Crises et th£©orie des crises - Lautre 2013. 4. 5.¢  Paul Mattick Crises et...

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    Paul Mattick

    Crises et théories des crises

    Titre original : Krisen und Krisentheorien Traduit de 1'allemand avec le concours de Serge Bricianer

    Paul Mattick, 1974. Fischer Verlag, Francfort/M., 1974, pour 1'édition allemande. Editions Champ Libre, Paris, 1976, pour la traduction française.

    « Jamais une grande période de l'histoire mondiale n'expire aussi vite que ses héritiers ne se plaisent d 1'espérer, voire ne sont tenus de 1'espérer pour pouvoir lui donner 1'assaut avec toute 1'énergie requise. » Franz Mehring.

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    Table des matières

    I. L'économie politique bourgeoise...........................................................................................3 Notes ........................................................................................................................................26 II. La théorie des crises chez Marx.........................................................................................29 Notes ........................................................................................................................................50 I I I . Les ép i go nes .............................................................................................................51 Notes ......................................................................................................................................78 IV. Splendeurs et misères de l'économie mixte ....................................................................81 Notes ......................................................................................................................................103 Index des noms cités.............................................................................................................104

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    I. L'économie politique bourgeoise

    L'expansion progressive de l'économie bourgeoise fut d'emblée marquée par de brusques à-coups. II y avait des hauts et des bas : on leur chercha une explication. La production sociale étant encore très largement à base agricole, il était possible d'établir une relation de cause à effet entre les caprices de la nature et la misère économique. On imputait la pénurie générale à de mauvaises récoltes. Qui plus est, le rendement du travail agricole restait faible, alors que la population allait croissant ; d'où la crainte de voir le développement du système capitaliste se heurter à des limites naturelles, avec pour conséquence inéluctable la stagnation de la société. L'économie politique bourgeoise se caractérisa d'abord par un profond pessimisme, qui ne fut surmonté qu'avec le développement accéléré du capital. Tout en professant que les rapports sociaux étaient des rapports naturels, les Classiques ne se privèrent pas de recourir spécifiquement aux rapports sociaux, dès qu'il s'agissait de distribution. Selon la théorie classique, l'échange assurait l'équilibre des intérêts divergents entre eux, puisqu'il était fonction de la quantité de travail contenue dans les marchandises; mais, par ailleurs, cet équilibre était mis en question. A considérer de façon purement formelle les rapports d'échange et l'hypothèse de la libre concurrence, les intérêts individuels semblaient coïncider avec ceux de la société et la loi économique de l'échange d'équivalents paraissait justifiée. Que le produit social fût réparti sur une base de classe en rente foncière, salaire et profit, montrait cependant que le processus formel d'échange ne constituait nullement une abstraction correcte de la réalité. La théorie de la valeur-travail émise par les Classiques considérait les situations et leurs perspectives de développement du point de vue du capital et, par là même, du point de vue de l'accumulation capitaliste. Presque sans exception, quoique à l'aide d'arguments variés, les Classiques admettaient que l'accumulation capitaliste connaît des bornes dont la chute des profits serait l'expression, Selon David Ricardo, l'inévitable limite de l'accumulation se trouvait dans la productivité décroissante de l'exploitation du sol. L'écart, appelé à grandir, entre le rendement de l'industrie et celui de l'agriculture, accroîtrait les coûts salariaux, d'où une baisse des taux de profit et une hausse corrélative de la rente foncière. Cette théorie reflétait manifestement les rapports existant à l'époque entre les propriétaires fonciers et les capitalistes et elle ignorait les tendances évolutives inhérentes à la production de valeur. Pour Marx, ce fut l'incapacité de Ricardo à expliquer les lois du développement du capital à partir de la production de capital elle-même qui le conduisit à « fuir l'économie dans la chimie organique ». Toutefois, Marx interpréta l'anxiété des économistes anglais devant la baisse du taux de profit comme « une intelligence profonde des conditions de la production capitaliste ». Ce qui inquiétait par exemple Ricardo, c'était de voir « le taux de profit, stimulant de la production capitaliste, condition et moteur de l'accumulation, menacé par le déve- loppement même de la production [...). Ce qui se révèle ici de manière purement économique, c'est-à-dire du point de vue bourgeois, dans les limites mêmes de la compréhension capitaliste, c'est la limite de la production capitaliste elle-même, sa relativité : elle n'est pas un mode de production absolu, mais un système historique qui correspond à une époque déterminée et restreinte du développement des conditions matérielles de la production 2 ». Si la tendance des profits à baisser fut d'abord imputée tant à l'exacerbation de la concurrence qu'à une élévation de la rente foncière, liée à la croissance démographique, le salaire ne tarda pas, de son côté, à entrer en conflit avec les exigences de l'accumulation en matière de profit. Par ailleurs, l'extension du travail salarié incita à s'interroger, par le biais de la notion de valeur liée au temps de travail, sur l'origine du profit ; la réponse vint lorsque les producteurs

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    revendiquèrent le produit intégral de leur travail. On comprit que le capital accumulé, aussi bien que le profit, n'était qu'une somme de travail non payé. Pour réfuter l'accusation d'exploitation capitaliste, il fallait donc abandonner la théorie de la valeur-travail. En revanche, le problème de l'accumulation pouvait être négligé, puisque les craintes qui s'y rapportaient se révélaient sans fondements. Au lieu de diminuer, l'accumulation augmentait et, indubitablement, le capital dominait toute la société. Travail salarié et capital, ces notions désormais conçues comme l'expression des antagonismes de classes fondamentaux, détermi- nèrent l'évolution ultérieure de l'économie bourgeoise. Certes, il n'était pas nécessaire que les économistes bourgeois eussent conscience du caractère apologétique, toujours plus marqué, de leur discipline. Le seul système économique concevable étant à leurs yeux le capitalisme, ils considéraient les critiques qu'on lui adressait comme autant de déformations subjectives, illégitimes, de l'état de choses réel. L'apologétique se disait objective, un savoir scientifique que les déficiences avérées du système ne sauraient ébranler. Au reste, la généralisation du système capitaliste réclamait un mode d'observation anhistorique et exigeait des catégories de l'économie politique qu'elles fussent converties en lois générales du comportement humain, semblables à celles qui régissent toutes les formes sociales. De même qu'il faut partir du présent pour saisir le passé, c'est également l'économie bourgeoise qui, selon Marx, donne la clef des formations sociales antérieures ; « mais nullement à la manière des économistes qui effacent toutes les différences historiques et voient la forme bourgeoise dans toutes les formes sociales 3 ». Les déterminations générales et abstraites, plus ou moins présentes dans toutes les formes sociales, revêtent néanmoins au sein de chaque société particulière un caractère qui ne correspond qu'à celle-ci. L'argent comme moyen d'échange et l'argent comme capital expriment des relations sociales différentes, et les moyens de travail mis en œuvre dans le passé ne peuvent se comparer au capital se valorisant lui-même. A elles seules, les déterminations générales et abstraites des transactions commerciales entre les hommes ne permettent pas de comprendre la société capitaliste ; en rester là ne peut procéder que de l'ignorance des rapports sociaux réels ou du désir d'échapper aux problèmes qui leur sont liés. Selon Marx, la théorie classique de la valeur commettait l'erreur de confondre, en matière de production, l'aspect naturel et l'aspect économique. C'est pour cette raison que, partant du travail, elle concevait le capital comme une chose, au lieu d'y voir un rapport social. Cependant, « pour dégager le concept de capital, i1 faut partir non pas du travail, mais de la valeur, et plus exactement de la valeur d'échange telle qu'elle est déjà développée dans le mouvement de la circulation 4 ». C'est sur la distinction entre valeur d'échange et valeur d'usage de la force de travail que repose l'existence et le développement de la société capitaliste, distinction ayant comme préalable la séparation du travailleur d'avec les moyens de production. Le travail lui-même n'a aucune valeur, tandis qu'en qualité de marchandise la force de travail engendre, outre sa valeur propre, une plus-value qui donne naissance aux diverses catégories de l'économie de marché, telles que prix, profit, intérêt et rente foncière, en même temps qu'elles lui servent de voi