiments fleur d'me,

    Exempts de folles passions,Pleins d'une bienveillance amne,Comme tous deux nous jouissionsSans enthousiasme - et sans peine !

    Heureux instants ! - mais vint l't !Adieu, rafrachissantes brises !Un vent de lourde voluptInvestit nos mes surprises.

    Des fleurs aux calices vermeilsNous lancrent leurs odeurs mres,Et partout les mauvais conseilsTombrent sur nous des ramures.

    Nous cdmes tout cela,Et ce fut un bien ridiculeVertigo qui nous affola

  • Tant que dura la canicule.

    Rires oiseux, pleurs sans raisons,Mains indfiniment presses,Tristesses moites, pmoisons,Et quel vague dans les penses !

    L'automne, heureusement, avecSon jour froid et ses bises rudes,vint nous corriger, bref et sec,De nos mauvaises habitudes,

    Et nous induisit brusquementEn l'lgance rclameDe tout irrprochable amantComme de toute digne aime...

    Or, c'est l'Hiver, Madame, et nosParieurs tremblent pour leur bourse,Et dj les autres traneauxOsent nous disputer la course.

    Les deux mains dans votre manchon,Tenez-vous bien sur la banquette,Et filons ! et bientt FanchonNous fleurira - quoi qu'on caquette !

  • FANTOCHES

    Scaramouche et PulcinellaQu'un mauvais destin rassemblaGesticulent, noirs sous la lune.

    Cependant l'excellent docteurBolonais cueille avec lenteurDes simples parmi l'herbe brune.

    Lors sa fille, piquant minois,Sous la charmille, en tapinois,Se glisse demi-nue, en qute

    De son beau pirate espagnol,Dont un langoureux rossignolClame la dtresse tue-tte.

  • CYTHERE

    Un pavillon claires-voiesAbrite doucement nos joiesQu'ventent des rosiers amis ;

    L'odeur des roses, faible, grceAu vent lger d't qui passe,Se mle aux parfums qu'elle a mis ;

    Comme ses yeux l'avaient promis,Son courage est grand et sa lvreCommunique une exquise fivre ;

    Et l'Amour comblant tout, hormisLa Faim, sorbets et confituresNous prservent des courbatures.

  • EN BATEAU

    L'toile du berger trembloteDans l'eau plus noire et le piloteCherche un briquet dans sa culotte.

    C'est l'instant, Messieurs, ou jamais,D'tre audacieux, et je metsMes deux mains partout dsormais !

    Le chevalier Atys, qui gratteSa guitare, Chloris l'ingrateLance une oeillade sclrate.

    L'abb confesse bas Egl,Et ce vicomte drglDes champs donne son coeur la cl.

    Cependant la lune se lveEt l'esquif en sa course brveFile gament sur l'eau qui rve.

  • LE FAUNE

    Un vieux faune de terre cuiteRit au centre des boulingrins,Prsageant sans doute une suiteMauvaise ces instants sereins

    Qui m'ont conduit et t'ont conduite,- Mlancoliques plerins, -Jusqu'cette heure dont la fuiteTournoie au son des tambourins.

  • MANDOLINE

    Les donneurs de srnadesEt les belles couteuseschangent des propos fadesSous les ramures chanteuses.

    C'est Tircis et c'est Aminte,Et c'est l'ternel Clitandre,Et c'est Damis qui pour mainteCruelle fait maint vers tendre.

    Leurs courtes vestes de soie,Leurs longues robes queues,Leur lgance, leur joieEt leurs molles ombres bleues

    Tourbillonnent dans l'extaseD'une lune rose et grise,Et la mandoline jaseParmi les frissons de brise.

  • A CLYMENE

    Mystiques barcarolles,Romances sans paroles,Chre, puisque tes yeux,Couleur des cieux,

    Puisque ta voix, trangeVision qui drangeEt trouble l'horizonDe ma raison,

    Puisque l'arme insigneDe ta pleur de cygneEt puisque la candeurDe ton odeur,

    Ah ! puisque tout ton tre,Musique qui pntre,Nimbes d'anges dfunts,Tons et parfums,

    A, sur calmes cadencesEn ses correspondancesInduit mon coeur subtil,Ainsi soit-il!

  • LETTRE

    loign de vos yeux, Madame, par des soinsImprieux (j'en prends tous les dieux tmoins),Je languis et je meurs, comme c'est ma coutumeEn pareil cas, et vais, le coeur plein d'amertume,A travers des soucis o votre ombre me suit,Le jour dans mes pensers, dans mes rves la nuit