Entre l’Asile Et Le Refuge

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entre o asilo e o refúgio

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    Article

    Entre lasile et le refuge: repres dun parcours Michel SimardSant mentale au Qubec, vol. 25, n 2, 2000, p. 132-152.

    Pour citer cet article, utiliser l'information suivante :

    URI: http://id.erudit.org/iderudit/014455ar

    DOI: 10.7202/014455ar

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    Document tlcharg le 19 August 2015 11:20

  • Entre lasile et le refuge :repres dun parcours

    Michel Simard*

    Cet article a pour objectif de dmontrer limportance qua acquise la problmatique de ler-rance en sant mentale au cours des trente dernires annes, et de proposer des repres pourle dveloppement de pratiques accordes aux conditions de cette ralit. Lauteur procde une interprtation du contexte sociohistorique en sant mentale quil dcrit comme un dpla-cement 180 du risque de lenfermement institutionnel lenfermement dans lerrance. Auplan psychosocial, il propose une comprhension de lerrance comme une impuissance v-cue de la libert. Ensuite, partir dune relecture de son exprience en tant que clinicien etresponsable dorganisme, il prsente trois axes de dveloppement des services : laccueildans un contexte durgence sociale, laccompagnement continu et lamlioration des condi-tions de vie et de la participation sociale.

    Il est dailleurs certain que lon ren-contrait autrefois parmi les vagabondsune plus grande quantit de maladesmentaux, parce que nul ne se proccu-pait deux. Ils taient condamns ler-rance comme individus non utilisablessocialement ; en outre, ils nentraient lasile que sils se rvlaient dangereuxpour lordre public . (Vexliard 1957,352)

    la fin des annes 80, lorsque jai commenc accompagner des per-sonnes vulnrables et dmunies dans un contexte durgence sociale,la rforme de la sant et des services sociaux ainsi que la politique desant mentale, ntaient pas encore adoptes. Elles mijotaient dans les of-ficines ministrielles. Puis elles vinrent au jour, furent adoptes et renduespubliques. Les choses allaient enfin pouvoir changer, pour le mieux

    Avec dautres, jai particip la mise en uvre de la transforma-tion des services en sant mentale dans la rgion de la Mauricie/Centre

    132 Sant mentale au Qubec, 2000, XXV, 2, 132-152

    * Lauteur, criminologue et thologien, est conseiller clinique et directeur du centre Le Havrede Trois-Rivires.

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  • du Qubec. Cest alors que jai pris conscience que malgr une orienta-tion trs claire vers le maintien et lintgration des personnes dans lacommunaut, cette rforme se faisait trs largement, voire exclusive-ment partir des proccupations hrites de linstitutionnalisation. Jepartageais bien lintrt pour le maintien et lintgration des personnesatteintes de troubles mentaux graves dans la communaut, mais mes pr-occupations taient enracines ailleurs. Plusieurs personnes que jac-compagnais navaient que trs peu ou mme jamais eu de contact avecla psychiatrie. De toute faon, laccs aux soins tait tellement difficilepour ces dernires, quelles ne pouvaient y accder, la plupart du temps,que par la violence de la dsorganisation ou de la transgression. Ainsi,jai pris progressivement conscience de mon point de vue sur la santmentale et sur lorganisation des services et la dispensation des soins : lepoint de vue de lerrance.

    Dans cet article, je prsente dabord cette vision pour ensuite aborderbrivement les trois axes de dveloppement des activits du Centre Le Ha-vre de Trois-Rivires. labors au cours des dix dernires annes, ces troisaxes conjuguent une mme conviction : la participation des personnes vul-nrables et dmunies la vie commune est un enrichissement collectif.

    Un point de vue

    Le dplacement de laxe social de la problmatique de sant mentaleAu cours des annes 50-60, la question de la sant mentale se si-

    tuait autour de la problmatique de linstitutionnalisation. La parution etla diffusion du livre dIrving Goffman, Asylums, avaient rendu transpa-rent le fonctionnement totalitaire des institutions psychiatriques dumonde industriel. Ainsi, le comportement des personnes alines de-venait intelligible en dehors des catgories de la psychopathologie. En-core davantage, on comprenait que le manque dautonomie des person-nes pouvait tre une rponse adapte aux contraintes institutionnelles.Plus encore, on se rendait compte que cette adaptation la vie institu-tionnelle devenait un obstacle majeur lintgration des personnes lavie de la communaut. Linstitutionnalisation tait ainsi identifiecomme un mal qui restait combattre. Ce ntait pas rien. Il faut se rap-peler quen 1965, au plus fort de linstitutionnalisation, on comptait auQubec 20 700 lits dans les hpitaux psychiatriques (Lecomte, 1997).Aujourdhui, on en compte moins de 4 000. Cest dire le chemin par-couru en trs peu de temps.

    Mais voil, trente ans plus tard, pour les personnes souffrant detroubles mentaux, surtout les jeunes hommes, le risque est beaucoup

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  • plus grand dtre enferm dans lerrance que dans linstitutionpsychiatrique. Tel est notre point de vue sur la sant mentale : elle se si-tue dans un contexte global caractris par la monte du risque de ds-affiliation sociale (Blanger et Desrosiers, 1996).

    Les premires constatations de cet accroissement du risque de d-saffiliation sociale apparurent dans la deuxime moiti des annessoixante-dix. Elles surprirent un peu tout le monde. Contrairement austrotype entourant la clochardise, on se rendit compte que les nou-veaux clochards taient surtout des jeunes adultes. Puis au cours desannes 80, le phnomne prend de lampleur. On dcouvre alors quunepartie importante dindividus itinrants prsentent des troubles men-taux graves ou des toxicomanies svres (Mercier, 1996). La rflexionfait son chemin, et vers la fin des annes 80, limportance et la gravitdes problmes vcus par un nombre grandissant dindividus ayant desproblmatiques multiples devinrent un des arguments de la remise enquestion des pratiques institues des champs de la sant mentale et de latoxicomanie (Ct, 1990). Mais, les choses ne sarrtrent pas l.

    On sait maintenant que les cinq dernires annes ont t caractri-ses la fois par une augmentation des contraintes et une rduction desopportunits pour les personnes les plus vulnrables et dmunies. Ainsi,au Centre Le Havre de Trois-Rivires, un organisme communautaireayant pour mission la rduction des risques ditinrance et la rinsertionsociale des personnes souffrant de troubles mentaux graves et persis-tants, les admissions au service dhbergement durgence ont plus quedoubl entre 1994 et 1999, passant de 261 585 annuellement. En 1999seulement, nous avons d refuser plus de 269 demandes dont 105 fautede place. Cette augmentation est tout de mme significative. Surtoutlorsque lon considre que 15 % (87) des personnes admises taient sansrevenus en 1999, alors quelles reprsentaient seulement 6 % (11) en1994. Pourtant, entre 1994 et 1999 lconomie sest nettement amlio-re. Il faut aussi savoir quen 1994, 28 % (72) des personnes admises enhbergement durgence souffraient de troubles mentaux graves, alorsquen 1999 elles reprsentaient plus de 53 % (309) des admissions(Simard, 2000).

    Il est devenu trs clair, pour nous du moins, que nous assistons un dplacement 180 de la problmatique sociale associe la santmentale : de lenfermement institutionnel lerrance sociale. Cela tantacquis, et malgr des difficults apparemment insurmontables, et peut-tre justement cause delles, il nous faut au moins prciser ce quonentend par errance sociale (Laberge et Roy, 1994).

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  • Lerrance : de quoi sagit-il ?Demble, cartons deux conceptions de lerrance sociale encore

    prsentes aujourdhui dans les reprsentations populaires : lerrancecomme choix de vie et lerrance comme maladie. Commenons par laplus ancienne des deux, la plus persistante et peut-tre aussi la plus dif-ficile combattre : lerrance comme choix de vie.

    Lerrance comme choix de vieEn faisant un bref retour en arrire, au temps de la fodalit, il est

    plus facile de comprendre la place de cette conception dans notre ima-ginaire. Dans la socit dancien rgime, lerrance sociale ntait pasperue comme un choix de vie, un acte volontaire dun individu libre,mais comme la manifestation de lappartenance un tat. Un tat dau-tant plus dangereux et rprhensible quil rompait radicalement aveclordre social tabli par Dieu. Dans la socit fodale, il faut le rappeler,le travail nest pas un march libre, mais un attribut li un tat (Castel,1995). Ds lors, tre en dehors du travail, lexception de la noblessepour qui le travail nest pas inhrent son statut, cest tre en dehors deson tat naturel . De sorte que, jusqu la fin du XIXe sicle, le vaga-bondage demeure un crime (Aranguiz et Fecteau, 1998).

    Toutefois, les choses avaient chang en profondeur. Dans les soci-ts industrielles lgitimes par les idologies librales, le travail ntaitplus li un tat ; il tait devenu tout fait lgitime pour un individu dequitter un travail pour en trouver un autre diffrent ou semblable. Dumoins, en pr