De La Science Politique

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    Article

    Jean-Louis Loubet del BaylePolitique, n 20, 1991, p. 95-127.

    Pour citer cet article, utiliser l'information suivante :

    URI: http://id.erudit.org/iderudit/040700ar

    DOI: 10.7202/040700ar

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    De la science politique

  • DE LA SCIENCE POLITIQUE

    Jean-Louis Loubet Del Bayle Universit des Sciences sociales de Toulouse

    Dans cet article, l'auteur tente de rpondre de manire systmatique aux questions que se posent les non-spcialistes de la science politique quant l'utilit de cette science. Aprs avoir discut de la dimension polysmique du mot politique, l'auteur s'interroge sur l'objet de la science politique et sur son existence mme. Il termine en discutant des piges qui guettent les spcialistes de l'analyse des phnomnes politiques.

    Sans aller jusqu' parler, comme on l'a fait il y a quelques annes, de l'introuvable science politique, force est de constater que le spcialiste de l'tude des phnomnes politiques se heurte beaucoup de questions lorsqu'il voque autour de lui son activit. Les incomprhensions plus ou moins innocentes ne manquent pas, notamment lorsqu'il s'agit de dfinir la place de sa discipline dans le champ des diverses disciplines universitaires. Il faut d'ailleurs reconnatre qu'effectivement un certain nombre d'incertitudes et d'quivo-ques persistantes ne sont pas sans favoriser un tel tat de choses. Les pages qui suivent sont issues du constat de cette situation et tentent d'y rpondre de faon un peu systmati-que en prenant position sur un certain nombre de problmes gnraux qui restent plus ou moins controverss, et ce, avec le souci de s'adresser en priorit aux non-spcialistes1 qui prouvent parfois un sentiment de perplexit devant le halo

    * Cet article a t publi dans Annales, Universit des Sciences sociales de Toulouse, tome XXXVII, 1989, p. 97-120. Nous le reproduisons dans ce numro avec la permission de l'auteur.

    1. De ce fait, on ne prtend pas traiter ici de faon exhaustive tous les problmes qui seront abords.

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    d'interrogations qui entourent encore, en France du moins2, la science politique.

    Dans une premire approche, la science politique peut tre dfinie comme la discipline qui a pour objectif l'tude scientifi-que des phnomnes politiques. Cette dfinition est apparem-ment simple, mais, si on l'examine de plus prs, on constate qu'elle est beaucoup moins claire qu'il n'y parat et qu'elle soulve toute une srie de questions.

    C'est ainsi que la premire incertitude apparat lorsqu'on s'interroge sur ce qu'est un phnomne politique. On s'aperoit alors que le mot apparemment banal de politique n'a pas une signification aussi vidente qu'on pourrait le penser. Il suffit, par exemple, de faire varier l'article prc-dant le mot politique pour constater des glissements de sens qui rvlent la polysmie de ce terme. Ainsi se rvle une premire incertitude qui concerne la dfinition de l'objet de la science politique.

    En second lieu, si l'intitul de ce texte parle de science politique au singulier, il n'est pas difficile de noter que cette terminologie est elle-mme sujette discussion. C'est ainsi que certains documents officiels parlent de sciences politi-ques au pluriel et que l'institution qui a t fonde en France aprs la Seconde Guerre mondiale pour favoriser le dveloppe-ment de la discipline s'intitule Fondation des sciences politiques. Par ailleurs, un certain nombre de cours ou de manuels qui traitent des phnomnes politiques utilisent le terme de sociologie politique. Par l apparat un problme terminologique qui n'est pas dpourvu de signification et de consquences.

    En troisime lieu, si l'on se rallie l'expression science politique, ses implications ne font pas l'unanimit et le terme de science appliqu la connaissance des phnomnes politiques est parfois contest, si bien que c'est alors l'exis-tence de la science politique en tant que discipline scientifi-que qui se trouve mise en question. Il faut dire que cette

    2. En ne ngligeant pas des perspectives plus gnrales, ce texte voquera nanmoins plus particulirement les problmes poss par le statut de la science politique en France.

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    interrogation s'explique d'autant plus que le dveloppement du discours scientifique sur les phnomnes politiques se heurte un certain nombre d'obstacles et qu'un certain nombre de tentations menacent le spcialiste de science politique et sont susceptibles de compromettre le caractre scientifique de son travail.

    I. L'objet de la science politique Comme on l'a not prcdemment, la signification du

    terme politique est ambigu et, suivant l'article dont on le fait prcder, le mot ne dsigne plus exactement la mme chose : une politique ne dsigne pas exactement la mme ralit que la politique, et la politique ne dsigne pas le mme objet que le politique. Cette difficult dfinir l'objet de la science politique fut, par exemple, illustre en 1948 lors-qu'une confrence d'experts runis par !'UNESCO pour discuter de cette question n'aboutit qu' une dfinition numrative distinguant quatre champs d'investigation : les thories et les ides politiques, les institutions politiques, les partis, les groupes de pression et l'opinion publique, et les relations internationales.

    Si cette solution numrative est rvlatrice, il faut nanmoins souligner que les politologues ne s'en sont pas tenu ce constat d'impuissance et que des tentatives ont t faites pour donner de la politique une dfinition plus concep-tuelle3. En particulier, cet effort s'est traduit par une contro-verse devenue classique entre tenants de la science politique comme science de l'tat et tenants de la science politique comme science du pouvoir, une controverse dont on ne peut pas ne pas rappeler les termes, mme si l'on considre qu'elle ne permet pas de parvenir une solution pleinement satisfaisante.

    3. Dans la perspective qui est ici la ntre, il ne nous semble pas possible de renoncer cette proccupation, comme le fait P. Favre dans son essai La question de l'objet de la science politique a-t-elle un sens?, dans Mlanges ddis Robert Pelloux, Lyon, d. Herms, 1980, p. 123-142.

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    La premire conception relativement classique et tradition-nelle, qui a t fortement influence par les juristes, dfinit la science politique, en suivant l'exemple de Littr, comme la science du gouvernement des tats. La science politique serait la discipline qui tudie les phnomnes relatifs l'tat. Cette dfinition est une dfinition dominante juridique, car, si la notion d'tat comporte des lments sociologiques un territoire, une population elle insiste surtout sur l'ide que l'tat est une organisation juridique, une personne morale exerant un pouvoir souverain pour prendre des dcisions s'imposant aux membres de la collectivit tatique.

    En France, cette conception que l'on rencontre avant la Seconde Guerre mondiale dveloppe par les juristes et par certains sociologues, comme Georges Davy, a surtout t illustre aprs la Libration par les crits de Marcel Prlot4. On la retrouve aussi chez les juristes allemands ou des auteurs comme le Belge Jean Dabin. Soutenu galement par les sociologues d'inspiration marxiste des pays de l'Est, ce point de vue n'a en revanche trouv que peu d'adeptes chez les auteurs anglo-saxons.

    cette thse de la science politique comme science de l'tat, on reconnat en gnral le mrite de la prcision, dans la mesure o elle renvoie une ralit bien connue, celle de l'organisation des tats modernes.

    Ceci tant, cette approche centre sur la notion d'tat, et sur son corollaire juridique la thorie de la souverainet, a fait l'objet d'un certain nombre de critiques. Tout d'abord, sa prcision reste relative, car les frontires de l'tat ne sont pas videntes, particulirement dans une priode qui voit s'ten-dre les activits et les interventions de l'tat dans la vie sociale. D'autre part, et surtout, on reproche cette dfini-tion de conduire une vision restrictive du politique en privilgiant ses aspects juridiques et institutionnels au dtriment de ses dimensions sociologiques, en oubliant qu'avant d'tre des phnomnes juridiques les phnomnes politiques entrent dans la catgorie plus gnrale des phno-mnes sociaux. Enfin, le caractre restrictif de cette approche

    4. Cf. M. Prlot, La science politique, Paris, PUF, 1966.

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    se manifeste par son orientation ethnocentrique dans Ia mesure o elle exclut du champ de la science politique des modes d'organisation politique qui n'ont pas atteint la complexit du modle tatique caractrisant les socits modernes.

    En face de la thse statologique que l'on vient d'vo-quer s'est affirme une autre conception de la science politique envisage comme l'tude des phnomnes de pouvoir. La science politique devient alors la discipline consacre l'analyse des rapports d'autorit, de commande-ment, de gouvernement dans quelque socit que ce soit, et pas seulement dans le cadre de l'organisation tatique. C'est une conception qui insiste fondamentalement sur les rapports in