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Transcript of de Th©ophile Gautier En collaboration avec Paul .PIERROT POSTHUME Arlequinade en un acte et en...

  • PIERROT POSTHUMEArlequinade en un acte et en vers.

    de Thophile Gautier En collaboration avec Paul Siraudin

    Reprsente pour la premire fois le 4 octobre 1847 au thtre du Vaudeville. Traitement par Libre Thtre partir de l'dition parue dans l'ouvrage intitul Thtre de poche, dit la Librairie nouvelle en 1855. (Source : Gallica http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k35415x)

    PERSONNAGESArlequinPierrot

    Le DocteurColombine

    Domaine public Texte retrait par Libre Thtre 1

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k35415x

  • Le thtre reprsente une rue. Au fond, en face du public, la maison dArlequin ; droite, celle du docteur ; gauche, celle de Colombine.

    Scne 1ARLEQUIN, COLOMBINE

    ARLEQUIN. Colombine, un mot !COLOMBINE.

    Non !ARLEQUIN.

    Demeurez.COLOMBINE.

    Point.ARLEQUIN.

    De grce !Jai l certain cadeau quil faut que je vous fasse.COLOMBINE.Un cadeau ? Je marrte. Est-ce une chane dor ?Une bague ? une montre ? Y suis-je ?ARLEQUIN.

    Pas encor.COLOMBINE.Une pice bien lourde en bonne argenterie ?Un nud de diamants ?ARLEQUIN.

    Fi ! ma galanterieNe sen va pas donner dans ces luxes grossiers,Bon pour les parvenus et pour les financiers !Je me garderais bien dhumilier les femmesPar linsultant excs de ces prsents infmes ;Car dans tous les pays, chez les plus gens de got,On dit quen ces rgals cest le choix qui fait tout.COLOMBINE.Vous me faites languir, dpchez, voyons, quest-ce ?ARLEQUIN.Regardez, sil vous plat, cette petite caisse.COLOMBINE.Cette caisse ?ARLEQUIN.

    Oui.COLOMBINE. Grands dieux ! que vois-je ? une souris !Certes, le don est rare et dun merveilleux prix !

    Oeuvre du Domaine public Version retraite par Libre Thtre 2

  • ARLEQUIN.Trs rare ; une souris plus blanche quune hermine,Gaie, alerte, lil vif comme une Colombine :La femme est une chatte, et sa griffe nous tient ;Une souris est donc un prsent qui convient.COLOMBINE.Un crin me plat mieux que trente souricires ;Je vous en avertis, ce sont l des manires ne russir point prs des curs dlicats,Et vous vous brouillerez avec messieurs les chats.ARLEQUIN.Cette pauvre souris, tournant dans cette bote,Reprsente mon me allant gauche, droite,Sagitant sans repos dans la captivitO depuis si longtemps la tient votre beaut ;Cest mon cur, prenez-le, Colombine fantasque,Car je plis damour sous le noir de mon masque,Je maigris, dessch par le feu des dsirs,Et les moulins vent tournent mes soupirs.COLOMBINE.Arlequin, quoi ! cest vous qui tenez ce langage ? ma pudicit cessez de faire outrage !Renfoncez vos soupirs, najoutez pas un mot,Et respectez en moi la femme de Pierrot !ARLEQUIN.Mais Pierrot, dlaissant les rives de la Seine,Dont lhabitation lui devenait malsaine,A fait rencontre, en mer, de pirates dAlger,Et vu dun nud coulant son destin sabrger.Ne pouvant pas payer de ranon aux corsaires,Il trouva la potence en fuyant les galres.COLOMBINE.En ce bas monde, hlas ! nul nvite son sort !ARLEQUIN.Donc je puis vous aimer ; car la femme dun mortEn tout pays du monde a qualit de veuve.COLOMBINE.Du trpas de Pierrot nous navons pas la preuve ;Sil allait reparatre, ainsi quun chien perdu !Sil navait pas t suffisamment pendu !ARLEQUIN.Bah ! rien nest plus certain : son extrait mortuaire,Sur le premier feuillet de tout dictionnaire,Se voit lisiblement crit ou paraf,Au-dessous dun Pierrot au gibet agraf.COLOMBINE.Ce sont titres fort bons quon ne saurait produireQuand devant le notaire il me faudra conduire ;

    Oeuvre du Domaine public Version retraite par Libre Thtre 3

  • Car je pense, Arlequin, pour lhonneur de vos vux,Quils tendent serrer le plus sacr des nuds.Par un certificat, en forme lgitime,Dmontrez-moi quon peut les accueillir sans crime,Je vous accorderai trs volontiers ma main.Mais, jusque-l, nant ! je passe mon chemin.

    Scne 2ARLEQUIN, SEUL.

    ARLEQUIN. Quoi ! vous fuyez, mchante, avec cet air si tendre !Et la souris, hlas ! vous partez sans la prendre !Ah ! les femmes ! pourquoi faut-il que nous soyonsToujours acoquins aprs leurs cotillons !Tout irait mieux, si Dieu ne tavait fait dun gesteSortir du flanc dAdam, ctelette funeste !Il met la souricire terre, prs de la maison de Colombine.Cette preuve, o lavoir ? Je ne puis, comme un sot, Aller chez ces paens menqurir de Pierrot...Des registres civils aux tats barbaresques !Limagination, certes, est des plus grotesques !Je souffre, et je voudrais voir mon destin fini,Dun excs de polente ou de macaroni.Mais qui vient ? le docteur

    Scne 3ARLEQUIN, LE DOCTEUR

    ARLEQUIN. Docteur, je suis malade !

    LE DOCTEUR.Quavez-vous ? Trouvez-vous le vin amer, ou fade ?ARLEQUIN.Je le trouve excellent !LE DOCTEUR.

    Et le rti ?ARLEQUIN.

    Fort bon !LE DOCTEUR.Que vous dirait le cur en face dun jambon ?ARLEQUIN.Il me dirait, je crois, den couper une tranche.LE DOCTEUR.Montrez-moi votre langue Elle est rouge et non blanche.Tout ce diagnostic dmontre que le mal, ne pas en douter, est purement moral.

    Oeuvre du Domaine public Version retraite par Libre Thtre 4

  • ARLEQUIN.Votre sagacit pntre au fond des chosesEt va donner du nez droit dans le pot aux roses :Oui, mon mal est moral, immoral bien plutt ;Car je suis amoureux de madame Pierrot !LE DOCTEUR.De cette affection je connais le remde.Tarissez ce flacon, qu prix dor je vous cde,Pour elle votre amour se trouvera guriComme si vous fussiez devenu son mari.ARLEQUIN.Je nen crois pas un mot ; cette liqueur vermeilleQui rit dans le cristal travers la bouteille,Quest-ce ?LE DOCTEUR.

    Cest llixir de longue vie.ARLEQUIN. Eh bien !Puisque je veux mourir, cela ne me vaut rien.LE DOCTEUR.Bon ! tuez-vous dabord, et dites quon infiltre,Vous mort, entre vos dents, trois gouttes de mon philtre,Plus dispos que jamais vous ressusciterez ;En revenant au jour quel effet vous ferez !Par ce trpas galant Colombine attendrieVous tend sa blanche main, avec vous se marie,Et vous avez bientt, heureux et triomphants,Comme aux contes de fe, une masse denfants !ARLEQUIN.Grand merci ! si la drogue allait tre vente ?Mais, docteur, dites-moi, par qui fut inventeCette rare liqueur, dont les philtres si fortsConservent les vivants, rendent la vie aux morts.LE DOCTEUR.Chez nous, de pre en fils, on en sait la recette ;Et depuis cinq cents ans nous la tenons secrte.ARLEQUIN.Vos grands parents alors ont d vivre bien vieux ?Sans doute vous avez encor tous vos aeux ?LE DOCTEUR.Nous ne pourrions jamais hriter, de la sorte !Et, comme de la vie il faut que chacun sorte,Pour ntre pas contraints de nous assommer tous,Cest chose convenue et rgle entre nous :Aux vieillards, cent ans, llixir se retranche,Et, comme des fruits murs, ils tombent de la branche.ARLEQUIN.Cest trs joli

    Oeuvre du Domaine public Version retraite par Libre Thtre 5

  • LE DOCTEUR. Prenez mon flacon

    ARLEQUIN. Non vraiment !

    Je prfre mourir en vritable amant,Et je cours me tuer, au seuil de Colombine,Dun coup de coutelas ou bien de carabine.LE DOCTEUR.Et moi, je vais ailleurs chercher quelque nigaudQui veuille pour ma fiole changer son magot.Le Docteur rentre chez lui, Arlequin sort par la gauche. ce moment, Pierrot parat au fond du thtre.

    Scne 4PIERROT, SEUL.

    PIERROT.Mouillez-vous, mes yeux ! et toi, lvre attendrie,Baise, sur le pav, le sol de la patrie !Aspirez, mes poumons, lair du natal ruisseau !Bonjour, Paris ! Salut, rue o fut mon berceau !Le cabaret encor rit et jase son angle : ce cher souvenir lmotion mtrangle ;Mon nez qui se dilate aspire avec douceurLes parfums que rpand ltal du rtisseur ;Rien nest chang Voici la maison de ma femmePauvre femme ! Jai d faire un vide en son me !Il le fallait ; jai fui Je ne sais pas pourquoiLa justice stait prise dun got pour moi ;Elle sinquitait de mes chants la lune,De mes moyens de vivre et de chercher fortune ;Pour lui faire sentir son indiscrtion,Je rompis, un beau jour, la conversation ;Et jallai, naimant pas quen route on maccompagne,Errer incognito sur les ctes dEspagne,O je fis connaissance avec dhonntes gens,Trs peu questionneurs et trs intelligents.Nous menions, sur la mer, une charmante vie,Quand notre barque fut aperue et suiviePar un corsaire turc plus fin voilier que nous.Mes braves compagnons se firent hacher tous !Comme il faisait trs chaud, moi, de crainte du hle,Jtais all chercher de lombre fond de cale ;Mais bientt, de mon coin brutalement extrait,Je sentis mon col un nud qui le serrait.Ma pose horizontale en perpendiculaireSe changea. Japerus, dans l'onde bleue et claire,Un reflet sagiter et sallonger en i,Je fis un entrechat, et couac tout fut fini !Quel moment ! Mais le ciel dans sa misricorde,Voulut que lon coupt un peu trop tt la corde ;

    Oeuvre du Domaine public Version retraite par Libre Thtre 6

  • Je tombai dans la mer, et, des vagues pouss,Par des pcheurs je fus, prs du bord, ramass.Cest jouer de bonheur ! Pourtant cette aventureMe donne, dans le monde, une trange posture ;Et cest une apostrophe rester confondu,Si quelquun me disait : Voyez Pierrot pendu !

    Scne 5PIERROT, ARLEQUIN

    ARLEQUIN, qui est entr sur le dernier vers de Pierrot. Hein ! que dites-vous ?PIERROT.

    Quoi ?ARLEQUIN.

    Vous parliez, ce me semble,De Pierrot ?PIERROT.

    Jen parlaisARLEQUIN, part.

    Dmotion, je tremble !Haut.Vous le connaissez donc ? PIERROT, part.

    Cest dun bte inou !Il me demande moi si je me connais !Haut.

    Oui !... Intimement, monsieur.ARLEQUIN.

    Bien ; vous savez sans douteQuil voyagea beaucoup et se fit pendre en route ?PIERROT.Il fut pendu, cest vrai !ARLEQUIN.

    Cela me charme fort !PIERROT.MonsieurARLEQUIN.

    Sil fut pendu, jen conclus quil est mort.PIERROT.Vous croyez ?

    Oeuvre du Domaine public Version retraite par Libre Thtre 7

  • ARLEQUIN. Quel bonheur ! Il faut que jexcute,

    Pour son De profundis, ma plus belle culbute !PIERROT, part.Ce quil dit ma troubl.Ha