Chartres (1908)

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Transcript of Chartres (1908)

tr

* ^D=

00

CD

00

J.

K.

HUYSMANS

CHARTRES

CHARTRES

E

DITIONS DEPourla

C L

AI R E

FON

T A

I

N

France

:

Intercontinentale

du

Livre, 230, Bd. Raspail, Paris

LE TEXTE

DU PRSENT

OUVRAGE EST TIR DE LA CATHDRALE

AVANT-PROPOS

#V-L

/ 'est-ce

pas une gageure que de

vouloir, aprs tant d'autres,

*

donner une image de Chartres ? Mais, d'autre part, saisila

par tant de beaut, comment ne pas cder primerce qu'on a si

tentation d'ex-

vivement ressenti ?

Chartres!

ce

fut

d'abord pouret

moi un pur vagabondage,sur rien.et

le

regard errant sur tout

ne

s' attachant

Le premieron

contact ne pouvait tre que

de

dpaysement

de surprise;

ne comprend pas,

c'est

tellement au-dessus de soi.

7

8

Puis

ce

fut un plerinage

travers

la

Beauce blonde, Pguy

prsent.

Ce pays

est

plus ras que la plus rase tablesol,

A peine

un creux du

peine un lger

pli.

Ce sont deschariot

bls l'infini, des gerbes et des meules. Ici c'est un

laiss seul sur un

champ,court

l

c*cst

un paysan abreuvant baignant un

sonl

(lierai.

De Veauchaume

quigris.

tranquillement

avoir au toit de

Des femmes poussent

des brouettes

10

toutes

rebondies

de

linge.

Puis,

voici

les flchesici

inimitables

Un hommele

de chez nous a fait

jaillir,

Depuis

ras du sol jusqu'au pied de la croix,les saints,

Plus haut que tous

plus haut que tous

les rois,

La

flche irrprochable et qui ne peut faillir.

ii

C'est

la

gerbe

et

le

bl qui ne prira point,soleil

Qui ne fanera point au

de septembre,

Qui ne glera point aux rigueurs de dcembre,C'estvotre

serviteur

et

c'est

votre

tmoin.

12

Voicibruit.

la

vieille

villereflte

et

l'Eure coulant paisiblement, sans aucun

Son eau

d'anciennes maisons, une glise, des ponts,toits

une porte aux tours crneles. Leset

descendent en cascades,

l-haut,

dominant

tout,

c'est

Notre-Dame.

'3

Touterue,et

ma

vie

je

me

souviendrai de l'instant o, l'angle d'une

je fus mis en prsence du portail Royal.

Quemaissur

de noblessesereines.

que de majest dans ces statues, graves,

Etde

l'Ange de Chartres

comme un

oiseau perch

l'angle

14

quelquesolitude,

haut promontoire,

comme un

astre

vivant.

dans

une

rayonnant sur ces grandes assises de pierrecolore

Les portails, V immense nef sombremerveilleuses verrires.

des

feux

violets

des

15

ToutVoiciville,

n'est

qu'enchantement:

et

que recueillement.la

donc ce que j'ai vu

la plaine de

Beauce, unele

vieille

une cathdrale. Plac devant un double problme,

problme

technique et celui dela

V motion, f ai

prfr, la russite technique,

photo d'motion.

Maurice Blanc.

16

n

Ce bras dele

rivire,

coulant dans les fosss des anciens remparts,ct,

enveloppe

bas de Chartres, bord, d'un

par

les

arbres deslacets,

avenues, de Vautre,

par des bicoques, par des jardins enet relis

descendant jusqu'au fil de l'Eurepasserelles de planches,

l'autre rive par des

par des ponceaux suspendus de fonte.

18

*9

Et prstours,les

de la porte Guillaume dressant les pts crnels dedes

ses

maisons semblent ventres,

qui montrent,

ainsi

que

cagnards disparus de V Htel- Dieu Paris,

une cave

20

ouverteoivent,

au ras de

l'eau,

un sous-sol dall au fond duquel s'aperles

dans un jour de prison,

marches d'un escalier de

pierre

; et si

V on franchit

sur un petit pont dos d'ne, la porte...

21

...

Guillaume dont

la vote conserve encore la rainure de la herse,le soir,

que Von abattait nagure pour clore,

cette partie de ville,

22

Von

retrouve un nouveaubtisses,

bras de la rivire, baignant encoreles

le

pied des

jouant cache-cache dans

cours,

musant

entre des murs.

23

...le

long

du quai,

en face

d'une haie de grands peupliersdes scieries et des chantiers

ventant des moulins hydrauliques,

de

bois,

des

lavoirs

de

blanchisseuses

agenouilles

dans

des

24

botes sur de la paille et

Veau moussant devant

elles,

dcrivant

des cercles d'encre

clabousss

par

le

coup d'aile d'un oiseau,

des gouttes blanches...

25

26

Ces rues deles

la Foulerie, de la

Tannerie, du Massacre, envahies

par

mgissiers et les chamoiseurs,

par

les fabricants

de mottes,village

suggrentpauvre.

Vimpression

d'une

bourgade

malade,

d'un

27

Mais

il

manque a Chartres

le

charme fait de piti

et

de regret,

d'une dchance.

28

Telles

quelles cependant,

ces

rues,

qui dessinent une sorte de sur laquelle s'exhausse

mouvement tournant autour dela

cette colline

cathdrale,

sont

les

seules

vraiment curieuses parcourir

Chartres.

29

Tout

est clos et terne, tout se tait.

c'est

une

cit en

lthargie.

30

3*

3*

LES BATISSEURS DE CATHDRALES

cathdrale de Chartres est la cinquime difie sur la grotte des Druides; son histoire est trange.

La

La

premire, rige

que Aventin, fut rase par un autre prlat du nom de Castor, elle fut brle, en partie, par Hunald duc d'Aquitaine, restaure par Godessald, incendie nouveau par Hastings, chef des Normands, rpare, une fois de plus, par Gislebert et enfin compltement dtruite par Richard, duc de Normandie, lors du sige de la ville qu'il mit sac. Nous ne dtenons pas de bien vridiques documents sur ces deux basiliques; tout au plus, savons-nous que le gouverneur romain du pays de Chartres dmolit de fond en comble la premire, gorgea un grand nombre de chrtiens, au nombre desquels sa fille Modeste, et fit jeter leurs cadavres dans un puits creus prs de lade puits des Saints-Forts. Un troisime sanctuaire, construit par l'vque Vulphard, fut consum en 1020, sous l'piscopat de saint Fulbert qui fonda une quatrime cathdrale; celle-ci fut calcine, en 1194, par la foudre, qui ne laissa deboutgrotte et qui a reu le

du temps des Aptres, par l'vjusqu'au niveau du sol. Rebtie

nom

que

les

deux clochers

et la crypte.

33

de Philippe Auguste, alors que Rgnault de Mouon tait vque de Chartres, est celle que nous voyons aujourd'hui et qui fut consacre le 17 octobre 1260, en prsence de saint Louis elle n'a cess de passer par la fournaise. En tombe sur la flche du nord dont la car1 506, le tonnerre casse tait en bois revtue de plomb; une pouvantable tempte, qui dure de six heures du soir jusqu' quatre heures du matin, attise le feu dont la violence devient telle qu'il fond comme des pains de cire les six cloches. L'on parvient limiter les ravages des flammes et l'on ravitaille l'glise. Ds lors, le flau ne cesse plus. En 1539, en 1573, en 1589, la foudre croule sur le clocher neuf. Plus d'un sicle s'coule, et tout recommence; en 1701 et en 1740, la mme flche est encore atteinte. Elle demeure indemne, jusqu'en 1825, ann e pendant laquelle le tonnerre la bat et l'branl, le lundi de la Pentecte, tandis que l'on chante le Magnificat, aux

La cinquime

enfin, leve sous le rgne

;

Vpres.Enfin, le 4 juin 1836,

un formidable

incendie, dter-

min par l'imprudence de deux plombiers qui travaillent dans les fates, clate. Il persiste pendant onze heureset ruine toute la charpente, la fort entirec'est

de

la toiture;

miracle que

l'glise n'ait

pas compltement disparu

dans cette tourmente. Cette continuit de catastrophes est surprenante et ce qui est aussi bizarre, c'est l'acharnement que met la renverser le feu

du

ciel.

L'auteur de Parthenie, Sbastien Rouillard, pense que c'est en expiation de certains pchs, que ces dsastresfurent permis etil

insinue que la combustion de la troi-

34

sime cathdrale fut peut-tre lgitime par l'inconduite de certains plerins, qui couchaient en ce temps, hommes et femmes, ple-mle, dans la nef. D'autres croient

quecas,

le

Dmon, qui peut msuser