espoir - theatre-contemporain.net fileUne saison en enfer. RODR IGO G A ... Tu essaies de te servir...

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  • espoirUne saison en enfer

  • R O D R I G O G A R C A

    Tu es bord dun vol transatlantique. Tu as quitt la terre ferme il y a plus de quatre heures, on ta servi un plateau-repas, tu las sous le nez, pos sur la tablette. Le connard assis sur le sige de devant refuse de remettre son dos-sier en position verticale, ce qui rend lopration plus ardue. Tu essaies de te servir de ton couteau et de ta cuiller (la fourchette en plastique, casse en deux, est reste plante dans un morceau de poulet dessch au cur-ry) sans renverser la sauce sur ton pan-talon, coude coude avec tes voisins (tu tes retrouv la place 25B, ni A ni C, ni hublot ni couloir, pile-poil entre les deux) et au moment o tu vas boire un coup, le verre de Perrier valse dans les airs. Ta voisine (25C) est trem-pe, mais elle a tellement la trouille quelle ne sest rendu compte de rien. Les trois jolies filles font une drle de tte, elles abandonnent sur place le chariot et la machine carte bleue et elles partent en cou-rant, deux larrire de lavion, la troisime dans le cockpit. Les haut-parleurs se mettent en marche (jai toujours du mal comprendre pourquoi le son est si mauvais, on nentend jamais ce qui se dit et quand on a peur de lavion ce qui est mon cas on a tendance se demander si les racteurs et le train datterrissage sont dans le mme tat) et le commandant de bord, de sa voix assure et insense qui dnote un mlange de Jack Daniels et de co-cane, chantonne que nous traversons actuellement une zone de turbulences. Tout a au milieu des hurlements, des prires, des larmes des passagers et des ronflements dun couple qui a un peu trop forc sur le Valium. L-des-sus, un gros sextrait tant bien que mal des toilettes de lavion et il se trane dans le couloir parce quil juge indigne de mourir aux chiottes.

    Bref, cher public, nous traversons ac-tuellement une zone de turbulences. La saison qui devrait tre paradisiaque, faire de chaque soire une fte pour lin-tellect et pour les sens, comme ce fut le cas jusqu prsent, pourrait bien deve-nir un enfer, chose que nous ne permet-trons pas. Que chacun prenne un crayon et une feuille de papier et quil compte le nombre de spectacles et dactivits figu-rant dans le programme quil tient dans les mains il verra que ce nombre est infrieur celui de la saison prcdente. lheure o je vous parle, alors que

    le temps est venu de consolider notre projet de CDN contem-

    porain, juste au moment o nous volons pleins den-thousiasme, curieux et perplexes, bord du na-vire hTh tous ensemble (nous les enfants, nous les hommes, nous les

    femmes, les jeunes, les vieux, les gens pleins aux

    as et les gens sans argent ni travail, nous tous qui sommes

    le public) nous recevons un bulletin mto nfaste : des coupes dans le budget qui font de nous, coup sr, le CDN le plus pauvre de France. Je dois reconnatre que la mtaphore de lavion est inapproprie. Soyons objec-tifs : nous ne traversons pas actuelle-ment une zone de turbulences, nous al-lons devoir survivre la pire tourmente que cette institution ait eu subir depuis sa cration, il y a quarante-sept ans. Malgr cela, avec les moyens du bord et ce que nous rapportent nos pices en tourne, nous vous proposons un programme de spectacles et dactivits dont nous sommes fiers, et nous avons hte que la prochaine saison dmarre afin de le partager avec vous. Le commandant de bord et son quipage vous souhaitent un excellent vol et es-prent vous revoir bientt.

    espoir

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  • lOpra Comdie

    3 4NOVEMBRE

    dure : 1h30

    Le 3 20h

    Le 4 19h Confrence

    dAlain Platel le 4 novembre 12h45, La Panace

    spectacle co-accueilli avec la Saison Montpellier Danse 2015-2016 et lOpra Orchestre national Montpellier Languedoc-Roussillon

    Cr et jou par : Brengre Bodin, Elie Tass, Elsie de Brauw, Lisi Estaras, Romeu Runa, Ross McCormack

    Dramaturgie : Koen Tachelet, Hildegard De Vuyst Direction musicale / paysages sonores/musique additionnelle : Steven Prengels Lumires : Carlo Bourguignon Son : Bartold Uyttersprot Scnographie : Alain Platel et les ballets C de la B Costumes : Teresa Vergho

    Production : Mnchner Kammerspiele, les ballets C de la B En troite collaboration avec : NTGent Coproduction : NTGent, Thtre National de Chaillot (Paris), Opra de Lille, KVS (Brussel), Torinodanza, La Btie Festival de Genve Avec lappui de la Ville de Gand, de la Province de la Flandre-Orientale, des Autorits flamandes

    La faon particulire de regar-der et dcouter dAlain Platel est ne pendant sa formation en orthopdagogie, une sp-cialisation dans le domaine de lducation visant le traitement de personnes avec une incapacit physique et/ou mentale. Ces tudes ont t marques en particulier par les thories de Fernand Deligny. Deligny, ducateur franais (1913-1996), a dvelopp une approche radicalement diffrente de la prise en charge classique des enfants avec autisme.

    Ce nest pas surprenant quAlain Platel ait em-men toute lquipe de tauberbach dans un centre

    pour enfants souffrant dun handicap svre. Sa vie durant, Deligny respecte sans relche lautre dans ses diffrences et il sefforce de trouver dans toute rencontre avec lui des lments de complicit. Il guette les zones mystrieuses et obscures de la rencontre. Il fait preuve de foi dans lautre, il croit quil y a moyen de construire un lien avec lautre, au-del du langage. Il prne une humanit collective, qui respecte la nature de chaque individu, tous tant des tres mortels et sexuels, mus par le manque et le dsir. Rem-placez simplement Deligny par Platel dans ce processus.

    Hildegard De Vuyst

    Tauberbach sinspire de la vie dune femme schizophrne qui vit et travaille dans une dcharge sauvage des bidonvilles de Rio,

    quAlain Platel a dcouverte dans le documentaire Estamira de Marcos Prado. A partir de

    ce personnage rel, Platel cre une nouvelle fois une uvre

    splendide et dconcertante o il se confronte deux de ses univers de prdilection, la

    musique de Bach et le monde des sourds. La gne, le malaise mais aussi la drision dans lesquels

    les interprtes plongent le spectateur crent un tat

    singulier de perception qui repousse les limites troites de ce quon appelle normalit. Platel puise sans relche la source de la difformit, de la cacophonie et de la dviance,

    pour rendre invisibles les frontires que nous rigeons

    entre le beau et le laid, entre lharmonieux et lintolrable.

  • Conception et mise en scne : Alain Platel

    TAUBERBACHHUMAIN TROP HUMAIN / CDN MONTPELLIER / 2015 / 2016 / PAGE 3

    C

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    Bur

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  • Le 3 novembre 20h et le 4 novembre 19h lOpra Comdie

    Ce que vous cherchez, cest la beaut ?

    Oui, mais je la cherche dans des endroits o on na pas limpression de pouvoir la trouver. La beaut qui mattire est celle qui se niche dans des lieux qui ne cherchent pas sduire mais qui sont des lieux de vie.

    Avec tauberbach, vous revenez Bach, cest la beaut qui nat de la salet ?

    En plus du documentaire Estamira, je tranais avec moi un album, Tauberbach, le projet du musicien Artur Zmijewsky qui avait fait chanter du Bach par des sourds accompagns dun orchestre professionnel. Cest un son trs particulier, qui ma fascin. On a senti quon pouvait lier ces deux mondes qui navaient a priori rien en commun, celui dEstamira et celui de Tauberbach. Cest une rencontre qui pour moi a du sens parce que je me suis toujours

    oppos cette vision de Bach comme une musique gniale, mathmatique, parfaite et un peu dsincarne. Pour moi, cest dabord une musique trs motionnelle et je lai toujours travaille dans ce sens.

    Vous dcrivez votre travail comme de la danse btarde. La beaut qui nat du chaos ?

    Je travaille avec des danseurs aux origines trs diffrentes. Certains sont professionnels, dautres pas. Je demande chacun de travailler avec ce quil est. Pendant les rptitions, il y a un mlange dexpriences trs fort et le rsultat nest jamais trs clair en terme de style. Cest a qui le rend beau.

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  • TAUBERBACH

    Comment articulez-vous le travail du mouvement avec la musique ?

    Cest un travail particulier, trs difficile dcrire. Parfois la danse suit la musique de manire trs littrale, parfois la musique est une inspiration pour crer quelque chose qui na rien voir. Il ny a pas de logique, on se laisse guider par lmotion, par ce qui nous touche.

    Quest-ce qui vous a amen faire chanter vos danseurs ?

    Dans un processus de travail, tout est possible. Il y a plein de propositions de la part des danseurs et de ma part. Depuis un certain temps, javais envie de faire chanter des non professionnels sur le plateau. Jai donc demand Steven Prengels, le directeur musical, de leur apprendre chanter quelques airs de Bach et un extrait de Cos fan tutte de Mozart. Cest plus tard dans le montage que a a pris du sens. Rien nest calcul. Quand je commence travailler, on essaie beaucoup de choses, que plus tard on dcide de garder ou pas. Pendant les rptitions, on va aussi voir des films, des expositions, on mange ensemble... On a aussi t visiter un centre pour handicaps mentaux. Cest par les impros quil y a des images, des sons et des mouvements individuels ou collectifs qui sont proposs sur le plateau. Cest en les travaillant quon voit ce que a apporte. Jai limpression quun spectacle, cest comme un grand secret qui se rvle petit petit. Il ny a pas de formule, pas de scnario. Cest vraiment une aventure o lon dcouvre ce que a raconte.

    Ce spectacle est-il une vision du monde ? Plutt pessimiste ou optimiste ?

    Il ny a pas dintention. Ds quon manie ce genre dimages, on peut les interprter dune manire ou dune autre. Personnellement, la marche du monde me rend profondment triste, mais jadore la vie. Il y a comme une contradiction : ce constat pessimiste me pousse travailler dans la joie.

    Comme Estamira, vous inventez un langage ?

    Ds quil y a des mots dans un spectacle de danse, on a limpression que cela exprime des notions importantes. Cest donc un exercice trs difficile. Le fait quEstamira utilise un langage trs bizarre pour communiquer avec ce quelle appelle les corps astraux ma tout de suite fascin. Jai aussi demand Steven Prengels de travailler a avec les danseurs. a amne une rflexion sur le langage en miroir avec le travail sur le corps.

    Alain Platel, entretien avec Gilles Bechet, Brussel Deze Week, 21 fvrier 14, extraits

    HUMAIN TROP HUMAIN / CDN MONTPELLIER / 2015 / 2016 / PAGE 5

  • 4,5,9,10 ,11FVRIER

    ET5,6,7NOVEMBRE

    20h

    hTh (Grammont)

    Rencontre avec lquipe artistique le 6 novembre et le 9 fvrier

    lissue de la reprsentation

    dure sous rserve : 1h30

    spectacle en espagnol surtitr

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  • 4Texte, espace scnique, mise en scne :

    Rodrigo Garca

    Avec : Gonzalo Cunill, Nria Lloansi, Juan Loriente, Juan NavarroVido, son : Daniel RomeroScnographie lumire : Sylvie MlisAssistant la mise en scne : John RomoCostumes : Marie Delphin

    Production dlgue : Humain trop humain - CDN Montpellier

    Coproduction : Thtre Nanterre-Amandiers CDN, Festival dAutomne Paris, La Maison de la Culture dAmiens - Centre europen de cration et de production, Thtre de Lige, Bonlieu Scne nationale.

    Le public montpellirain a pu voir, la saison dernire, quelques pices du rpertoire du nouveau directeur du CDN.

    Cette saison, Rodrigo Garca cre Montpellier son nouveau spectacle:4. Il runit les trois comdiens de hTh & co, bien sr, et Juan Loriente. Lancement donc Humain trop humain, avant une tourne internationale qui passera, notamment, par le Festival dAutomne Paris.

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  • Aventures incroyables pour le cerveau, la vue, lodorat, le got, lutrus ou les testicules.

    Avec cette phrase, larchitecte et philosophe Rem Koolhaas fait rfrence aux plaisirs que nous procurent nos grandes villes, pleines d espaces ordure (junkspaces) comme il aime nommer la multiplicit des constructions en gnral normes traverses par des escaliers mcaniques et artificiellement secourues par lair conditionn.

    Je me demande si dans de tels espaces, tombant en ruine peine inaugurs (1) lamour et l (la vertu) sont possibles et quel type durbanisme ou de trame des sentiments apparaissent.

    En contrepartie, nous avons les espaces utopiques de Yona Friedman.

    Tout comme lethnobotaniste Edgar Anderson a pos son regard sur la relation homme / paysage quotidien et ses mutations et perversions (2) nous pouvons parler dun ethno-revtement ou dun scell invisible (des liberts, des accs de folie, de colre, de rire, de pleurs, dlimits par des espaces antinaturels on crie dans un concert de rock quand la star monte sur scne, et pourtant on ne crie pas de joie soudainement en pleine rue ; on chante dans une cabine de karaok mais pas dans une runion de travail.).

    Liconographie de lespace ordure crit Koolhaas cest 13 % Rome, 8 % Bauhaus et 7 % Disney (presque ex aequo), 3 % Art nouveau, suivi de prs par le Style maya (). Sa configuration spcifique est aussi hasardeuse que la gomtrie dun flocon de neige.

    Rodrigo Garca

    Vous avez toujours t un grand lecteur. Continuez-vous ltre aujourdhui ? prsent que vous dirigez un thtre, avez-vous encore le temps de lire ? Il me manque forcment du temps pour lire. En fait, on manque toujours de temps pour lire. Ce qui a chang, maintenant, cest que je nai plus le temps de lire des romans. Je nai pas lhabitude

    de lire une ou deux heures par jour, chaque matin, par exemple. Quand jattaque un livre bien pais, jy passe cinq ou six heures par jour. Et a, je ne peux plus le faire. Alors je lis des livres tout fins. Par exemple, des livres en rapport avec ma prochaine cration, notamment des essais sur larchitecture.

    Votre prochaine cration parlera donc darchitecture ?Dune faon ou dune autre, toutes mes pices parlent de ltre humain. Larchitecture peut tre une faon de laborder, de lenvisager depuis un autre point de vue. Cest par exemple ce que fait Rem Koolhaas, qui est non seulement un architecte mais aussi un thoricien de larchitecture. Ses rflexions sur ce quil appelle les junkspaces, changent ma perception de la ville. Aprs lavoir lu, jai commenc voir la ville dun autre il. Ce qui nous semblait normal ne lest plus aprs lavoir lu, comme par exemple le fait de se retrouver lintrieur ddifices tranges, dtriors, malades, malsains, qui sont un mlange incongru de choses disparates, et dans lesquels, pourtant, se droule une grande partie de nos vies : des bureaux o les gens se rendent pour travailler, ou des lieux consacrs aux loisirs. Mon ide tait de rflchir sur la faon dont ces lieux conditionnent les comportements. Je pense aussi aux utopies de Yona Friedman : btir des villes extravagantes, des villes dans les airs ou sur pilotis, des villes au-dessus des villes, des projets irralisables, certes, mais qui mintressent parce quils envisagent lespace habitable de faon potique. Il y a aussi un livre de John Brinckerhoff Jackson o il est question des liens entre lhomme et la route, entre la maison qui nous permet dtre labri et le chemin qui nous conduit vers laventure. Cest comme une histoire des chemins, qui remonte lpoque des Indiens, il voque des Indiens perdus, des tribus prenant la route pour une affaire bien prcise (un troc, une fte) mais qui se perdent en chemin ou qui voient leurs plans perturbs par un incident ; un voyage de six jours peut alors durer deux mois. Il y est aussi question des tats-Unis, des chemins tracs par les bisons, de la faon dont les hommes marchaient dans les traces des animaux

    Les 5, 6, 7 novembre et 4, 5, 9, 10, 11 fvrier 20h hTh (Grammont)

  • 4

    Tout cela conditionne-t-il une scnographie particulire ?Je ne crois pas en arriver quelque chose dillustratif ce point. Jespre que ce sera plus profond. Pour linstant, je suis dans une phase de recherche et dexprimentation.

    Est-ce que vos comdiens ont lu ou vont lire, eux aussi, tous ces livres qui vous nourrissent ? En gnral, jutilise ce que je lis pour crire, pour faire des propositions aux comdiens pendant les rptitions, mais je nai pas lhabitude de partager mes lectures avec eux. Pourtant, cette fois-ci, je vais peut-tre procder autrement. Jhsite encore livrer toute linformation aux comdiens. Cest en gnral un matriau que je garde pour moi, afin de ne pas perdre leffet de surprise ; je distille linformation par petites doses. Mais jignore encore comment je vais my prendre cette fois.

    Comment travaillez-vous avec vos comdiens, maintenant quils font partie de la troupe permanente de votre thtre ? Je crois que rien ne va vraiment changer dans notre faon de travailler. Concrtement, nous disposerons du mme temps que dhabitude pour prparer la prochaine cration. Ce qui change, cest que nous nous voyons tous les jours, prsent. Mais nous avons chacun nos occupations. Quand nous nous croisons, nous navanons pas forcment sur la prochaine cration.

    Vous vivez prsent en France, dans un pays dont la langue nest pas la vtre. Est-ce que cela a chang quelque chose votre criture ? Il nest pas trs confortable de vivre dans un pays dont on ne matrise pas parfaitement la langue. Il faut faire le double defforts pour communiquer au quotidien, on a le cerveau qui chauffe en permanence. Or lcriture se nourrit des relations humaines. Jai certes de moins en moins de mal comprendre, mais mon franais reste limit, je ne peux pas exprimer la moindre pense trop complexe. En franais, je reste la surface des choses. Samuel Beckett tait un cas part. Moi, cest en espagnol que jcris et je nai pas lintention quil en soit autrement.

    Votre prochaine cration sintitule 4, comme un clin dil aux quatre comdiens qui seront sur scne Est-ce que vous crivez toujours en pensant aux comdiens qui joueront dans le spectacle ? Je me suis creus la tte pour trouver un titre et jai aim lide dun numro : 4. Il fait rfrence aux quatre comdiens Nria Lloansi, Juan Loriente, Gonzalo Cunill et Juan Navarro avec qui jai la chance de travailler depuis des annes. Quand je pense des actions, jimagine tout de suite quuntel ou untel pourrait les raliser. Savoir avec qui je vais travailler a une influence sur les actions physiques que je vais proposer. En revanche, cela na aucune incidence sur mon criture. La littrature a toujours t pour moi un exercice solitaire, que je pratique chez moi, en cachette. Quand jarrive dans la salle de rptitions, jai dj les textes. On voit ensuite qui dit quoi et ce quon fait de ces textes. Mais je nimagine pas que tel ou tel comdien dira tel ou tel texte au moment o je suis en train de lcrire. Disons quil ne sagit pas dune criture thtrale. Un auteur de thtre considrerait que sa matire, ce sont les acteurs, et quil crit pour des acteurs. Moi non. Je suis un pote. Jcris mes pomes chez moi. Ensuite, je les donne aux comdiens et advienne que pourra.

    Rodrigo Garca, propos recueillis et traduits par Christilla Vasserot pour le Festival dAutomne-Paris, extraits

    (1) Le vieillissement de lespace ordure est inexistant ou catastrophique ; parfois tout un espace ordure (des grands magasins, une bote de nuit, un appartement de clibataire) se transforme, du jour au lendemain, et sans pravis, en dchetterie : la puissance du courant lectrique diminue, les lettres tombent des panneaux publicitaires, les climatiseurs se mettent goutter, apparaissent des fissures semblables celles dun tremblement de terre non enregistr, certains secteurs pourrissent et cessent dtre viables, et demeurent nanmoins relis au corps principal par des passages gangrns. Rem Koolhaas(2) Au fur et mesure que lhomme se dplace sur terre, il emporte avec lui son propre paysage, consciemment ou inconsciemment (). On tudie les mauvaises herbes, ailantes et tournesols sur les bas-cts des voies ferres et la laitue sauvage dans les terres non cultives. Certains dentre nous commencent accepter graduellement que lhomme, avec ses propres limites biologiques, fait partie de la nature. () Parmi les montagnes dordures, lhomo sapiens est le plus puissant de tous les organismes de par ses impacts primaires et secondaires sur le paysage. Edgar Anderson

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  • auThtre Molire Ste

    6NOVEMBRE

    dure : 2h20

    20h30

    En partenariat avec la Scne Nationale de Ste

    et du Bassin de Thau BUS GRATUIT hTh met disposition des spectateurs

    un bus gratuit pour se rendre Ste.dpart Place de France (Odysseum) 19h.

    Merci de rserver votre place de bus quand vous achetez votre billet hTh

    pour ce spectacle.

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  • LE POTE AVEUGLE

    de :

    Jan Lauwers & Needcompany

    Texte, mise en scne, images : Jan Lauwers Avec : Grace Ellen Barkey, Jules Beckman, Anna Sophie Bonnema, Hans Petter Mel Dahl, Benot Gob, Maarten Seghers, Mohamed Toukabri Musique : Maarten Seghers Costumes : Lot Lemm Lumires : Marjolein Demey, Jan Lauwers Son : Ditten Lerooij Assistante la mise-en-scne & dramaturgie Elke Janssens Production : NeedcompanyCoproduction : Kunstenfestivaldesarts, Kunst Fest Spiele Herrenhausen, FIBA - Festival Internacional de Buenos Aires, Knstlerhaus Mousonturm. Avec le soutien des autorits flamandes.Diffusion en France Scne Nationale de Ste et du Bassin de Thau / Fabrique - productionCe spectacle est prsent Ste les 5 et 6 novembre 20h30

    Lide du Pote aveugle est ne lors de ma visite la grande mosque de Cordoue. Au milieu de cet difice unique aux trois cents colonnes, lglise catholique a dtruit une srie dentre elles pour y riger une cath-drale. La cathdrale parat petite et un peu grotesque au milieu de cette architecture mau-resque sophistique. Jtais interloqu devant tant de maladresses historiques Au XIe sicle, Cordoue tait le centre du monde arabe. Il y vivait environ 300 000 habitants quand Paris en comptait moins de 50 000. Il y avait une bibliothque de 600 000 livres alors

    qu la mme poque il en existait trs peu en Europe. Les femmes avaient un rle non ngli-geable, ne portaient pas de voile et traduisaient Virgile et Platon. Cest ainsi que toute la culture grecque et chrtienne a t sauve.Cette histoire de Cordoue nest quun exemple parmi de nombreux autres de la faon dont lhistoire vient nous.

    Jan Lauwers

    Combien, au juste, de mensonges, de rencontres fortuites,

    daccidents de parcours ont dtermin lhistoire que nous

    connaissons ? Jan Lauwers sinspire des arbres gnalogiques

    des sept performers de sa compagnie pour crire sept portraits, fonds sur leurs

    diffrentes nationalits, cultures et langues Et constate que chacun

    a quelque part un lien ou une correspondance avec tout le monde.Quant au pote aveugle du titre, cest Abu lAla Al-Maarri, grand pote syrien du XIe sicle, Sicle

    des Lumires pour lIslam, dont Jan Lauwers cite des pomes dans

    le spectacle.

    spectacle en franais et en plusieurs langues surtitres

    HUMAIN TROP HUMAIN / CDN MONTPELLIER / 2015 / 2016 / PAGE 11

  • 10 14NOVEMBRE

    20h

    spectacle co-accueilli avec le domaine dO domaine dpartemental dart et de culture

    auThtre dO

    dure sous rserve : 1h30

    (relche le 11 novembre)

    Portrait de Paul Celan

    Rencontre avec lquipe artistique le 12 novembre

    lissue de la reprsentation

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  • LE MRIDIENdaprs le livre de Paul Celan Ed Le Seuil

    Un projet de et avec Nicolas BouchaudMise en scne ric Didry

    Avec Le Mridien, Nicolas Bouchaud poursuit et creuse son chemin

    dexplorateur de la pense et de penseur empirique et brillant du jeu de lacteur. Cette fois

    sur les traces de Paul Celan, il renouvle son questionnement sur la reprsentation et cherche avec le pote une sorte dincarnation qui ne serait pas interprtation ni reprsentation mais cration

    permanente dun prsent qui nexiste et ne se

    partage quavec le spectateur.

    Traduction : Jean LaunayAdaptation : Nicolas Bouchaud,

    ric Didry et Vronique TimsitCollaboration artistique :

    Vronique TimsitLumire : Philippe Berthom

    Scnographie : lise CapdenatSon : Manuel Coursin

    Production : Humain trop humain CDN Montpellier

    Coproduction : Thtre national de Strasbourg, Festival dAutomne Paris, Le Thtre du Rond-Point,

    Le domaine dO domaine dpartemental dart et de culture,

    Montpellier, La Compagnie Italienne avec Orchestre

    HUMAIN TROP HUMAIN / CDN MONTPELLIER / 2015 / 2016 / PAGE 13

  • Il y a, lintrieur mme du texte, une forme doralit que le style elliptique de Celan accentue. Le fil de la parole sinterrompt rgulirement pour laisser passer, dans les interruptions, une autre voix comme si deux ou plusieurs discours se superposaient. On entend quelquun qui pense vue, devant nous, qui sinterroge lui-mme et interroge son auditoire. Ces incises, ces questions et autres digressions sont des leviers concrets pour donner vie cette parole, pour mettre en route la pense.Le Mridien nest pas une confrence sur la posie et surtout pas une leon. Cest davantage un chemin, un voyage que Celan entreprend de faire avec nous.Le texte dans sa progression, finit par se confondre avec la tche que Celan assigne au pome : crer un dialogue qui va dun Je vers un Tu. La posie est un langage de la proximit qui se donne et soffre lautre. Je ne vois pas de diffrence entre une poigne de main et un pome crit- il dans une lettre Hans Bender.

    Avec La Loi du marcheur et Un mtier idal, des passerelles stablissaient en toute vidence avec la scne et les mtiers du plateau. Est-ce le cas ici encore ? Oui. Nos deux spectacles prcdents interrogeaient en filigrane la pratique de lacteur et plus largement celle du thtre en les confrontant des pratiques diffrentes. A partir de cette confrontation nous pouvions reformuler un certain nombre de questions : Quest ce quon fait exactement quand on joue ? Quel type dexprience partage-t-on avec le spectateur ? ()Avec Le Mridien et travers la posie telle que la conoit Celan, nous sommes au cur dune question qui touche lacteur mais aussi, plus largement notre rapport la reprsentation.Aborder Celan, cest se dprendre de ses habitudes, accepter que le langage ne nous renvoie pas une image des choses, une reproduction ou une imitation du rel. Celan refuse tout usage de la mtaphore. Les mots composs quil cre sont toujours prendre au sens propre comme des crations de choses et en aucun cas comme des images. Pour Celan la posie est une interruption de lart cest dire une interruption de la mimesis (de la reprsentation). Lacte potique consiste percevoir, non reprsenter. Ce qui est en train dapparatre ne se reprsente pas. Cest ici me semble-t-il que la recherche de Celan peut rejoindre celle de lacteur. Ce qui est en train dapparatre, en train de sinventer cest prcisment le geste, le mouvement, par lequel lacteur sincarne en sexposant devant les spectateurs. Ce point de rencontre se fait au moment o nous comprenons physiquement, lorsque nous jouons, quil nexiste pas de ralit extrieure la scne. La reprsentation thtrale ne se place pas dans une logique dimitation. Lacteur nest pas en train dimiter ou de copier un personnage dont il faudrait comprendre le sens au-del de la reprsentation. Il se ralise lui-mme devant nous comme sil tait non pas un personnage mais une personne.

    Du 10 au 14 novembre 20h au Thtre dO

  • LE MRIDIEN

    Une personne, cest vous, cest moi, cest le premier venu, nous sommes des personnes au sens o nous inventons notre tre chaque instant, au sens o nous sommes dans le doute et dans le drame de nos incertitudes. () Lacteur ne connat quun seul temps : le prsent. Et dans ce prsent incertain quil paissit, quil densifie et dans lequel il avance pas pas, dans la retenue de lexpiration et du souffle, dans le pur suspens du parler, ce quil cre cest du temps, du temps pour lautre, pour celui qui lcoute et le regarde parler. La posie de Celan est une posie pneumatique, une posie du souffle. Elle touche un endroit trs intime de lacteur, sa respiration.

    Vous jouez par ailleurs, Le Misanthrope, Galile, do vient ce besoin dinventer aujourdhui avec La Loi du marcheur et Un mtier idal comme avec Le Projet luciole un thtre confrence, immdiat, sans mur entre les spectateurs et vous ? Il y a le titre dun livre de Maurice Blanchot que par ailleurs je nai pas lu, qui me revient souvent en tte : LEntretien infini.Sentretenir. Le verbe serait prendre dans deux sens : la fois inventer une forme de dialogue avec le spectateur mais aussi, sentretenir au sens de prendre soin les uns des autres, garder la forme, rester debout, vigilant, dans lalerte de la pense.Ce ne serait donc pas prcisment un thtre confrence qui supposerait encore lide dun quatrime mur ou dun certain surplomb. Nous cherchons crer des espaces les plus ouverts possibles et ds que nous voyons une scne surleve cest la paniqueMais je crois que le mot qui me tient le plus cur cest celui de transmission.Cest de a, de la transmission, dont je suis tomb amoureux la premire fois que jai vu linterview de Serge Daney qui est lorigine de notre premier spectacle : La Loi du marcheur.

    Tout au long du spectacle travers le cinma, la mdecine ou la posie, on vous passe une exprience qui fera peut-tre cho avec la vtre ou avec celle de votre voisin, etc. Et puis lintrieur de a, en compagnie de Daney, de Berger ou Celan, on bifurque, on digresse, on emprunte tel petit sentier escarp, on revient sur une route plus balise Mais on avance pas pas, ensemble, sans brler les tapes. Cest a le cheminement secret auquel je tiens le plus et qui constitue ldifice souterrain de mon dsir.Ces formes, issues de textes non-thtraux, nous obligent forcment avec Eric Didry et toute lquipe, une rflexion sur la reprsentation. Quest-ce quon reprsente ? Comment on le reprsente ? Ces questions poses la reprsentation sont un moteur pour nos crations, elles sont aussi importantes que le texte lui-mme.Cest l que la frquentation de Shakespeare, Brecht ou Molire nest pas sparable des formes que nous construisons. Toute grande pice est toujours un dfi la reprsentation.

    Nicolas Bouchaud

    HUMAIN TROP HUMAIN / CDN MONTPELLIER / 2015 / 2016 / PAGE 15

  • 1 2DCEMBRE

    Luis Garay, jeune chorgraphe colombien install en Argentine, emprunte autant la danse qu la

    performance. Pour qualifier son travail, il prfre parler de danse-technologie, danse-thtre, danse conceptuelle,

    danse-show, plutt que de danse contemporaine. Une approche de la danse comme une science du corps.

    hTh (Grammont)

    20h

    dure sous rserve : 1h

    Rencontre avec lquipe artistique le 2 dcembre

    lissue de la reprsentation

    L

    uis

    Gar

    ay

  • Conception et mise en scne : Luis Garay

    COCOONING

    Comdiens dhTh & co : Gonzalo Cunill, Nria Lloansi, Juan NavarroLumires : Martine AndrSon : Daniel RomeroCostumes : Marie Delphin Production dlgue : hTh CDN MontpellierCoproduction : Festival Montpellier Danse 2015, Thtre de LigePour cette cration, Luis Garay a t accueilli en rsidence lAgora, cit internationale de la danse, avec le soutien de la Fondation BNP Paribas, en juin 2015. Cocooning a t cr dans le cadre du Festival Montpellier Danse 2015

    HUMAIN TROP HUMAIN / CDN MONTPELLIER / 2015 / 2016 / PAGE 17

  • Que peut imaginer un corps ? (Maneries, 2010) O est-on lorsque lon mdite ? (Actividad mental, 2012) Que peut tre un muse du prsent ? (Under de si, 2013). Comment imaginer lorigine dun mouvement lorsquon nen connait que des copies de copies ? (Ciencia y Friccin, 2014).La plupart des prcdents travaux de Luis Garay sarticulent autour des mmes intrts : la conscience, limagination, la fiction et leurs rapports avec leffort, lexercice et laction pure . Avec les comdiens de hTh & co, Garay explore ces questions appliques au langage quotidien, en tant que chorgraphie cache. La discussion est sans doute lune des activits les plus proprement humaines et pourtant, les discussions, telles quon les connat, ne seront bientt que ruines. Cocooning tente dobserver le prsent la faon dune fouille archologique, et par consquent de faire du futur une fiction. Cocooning aborde le problme environnemental de faon littraire et mtaphorique. Lenvironnement considr comme construction dune exprience spatiale et physique. Une exprience de danse.

    Tu es le premier artiste invit travailler avec la troupe permanente de hTh : trois performers, un crateur numrique et musicien que tu ne connaissais pas du tout et qui nont pas de formation acadmique comme danseurs. Si Rodrigo Garca a pens toi et que tu as accept cette proposition, cest parce que tous deux, vous partagez une vision ample de la scne, bien au-del de ses frontires. Toi qui est chorgraphe, quentends-tu par arts de la scne au XXIe sicle ?Je lentends comme une observation, une faon de signaler ce quon observe de notre relation avec la culture, avec la biologie, en dfinitif, avec laxe chose / humain aujourdhui.

    Tes uvres Maneries et Cencia y friccin se fondent sur ce qui se passe au niveau des corps des interprtes. Ces corps sont la fois un

    parc, une ville, un pays concret avec sa langue, son histoire, son tat desprit caractristique plus quun chorgraphe, tu es un cartographe ou un historien du corps. Quel lieu occupent les performers dans Cocooning et que se passe-t-il avec leurs propres corps dans cette pice ?Cest dabord un lieu de co-cration, o lon sexprime et o lon dbat. Peu importe le rsultat, les performers auront particip aux interrogations sur le processus. Ensuite, je pense que leurs corps continueront de travailler dans cette direction que tu nommes cartographie. a mintresse quils ne soient pas danseurs et pourtant faire appel eux en tant que danseurs. On construit galement ensemble ce qui sera latmosphre sonore du projet.

    Supposons que nous sommes animistes. Est-ce que tu peux faire la diffrence entre le corps et lme ou au moins nous expliquer comment tu imagines ce binme philosophique prsocratique, si bien sr a a du sens de parler de a aujourdhui ?Je ne fais pas de diffrence, je pense que tout est substance. Une chose nempche pas lautre, tout converge vers la complexit. Lide desprit me plat plus que celle dune me spare de son corps. Jai fait une uvre qui sappelle Activit Mentale.

    Un jour de rptition hTh, tu as demand aux acteurs de travailler avec des pierres qui tranaient sur un terrain ct du thtre. Plusieurs heures plus tard, tu as converti ce qui tait une poubelle, en une espce de mini-paradis-pour-vivre. Les pierres taient disposes de manire former un paysage hypnotique petite chelle, rappelant des temples. Comment tes venue cette ide ? Larchitecture peut nous rendre meilleurs ou moins bons ? Chaque homme est-il un temple ? Tout travail physique - maon, danseur - fait de nous des dieux au quotidien ? Je mintresse beaucoup lide dexercice, de travail. Agamben dit que le travail de la vie cest a, cest de supporter lexistence. On avait une activit en apparence inutile, comme bavarder

    Les 1er et 2 dcembre 20h hTh (Grammont)

  • COCOONING

    ou mettre des pierres en ordre. Jaime lide de raliser quelque-chose dabsolument inutile mais de faon applique, et de faire quelque chose de trs important de faon stupide.

    Quand cet entretien sera publi, ton spectacle sera dj termin. Aujourdhui, quelques semaines de rptitions avant de terminer ta pice, peux-tu nous dire ce que vous recherchez toi et les performers de Cocooning ? Nous cherchons transformer le thtre en cocon.

    Dans ton uvre Under de si tu as recr avec lartiste plasticien et ami Diego Bianchi un paysage similaire une discothque daujourdhui mais peint de la main de Bruegel ou de El Bosco. Dans Cocooning, il y aura aussi des rfrences classiques ? Il parat que tu travailles toute la journe avec les nouvelles technologies et je ne sais pas si a tloigne ou te rapproche de lhistoire de lart ?La technologie a le pouvoir de tout rapprocher, je pense, et mieux encore : elle cre une toute nouvelle approche de la notion de distance . Dans ce processus, nous navons pas travaill proprement parler avec de la technologie mais nous avions simplement accs internet durant nos heures de travail. Cest une extension du corps. On cherche des rfrences, on lit. Dailleurs je suis trs analogique, jutilise rarement la vido et les artefacts sur scne. Je pense que ma principale rfrence classique pourrait tre Sisyphe.

    Ta faon de traiter la sexualit et lrotisme est dconcertante. En revenant sur tes uvres, il y a toujours un corps sur le point de se dgorger dobscnits et qui finalement prend dautres chemins, plus subtils et plus sombres. Nous ne te demandons pas de nous donner le secret, mais Comment et pourquoi le fais-tu ? Quel degr de complicit ont les performers sur ce sujet ?

    Lrotisme, cest comme un corps ouvert, non ? Tout au moins nergtiquement. Jessaie den parler avec les personnes avec qui je travaille, atteindre des tats qui nous permettent daccder cette nergie. Des tats dinsistance, deffort. La relation entre leffort et la fiction, lrotisme et lobscnit mattire beaucoup. Rechercher une limite.

    Dans ton travail, lespace sonore est aussi important que lespace visuel et parfois ils sexcluent lun lautre (tu optes pour lun ou pour lautre mais tu ne tombes pas dans des baroquismes) ; merci pour ton conomie et ton courage. Tu pourrais nous parler de lespace visuel et de lespace sonore dans ta pice ? On souhaite travailler en considrant que converser est une ruine, imaginer un futur o nous naurions plus besoin de parler. Personnellement, jprouve davantage de plaisir envoyer des mails, ou chater qu parler. Je ne suis pas nostalgique dun pass meilleur. En ce qui concerne le son, je pense que je ferai rfrence ce que jcoute aujourdhui. Le fils de Juan Navarro, qui a 16 ans, coute galement une musique qui me plat beaucoup. Je pourrais lutiliser.

    Tu reviens dun long voyage au Japon. Quest-ce qui tattire autant dans ce pays, est-ce la prsence abusive de la technologie dans les grandes villes ou le ct spirituel et la culture ancestrale les deux cts dune drle de mdailleJaime et je suis touch par leur intime relation avec lide du respect . Le respect pour les mots, pour le silence, pour les objets, pour les humains, pour le temps, pour tout ce qui a un nom. De la mme manire que a te dsespre, a te touche.

    Luis Garay, interview hTh

    HUMAIN TROP HUMAIN / CDN MONTPELLIER / 2015 / 2016 / PAGE 19

  • festival des arts et des critures cntempraines

    Du 12 au 22

    janvier

    2016

    Montpellier hTh (Grammont)

    et au CCN

  • A linvitation de Rodrigo Garca, le Festival actoral

    fait escale Montpellier du 12 au 22 janvier 2016.

    Fond sur les critures contemporaines quil

    interroge dans tous les domaines artistiques,

    le Festival actoral, dirig par Hubert Colas,

    provoque des rencontres indites et surprenantes

    entre des auteurs, des metteurs en scne, des

    chorgraphes, des acteurs, des plasticiens franais

    et internationaux, emblmatiques et mergents ;

    au travers dune programmation de lectures, de

    performances, de mises en espace, de spectacles et

    de concerts.

    Le programme dactoral montpellier sera disponible en

    dcembre 2015

    Coproduction Humain trop humain CDN de Montpellier et

    Festival actoral, Marseille.

    En collaboration avec I.C.I - centre chorgraphique national de

    Montpellier Languedoc Roussillon.

    En partenariat avec La Panace.

    Jaime Marseille, entre autres choses parce quil y

    a actoral. Compare Montpellier, on pourrait dire

    quil sagit dune ville plus dangereuse. Et actoral

    fait de Marseille une ville plus dangereuse encore

    cause du type dartistes qui y sont produits et

    programms : ils sont une menace pour ceux qui

    saveuglent dans la tradition et rsistent (pauvres

    deux !) lvolution naturelle des arts de la scne.

    Etant donn que hTh ne roule pas sur lor et que

    les htels cotent un bras, je ne pouvais pas rester

    dormir l-bas, et jai pass des nuits et des nuits

    faire des allers-retours entre Montpellier et

    Marseille, pour ne rien perdre de la dernire

    (et magnifique) dition dactoral. A hTh et au CCN, nous avons pens que ce serait

    une bonne ide de rapprocher de Montpellier

    ce phnomne marseillais que Hubert Colas a,

    pendant des annes, tiss avec soin, jusqu ce

    quil devienne un festival de rfrence et, surtout,

    une fte intrieure pour tout esprit libre et assoiff

    de vrits.

    Rodrigo Garca

    L

    aure

    nt G

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    t

  • Texte franais de Laurence SendrowiczAvec : Brenda Bertin, Bruno Vanden Broecke, Jean-Baptiste Szezot et Mieke VerdinMusique : Bruno Vanden Broecke et Jean-Baptiste SzezotDramaturgie : Hildegard De VuystScnographie : Michiel Van CauwelaertCostumes : Lies Van AsscheProduction : KVS BruxellesRemerciements : Vlaamse Gemeenschap, Vlaamse Gemeenschapscommissie, Brussels Hoofdstedelijk Gewest & Stad Brussel

    hTh (Grammont)

    26 29JANVIER

    dure : 1h30

    20hSchitz est une farce flamboyante

    et lamentable qui tire la mitraillette sur les valeurs

    dun monde en droute : famille, argent, patrie. Autour du

    mariage minable et arrang de la fille hideuse dune famille

    bourgeoise avec un gendre prtentieux avide de dpouiller

    le plus rapidement possible son beau-pre radin, Hanokh Levin dmonte par lironie les intrts drisoires qui

    traversent jusqu la moindre de nos relations sociales. David Strosberg compose

    partir de la pice une mlodie cynique et populaire, entre le

    cabaret et le grotesque, o la cellule familiale devient la caisse de rsonnance de

    toutes les maladies incurables de nos socits en faillite. Dans Schitz le rire nest pas

    librateur, il est le rvlateur brutal de la marchandisation

    dfinitive de nos vies.

    Rencontre avec lquipe artistique le 28 janvier

    lissue de la reprsentation

    Vendredi 29 janvier : la reprsentation est accessible aux personnes en situation de handicap visuel grce une audiodescription

    D

    anny

    Wile

    ms

  • De Hanokh Levin (Editions thtrales)Mise en scne : David Strosberg

    SCHITZHUMAIN TROP HUMAIN / CDN MONTPELLIER / 2015 / 2016 / PAGE 23

  • Comment est n ce projet de mise en scne de Schitz ?

    Pour ma premire mise en scne en 2000, jai mont LEnfant rve de Hanokh Levin au Thtre Varia. Javais dcouvert ce texte et cet auteur en assistant une lecture Paris. Ensuite, jai poursuivi ma lecture de luvre de Levin et, au fil de la parution des traductions, jai dcouvert Schitz, ce devait tre en 2002 ou 2003. Mon dsir de monter ce texte a t immdiat, trs vident, je lai propos au KVS et laventure a commenc.Schitz appartient la catgorie des pices politiques de Levin, alors que Lenfant rve faisait partie des pices mythologiques . Chez Levin, lcriture est trs diffrente selon les pices, mme si lon reconnat que lon a affaire un seul et mme auteur. Et je trouve cela extrmement riche. Cela ouvre des perspectives de travail multiples.Schitz est une pice centre sur la maison, lintrieur, cest une pice familiale. Elle a bien sr une vraie dimension politique, mais au premier abord, le contexte est bien celui-ci : une famille, chez elle, qui vit, qui parle. Alors que dans LEnfant rve, lunivers est plus baroque, il y a un plus grand nombre de personnages, on y voque des rves, un messie, lexil.

    Outrancier, excessif, irrvrencieux, burlesque, cruel, tragique, tels sont les adjectifs auxquels on pense en lisant Schitz. Comment mettre en scne un tel texte ? Quels ont t vos choix ?

    La question de la caricature est tellement appuye dans lcriture de cette pice que mon enjeu a t prcisment de ne pas lamplifier, de rester le plus possible sincre, sobre.Ayant dj assist des mises en scne de Schitz qui jouaient au contraire sur un jeu et des costumes caricaturaux, jai pu mesurer combien ces choix loignaient les personnages de nous, combien on pouvait rater alors la dimension proprement humaine de ces personnages et ce qui les relie nous. Selon moi, les thmes voqus par ce

    texte ne sont pas caricaturaux, et ma mise en scne vise rendre perceptible la part de fragilit, de sincrit que contiennent aussi ces personnages. Je souhaite que tout le monde puisse se reconnatre en eux.Lun de mes premiers choix de mise en scne a t de rendre obse toute la famille. Dans le texte, seul la fille qui cherche se marier est grosse. Jai souhait que tous le soient. Cela a t une dcision assez instinctive. Jai ensuite choisi de recourir des techniques assez chres mais efficaces (au niveau des costumes) pour que lillusion soit parfaite : les comdiens ne sont pas dguiss en gros, ils ont vraiment lair dtre gros. Ce fut notre plus gros poste en termes dinvestissement scnographique. La scnographie pour le reste est trs simple, elle se compose de 4 chaises et dune guitare. Et quand ils entrent en scne, ces 3 comdiens gros, le pre, la mre et la fille, le public rit, mais dun rire gn. Comme sils riaient non pas dune farce joue (l le rire pourrait tre franc), mais de quelque chose de plus rel, dune obsit relle, non factice.Notre travail sur le plateau a vraiment t guid par un souci de sobrit, de sincrit : ne pas crier, ne pas sur-jouer, viter les artifices. Pour les passages chants par exemple, nous avons choisi de les faire a capela et accompagns par une guitare, quelque chose de trs simple, dimmdiat. La musique a t compose par deux des comdiens.

    Dans cette pice, les personnages ont des rapports extrmement directs, cruels, violents, il est question dargent, de nourriture, les corps sont voqus crment dans leurs besoins, on pourrait dire quon est ras du sexe et de la saucisse, quen dites-vous ? Quest-ce qui vous a intress l-dedans ?

    La seule valeur qui traverse la pice est celle de la rentabilit. Le pre, Schitz, dit un moment dans la pice quil faudrait pouvoir capitaliser le sommeil et le repos. Tout est chiffr, le souci du gain a compltement remplac les sentiments. Schitz, toujours, voque un moment la somme de ce quil

    Du 26 au 29 janvier 20h hTh (Grammont)

  • SCHITZ

    a ingurgit depuis quil se nourrit et il se demande o sont passs tous ces aliments, qui quivalent selon lui 600 bufs. Il y a une obsession de largent et de la chair. Selon moi, cette obsession masque un certain dsespoir existentiel, elle masque des dsirs, des envies fragiles dtre aim. Je trouve que cette pice de 1975 est un miroir trs juste de la socit dans laquelle nous vivons. Et cest cette ide-l aussi que je souhaite dfendre dans ma mise en scne : ce qui se passe dans cette pice est trs choquant, mais trs rel aussi. Il ne sagit pas dune fiction, ni dune farce, ni de quelque chose de strictement extrieur nous.Cette famille est le miroir dune socit prise dans une spirale mortifre de haine et de pouvoir, les individus y sont dpourvus de toute conscience morale. Cette socit, cest la ntre.Dans cette pice, crite par un isralien, la guerre rde. Je pense quun auteur dune toute autre nationalit aurait galement pu crire cela, rendre compte de cette ralit-l : il y a des conflits et ces conflits permettent certaines personnes de senrichir. Toutes les guerres sont conomiques. Certaines personnes nont aucun scrupule senrichir grce la guerre. En Belgique, il y a une socit darmement qui sappelle FN, cette usine alimente de nombreux conflits dans le monde. Cest ainsi. Cela ne les drange pas.

    Et la famille, que dit selon vous, ce texte de la famille, de la filiation ?

    Dans cette pice, les personnages cherchent le bonheur, mais ce dernier est absent.La mre rve de fuir avec un professeur amricain. La fille elle, rve de se marier et de tuer ses parents. Le pre quant lui, retrouve le chemin de ses sentiments envers sa femme quand il est prs de stouffer avec une saucisse.Hanokh Levin dsacralise totalement lide de la famille. Le pre, la mre, la fille, sont chacun tellement gocentriques que cela ne permet pas lexistence de ce quon pourrait appeler un microcosme familial. Lide selon laquelle en famille on serait l les uns pour les autres est totalement mise mal. La famille nexiste pas,

    seul le besoin dargent ou la satisfaction de besoins autres existe.La dimension de la famille comme celle de lamour sont dconstruites, dtruites. Rien nchappe, rien nest sauv. Et cela fait rire. Le constat est trs noir, mais il produit un effet comique. Kurt Tucholsky disait : Lhumour, cest quand on rit quand mme .Cest leffet que produit ce texte.

    Comment qualifieriez-vous lcriture de Hanokh Levin ?

    Hanokh Levin est pour moi un virtuose de lcriture. Je qualifie son criture dcriture mathmatique. Ce que je veux dire par l, cest quil est extrmement prcis : musicalement, au niveau du souffle, des respirations, du rythme. Par exemple, on ne peut absolument pas confondre, dans la pice, les passages chants avec les passages dits. Tout est trs calcul, trs prcis. Pour les acteurs, cest jouissif, il a une musicalit qui facilite la direction dacteur.On est, avec Levin, dans un thtre de limmdiatet, dans lequel les personnages, les acteurs se rpondent tout de suite, ce qui nest pas le cas chez Tchekhov ou chez Ibsen par exemple. Chez Levin, il ny a pas de silences rythmiques, pas de silences dintention car tout ce qui est pens est dit. Tout se passe comme si les penses parlaient. Il ne sagit donc pas du tout dune pice tiroirs, secrets, ni dune pice psychologique. Dans Schitz, on est dans le bestial, les mots frappent, sont trs coriaces. Et il ne sagit pas pour autant dun oratorio, ce thtre est un thtre physique, une pice pour des corps, sur des corps, avec des corps. Les acteurs ont une vraie et belle libert nergtique, physique.Si je devais faire des comparaisons, je dirais que pour la musicalit, Hanokh Levin se rapproche de Thomas Bernhard, et que pour ce qui concerne les personnages, il serait plutt du ct de Werner Schwab.

    David Strosberg, entretien ralis par Stphanie Chaillou

    HUMAIN TROP HUMAIN / CDN MONTPELLIER / 2015 / 2016 / PAGE 25

  • 16 19FVRIER

    20h

    spectacle en franais et en kinyarwanda surtitr en franais

    hTh (Grammont)dure : 1h45

    Rencontre avec lquipe artistique le 18 fvrier

    lissue de la reprsentation

    Confrence de Lucie Kempf

    le 17 fvrier 12h45 La Panace

    D

    anie

    l Sei

    ffert

  • HATE RADIOTexte & mise en scne : Milo Rau

    une production IIPM-International Institute of Political Murder

    avec : live : Afazali Dewaele, Sbastien Foucault, Diogne Ntarindwa, Bwanga Pilipili, vido : Estelle Marion, Nancy Nkusi dramaturgie & production : Jens Dietrich scnographie & costumes : Anton Lukas vido : Marcel Bchtiger son : Jens Baudisch assistanat la mise en scne : Mascha Euchner-Martinez production : IIPM-International Institute of Political Murder, Berlin / Zurich coproductions : Hauptstadtkulturfonds Berlin, le Migros-Kulturprozent Schweiz, Pro Helvetia Schweizer Kulturstiftung, le Kulturamt St. Gallen, le Kunsthaus Bregenz, le Ernst Ghner Stiftung, le HAU Berlin, le Schlachthaus Theater Bern, le Beursschouwburg Bruxelles, le migros museum fr gegenwartskunst Zurich, la Kaserne Ble, le Sdpol Lucerne, le Verbrecher Verlag Berlin, le Kigali Genocide Memorial Centre. avec le soutien de : Kulturelles.bl (Basel), Amt fr Kultur Luzern, le Goethe-Institut Bruxelles, le Goethe-Institut Johannesburg, Brussel Airlines, Spacial Solutions, la Commission Nationale de Lutte contre le Gnocide (CNLG), le Deutscher Entwicklungsdienst (DED), Contact FM Kigali et IBUKA Rwanda, la Hochschule der Knste Berne (HKB), la fondation Friede Springer Stiftung.

    Milo Rau cre des spectacles chocs en travaillant sur des vnements

    politiques violents issus de lHistoire rcente. Avec Hate

    Radio, il prsente, avec rigueur et intelligence, un thtre du

    rel saisissant. Dans un cube de verre est reconstitu le studio de la Radio des Mille Collines (RTLM), rouage de la mcanique gnocidaire mise en place au Rwanda en 1993-94. Lhyper

    ralisme de Hate Radio tient son dispositif immersif, chaque spectateur est aussi auditeur, muni dun transistor et dun

    casque, il coute lmission qui se droule en direct au plateau. Milo Rau montre avec cette pice, minemment politique, comment les

    mots peuvent tuer.

    HUMAIN TROP HUMAIN / CDN MONTPELLIER / 2015 / 2016 / PAGE 27

  • Au cours des mois davril, de mai et de juin 1994, on estime quentre 800 000 et 1 million de personnes appartenant la minorit Tutsi ainsi que des milliers de Hutu modrs sont assassins au Rwanda.

    Bien avant les 100 jours, la station de radio la plus populaire du pays, la Radio-Tlvision Libre des Mille Collines (RTLM) a pratiqu, quotidiennement, avec des techniques innovantes, un vritable lavage de cerveau chez ses auditeurs. La programmation mlait la musique pop, aux reportages sportifs, des pamphlets politiques et des appels explicites au meurtre. Le studio de RTLM est ainsi devenu en quelques mois, un laboratoire de propagation dides racistes, grenes au milieu dmissions de divertissement.

    Pourquoi avez-vous choisi de reconstituer un studio de radio pour aborder le gnocide rwandais ?

    Si le prologue et lpilogue de Hate Radio sont composs de tmoignages, il est vrai que le cur de notre projet tait de reconstituer une mission imaginaire dans le studio de la Radio-Tlvision Libre des Mille Collines, qui mettait Kigali avant et pendant le gnocide. Cette mission na jamais exist telle que nous la prsentons, mais nous avons repris des extraits dmissions bien relles qui se sont droules cette poque. Quand on ma demand, il y a cinq ans, de travailler sur le gnocide rwandais, jai lu toutes sortes de documents et jai trs vite ralis que je ne parviendrais pas fictionner une ralit aussi forte. Je me suis alors souvenu de lhistoire de la Radio-Tlvision Libre des Mille Collines (RTLM) et de lun de ses animateurs vedettes, Georges Ruggiu, le seul Blanc qui travaillait dans cette radio, aprs tre arriv par hasard au Rwanda.

    Lun des animateurs tait donc dorigine belge ?

    Tout fait. Il tait en consquence un alibi pour donner de la lgitimit cette radio, en en gommant son identit communautariste,

    celle des Hutus du Rwanda. En travaillant sur les archives de cette radio, jai, par ailleurs, ralis que javais dix-sept ans lorsque le gnocide sest droul et que jcoutais en Suisse la mme musique que celle diffuse sur les antennes de la RTLM. Les futurs assassins avaient donc peu prs le mme ge que moi, la majorit ayant entre seize et vingt-cinq ans. Ils coutaient cette radio parce quon y passait la meilleure musique en provenance du Congo et, plus largement, du continent africain, dans une tonnante dcontraction et une ambiance tout fait joyeuse. Cest ce rire du bourreau qui allait devenir le nuclus de mon projet pour raconter cette histoire complexe.

    Avez-vous rencontr les animateurs de la RTLM qui sont maintenant emprisonns ?

    Oui. Nous nous sommes rendus au Rwanda pour consulter et tudier les archives du Tribunal pnal international pour le Rwanda, qui a jug les responsables du gnocide. Nous avons ainsi eu accs aux procs-verbaux du jugement des animateurs de la radio et avons, ensuite, rencontr la prsentatrice la plus connue, Valrie Bemeriki, qui a t condamne la prison vie.

    Vous avez reconstitu trs prcisment leur studio denregistrement et vous avez travaill partir darchives sonores de la radio. Votre thtre relve-t-il du documentaire ?

    Je ne crois pas que mon thtre soit un thtre documentaire. Jai en effet utilis des documents existants, mais jai condens tous ces matriaux en une seule mission. Cela ne correspond donc pas la ralit. Comme pour mes spectacles prcdents, jai crit une histoire, un script que nous jouons maintenant sur scne. Les paroles dites par les comdiens ont toutes t dites : je nai rien invent. Sauf que ce ne sont pas obligatoirement les personnages figurant dans la pice qui ont prononc les mots que jutilise. Il y avait une dizaine danimateurs-journalistes la RTLM et je nen ai conserv que quatre pour concevoir mon spectacle. Nous avons aussi modernis

    Du 16 au 19 fvrier 20h hTh (Grammont)

  • HATE RADIO

    cette radio, qui devient plus post-moderne. Je qualifierais notre dmarche de naturaliste, plutt que documentaire. Nous sommes galement loin du thtre brechtien, car nous ntablissons aucune distance.

    Que se passait-il concrtement la RTLM ?

    Ctait une radio interactive : les auditeurs appelaient et parlaient de la musique quils coutaient. Puis, il y avait, par moments, des discours qui appelaient directement au meurtre. Mais cette radio gardait une dmarche dinformation gnraliste, avec des reportages sur le Tour de France, par exemple. Cest cette ambigut qui ma particulirement intress. Lorsque nous avons jou Kigali, des spectateurs mont dit : Ctait exactement comme a, mais vous avez oubli Mireille Mathieu !

    Nous avons donc rajout lune de ses chansons.

    Vos comdiens ont-ils vcu les vnements tragiques dont il est question ?

    Diogne Ntarindwa tait engag dans les troupes du Front patriotique rwandais, mais il coutait aussi RTLM et se souvient bien des missions de Kantano Habimana quil interprte dans la pice. Et Nancy Nkusi, qui joue Valrie Bemereki, avait huit ans au dbut des vnements et a fui avec ses parents. Sujet tabou, sa famille nvoquait jamais ces violences. Elle a dcouvert leur ralit tragique lors de notre travail et est revenue au Rwanda pour jouer la pice.

    Les animateurs de la RTLM dtournaient-ils le sens premier des mots quils employaient ?

    Cest la raison pour laquelle les juges, lors des procs, ont fait appel de trs nombreux experts en linguistique. La langue rwandaise est trs complexe et utilise beaucoup de mtaphores. Ainsi, quand les journalistes disaient librer , les auditeurs entendaient torturer , travailler pour tuer . Les linguistes ont donc compos un dictionnaire de mtaphores utilises par les gnocidaires. ()

    Selon vous, quest-ce que le thtre peut apporter de plus, par rapport aux films documentaires et aux tmoignages enregistrs ?

    Ce qui mintresse, cest de montrer ce que personne ne voit vraiment. Avec Hate Radio, ctait le studio et le quotidien des animateurs. Il sagissait de rvler la banalit du gnocide travers le travail quotidien des animateurs et journalistes.

    On les voit samuser et boire une bire, tandis que les cadavres samoncellent hors du studio. Le thtre permet de montrer la face cache. Par ailleurs, il permet de sadresser chacun. Dans notre pice, le spectateur coute lmission travers un casque individuel, quil peut retirer son gr. Nous avons en effet souhait le placer dans la position dun auditeur de radio.

    On parle donc chaque spectateur, tout en lui laissant la possibilit de se soustraire notre propos. Au thtre, nous ne sommes jamais dans un rve : nous sommes toujours rveills.

    Milo Rau, propos recueillis par Jean-Franois Perrier, Festival dAvignon, extraits

    HUMAIN TROP HUMAIN / CDN MONTPELLIER / 2015 / 2016 / PAGE 29

  • 7 13MARS

    !

    Aprs le spectacle Cour dhonneur pour la scne ponyme au Festival dAvignon en 2013, Jrme Bel sengage dans la cration dune srie de pices rassembles sous le titre gnrique de Gala.Le projet met sur scne un groupe dune vingtaine de personnes. Des danseurs et des acteurs professionnels, mais aussi des amateurs (enfants, handicaps, adolescents, retraits) sont runis localement pour le spectacle. Lenjeu est de faire coexister sur scne des individus aux cultures et aux esthtiques trs diverses. Cest en mettant en valeur la singularit de chacun et le partage de leurs savoirs propres que cette coexistence dsire peut se rvler fructueuse et joyeuse.

    Gala clbre le dsir de spectacle, partag trs largement, bien au-del des seuls praticiens. Dans une forme qui pourrait rappeler le gala de fin danne par la sincrit, le surinvestissement et parfois lamateurisme de ses participants, le projet questionne la culture du spectacle, et la faon dont elle sest dpose dans nos corps et nos imaginaires.Il sappuie sur la capacit de chacun se reprsenter et sapproprier des figures de danse ou de thtre appartenant une culture commune. On pourrait rsumer le projet la citation de Samuel Beckett : Try again, Fail again, Fail better. Car il ne sagit pas ici datteindre lexcellence, la virtuosit, mais de faire au mieux avec les moyens sa disposition.

    hTh (Grammont)

    Oh Nuits dYoung ! Vous mavez caus beaucoup de migraines

    crit Lautramont (Posies) au milieu du XIXe, avant de steindre 24 ans.

    Et quen est-il du mal de crne des adolescents daujourdhui, qui vivent ici et maintenant dans le fratricide

    XXIe sicle, cette poubelle ensoleille archipleine dinformations remixes et

    ddifices qui tombent en lambeaux ?Migraines de jeunesse, oui, bien sr mal de crne et de cur que a te plaise ou non sont les compagnons dune tape de

    la vie o tu doutes.

    Essai-erreur, sexualit, inimiti, soif de connatre et dceptions font de tout tre humain adolescent un jeune chien en mal

    daffection et de savoir, dambulant dans les rues en bande.

    Rodrigo Garca

  • OH NUITS D YOUNG !

    UN FESTIVAL ADOLESCENT POUR TOUS LES PUBLICS

    HUMAIN TROP HUMAIN / CDN MONTPELLIER / 2015 / 2016 / PAGE 31

  • dure : 1h20OH NUITS DYOUNG ! du 7 au 13 mars hTh (Grammont)

    PROGRAMME

    DES SPECTACLESOh Nuits dYoung ! propose trois spectacles dartistes franais et trangers qui mettent en scne des adolescents :. On na quune vie, dans laquelle je veux du temps pour me construire et me dtruire dAna Borralho et Joo Galante. Woe dEdit Kaldor. Pour Ethan de Mickal Phelippeau

    DES FILMSEn partenariat avec le Cinma Diagonal, Oh Nuits dYoung ! vous invite deux rendez-vous cinma. Deux projections sur le thme de ladolescence (peut-tre en avant-premire !), suivies de dbats avec les ralisateurs(trices), les organisateurs dOh Nuits Young ! et dautres intervenants.Lundi 7 mars 20h00 au DiagonalMercredi 9 mars 16h00 au DiagonalNous vous indiquerons les films choisis deux mois avant les sances afin de pouvoir coller lactualit cinmatographique.Diagonal Cinmas 5, rue de Verdun Montpellier

    DES ATELIERSAtelier de graphisme/dessin VHSLe workshop VHS encadr par hTh et Nils Bertho propose aux kids de dessiner directement sur les botiers de cassettes vidos VHS (objet culte des annes 90 - 2000). Pour cela, une grande collection de botiers de cassettes sera mis disposition, ainsi quun large choix doutils (feutres, poscas, collages...). Une exposition runira toutes les pices ralises durant le workshop.

    Atelier La langue do quelle vienneanim par Baptiste BrunelloAtelier dcriture bas sur la structuration minimum du langage parl. Se faire comprendre et cest tout.

    Atelier La cuisine du Beat anim par DJ LUHJEAtelier de cration dune boucle rythmique ou dun beat sur lequel chacun posera sa voix et son texte. Le beat sera produit partir de samples et dun squenceur logiciel type FL Studio ou Ableton Live.

    Les textes auront t crits lors de latelier La langue do quelle vienne avec Baptiste Brunello. Les morceaux seront ensuite exports et diffuss lors de la fte dOh Nuits dYoung !

    Atelier Thtre robotique anim par Daniel RomeroToute la saison, un groupe dadolescents va sinitier la robotique partir des arts de la scne.Dans le cadre de la fte dOh Nuits dYoung ! nous pourrons voir ce quils fabriquent.Plus dinfo cf p. 71

    Pour dates des ateliers, inscriptions, et plus dinfo : service des publics 04 67 99 25 12/[email protected]

    UNE FTEle samedi 12 mars hTh partir de 22h, prsentations des ateliers et concert lectro !

  • 9 12MARS

    ON NA QUUNE VIE, DANS LAQUELLE

    JE VEUX DU TEMPS POUR ME CONSTRUIRE

    ET ME DTRUIRE Conception, direction artistique, espace scnique et lumires :

    Ana Borralho et Joo Galante

    hTh (Grammont)dure : 1h20

    21hTexte original : Pablo Fidalgo LareoMusique originale : Coolgate et Pedro AugustoSonoplastie : Pedro Augusto Performers : un groupe de jeunes amateurs de la rgion

    Production : casaBrancaCo-production criture du texte original : Culturgest/projecto Panos- palcos novos palavras novas

    Dans On na quune vie, comme pour Atlas ou Allez mourir plus loin, Ana Borralho et Joo Galante travaillent avec des participants non professionnels, des adolescents en loccurrence. Ici encore, lintrt est de rapprocher lespace artistique de lespace social. Cette pice, ancre dans une priode de crises qui nous conduit repenser notre faon de vivre en socit, propose une rflexion sur les perspectives et les rves possibles pour la jeunesse.

    Face au public, des adolescents se proposent de parler de la signification ou de ce quils croient tre la signification de lexpression tre libre. Ayant devant eux un avenir qui ne garantit plus les vieilles rgles dun systme politique et social moribond, ils rclament un futur totalement ouvert.

    A partir du texte original de Pablo Fidalgo Lareo, ces jeunes veulent avaler le monde, le mastiquer et le rgurgiter. Mais ce processus

    requiert un venin, un venin sous forme de mots pour penser la dsorganisation du monde.

    Il sagit aussi dinterroger une socit qui continue de croire que nimporte quel travail vaut mieux que de ne pas en avoir, puisque la consommation ne doit jamais sarrter

    Rencontre avec lquipe artistique le 10 mars

    lissue de la reprsentation

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  • dure : 55mn

    9 11MARS WOE

    Conception et direction :

    Edit Kaldor

    spectacle en anglais surtitr

    hTh (Grammont)dure : 1h15

    19 hPerformeurs : Tirza Gevers, Kobbe Koopman, David de LangeTexte : Edit Kaldor, Karmenlara Ely et les performeursAssistant artistique : Jurrien van RheenenConseil dramaturgie : Camilla Eeg-Tverbakk, Nicola UngerLumire et technique : Ingeborg SlaatsConseil numrique : Tony SchuiteProduction : Stichting Kata / Edit KaldorCoproduction : Hebbel am Ufer, Berlin ; Teatro Maria Matos, Lisbonne et STUK, Leuven ItAvec le soutien de la Ville dAmsterdam, Dutch Performing Arts Fund, Amsterdam Arts Fund, SNS Reaal Fund, et the House on Fire European network

    Comment raconter une violence subie pendant

    lenfance ? A quel point peut-on comprendre

    lexprience de lautre ? Ces questions sont aussi

    celles que se posent, devant nous, les interprtes gs

    de 16 et 17 ans de Woe. Edit Kaldor leur laisse lespace dtre eux-mmes. Et dirige

    avec finesse un spectacle dune grande sensibilit

    sur ce que la maltraitance provoque sur ltre humain.

    Edit Kaldor combine des formes peu frquentes au thtre. Elle mle dans ses pices la fiction et le documentaire. Elle travaille essentiellement avec des amateurs et intgre souvent diffrents supports numriques de faon la fois simple et sophistique.Son travail repose sur une approche singulire des thmes existentiels.

    Rencontre avec lquipe artistique le 10 mars

    lissue de la reprsentation

    Trois adolescents font face au public et sadressent lui sans dtours. Ils veulent parler de quelque chose mais nont pas les mots pour le dire.Ils guident les spectateurs travers les souvenirs de leur propre jeunesse, et petit petit les habituelles reprsentations de lenfance laissent place des images lies lexprience de labandon ou de la maltraitance. Les jeunes gens nous plongent dans lintrospection, nous font naviguer entre des expriences subjectives faites de fantasmes, de rves, et des prcisions

    scientifiques sur ce qui se passe dans le corps et le cerveau au moment o violence est faite. Ils ne jouent pas vraiment pour nous, mais plutt avec nous. Et avec notre imagination. Ils ne cherchent pas susciter la piti. Mais ils parviennent toucher des nerfs que nous pensions tre dacier. Les adolescents retiennent les spectateurs avec poigne, pour les relcher tout de suite aprs, presque avec lgret. Ce Woe est vraiment une exprience puissante.

    Loek Zonneveld, De Groene Amsterdammer

    Rencontre avec lquipe artistique le 13 mars

    lissue de la reprsentation

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  • 13MARS POUR

    ETHANPice chorgraphique de

    Mickal Phelippeau

    hTh (Grammont)dure : 55mn

    16 hInterprte : Ethan Cabon Installation : Constantin Alexandrakis Lumire : Anthony Merlaud Regard extrieur : Marcela Santander Corvaln Production, diffusion, administration : Bureau Cassiope Isabelle Morel et Manon Crochemore Remerciements : Mauricette Bernier-Pelleter, Eve Cabon, Herv Cabon, Maud Cabon, Chlo Ferrand, Denise Morin, Florent Nicoud, Huguette Prigent, Jean-Claude Prigent Production dlgue : La bi-pCoproduction : DOMICILE, rsidence dartiste, Guissny, Bretagne ; Thtre Brtigny, scne conventionne du Val dOrge Avec le soutien du Quartz, scne nationale de Brest Le danseur sappelle Ethan. Il a 15

    ans. Je le connais depuis 5 ans. Je lai vu danser, je lai entendu chanter. Il ma mu. Il a en lui cette fragilit et cette innocence des jeunes de son ge

    mles une puissance digne dun cheval plant dans le sol.

    Il sera question avec lui daborder ce moment de la vie quest

    ladolescence, ce moment o le corps connat probablement les plus grands changements, les plus grands

    bouleversements, ce moment de transition entre lenfance et lge adulte.

    Mickal Phelippeau

    Mickal Phelippeau a initi une dmarche intitule bi-portrait il y a quelques annes, un dsir daller vers , un prtexte la rencontre . A lorigine, le bi-portrait est photographique. Mais depuis 2008 il se dcline en version danse. Les bi-portraits de Mickal Phelippeau sont parmi les plus beaux objets chorgraphiques des dernires annes. Il fait merger des individualits saisissantes, quil dplace autant quil les observe

    Aujourdhui, le chorgraphe prsente Pour Ethan, avec un jeune garon de quinze ans. Le dispositif permet ce dernier de sexposer, avec autant de pudeur que de puissance. Mais Mickal Phelippeau, qui le rejoint sur le plateau, sexpose lui aussi dans ce rapport la grce juvnile de son partenaire. Et nous embarque dans cette plonge vers un ge fondateur : ladolescent nous parle de nous, renvoyant chacun son fonds de doutes et de rves.

    Marie Chavanieux, La Terrasse, juin 2014

    Adolescent, dj bien grand de taille, Ethan Cabon balance en scne une personnalit corporelle contradictoire, propre son ge : quelque chose dentier et incisif, tout sauf mivre ou inconsistant, mais quelque chose de non termin la fois, encore un peu schmatique, avec un reste de fragilit. Il sen tire merveille, entre des jeux souvent gaillardement inspirs du souffle alerte du sport, et bribes de rcits et points de vue sur le monde. Grard Mayen, Danser canal historique, 1 avril 2014

    Rencontre avec lquipe artistique le 13 mars

    lissue de la reprsentation

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  • auThtre Jean-Claude Carrire

    15 16MARS

    dure sous rserve : 1h30

    20hConfrence

    de Jrme Bel le 16 mars 12h45, La Panace

    spectacle co-accueilli avec le domaine dO-domaine dpartemental dart et de culture

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  • GALAConception et mise en scne :

    Jrme Bel

    Assist de: Maxime Kurvers De et avec : en cours de distributionProduction : R.B. Jrme BelCoproduction : Dance Umbrella (Londres), TheaterWorks Singapore/72-13, KunstenFestivaldesArts (Bruxelles), Tanzquartier Wien, Nanterre-Amandiers Centre Dramatique National, Festival dAutomne Paris, Theater Chur (Chur) et TAK Theater Liechtenstein (Schaan) - TanzPlan Ost, Fondazione La Biennale di Venezia, Thtre de la Ville (Paris), HAU Hebbel am Ufer (Berlin), BIT Teatergarasjen (Bergen), La Commune Centre dramatique national dAubervilliers, Tanzhaus nrw (Dsseldorf), House on Fire avec le soutien du programme culturel de lUnion EuropenneAvec le soutien du Centre National de la Danse (Paris) et de la Mnagerie de Verre dans le cadre du Studiolab (Paris) pour la mise disposition de leurs espaces de rptitionsRemerciements Boris Charmatz, Maguy Marin, Jeanne Balibar, et aux partenaires et participants des ateliers danse et voix.

    Aprs le spectacle Cour dhonneur pour la scne ponyme au Festival dAvignon en 2013, Jrme Bel sengage dans la cration dune srie de pices rassembles sous le titre gnrique de Gala.Le projet met sur scne un groupe dune vingtaine de personnes. Des danseurs et des acteurs professionnels, mais aussi des amateurs (enfants, handicaps, adolescents, retraits) sont runis localement pour le spectacle. Lenjeu est de faire coexister sur scne des individus aux cultures et aux esthtiques trs diverses. Cest en mettant en valeur la singularit de chacun et le partage de leurs savoirs propres que cette coexistence dsire peut se rvler fructueuse et joyeuse.

    Gala clbre le dsir de spectacle, partag trs largement, bien au-del des seuls praticiens. Dans une forme qui pourrait rappeler le gala de fin danne par la sincrit, le surinvestissement et parfois lamateurisme de ses participants, le projet questionne la culture du spectacle, et la faon dont elle sest dpose dans nos corps et nos imaginaires.Il sappuie sur la capacit de chacun se reprsenter et sapproprier des figures de danse ou de thtre appartenant une culture commune. On pourrait rsumer le projet la citation de Samuel Beckett : Try again, Fail again, Fail better. Car il ne sagit pas ici datteindre lexcellence, la virtuosit, mais de faire au mieux avec les moyens sa disposition.

    Do me vient cette passion pour le thtre ? Je sais aprs

    avoir fait des films, travaill dans des muses que le thtre est le lieu qui me convient, o je me sens le mieux, o je suis ma place. Jai essay de voir

    ce qui avait pu faire vnement pour moi ; jai cherch dans

    lenfance une exprience dcisive. Et rcemment je me suis aperu que ctait le gala de danse de ma sur : ces galas o lon voit

    des enfants rangs par classe dge dansant comme ils le

    peuvent.... Il y a une dimension de clbration, qui est due aux amateurs, qui mont amen vers leur intrt pour la danse.

    Jrme Bel

    HUMAIN TROP HUMAIN / CDN MONTPELLIER / 2015 / 2016 / PAGE 37

  • Depuis Disabled Theater et Cour dhonneur, votre recherche soriente de plus en plus vers une analyse du spectacle partir des corps, des individus qui en sont le plus souvent exclus. Quels sont les enjeux politiques et esthtiques de Gala?

    Le projet Gala merge dune recherche, qui a eu lieu sur un temps assez long. A lorigine, Jeanne Balibar mavait demand de venir travailler avec elle Montfermeil et Clichy-sous-bois pour accompagner des amateurs. Je navais jamais fait a et il se trouve que par ailleurs, je nenseigne pas. Mais dans ce contexte l, javais limpression que ctait possible : dune part parce que Jeanne mapportait tout sur un plateau, et dautre part parce que a me semblait tre un lieu favorable pour traiter certains problmes que je ressentais comme une possible limite de mon travail. Du coup jai saut sur loccasion ! Nous sommes partis tous les deux organiser ces ateliers, qui sappelaient ateliers danse et voix . Lors de latelier, jai rencontr des gens venus l parce quils avaient un intrt pour la danse et le chant intrt qui ntait dailleurs pas trs bien dfini. Pour ma part, je ne savais pas non plus ce que a allait pouvoir donner, et la rencontre de ces non-savoirs a t trs riche trs fragile aussi, ncessairement. Jai donc dcid de poursuivre et den faire un spectacle professionnel ralis principalement avec des amateurs. Gala, en tant que spectacle, vient de cette exprience l.

    Ensuite, je me suis trs vite aperu que si je ne travaillais quavec des amateurs, le travail courait le risque dtre lu selon un prisme social . Qualificatif qui me semble rducteur, mon travail est dabord artistique, et consquemment social et politique. Afin dviter cette lecture, jai pens quil fallait inviter des professionnels au spectacle afin de deffacer cette distinction amateur/professionnel ou social/artistique.

    Javais le sentiment que si Gala pouvait avoir un sens, il se devait dtre loccasion dun rassemblement, non dune exclusion de qui que ce soit. Du coup la distribution runit des gens qui ne sont jamais monts sur scne des gens dont cest le travail sans la moindre distinction.

    Lors de latelier danse et voix, chacun des participants amenait une matire, relie un contexte personnel, brossant des portraits subjectifs. Est-ce que cela forme encore un fil dramaturgique dans Gala ?

    Par dfinition, ce sont des amateurs donc des gens qui aiment. Amateur ne veut pas dire seulement non-professionnels , mais aussi et il faut que cette dimension reste centrale qui aiment, qui apprcient la danse, le spectacle. Du coup, dans la mesure o lobjectif nest pas du tout den faire des professionnels, la recherche sest appuye sur ce quils aimaient faire. Je leur ai demand comment ils aimaient danser, quelles taient leurs rfrences, quoi ils sidentifiaient. Est apparue trs vite lide de danse comme culture plutt que comme art : la culture de la danse. Comment des pratiques ou des formes savantes cres par des artistes se rpandent dans la socit ? Cest une perspective assez passionnante. Je tournais dj autour de ces questions, mais avec Gala, cest beaucoup plus prcis. Chacun porte des savoirs non pas chorgraphiques, mais danss - savoirs plus ou moins sophistiqus selon les personnes. Lenjeu de la pice, cest dviter les jugements. Ce qui est important, cest ce que signifient ces danses : pas leurs qualits intrinsques mais ce quelles expriment. Sachant que les professionnels aussi bien que les non-professionnels sont alins cet impratif de qualit, galement soumis la rgle du bien faire .

    Les 15 et 16 mars 20h au Thtre Jean-Claude Carrire

  • GALA

    Au fond, vous essayez de repartir de la danse en tant que mdium , en cherchant souligner ce quelle transporte plutt que la faon dont elle est effectue.

    La danse comme mdium dune expression subjective, cest a. Quest-ce quelle rvle, et quest-ce quelle permet chacun dentre nous dexprimer. Du coup, tous les gens qui me disent ah mais moi je ne sais pas danser , a mintresse beaucoup : jai tendance rpondre mais si ; partir de cet impossible l, de ce je ne sais pas danser pour dpasser la notion de jugement. Quelquun qui danse mal , dans ma perspective, a dit quelque chose : quelque chose de son rapport au corps, de sa culture, de son histoire personnelle.

    Jai appel cette pice Gala, parce que pour la premire fois, jutilise vraiment les ressorts, les outils que le spectacle me permet. Jai utilis ces ressorts pour la premire fois avec Disabled theater, parce que les acteurs handicaps my ont pouss, et que je les ai laisss faire. Donc jaccepte dsormais dutiliser le pouvoir du thtre pour les gens qui nont habituellement pas accs ces outils, qui ne sont pas dans le champ de la danse ou du thtre en position de pouvoir. Avec Gala, jessaie en quelque sorte de leur redonner des armes de la musique, des costumes, un public...

    Jrme Bel, entretien ralis par Gilles Amalvi pour le Festival dAutomne Paris, extraits

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    HUMAIN TROP HUMAIN / CDN MONTPELLIER / 2015 / 2016 / PAGE 39

  • Flte : Pierre-Stphane Meug, Amlie Berson Saxophones : Sakina AbdouOrgues : Denis Chouillet, Barbara DangPercussions : Stphane GarinGuitare et direction artistique : Didier AschourDedalus est soutenu par la DRAC Languedoc-Roussillon, le Conseil Rgional Languedoc-Roussillon, le Conseil Gnral de lHrault, la Ville de Montpellier, la SPEDIDAM et la SACEM.

    18MARS

    20h

    Lexcellent ensemble Dedalus, ardent

    promoteur en France de la musique contemporaine

    exprimentale nord-amricaine notamment, fait entendre ici une pice rare de Philip Glass : Music with

    Changing Parts.

    hTh (Grammont)dure : 1h

    Fond en 1996 par Didier Aschour, Dedalus est un ensemble de musique contemporaine tabli Montpellier depuis 2011.Son rpertoire est bas sur les partitions instrumentation libre issues de la musique contemporaine exprimentale des annes 60 nos jours. Lensemble se produit en Europe et aux Etats-Unis, notamment aux Instants Chavirs (Montreuil), Roulette (NYC), et dans des festivals comme Music Wed Like to Hear (Londres), Sonorits (Montpellier), Musique Action (Vandoeuvre-ls-Nancy), Angelica (Bologne), Elektricity (Reims).

  • IN MOTIONMusic with Changing Parts

    de Philip Glass par Dedalus ensemble

    Music with Changing Parts est une uvre musicale de Philip Glass compose en 1970 pour un ensemble concertant.

    Cette composition fait partie des uvres fondatrices de la musique minimaliste. Le seul enregistrement connu, qui a donn la version LP de 1973 et la rdition CD de 1994, provient dune interprtation effectue au Martinson Hall - Public Theater de New York en 1971. Cest lors dune tourne travers les tats-Unis et lEurope que David Bowie et Brian Eno firent la dcouverte de la musique de Glass. Le style de cette uvre influencera fortement Brian Eno, lorsquil composera, avec Robert Fripp, en 1973, lalbum No Pussyfooting 1.

    Music with Changing Parts est une composition construite sous la forme dune partition ouverte, ce qui permettait certaines liberts dinterprtation, aussi bien dans la distribution des instruments que dans la dure.La recration de luvre par Dedalus favorisera lapproche abstraite de la pulsation et un parti-pris qui renforcera la prdominance du son amplifi pour redonner luvre sa force originelle de transe aux effets psycho-acoustiques.

    HUMAIN TROP HUMAIN / CDN MONTPELLIER / 2015 / 2016 / PAGE 41

  • 22 25MARS

    dure : 1h10

    20h

    spectacle en portugais surtitr

    hTh (Grammont)

    Rencontre avec lquipe artistique le 23 mars

    lissue de la reprsentation

    Texte : Tiago Rodrigues, avec des citations dAntoine et Cloptre de William Shakespeare (traduction de Jean-Michel Dprats) Mise en scne : Tiago Rodrigues Interprtation : Sofia Dias et Vtor RorizScnographie : ngela Rocha Costumes : ngela Rocha et Magda Bizarro Musique : extraits de la bande originale du film Cloptre (1963), compose par Alex North Cration lumire : Nuno Meira Collaboration artistique : Maria Joo Serro et Thomas Walgrave

    Production : Teatro Nacional D. Maria II (aprs une cration originale de la compagnie Mundo Perfeito)Co-production : Centro Cultural de Belm (PT), Centro Cultural Vila Flr (PT) et Temps dImages (PT)Spectacle cr avec le soutien du Governo de Portugal | DGArtes Rsidence artistique : Teatro do Campo Alegre (PT), Teatro Nacional So Joo (PT) et Alkantara (PT)Soutien : Museu de Marinha (PT) Mundo Perfeito est une compagnie rsidant Alkantara (Portugal) et associe O Espao do Tempo.

    Tiago Rodrigues, nouveau directeur du Thtre National

    de Lisbonne Dona Maria II, est un jeune artiste qui a souvent collabor avec tg

    Stan et Rabih Mrou.Il crit et dirige ici les danseurs-comdiens Vtor

    Roriz et Sofia Dias pour une adaptation dAntoine et

    Cloptre libre des dangers du thtre conventionnel,

    et nous livre une recherche compltement habite : les mots prennent rellement

    corps, lcho de Shakespeare rsonne, lesprit dAntoine

    et celui de Cloptre rgnent

    Dites lun de leur nom, lautre suit immdiatement. Notre mmoire ne peut les voquer lun sans lautre. Plutarque crit qu partir deux, lamour est devenu la capacit de voir le monde travers la sensibilit dune me trangre.Ils mlent lamour et la politique et inventent une politique de lamour. Ils sont une histoire damour historique. Ils sont une romance base sur des faits rels frquemment romancs.

    Dans ce spectacle Sofia Dias et Vtor Roriz (chorgraphes et danseurs) sont et ne sont pas Antoine et Cloptre. Ils sont Antoine qui voit le monde travers les yeux de Cloptre. Et vice versa. Toujours, vice versa. Vice versa, comme une rgle de lamour. Vice versa, comme une rgle du thtre. Ce spectacle consiste voir le monde travers la sensibilit des mes trangres dAntoine et Cloptre.

  • ANTOINE ET CLOPTRE

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    Biz

    arro

    HUMAIN TROP HUMAIN / CDN MONTPELLIER / 2015 / 2016 / PAGE 43

  • Cet Antoine et Cloptre nest pas la pice de William Shakespeare. Cest une pice originale que nous avons cre en mmoire la tragdie de Shakespeare, qui elle-mme tirait ses fondements du portrait que Plutarque avait fait de Marc Antoine dans Vies Parallles, lui-mme hritier de divers crits et rcits de tradition orale (Plutarque va jusqu citer son propre arrire-grand-pre dans le chapitre sur Marc Antoine). Nous assumons ces hritages et bien dautres encore, moins anciens mais tout aussi monumentaux, tel que le film marathon ralis en 1963 par Mankiewicz avec le couple Taylor Burton, dont nous avons utilis quelques fragments musicaux, ainsi que tout lattirail gnr par laura de fascination que la romance dAntoine et Cloptre suscite encore chez les historiens, les auteurs de fiction et le public.A la frontire ambige entre le plagiat et la citation, qui aurait tellement plu Shakespeare (nous utilisons plusieurs vers de la tragdie, emprunts la traduction de Jean-Michel Dprats dans la version franaise, publie aux ditions Gallimard), nous acceptons notre tour que ce phnomne de transmission dun pisode historique et littraire soit frapp par lrosion. Lrosion du temps et du langage qui condamne la mmoire lincompltude et, pour cela mme, ouvre la porte notre contribution personnelle. Si nous savions tout, nous nen saurions que trop, et il ny aurait pas durgence faire ce spectacle.

    Shakespeare a crit, probablement en 1606, un Antoine et Cloptre qui a eu des difficults parvenir, au fil du temps, au podium de ses tragdies occup par Hamlet, Othello, Le Roi Lear ou Macbeth. La rputation imparfaite et transgressive de cette pice est due la multiplicit et la dispersion des units de temps et daction, dsobissant clairement aux paramtres aristotliciens , combines ce que John Drakakis nomme une dconstruction avant la lettre gnre par un langage qui semble tirer son origine dun fil de conscience. Lors des lectures que nous avons faites de Shakespeare, ds les premires rptitions de ce projet, cest prcisment cet

    esprit transgressif de la structure de la pice qui nous a pouss vers un espace de libert (et presque dirresponsabilit) ncessaire pour oser crer notre propre Antoine et Cloptre. La tragdie de Shakespeare est un inventaire de dichotomies : Orient et Occident, raison et sentiment, masculin et fminin, sexe et politique, guerre et amour, travail et oisivet, tragdie et comdie. En confrontation, en parallle, en complmentarit ou en symbiose, chaque ingrdient de cette pice trouve toujours sa paire ou son revers. A linstar du duo qui donne son nom la pice. Fascins par cette ide de duo, nous avons rduit la distribution pharaonique de Shakespeare deux interprtes : Sofia Dias et Vtor Roriz, qui sont bien plus Sofia et Vtor que la reprsentation dune Cloptre et dun Antoine, ou plutt dun Antoine et dune Cloptre. Dans ce spectacle Sofia parle obsessionnellement dun Antoine et Vtor parle avec la mme minutie de Cloptre. Sofia dcrit tous les faits et gestes dun Antoine vivant dans une mise en scne imaginaire. Et vice versa. Toujours, vice versa . Dailleurs, vice versa aurait pu tre le titre de ce spectacle. Ainsi, nous avons cherch inventer un duo qui parle dun autre duo, racontant et voquant sans cesse dinvisibles Antoine et Cloptre, au point de plonger par instant lintrieur de ces noms, leurs donnant une forme visible. Nous alimentons la confusion didentit entre Antoine et Cloptre, mais aussi entre interprtes et personnages. La confusion est toujours double. Cette ide, cest Plutarque lui-mme qui la propose quand il crit dun ton ironique et compatissant, au moment o Antoine fuit la bataille pour suivre Cloptre la trace, que lme dun amant vit dans un corps tranger . Cette tirade de Plutarque qui raconte comment Antoine se dtache de sa propre identit en dtruisant sa rputation et son honneur pour voir le monde travers les yeux de Cloptre, tient autant de la thse amoureuse que du paradoxe thtral. Cest cette me dans un corps tranger que nous exprimentons par le duo de Sofia et Vtor, qui essayent de voir

    Du 22 au 25 mars 20h hT